INDICATIONS
gangrène. On ri oit plu tôt les considérer comme des exemples extrêmes de rapplication du principe sur lequel repose la méthode de HarTey, et qui consiste à diminuer l'abord du sang dans les tumeurs. Mais ils montrent que, pour guérir par celte méliiode les productions aceidentelle^ douées d'une grande malignilé, il faut réduire la circulation au point de rendre la gangrène iraminente. Et cela même est très-incerlain, puisqu'on a vu un cancer du radius continuer à s'accroître après une gangrène parti die consécutive à la ligature de rnrtère liumérale (cas d'A, Cooper). Il est clair que, dans ce cas, les parties de la tumeur qui ne furent pas morliûées n'avaient survécu qu'à grand'peîne; ta diminution des matériaux nutritifs y avait été poussée jusqu'à rextrème limite de Tinanition; et cependant, cela n'avait pas suffi pour faire perdre au tissu accidentel sa propriété d*aC4;roissement, qui se manifesta de nouveau dès que le cours du sang fut rétabli dans ce membre.
Nous pouvons conclure de ce qui précède que le succès de la méthode de fîan-ey dépend principalement de la nature des tumeurs, La ligature des artères afférentes est, sans contredit, un puissant moyen de résolution, et elle peut rendre statronnaîres, faire rétrograder oit même guérir les tumeurs qui n'ont pas une grande tendance à Faccroissement; maïs elle devient de plus en plus incertaine à mesure que Ton considère des tumeurs douées d'une plus grande malignité locale. Il est douteux qu'elle ait jamais guéri un véritable incer. Les deux tumeurs de la langue qui ont été guéries, sinon par I celte méthode proprement dite, du moins par un procédé qui en est 1 l'exagération, étaient probablement des épithéliômes. En interp relia ut aujounrhni les autres faits, diaprés les conjectures que nous ^auggère Tétai actuel de nos connaissances en diagnostic, nous pouvons présumer que la méthode de Harvey a guéri un éléphanliasis des bourses, deux sarcocèïes tuberculeux, deux myéloldes du tibia, plusieurs adénomes de la parotide; quant aux tumeurs opérées par Magendie et par Flaubert, nous ne pouvons pas même en conjecturer la nature.
Avec des éléments aussi peu nombreux el aussi peu certains, il est difficile de préciser \e^ indications de la méthode de Harvey; Ces indications, assez restreintes aujourd'hui, pourront s*élendre plus tard, lorsque le diagnostic des tumeurs^ et spécialement des tumeurs du squelette» sera plus avancé; car elle paraît offrir d'assez bonnes chances de succès dans le traitement des tumeurs bématodes et non cancéreuses des os.
Elle mérite peut-être plus d'allention que ne lui en accordent au-
jounl'bui les chirurgiens. Il est permis de croire qu'elle est fort incertaine dans ses résultats, quelle que soit la nature des lumeors, et, d'une manière générale, on fait bien de donner la préférence à l'extirpation, dont les effets sont connus et certains. Toutefois il y a une circonstance qui permet de tenter l'application d'une méthode infidèle; c'est lorsqu'il y a, sous le rapport de la gravité, une très-grande disproportion entre cette méthode et celle qui lui est supérieure m efficacité. Ainsi l'extirpation d'un goitre volumineux est une opéntion radicale sans doute, mais excessivement grave. La ligature des artères thyroïdiennes, quoique beaucoup moins efScace, est incomparablement moins dangereuse, et doit par conséquent recevoir b préférence.
De même la ligature de l'artère fémorale est beaucoup moins gnre que l'amputation de la cuisse; et quand même elle ne devrait guérir qu'une fois sur trois les tumeurs hématodes non cancéreuses do tibia, elle mériterait d'être appliquée avant l'opération radicale^ entraîne la perte du membre. Mais cette indication, je le répète, ne pourra être formulée que lorsque le diagnostic de ces tumenn, aujourd'hui fort obscur, aura acquis plus de précision.
En appliquant le même principe, je me demande si, avant d'enlever les testicules tuberculeux, on ne pourrait pas essayer de ]ier^a^ tère spermatique; opération presque insignifiante en elle-même, el beaucoup moins grave évidemment que la castration.
La ligature des deux artères linguales , opération peu grave, M rendue facile aujourd'hui par l'élégant procédé de M. Malgaigne, pourrait de même être tentée avant l'excision, dans les cas singuliers désignés sous le nom de prolongement chronique de la langue.
Enfin, s'il est vrai que Harvey ait guéri un éléphantiasis très-volomineux des bourses par la ligature de Tartère spermatique, pourquoi ne courrait-on pas la chance de faire résorber, par le môme moyen, ces énormes tumeurs dont l'extirpation, toujours très-laborieuse, laisse une plaie énorme, et expose l'opéré à une foule d'accidents? Et s'il était reconnu que la méthode de Harvey o£fre quelque chance de succès dans le traitement de l'éléphantiasis, ne pourrait-on pas songer à lier l'artère fémorale pour arrêter les progrès de l'éléphantiasis du membre abdominal? Mais ce ne sont que de simples suggestions sur lesquelles je ne dois pas insister.
Si maintenant nous laissons de côté les tumeurs accessibles am autres méthodes, nous dirons que la méthode de Harvey offre quelquefois une ressource précieuse pour arrêter les progrès d'une tumeur inopérable, compliquée ou non d'hémorrhagie.