PROPAGATION AUX ARTÈRES, — IIÉMORRHAGIES
dentelles se propagent assez dilTicîIemenlaux gros cordoas ner¥eux, qui sont protégés par un névnlemme assez dense; les nerfs plus petits, et surtout les filets nerveux, dont le névnlemme est beaucoup moins résistant, se laissent plus aisément envahir; et c'est probahlrment à celte cause qu'il faut attribuer les douleurs lancinanles qui accompagnent le développement de certaines tumeurs. Ce caractère, qui a été considéré pendant longtemps comme propre au cancer, se retrouve dans un grand nombre rlautres tumeurs, et manque fréquenuDent dans les cancers les pJus graves»
Les paroÎË deê vaùsemix sont souvent détruites par les tumeurs en voie de propagation; mais lorsque ces tumeurs possèdent une certaine dureté, elles déterminent ordinairemcnl, par compression, IV blitératiao des vaisseaiuL, avant d'en entamer les parois. Les tumeurs malles, au contraire, peuvent se propager aux parois d'un vaisseau où le sang conduup k circuler Ce phénomène, d'où résultent des conséquences mullîples et Irès-diverses , est remarquable surtout dans le cancer encépbaloïde; mais il peut s'observer également dans les autres tumeurs molles, comme le sont par exemple certaines tumeurs épithéliales ou fibro-ptasliques. Les parois des veines ont une structure assez serrée, mais elles sont très-minces; de telle sorte que leur résistance est souvent vaincue, A calibre égal, celles des artères sont plus épaisses, et elles sont composées de plusieurs tuniques que protège encore une tunique cellulense externe; mais aucune de ces couches ne possède une structure aussi serrée que celle des veines; somme toute, la propagation parait se faire un peu plus aisément aux artères qu'aux veines; mais ce n'est peut-être qu'une apparence, attendu que la destruction des parois artérielles entraîne ordinairement des conséquences plus évidentes, plus faciles à constater que celle des parois veineuses-
I La propagation des productions accidentelles aux parois des artères présente deux degrés k étudier, H faut d'abord que le vaisseau soit entouré de toutes parts par la masse morbide; sans cela, il fuirait devant elle, el échapperait à la propagation. Au premier degré, ta tunique celluleuse est envahie, et fait corps avec la tumeur; la membrane moyenne et la membrane înterne sont encore respectées, el la circulation, plus ou moins gênée parla compression extérieure, continue cependant à s'eÛTectuer, Au deuxième degré, la membrane moyenne est envahie à son tour; son tissu est peu à peu remplacé par le tissu de la tumeur; el lorsque celle-ci est molle, il arrive un moment où la résistance des parois du vaisseau devient inférieure à la force qui pousse le sang. Il se produit donc une rupture, et le sang
s*extravasc. Si cet accident se passe près de la surface d'une tumeur ulcérée, il en résulte une hémorrhagie proportionnelle au volume du vaisseau rompu; s'il a lieu dans une tumeur non encore ulcérée, le sang extravasé se creuse, au sein du pseudoplasme, une cavité irrégulière, sans parois propres, comparable à un anérrysme dilitas. Il se produit souvent, dans une môme tumeur, plusieurs de ces cavités sanguines qui se mettent aisément en communication les unes avec les autres, et qui, se prêtant dès lors à une sorte de circulatiu, peuvent donner lieu, pendant la vie, à des pulsations, à un mouvement d'expansion, et môme à un bruit de souffle (ce qui est plus rare), de manière à simuler un anévrysme ou une tumeur érectile. Cet état constitue Vétat hématode. Il se manifeste plus souvent dans Tencéphaloïde que dans toute autre espèce de tumeurs; mais je l'ai vu plusieurs fois dans les tumeurs fibro-plastiques molles, dans dd fibrome volumineux et très-mou, et dans un chondrôme du tibit qui avait atteint un degré de ramollissement tout à fait exceptionnel.
Enfin, j'ai rencontré deux fois cette altération dans les tumeurs myéloïdes de l'extrémité inférieure du fémur, et, en outre, j'ai actuellement, dans mon service de Bicôtre, un malade qui est atteint d'une tumeur énorme et pulsatile de cette partie du squelette. Cette tumeur, stationnaire depuis deux ans, est entièrement locale; elle est le siège d'un bruit de souffle intermittent, et d'un thrill trèsmanifeste; et je suis disposé à la considérer comme une tumeur myéloïde hématode du fémur.
L'état hématode n'est donc pas propre au cancer; il ne constitue pas non plus une espèce particulière de tumeur cancéreuse; c'est une altération secondaire qui peut si? produire partout où les parois artérielles sont envahies par la propagation d'une production accidentelle très-moIlc. C'est le plus souvent dans les tumeurs cancé* reuses ou fibro-plastiques des os que cette complication se manifeste; ce qu'on a décrit sous le nom erroné de tumeur érectile dei m, d' anévrysme des os, n'est autre chose qu'une tumeur solide, devem» hématode; et cette erreur, répandue surtout par Maunoir, en I89Q» n'a pas peu contribué à entretenir la confusion des cancers et dei tumeurs érectiles. (Voyez plus haut, page 20.)
J'ai publié, dans mon Rapport sur les ruptures de Vaorte {i\ une observation qui a été recueillie à THôtel-Dieu, par M. Destouches, et qui montre un cas particulier et unique jusqu'ici, de la propagation des tumeurs aux parois artérielles. Une tumeur cancéreose
(1) Bulletin de la Société amtomique. t. XXV, p. 253. Pa i», 1S50, In-S.