‹ Traité des tumeursChapitre 59 sur 140 · PROPAGATION AU TISSU CONJONCTIF · texte numérisé non relu

PROPAGATION AU TISSU CONJONCTIF

pour mettre le tissu de la tumeur en comimitiîealian avec les tissus adjaceots, s'il ne s'y joignail autre chose.

L'enveloppe extérieure, quelque dense qu'elle soit, présente toujours lin certain nombre de perforations, puisque c'est d'elle que la tumeur reçoit ses vaisseaux. D'ailleurs ses libres ne forment p^ns un tout continu; distendues parles progrès de la tumeur, elles s'écartent, s'éniîllent; le blastéme pathologique, s'insiuuant dans leurs ioterslices, se substitue enfin à elles par le mécanisme précédemment décrit, et le mal, dès lors, ne tarde pas à se propager aux parlies voisines.

D'après les idées que nous venons d'exposer, il est clair que ce sont les tissus les plus riches en lacunes, en interstices, qui sont les plus disposés à subir l'invasion du mal. Celte condition me paraît la seule dont il soit nécessaire de tenir compte; le degré de vascularilé des tissus ne joue ici qu'un r61e accessoire, et je vais montrer, par ime revue rapide des principaux tissus, que tout cela s'accorde trèsi'xactemcnlavec les résultats de l'observation.

Le tism conjonctif (âchej pur ou chargé de graisse, est cerlaineitieut de tous les tissus du corps celui qui est le plus apte à recevoir les infiltrations de toute sorte. Une simple injeclton d'air ou de liquide, une i^imple traction, suffisent pour y produire des cavités fac* tires qu*on a longtemps crues normales, et qui lui ont valu le nom impropre de tissu cêîîulairef sous lequel on le désigne encore souvent aujourd'hui. Aucun tissu du corps ne se laisse envahir plus aisément que celui-là par les tumeurs en voie de propagation* Je dis que cela dépend de sa laxité, et non de la nature des éléments qui le I composent; car ces mêmes éléments, en se condensant de plus en ► plu», constituent les membranes cellulo-fibrcuses, les membranes BUses, les ligaments et les tendons. Or, la facilité avec laquelle productions accidentelles se propagent à ces diverses parties est inversement proportionnelle au degré de condensation de leur tissu. [•Les gaines cellulo-fibreuses des muscles, les Fti scias sous cutanés, Iti "opposent à la propagation que de faibles barrières. Le périoste, jdéjà plus dense et plus épais, arrête quelquefois longtemps les eancers des os, et les empêche de s'étendre aux muscles voisins. Les tumeurs de rœil, mt^mc les plus malignes, acquièrent souvent un volume considérable avant de traverser la sclérotique; c'est sur la connaissance de ce fait que repose le procédé de Bonnet, pour l'extirpation du globe oculaire. La dure-mère constitue une barrière >lout aussi puissante. On lait que les Tongus cancéreux ou fibro-plastiques, lorsqu'ils débutent par le tcuillel externe de celte membrane^

respectent en général la continuité du feuillet interne, qu'ils se développent du côté de la voûte crânienne, et qu'ils la détruisent souvent dans une grande étendue, sans même commencer à se propager à Tencéphale. ËnGn, les cordons fibreux, tels que les ligaments et les tendons, étant plus denses encore que les membranes précédentes, résistent presque absolument à la propagation des productions accidentelles. On a même pu croire qu'ils y étaient tout i fait réfractaires, et il est très-fréquent, comme on sait, de trouver ces organes à peu près intacts au milieu de tumeurs qui ont déjà détruit les autres tissus. Toutefois, cette immunité n'est pas absolue. J*ai pratiqué à l'hôpital Nccker, en septembre 1856, l'amputatioD sus-malléolaire, dans un cas de tumeur fibro-plastique qui avait déjà été traitée par l'amputation de Ghopart, et qui avait récidivé dans le moignon. La région sus-malléolaire, examinée avant l'opération, paraissait parfaitement saine. Mais dès que l'amputation fut terminée, je reconnus que plusieurs tendons étaient profondément altérés. Je renonçai aussitôt à mon premier plan, et je coupai, séance tenante, la jambe au lieu d'élection. La pièce, disséquée avec soin, fut présentée à la Société de chirurgie. De la masse fibro-plastiqae principale, qui occupait le centre du moignon, se détachaient plusieurs gros cordons grisâtres et irréguliers qui, remontant vers la jambe, allaient se continuer avec les tendons; et quelques-uns de ces tendons se trouvaient envahis jusqu'au voisinage de l'insertion des fibres musculaires. A l'œil nu, comme au microscope, on reconnaissait que cette disposition singulière était due à la propagation de la tumeur fibro-plastique dans l'épaisseur même des tendons.

La figure 6 représente la surface du tendon du long péronier latéral, qui est fendu en long sur la figure 7. L'extrémité inférieure de ce tendon se continuait avec la masse fibro-plastique du moignon; le tissu accidentel avait d'abord envahi cette, extrémité, et s'était ensuite propagé, de bas en haut, dans la continuité du tendon^ en constituant une masse fustiforme, dont la surface parfaitement lisse était surmontée de bosselures arrondies. C'est jusqu'ici, je pense, le seul cas connu de propagation d'une production accidentelle au tissu des tendons (i).

Le tissu musculaire est, après le tissu conjonctif lâche, celui qui se prête le mieux à la propagation. La laxité de sa trame et la labeur des espaces interfibrillaires permettent aux Mastèmes pathologiques de s'y infiltrer aisément. Tout le monde a pu vérifier l'exactitude de

(I) Bulletin de la Société de chirurgie. Sept. I8S6, t. VII, p. II».

rROPAGATION AUX TE.\DOi\S.

ceîfâit; tout le monde sait, par exemple, avec quelle fâcheuse fâciilté le cancer du sein pénètre dans le grand pecloraL

rif. e (I).

Fig. : {^î-

IL^peafi, surloitt dans ses couciics i^rofondes, se laisse encore aioimeot envahir par les iiimeitrs siibjactTtites. Les nombreux prolongiilients adipecx qui pénèlrenl dans ks aréoles du derme sont autant de portes dVnlrée pour le maL Kn avançant vers la surface libre de la peau^ la propagation se ralentit notablement; c'est qu'en effet, les Ûbrps du derme y sont plus serrées. Ou sait que beaueoiip de tu-

" ( J ) Tendon du long f»ëruniêr l&téral, devenu Qbro-pLaaiique derrière Ifl malléote ei* t^me. — ,1, pâTi'w sûinedti lendon, — B^ ttimeur pr'mcifïale do tf/ndon. — C, ettrëmlté Jnrérleure de la tumeur du tendiin. confundue dan^ (a tumeur du nnolgnon. — m\ partie supérieure cylindrique de la tumeur du tendon.

(3) ÏAr même leodon fendu «uivanl sa tungueur. — AA, k tendun nain. — BB% la lum«iir du leodon fendu* longitudinale ment. *- CCp deuic boiielutes latéraLei de

.cetie tonieur.

meurs restent longtemps adhérentes à la peau avant de s'ulcérer, c'est-à-dire avant de détruire la couche la plus superficielle de cet organe.

Les membranes muqueuses, beaucoup moins épaisses, et surtoat moins denses que la peau, résistent aussi bien moins longtemps qu'elle à la propagation des tumeurs, et celles-ci dès lors s'ulcèrent beaucoup plus rapidement. Toutes les muqueuses, au surplus, ne codent pas avec la môme facilité. La résistance qu'elles opposent i la propagation des pseudoplasmes est proportionnelle à la denaté de leur tissu.

Les cordons nerveux possèdent une structure assez serrée; aussi peuvent-ils quelquefois conserver leur intégrité au sein de tumeurs assez avancées. Ainsi, dans un cas de cancer de Tos maxillaire supé^ rieur, j'ai trouvé le nerf sous-orbitairc respecté dans toute sa longueur, quoique, dans toute l'étendue du canal sous-orbitaire, il fftt plongé au sein de la substance cancéreuse qui l'enveloppait de toutes parts. Il était légèrement comprimé, et même un peu atrophié; et cependant la sensibilité tactile de la joue, loin d'être diminuée, était au contraire exagérée. Le malade percevait sur cette région deux sensations distinctes, lorsqu'on le piquait avec les deux pointes d'un compas ouvert de 3 millimètres seulement, tandis que sur l'autre joue, il fallait pousser l'écartement jusqu'à 6 millimètres, pour produire deux sensations. Un extrait de cette observation curieuse a été publié dans le Bulletin de la Société anatomique, 1847, p. 168. Cette exagération de la sensibilité tactile ne s'accompagnait d'aucune douleur. Il arrive quelquefois que les nerfs emprisonnés dans les tumeurs s'atrophient par compression «ivant d'être directement envahis par le mal, et alors il peut se faire que leurs fonctions soient supprimées peu à peu sans douleur névralgique; mais lorsqfue la tumeur se propage aux nerfs, des douleurs plus ou moins vives, et quelquefois des névralgies atroces, accompagnent ordinairement ce travail de désorganisation, jusqu'à ce que le cordon nerveux soit entièrement détruit. Il existe une espèce particulière de névralgie des membres inférieurs, qui résulte de la propagation du cancer des ganglions pelviens aux nerfs sacrés, à la suite des cancers de l'utérus ou du rectum. Dans un cas de ce genre, où la malade, folle de douleur, s'était suicidée par pendaison, je trouvai, à l'autopsie, des cellules et des noyaux de cancer dans l'épaisseur du deuxième et du troisième nerf sacrés. Chez une autre malade qui était morte également au milieu des douleurs les plus atroces, j'ai trouvé les oerù sacrés simplement comprimés. En définitive, les productions acci-

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