‹ Traité des tumeursChapitre 88 sur 140 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

C'est un fàïE vulgaire, et depuis loiiglcmps connu, que la com- j pression prolongée fait atrophier et résorber la plupart des tissus, niérû€ Je tissu osseux. Elle exerce sur les tissus p^ithologiques une action relativement plus rapide, .surtout lorsqu'ils sont de formation récente. On sait, par exemple, combien une rompression métbodîque favorise la résolution des produits organisés de l'inâammalion*

Les Arabes se servaient de la compression pour arrêter les progrès de réléphantîasis. Le traitement des anévrysmes du coude par la compression directe date de la m^^me époque. Au dix-buitième siècle, pendant que GuaUant appliquait cette méthode au traitement des anévrj^smes du membre inférieur, Theden s'en servait pour combattre les inflammations phlegmoneuses. Enfin Bajnton, à la fin du même siècle, eut recours à la compression pour guérir les ulcères des membres inférieurs, et surtout les ulcères compliqués de*] callosités.

Ces diverses applications de la méthode compressive devaient conduire tôt ou tard k Tidée de traiter les tumeurs par la compression. Il est même permis de s'étonner que Theden, si hardi dans le traitement des tumeurs pblegmoneuses, n*ait pas songé à employer^ un moyen analogue pour faire atrophier les tumeurs * broniques.

C'est dans notre siècle seulement que le traitement ries tumeurs J par la compression a été érigé en méthode régulière; mais il n'est pas douteux qu'avant cette époque on avait dû plus d'une fois en fairo*J l'essai. Ainsi John Hunier, dans ses Leçfms mr ki prineipeg de ta cAf*^ rurgie, recueillies par Rumsey, en lt85-1786, parle sommairement des'^ tumeurs solides, constituées par un tissu de formation nouvelle, et ajoute: « La compression empêche souvent leur développement, et ti quelquefois même produit leur destruction par absorption ; mais ce

40t) COMPRESSION.

« moyen n'est pas toujours cfflcace, et alors rexUrpation est le seul (( moyen de guérîson (1). n Ce jugement, qui est parfaitement exact, reposait certainement sur rexpérience; et quoique Hunter n*ait pas cité d'observation particulière, il est clair que, par lui-même ou par d'autres, il connaissait les effets du traitement des tumeurs par la compression.

Vers la môme époque, Desault se servait de la compression pour faire affaisser et disparaître « les squirrhosités o du rectum. Le bat qu'il se proposait en introduisant dans cet intestin des mèches d'un calibre croissant n'était pas seulement d'obtenir la dilatation et de rétablir le cours des matières. Il avait parfaitement posé l'indication de faire résorber les tissus accidentels au moyen de la compression. Je crois devoir transcrire ici un passage où Bichat a exprimé nettement les idées de son illustre maître (i) :

« Pour atteindre le second but de ce traitement, c'est-à-dire pour « procurer l'affaissement et la disparition des callosités, ce moyen « n'est pas moins avantageux. Ici, les auteurs ont multiplié les appli- « cations topiques, les fondants, les résolutifs, etc.; mais ii fCetipoM a de meilleur fondant qu'une compression méthodiquement exercée nar « ces tumeurs squirrheuses; l'analogie des autres tumeurs nous ledémma trerait, quoique (lisez quand même) ici l'observation ne nous en a assurerait pas. C'est par leur présence seule, par leur contact sur a les parties engorgées du rectum, que les mèches en procurent le c dégorgement, et non parles médicaments dont on les charge; Dece sault ne les graissait que de cérat, pour faciliter leur introduction. c( Il semble qu'environné de toute part de tissu cellulaire» l'intestiQ c ne doit que difficilement se prêter à cette compression^ et qu'en le « dilatant, on doit seulement enfoncer dans ce tissu les squirrhosités; « l'expérience, toujours invariable arbitre, répond ici le contraire, « en nous montrant, dans une foule de cas, ces tumeurs disparues tt complètement au bout de quelque temps de l'emploi decemoyen.^

L'invariable arbitre dont Bichat invoque ici le témoignage a malheureusement prouvé que les guérisons radicales, qu'il croyait si fréquentes, sont au contraire extrêmement rares. Mais il ressort clairement de ce passage que Desault connaissait parfaitement les effets de la compression sur les tumeurs de l'extrémité inférieure du rectum. On remarquera que l'auteur fait allusion à l'efficacité de cette méthode dans le traitement des tumeurs extérieures, comme on parle d'un fait déjà vulgaire.

(I) Œuvres complètes de iohn H unter,édlUon française. Paris, 1848,l»-«, t. I.p. hSI. (2> Bichat, Œuvres chirurgicales de I>esauit,X. M, p. iZU Paris, 1801. lo-H.

œWORÏQOE. — YOUNG. 407

Cdâ suffit pour monlrer que, depuis longtemps déjà, le traitemenl des lumeurs par la compression avail été mis en pratique, lorsque Samuel Young, en !809^ y eul recours d^ux fois avec succès. Hais il est Juste de reconnaître que cet auteur a eu le mérite d'appliquer ce moyen avec per3évér«ince dans un grand nombre de cas, de rériger en méthode régulière, et d'en démontrer Tefficacité par une série de faits authentiques et détaillés.

Ces faits ne furent publiés qu'en 181S; mais Samuel Whithread Jes avait déjà fait connaître aux gouverneurs de MiddEeseTE-Hospila), dans une lettre qui fui reproduite en lôte de l'ouvrage de Young (1). Le Lonion Ahdkaî and Physicoi Jourmnl, le plus répandu des journaux de médecine de rAnglclerre, publia aussitôt un long extrait de cet ouvrage (2). Dans le même numéro, le vénérable Thomas Dennmn, beau-père de Baîllîe, en donna une appréciation des plus favorables, en ajoutant qu1l avait lui-même yu ptusieui^ malades tniités par Yûung^ et que plusieurs autres médecins avaient appliqué celle méthode avec le même succès (3).

Le livre dToung, rapidement épuisé, eut une seconde édition en tS16; deux ans plus tard, Tauteur y ajouta une seconde partie,

(r) Samuel Young, Minuits of Cftsts ofCan'^^r nnd Cûncerom Tettd^nûy êuceitfulhj Irmi^. bond,, lilS, in*B de ISO pw^cs CVal par erreur que les rédadeurd du iovr* nai géfiérut <fe metùîcine (*uilB du journal de S^dillutj, iSïT, L XCIX, p. 421), en lettDl un reiiaril reutupeciif sur rorigine de îa niëtbodft compretsive, récemmcnl introduile en France par Récaïuier, ont Fait remonter à Tan née JSO^ la publication de Kouvrage de Young, sur te trailemEut ducmucer par cette méUiode. L'ouvrtge publié en 1805 par Young était Intitulé : An Inquit^y info the Nafiir^ and Action o/ Cmcer^ L*ûiiieur ti'avaU pas encore lenlé rapplleation de la comijrfstion. Il d> eut recours qu^cn IKOS, amsi i^u il le déclare lui-niém^ dans son Hvre de \%lh. La aeeoDde partie de ce dernier ouvrage parui en ï8IS. Le Joumat gétiéral de médeeifte^ daos firticle précité, commet une autre erreur relativement â rêdiUon de ISjS, qui» suivant lui, n'aurait été publiée qu*en ISIS par Samuel Wbitbreail. Or, le Journal de Potherg ill, dan; te numéro de mar^ iglà, avait donné une analyse du livre de Yiiung, en désignant déjà soua te nom de feu Samuel Wbitbread Tauleur de la lettre anneiée à cet ouvrage. {The Uimion Médical and Physkal Jmmal conâmteti by Fi*lhtrgiHt voL XXXI V, p. 110. txmd., JJliS, in-8.J CeidéUila permetleni de sup po*er que les rédacteurs du Joumat général de médecine n'avalent étudié que Irèssupernciellement la queitlon* qu'ili n'avalent pii eu les pièces sous les ye-ax, et quelle avaient montré plua de pairiotiiime que de justice, en déclarant que la méibcHle de la oomprei^un ■ était téeUemcnl devenue pour M, RccAm 1er une sorte d« pru^ prlété > [ifjc. cit., p. 430). C'a été le point de départ de tuul ce qui s'e^i dit en France iur rinvention de cette méthode ^ et pour tna part. Je me r^proelie d'avoir pluBleur^i foit, dans meaécrila antérieurs, attribué à ttécamier un honnetif qui refient I Sa* muet Yimniî.

*2* Jhe Lond, Med. oiid i%g^. Joutntti^ mt. 1815, ToL )L3GUV, p. 4l[»430.

|3) OiC ci/,, p. 38i^

avec dix obscrvalions nouvelles, et avec des renseignements ultérieurs sur les malades traités avant 1815 (I).

La méthode de la compression était donc parfaitement régularisée en Angleterre; elle était suffisamment répandue pour qu'il n'y eût pas lieu de Tin venter de nouveau; et déjà même un article de M. Roche, publié en février 1817, Tavait lait connaître en France (2), lorsque, au mois d'août de la môme année (3), sur l'avis deBiett, qui revenait de Londres, Récamier y eut recours pour une énorme tumeur du sein chez une dame de quarante-huit ans. La tumeur diminua d'un tiers environ; mais il fallut en venir à l'extirpation, qui fut faite avec succès par Richerand. Quelque temps après, une autre tumeur du sein, traitée de la môme manière, diminua également; mais « Dupuytren abrégea le traitement en extirpant les restes de la tumeur. » Il faut croire que Récamier ne trouva pas ces résultats bien encourageants, puisqu'il attendit jusqu'à 1825 pour faire de nouvelles tentatives. Mais cette année-là, après un troisième essai tout à fait infructueux (4), il réussit enfin à faire disparaître complètement, en trois ou quatre mois, une tumeur désignée par lui sous le nom d'engorgement aigu de la mamelle, et contre laquelle, pendant les quatre mois précédents, Roux avait essayé sans résultat les antiphlogistiqucs, les émollients, la ciguô et l'iode.

Ce succès eut un prompt retentissement, et un grand nombre de malades, atteintes pour la plupart de tumeurs du sein, furent adressées à Récamier, qui eut ainsi de fréquentes occasions d'étudier les effets de la méthode compressive. En janvier 18^7, époque où il publia pour la première fois, dans la Reçue médicale, les résultats de sa pratique, il avait déjà mis vingt-une malades en traitement. Sur ce nombre, six étaient guéries; plusieurs autres avaient obtenu une

(1) Minutes of Cases of Cancer, etc., part II, hting further R-^ort of Cancerous Cases successfully ireated hy the New Method of Pressure. Lond., ln-8, I818.

(2) Bibliothèque tnédicale, fé?. 1817, t. LV, p. 270. Paris, 1817, in-8.

(3) Le mois d'août n'est pas Indiqué dans le premier article de Récamier; mais il est écrit en toutes lettres dans son livre. {Recherches sur le traitement du cancer, 1. 1, p. IV dellntroductlon. Paris, 1829, in-8.)

(4) Récamier, en pariant de son troisième essai, dans son Mémoire de 1827, s'est laissé aller à dire que « ces nouvelles tentatives n'eurent qu'un résultat éphémère, m mais surprenant, eu égard à la situation affreuse de la malade. » {Revue médicûle, 18'27, t. I, p. 99.) Mais deux ans après, à la pagexiii de l'IntroducUon de ses A^ cherches sur le traitement du cancer, il dit, en parlant de cette même malade : « J« voulus enfla commencer la compression, mais je n*avais pas encore eu Tidée de )*aga« rie ; je ne pus la faire supporter, et cette infortunée personne succomba dans les douleurs les plus horribles à la fin de 1826. » Cette dernière version est évidemment la bonne ; je laisse au lecteur le soin de qualifier la première.

inSTOniQUE. — RÉCAMIER*

4og

grande simélionilion, et Récamier, convaincu que le cancer pouvait iiispaniltre sans opération, commençait môrac k appliquer la compression au Irailenient des cancers de Tutérus (1),

A cette époque, la t lassiûcalion des tumeurs ne reposait que sur des données tout k fait insuffisanles; le groupe des cancers n'avait pas encore été débrouillé et épuré; on y confondait pôle-mèie les atTeclions les plus diverses; le diagnostic était moins avancé encore f[ue Tanalomie pathologique, et il était bien rare qu'une tumeur du sein ne AU pas considérée comme cancéreuse* Récamier put donc dire d» bonne foi qu*i! avait guéri par la compression de véritables cancers; el Touvrage qu'il ne tarda pas h publier, sur le traitement du cancer, fut accueilli avec faveur (%). Quoique l école physiologique fût déjà sur son déclin , les partisans de Broossais étaient encore nombreux, et beaucoup de cbirurgiens, mOrae parmi ceux qui repoussaient sa doctrine, admettaient avec lui que te cancer était une affection purement locale. On ne pouvait méconnaître» en effet, qu'une foule de tumeurs, alors réputées cancéreuses» pouvaient guénr radicalement par ropération. D*un autre côté» il est vrai, la fréquence des récidives et les exemples d'hérédité tendaient à faire admettre que le cancer était une affection constitutionnelle; mais on cherchait à éluder la difficulté en disant que le cancer était tantôt primitivement local, tantôt primitivement général; et si, dans ce dernier cas, la compression paraissait devoir être aussi impuis* santé que l'opération môme k modifier Tcnsemble de l'organisme, on espérait du moins qu'elle pourrait guérir les cancers Incaux.

On admit donc sans critique et sans contrôle les faits publiés par llécamier; on partagea ses illusions, on crut que la compression guérissiût fréquemment les cancers» et cette méthode eut en France un moment de vogue, comme on l'avait vxi en Angleterre, en !815, après la publication de l'ouvrage de Young. Mais en France, comme en Angleterre, un prompt désenchantement succéda à celte contiance exagérée; Young et Récamier, avec cette bienveillance qu'on accorde naturellement aux choses dont on est le promoteur, avaient été plus frappés de leurs succès que de leurs insuccès; ceux qui imitèrent leur pratique n'avaient pas les mêmes motifs d Indulgence; les faits défavorables se multipliaient; puis les doctrines marchaient; Tidée que le cancer est un mal local perdait chaque jnur du terrain, et la guérison du cancer par la compression paraisiait de plus en plus en contradiction avec la théorie. Un passa donc

• médkate, Jflnv, fin iî} RécÉDilcrp Kechtrcftft mr ^

f tmitmient du tancer, Ht\*t l*ï»i 2 vt»l. lé^

d'un cxlrôme à Tautre : on ne se demanda pas ai TelBeacité de la coini)ression n'élait pas subordonnée à la nature des tumeurs» etoa abandonna cette importante méthode qui, bientôt même, fut considérée comme nuisible, par ce double motif qu'elle &isait perdre m temps pi Ocieux en retardant Topération, et qu'elle paraissait de niture à favoriser la propagation des tumeurs vers les parties profondes. L'abandon fut si complet que de 1841 à 1851, pendant les dix premières années de mon séjour à Paris, je n'ai vu aucun chirurgien recourir au traitement des tumeurs par la méthode delà compression, ni dans les hôpitaux où j'ai rempli les fonctions d'iitterae, ni dans les services de chirurgie que j'ai fréquentés, soit avant, mit après mon internat. A cette époque, les deux éminents disciples de Bretonneau, MM. Trousseau et Velpeau, démontraient l'efficacité de cette méthode dans le traitement des inflammations aiguës ou chroniques de la mamelle; beaucoup de praticiens suivaient leur exeoh pie; mais personne, à ma connaissance, n'essayait de revenir à l'emploi de la compression dans le traitement des tumeurs proprement dites, et si l'on en parlait quelquefois dans les cours et dans les cliniques, c'était seulement pour mettre les auditeurs en garde contre les illusions de M. Récamier.

Les motifs de l'abandon de celte méthode devaient persister jusqu'au jour où les progrès de l'analomie pathologique permettraient d'établir, dans le groupe des tumeurs dites cancéreuses, des catégories bien précises, de distinguer ensuite sur le vivant les lumeurs qui, comme les vrais cancers, sont sous la dépendance d'une cause diathésique, de celles qui, comme les hypertrophies glandulaires, dépendent d'un trouble de nutrition purement local, et de déterminer enûn les cas où la compression peut avoir la prétention d'obtenir des guérisons radicales.

Parmi les tumeurs non cancéreuses qui paraissaient de nature à se résoudre sous l'action d'une pression mécanique, celles qui devaient se présenter tout d'abord à l'esprit, étaient les tumeurs hypertrophiques, et spécialement les adénomes. Le tissu glandulaire normal est un de ceux qui s'atrophient le plus aisément sous l'iiiiuence de la compression. Il suffisait donc de savoir que les adénomes de la mamelle sont constitués, en tout ou en partie, par des éléments glandulaires, pour concevoir l'espérance de les faire atrophier par la compression. Il devenait dès lors probable que les observations de guérison radicale publiées par Récamier étaient relatives, pour la plupart, à des tumeurs de ce genre. Pour m'en assurer, je dépouillai avec M. Lebert, en 1849, les observations de cet auteur, et nous

ArPLlCATIONS DIVERSES.

imes reronnallre, d*aprôs l'analyse des sympiûmcs, que quelquesunes des tuDietirs radicalemeot guéries élaieul des engorgements ioOammaloîres, et que presque toutes les autres étaient, selon toutes probabilités, de nature glandulaire (I).

Je résolus dés lors de teuter, au moyen de la eompression raélliodique, la guéridon des adénûmes; mais n*ayant encore ni hôpital» ni client!^ le, je dus attendre jusqu'au mois de septembre 1851 pour mettre ce pbn à eiécution. Mon premier essai fut suivi d'un succès rapide; laguénson fut radicale (1). J'ai lieu de croire que jusqu'alors personne n'avait employé sciemment la compression dans le traitement des adénomes de la mamelle. Ceux qui, dans les cas de e^ genre, aTaîent obtenu des succès, avaient cru guérir des cancers, En 1843, M. Rufz avait publié deux cas où la compression avait, pour «n temps, fait disparaître les douleurs de la mameiie irrùahle (3); mais on ne connaissait pas eocore la naîurc de cette affection, et je crois d'ailleurs avoir démontré qu'on a confondu sous ce nom des tumeurs extrêmement diverses, seuïblables seulement par le symptôme commun de la uévnilgie (4).

Depuis 1851^ j'ai adopté la compression comme méthode générale dans le traitement des adénomes. Ce n'est pas ici le lieu de faire connaître les résultats de ma pratique. Je les exposerai dans la seconde partie de cet ouvrage. J'indiquerai en môme temps les indications et les contre-indications de ta méthode, suivant le volume do la lumeur^ sui¥aat ses complications, et suivant la proportion relative des éléments fibreuit et des éléments glandulaires qui la composent.

Je ne me suis occupé jusqu'ici que des tumeurs qui étaient réputées cancéreuses à l'époque où la compression fut érigée eii méthode; je leur ai accordé une attention spéciale, parce que cVst à leur occasion que cette raéUiode a donné lieu à des appréciations contradictoires.

Mais ce ne sont pas seulement les tumeurs comprises dans l'ancien groupe des cancers qu'on peut traiter par la compression; sans parler des inflammations aiguGs, qui ne rentrent pas dans mon sujet,

(tf M. Ub*rl ■ publié, m IS5l, dans ion Traité des mafadiei amtéreuset.p. 191- IM, une inâl|ie crilique des otmenraUoni de Kccufiilcr, et manlré combien étélî dMltti li dliSDOSllc pané par cet auteur dans les cai où Û crayaii avoir guéri de» taowiiri cadcéreuaet.

(1\ U mzMt 1 «unécu dit an$ et cil morte tana réciJive.

(3> Htjfl, âffectim ifouiounu^e des glanât$ mamrnmres, dana Ârçhuei gé^àki dt médtcine^ î«l3, sér. \^, t. lU, p, '5 cl 82. * -

CD a souvent eu recours avec succès à l^emploi de celle méthode contre des engorgements chroniques d'origine inflammatoire. La compression fait résoudre les callosités, et réprime les fongosités des ulcères de la jambe; elle peut, dans certains cas, amener IV iropbie des fongosités des synoviales; elle favorise ou détermine la résolution des engorgements inflammatoires chroniques de l'appareil lesticulaire. La dilatation employée dans le irailement des rétrécissements des conduits muqueux et des oriftces n'est autre chose qu'une compression exercée de dedans en dehors ; elle agit en faisant résorber en tout ou en partie le tissu inodulaire dont la rétmtion a produit le rétrécissement, et les résultats qu'elle fournit sool d'autant plus durables que la résorption de ce tissu a été poussée plus loin.

C'est surtout dans les engorgements durs qui succèdent aux abcès du sein que la compression offre une ressource précieuse. J'ai traité par ce moyen, à l'hôpital des cliniques, une jeune femme qui était malade depuis dix-sept mois. A la suite d'une couche, plusieurs abcès s'étaient formés dans sa mamelle gauche. Il était resté trois petites fistules qui donnaient à peine de temps en temps quelques gouttes de pus, et qui pénétraient dans l'intérieur d'une tumeur globuleuse, tout à fait indolente, et presque aussi grosse que le poing. On avait fait dans les trajets toutes sortes d'injections, et sur la peau toutes sortes de frictions. Depuis près d'un an, la tumeur était restée à peu près stationnaire, et la malade, effrayée par un médecin qui lui avait fait craindre une dégénérescence squirrheuse, était entrée à l'hôpital pour se faire opérer. J'eus recours à la compression méthodique, au moyen de bandes et de rondelles d'agaric. Le bandage fut renouvelé d'abord tous les deux jours, puis plus rarement, et eo vingt-cinq jours, la guérison fut complète et radicale. Les fistules s'étaient refermées l'une après l'autre, du huitième au quinzième jour.

J'ai obtenu tout récemment (mai'S 4863), à la Salpétriëre, un résultat bien plus rapide encore sur une femme qui, par suite de tumeurs gommeuses de la mamelle, avait gardé deux fistules et une induration mammaire volumineuse. Une compression méthodique assez forte, exercée pendant 48 heures, fit d'abord refermer les fistules et réduisit l'engorgement de plus de moitié. Après trois autres Jours de compression la guérison était complète.

Les engorgements chroniques des ganglions lymphatiques (je ne parle pas de ceux qui sont de nature tuberculeuse) cèdent assez bien, môme chez les scrofuleux, à l'action de la compression, et à plus

APrLlCAT(0>S DIVERSES.

forte raison chez les individus dont la constitution n'est pas entachée de la dlathése scroFuleuse, Toutefois, ce moyen ne peut être employé que dans des cas spéciaux, parce que le siège de rengorgement ne se proie pas ordinairement à Taction des pelotes ou des bandages. J'ai traité avec succès, au moyen d'une grosse pelote de charpie, tinL* lumenr ganglionnaire de Taîsselle; j'ai échoué dans deux autres cas, et on n'en sera pas surpris» si Ton songe avec quelle facilité les glandes de celte région fuient devant les bandages. On ne peut songer à comprimer d*une manière permanente les tumeurs ganglionnaires du cou; mais celles de la région inguinale, el notamment celles qui ont été décrites sous le nom, quelquefois inexact, de hu~ ^om strumeuxj ne peuvent Être traitées mieux que par la compression* Ou sait qu'il est assez commun de voir chez les sujets de vingt à trente ans, notamment chez les hommes, les ganglions inférieurs de la fosse iliaque, situés immédiatement au-dessus de l'arcade de Fallope, s'engorger d'une manière chronique /soit tout à fait spontanément j soit à la suite d'un exercice violent des membres inférieurs (frotteurs). Ces tumeurs, qui peuvent se développer chez tes sujets les mieux constitués, durent quelquefois plus d*ime année, surtout lorsqu'elles n'ont aucune tendance à la suppuration, comme cela est assez fréquent. On réussit souvent à les faire résoudre eu quelques semaines, ou du moins à les réduire il un volume beaucoup moindre, au moyen d'une large pelote, soutenue par un fipica, ou par un simple brayer, qui permet aux malades de marcher et de reprendre leurs occupations.

Quelques ohsenatîons permettent de considérer la compression comme très -avantage use dans le traitement de l^éléphantiasis des Arabes.

On a encore appliqué la compression au traitement des tumeurs érectiles; mais les cas où l'on a réussi sont assez exceptionnels. Tout le monde connaît cependant le succès publié par Boyer. Une luraeur érectile assez volumineuse de la lèvre supérieure, chez une petite ûlle, fut guérie à la longue par la eompression. La mère de Fenfant faisait elle-même cette compression avec les doigts pendant plusieurs heures ctiaque jour, et quelquefois pendant sept heures consécutives {!), On a dit de cette observation qn*elle prouvait la puissance de t*amour maternel, bien plus que Tefticacité de la compression. Avec non moins de persévérance et autant de bonheur. Roux réussit à guérir m propre fille d*uoe tu-

(IJ Bûyer, Siciaditt chimrsicalêi, U U, p. 209. Pêri^, 181t. In-fl,

meuréreciile du front. Il se servit d'un appareil mécanique. La guérison ne fut complète qu'au bout de trois ans (1). M. Tarral, qoi rapporte ce fait intéressant, ajoute que Pelletan, Dupuytren, A?erill et Abernethy ont également réussi à guérir des tomeors érectiles par la compression. Mais ce moyen, dont Tapplication est sooTOt très-difûcile, échoue le plus souvent ; il exige d'ailleurs des soins continuels et une longue persévérance, et dans la pratique il est rare que les conditions propres à en assurer le succès soient réunies.

On ne s'étonnera pas que la compression ait pu guérir des tumeors très-diverses, si Ton songe que le mode d'action de cette méthode n'est pas spécial, mais général. Elle diminue l'abord du sang, entraie l'exhalation et l'organisation des blastèmes, oppose x>^r conséquent à la nutrition un obstacle puissant, et l'on conçoit très-bien que beaucoup de tissus accidentels puissent par ce moyen sabir on travail d'absorption plus ou moins considérable.

Il est clair toutefois que tous les tissus ne doivent pas se prêter avec la même facilité à cette action résolutive. Aucun n'y est absolument et constamment réfractaire, mais, en déterminant les indications de la méthode compressive, il faut distinguer les cas où le succès est très-incertain, de ceux où une expérience suffisamment étendue a prouvé que la compression, à défaut de certitude, offre do moins des chances très-sérieuses.

Nous dirons d'après cela qu'il est indiqué de recourir à la méthode compressive dans les hypertrophies, et spécialement dans les hypertrophies glandulaires, dans les adénites chroniques, dans les engorgements inflammatoires chroniques. Elle peut, dans ces divers cas, amener la résolution totale des tumeurs, ou les faire rétrograder et les rendre staiionnaires sous un petit volume. Elle oflte une ressource précieuse dans le traitement des tumeurs compliquées de névralgie, car, alors môme qu'elle ne fait pas résoudre ces tumeurs, elle réussit fréquemment à dissiper ou à atténuer la douleur.

On pourrait essayer de traiter les lipomes par la compression; mais la tentative, que je sache, n'en a pas encore été ftdte. Les fibromes et les chondrômes, à cause de la dureté de leur tissu, paraissent devoir être réfractaires à cette méthode; mais, ici encore, l'expérience n'a pas prononcé.

Quant aux tumeurs réputées malignes, qui doivent leur mauvaise renommée à leur tendance à la propagation, à l'ulcération et à b récidive, je ne conseillerai pas, tant qu'elles seront opérables, de les

(1) Tarra], Du traitement des tumeurs érectiles, etc.^ dans Archives géméraUs de méd., 2e série, t VI, p. U (1834).

TCMEURS MALIGNES.

traiter par la coropressiofi. Celle-ci ne peut avoir là prétention de faire disparaître le tissu pathologique plus complètement que ne le fait Topération; il parait même bien difficile qii*elle atteigne les derniers restes du mal, et s'il y a quelque chance de ronjurer la récidive, c'est bien plutôt en extitpant ou en détruisant la tumeur €t les iissuâ adjacents, qu'en opposant un obstacle incomptet àla nutrition de.s parties malades.

En théorie, je ne voudrais pas nier absolument la possibilité de guérir par la compression certains épithéîîômes assez limités et assez superficiels pour ùive accessibles dans toute leur étendue à l'action des moyens mécaniques* Faire résoudre, jusqu*au dernier, tous les éléments anatomiques d'une pareille tumeur, sans laisser dans les tissus la moindre cellule, le moindre noyau, est sans doute une entreprise fort aléatoire, dont le succès parait extrêmement peu probable; mais si la compression fait résorber promptemenl» ce qui n'est pas douteux, une partie notable de la production accidentelle, il n'y a pas de raison absolue pour que le reste ne puisse pas à la longue se résorber aussi. Le malade se trouverait alors dans la mt^me condition que s'il avait été opéré, il pourrait donc être radicalement guéri. Mais, en MU j^ ne connais aucune obsenatîon propre à éta* blir sans réplique la réalité de cette heureuse terminaison. Les observations de Récamier oe sont pas valables, puisque, dans les cas de ce genre, il associait la cautérisation à la compression. Le fait relatif au malade nommé W* Lea, qui fut guéri par Young d'un épilhéliôme papillaire de la lèvre, me paraîtrait beaucoup plus Cônchiant, s'il n'y avait une petite lacune dans le journal de Fothergill^ où cette observation est rapportée (î)* Quoi qu'il en soit, un

(M Je nai pu me pmeurer h livre de Voung, qui D'ejiiste plus dam la Ubralrle, et <|ui ne se tf oute à Parii à^m aucune bibUolbèque publique. Je cunnaU iurUiut eeï ouvrage par un bmg gk trait ïe^tuel publié dans The Landon Mtdkaî and I*htj.ncai JournnI, nù\\ 1815. vol XXXlV, p. 4JO-I20. L*observalion de Left y m-tupÈ troU pAp'it E\]k est reproduite teictuHlf'ment dans pTesque t ou le son éteiidue; nialhçureusemenl, aprèfi avoir iranstTit qudqi)ee-uDft deâ remèdet iotemea pri^ifriLt pur Youtig, avant et pendant la compreâ^iont Le rédacteur interrampl la narration de lautear et Tabrége en disant : t D'auLfea rcmédeA furent emplo^^éa. partirullère-

• ment li prrparaiiï'n ar^enicaie du doclifur Vatangin Noua ne menti on nerona |ias 4 Cfita pour diminuer la valeur de la méthude de et^mpreiMlon de At, Youngf parce

• f u'on »a]l bien que ce^ remédea ont été emphyéi fréquemmeni et Ututilement 1 ejontrfl te cancer. « Il résulte évidemment 4e ce paisage que la pré para lion arsc- Oieale de Valangin devait éire un remède lnt«rne^ et non pas un causLb|ue. LVsl, du

^molni^ ce que pensait îe rédacteur du journal anglais, et II devait être bien rmtelgnr. Hais la même obiervaUon i été repr&dulte en alirégé dan* lei AtcAite* ^téraies de jnédecine, mal 1827, t. XIV, p. 92, et 11 on Ut que « aprèt ivutr eaulériié

succès, el inéme plusieurs succès authenliqueSy ne suffiràieut pas pour faire ciccepler le traitement des épithéliômes par la compression, parce que, je le répète, la compression ne peut avoir la prétention de faire plus que Texlirpation ou la cautérisation « parce que toute tumeur épithéliale qu'on peut comprimer ezactenicnt et complètement, est nécessairement petite, superficielle, el peut être extirpée ou cautérisée sans danger, parce qu'enfin c'est une chose bien connue que la gravité' de répitbéliôme cutané dépend de sa tendance à la propagation, et que le meilleur moyen d'empécber cette propagation est de supprimer d'un seul coup le foyer du mal.

Maintenant, que pouvons-nous attendre delà compression dans le traitement des cancers proprement dits? Les objections précédentes sont applicables ici, avec ceci de plus que, la récidive étant plus imminente, étant même tout à fait ou presque tout à fait inévitable, les chances d'une guérison radicale doivent être considérées comme à peu près nulles. De deux choses Tune : ou bien une tumeur cancéreuse est déjà compliquée d'engoi^ement ganglionnaire, et alors la compression ne peut être complète, puisque les ganglions occupent presque constamment une situation qui les rend inaccessibles à l'action du bandage, — ou bien l'engorgement ganglionnaire n'existe pas encore, et alors il faut se bâter d'enlever ou de détruire la tumeur, au lieu de recourir à une méthode fort lente, et de consacrer à ce traitement incertain plusieurs semaines, plusieurs mois pendant lesquels les ganglions peuvent s'engorger.

Je pense donc que la compression ne doit pas être appliquée, comme traitement curatif, aux tumeurs qui, comme les cance», les ûbroïdes, les épithéliômes, tendent à s'ulcérer, à se propager et à récidiver. Toute tumeur de ce genre qui est accessible dans toute son étendue à la compression, est accessible, à plus forte raison, aux opérations chirurgicales. Celles-ci doivent donc recevoir la préférence. Mais lorsque le mal n'est plus opérable, la compression mérite d'être employée dans beaucoup de cas comme moyen palliatif. Elle fournit une ressource précieuse contre les douleurs, quelquefois

« modérément et à plusieurs reprises la lëTre malade, en y appliquant la pâte arse- « nicale, on y exerça une compression solide, etc. » J'ai lieu de soupçonner id une erreur de traduction. 1^ version du Journal anglais me parait beaucoup plus probable que celle du journal français, et Je suis disposé à penser que Yoang a guéri son malade par la seule compression et sans le secours de la cautériaaUon. Mais Je ne puis l'affirmer, n'ayant pas eu sous les yeux le texte original. Une courte notice, insérée dans le t. XVI des Archives générales de médecine, avril 18î8, p. 678. montre que le nommée Lea, sujet de TobserxaUon, était encore sans réi*idi?e trois ans aprèi sa guérisoD.

SQUIRRHES ATROPHIQUKS,

!>i vives, qui accompagnent le cancer de la mamelle; elle réprime les végélatioos el les champignons fongueux des encéphaloïde.s; elle aiTiMe les bémorrhagies et en prévient le retour; elle produit quelquefois une diminution remarquable du volume de la tumeur, et, grâce à elle, quelques malades ont pu obtenir une amélioration inespérée. Elle D'est pas toujours lolérable; maïs on peut Tessajer sans inconvénient, et j*ai eu plusieurs fois l'occasion d'en apprécier les bons effets.

Il y a une variété de cancer qui se distingue des autres par la len- Jeur de sa marche et par sa bénignité relative. C'est le squirrhe atrophigue. On ne l*observe guère qu'à la mamelle. Lorsqu'on Tenlève, il récidive aussi sûrement et aussi prumptcment que les autres cancers, et on a cru remarquer que les récidives marchaient en général plus rapidement que îa tumeur primitive. De là est venue ropinion Irès-répandue, et probablement fondée, que les malades vivent plus longtemps lorsqu'on ne les opère pas, que lorsqu'on les opère. Mon ami le docteur Macquel, chirurgieu de rhôpîtal d'Angoulôme, m'adressa» l'année dernière, une danae d'environ quarante-cinq ans, atteinte d'un de ces squirrhcs atrophiques du sein. A 6 centimètres au-dessous du nianielon, la peau, brusquement et profondément déprimée, formait une sorte d'entonnoir au fond duquel existait une petite ulcération. A ce niveau, on sentait dans l'épaisseur de la maraelle une masse diffusé^ qui avail environ 4 cenliniètres de diamètre» et qui était très-dure à son cenlrCp L'induralion avait été constatée pour la première fois deux ans auparavant; la petite ulcération n'exiâ^tait que depuis six mois, pendant lesquels la tumeur avait fait des progrès lents, mais continus. La malade, peu disposée à se laisser opérer, accepta avec empressement la proposition que je lui ds d'essayer le traitement par la cooipression. Le premier bandage coinprcsâif fut appliqué le 1" mai !865, Au bout de cinq jours, la tumeur était réduite de plus de moitié; la petite ulcération n'avait pas même fourni une goutte de pus. Au bout de dix jours, le volume de llnduration ne dépassait pas celui d'une noisette; au bout de quinze jours, il fallait beaucoup d'attention pour découvrir les restes de la tumeur; mais la peau était toujours dépiimée, quoique beaui^oup moins profondément qu'elle ne l'était avant le traitemenL La malade retourna alors en province, promettant de continuer à se faire comprimer le sein. Cette compression, reprise et abandonnée plusieurs fois, n'a jamais été bien forte, ni faite avec t>eaucoup de RUite, Aujourd'hui, 20 mars 1863, M. Macquet m'écrit qu'il vient de visiter notre malade, L'infundibutum existe toujours tel qu*il était

le 45 mai dernier, o H y a tout antoor une légère indoratk» qd ne s'étend pas à plus d'un centimètre. 11 s'écoule quelquefois tout à coup un peu de sang rouge du fond de la dépression de la peau, mais jamais ni pus, ni sérosité. Les ganglions de Taisselle sont intacts; la santé générale est superbe. » Ainsi, les effets de la compression a'oat pas été passagers. La tumeur, réduite à un volume insignifiant, n'a fait absolument aucun progrès depuis dix mois, et ce résultat me semble des plus satisfaisants.

Le 10 octobre 1863, j'ai entrepris de traiter de la môme manière un autre squirrhe atrophique, très-semblable au précédent, à cela près que la tumeur existait autour du mamelon, qui était déprimé, et qu*il n'y avait pas d'ulcération. Le squirrbe, au bout d'un mds, était réduit de plus des trois quarts. Il ne restait qu'une induration diffuse très-peu étendue, et le mamelon n'était plus que faiblement déprimé. J'ai revu la malade le 28 février 1863. Son état est toujours le môme qu'au mois de novembre.

Je suis donc porté à conseiller de traiter les squirrhes atrophiques par la compression, alors même qu'ils seraient faciles à opérer. Ce n'est sans doute qu'un traitement palliatif, mais ce moyen, qui retarde la marche du mal, qui le fait même rétrograder, me parait, dans beaucoup de cas, préférable à l'opération, que la plupart des chirurgiens considèrent comme inopportune.

Les indications et les contre-indications de la compression ne sont pas relatives seulement à la nature des tumeurs, mais encore à leur siège. Pour que la compression jouisse de toute son efQcacité, il £int que la tumeur puisse être refoulée contre une paroi osseuse ou contre un plan résistant. Si elle pouvait s'enfoncer dans les parties molles, elle échapperait en grande partie à l'action des moyens mécaniques. En outre, il ne suffit pas que la compression soit efficace, il est nécessaire qu'elle soit tolérable, et qu'elle ne gêne aucune fonction importante. Les malades supportent au besoin une douleur qui ne dure que quelques heures ou quelques jours; mais leur courage ne résisterait pas à une torture prolongée, et on ne doit pas oublier que la compression est une méthode lente, dont les effets sont déjà appréciables sans doute au bout de peu de jours, mais dont les résultats définitifs peuvent se faire attendre plusieurs semaines ou plusieurs mois.

La région thoracique, et spécialement la région de la mamelle, est une de celles qui se prêtent le mieux à l'application de la compression. En procédant avec précaution et d'une manière graduelle, on peut exercer sur les tumeurs mammaires une pression méthodique

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