INTRODUCTION. VU
la fois. De même que les gens les plus hospitaliers résistent à une invasion, les hommes les plus dévoués au progrès se mettent en garde contre les innovations trop générales et trop rapides. Cette réserve n*cst pas seulement légitime, c'est la sauvegarde de la science, qui serait livrée sans elle à toutes sortes de hasards. Il y eut donc, par la force même dos choses, une résistance proportionnée à l'importance du débat.
Les novateurs, M. Lebert à leur tête, proposaient des divisions basées sur Tanatomie pathologique microscopique. Ils disaient aux chefs de la science : « Vous nous avez enseigné ce principe général que des lésions de nature différente correspondent à des maladies de nature différente. Or, nous constatons au microscope que des tumeurs, jusqu'ici confondues en un seul groupe, forment plusieurs groupes distincts. En séparant ceux-ci les uns des autres, nous ne faisons donc que continuer votre œuvre; la voie que nous suivons, c'est vous qui nous l'avez tracée. )) L'argument était pressant, et, pour y répondre, il n'y avait que deux ressources : il fallait mettre en doute cette partie de l'anatomie qu'on étudie au microscope, et dire que les seuls caractères essentiels sont ceux qu'on voit à l'œil nu; — ou bien se résigner à un pénible sacrifice, et faire descendre l'anatomie pathologique tout entière du rang qu'on lui avait jusqu'alors assigné.
Le premier moyen ne pouvait avoir qu'un succès temporaire. La microscopie a sans doute ses incertitudes, et les élOments qu'elle étudie se prêtent souvent à des interprétations contradictoires ; ainsi on se demande si certains globules sont creux ou pleins, s'ils sont entourés d'une membrane, ou si l'apparence membraniforme de leur couche la plus extérieure n'est pas due à un phénomène de réfraction ; on se demande quelle est la cause du double contour de certaines fibres, et pourquoi d'autres fibres présentent des stries transversales; on discute avec plus ou moins de succès sur les rapports qui peuvent exister entre la structure des éléments et les propriétés qu'ils possèdent ou qu'ils paraissent posséder; on di.cute bien plus encore sur leur origine, leur formation, leur évolution, leur nutrition et leur décadence. Toutes les sciences d'observation en sont là. Au delà de ce que nos sens peuvent constater, notre esprit se livre à des conjectures plus ou