‹ Traité des tumeursChapitre 98 sur 140 · TUMEURS DIVERSES · texte numérisé non relu

TUMEURS DIVERSES

coinplèle, et oîi là guérison s'esl maintenue au moins pendant quelque temps*

J'ai déjà fait connattre le succès de Harvey, et les deux succès dt^ Maunoir, On me permettra d*y joindre les deux observations, d^à j citées, de Roux et de M. Lagout, obsenalions relatives à des tu* meurs pulsaltles du tibia, qui furerit guéries par la ligature de l'artère fémorale; car je pense que ces tumeurs n'étaient pas des anévrysmcs des os, mais des tumeurs solides, passées à l'état bémaîode*

Ryll rapporte dans sa thèse surllnduration et rextîrpation delà parotide, que la ligature de la carotide primitive a fait décroître plusieurs fois des tumeurs parotidienucs, au point de rendre tout à faîl inhabile l'extirpation qu'on se proposerait de pratiquer ultérieurement (I),

M* Voranger a vu, à THôtelDieu de Rouen, a un homme qui por- « tait à la parlie supérieure gauche de la lôte une tumenr ptus voluir mineuse que le poing, qui avait déjà été opérée deux Toîs, et avait w reparu. M, Flaubert lia Tartére carotide du même côté, et la lu* ti nieur ne reparut plus (2). « Uauleur ne dit pas combien de temps le malade fut observé après Topération; c'est une grave lacune : il ue dit pas non plus de quelle nature était le mal, désigné simplemeni sous le vague nom de tumeur. Il n'en est pas moins intéressant de savoir qu'une tumeur, assez maligne pour avoir récidivé deux fois^ a pu être guérie, au moins pour un temps asse^ long, par la ligature d'une artère.

M. Hosaçk, de New- York, a traité deux fois des tumeurs parotîdienn«?sixir la ligature de Tarière carotide. Dans un cas, le développement de la tumeur fut seulement retardé; mais Tatilre tenlative fut couronnée d'un plein succès. Il s'agissait d'une grosse tumeur de la parotide, existant depuis trois ou quatre ans, cliez une femme de cinquante-cinq ans. On avait inutilement employé l'iode sous toutes les fi>rmes, Li tumeur gônaii considérablement le mouvement des màcboîres, et oblitérait le conduit auditif externe. A la suite de là ligature de la carotide, cette masse volumineuse se résorba entièrementj et il resta même derrière la branche de la machine une dépression indiquant que la glande parotide avait en grande partie

(1) De induratmiÊ et eutùjiatmne glamiitlœ parafidit. Bonn. 18 H, Cité dsnt Aug, Bëfârd, Dï-jt ùpéraîifmt que réchniênt lei lumeun delà réff(m imrGiidiftmej Thèse i\t mncour». ï^iri». lUî, In i. p 33*ÏL

tîj Vortnger» Traitement du cùncer de ta ian^ue pnr la Itgafwrt d$ rtirtére fin'

a/g, th. Ltuiug. ^aiUt iS^^i i»^*. P« n.

disparu (i). Cette tumeur est désignée dans robsenration sons le nom de squirrbc de la parotide; mais, d'après ce que nous savons aujourd'hui sur les tumeurs de cette glande, il est probable qu'il s'agissait seulement d'une hypertrophie glandulaire ou ganglionnaire.

II n'est donc pas douteux que certaines tumeurs solides, de nature très-diverse, peuvent être guéries par la méthode de Harvey. Malgré la facilité avec laquelle les anastomoses rétablissent le cours du sang, la ligature des artères peut porter à la nutrition des tumeurs une atteinte suffisante pour y déterminer un travail d'atrophie. Mais il est clair que le succès de cette méthode est subordonné à deux conditions essentielles. 11 faut en premier lieu qu'on puisse, par la ligatuie d'une ou plusieurs artères, priver tout d'un coup la tumeur de la plupart de ses moyens de nutrition. Mais cela ne suffit pas ; il faut en outre que la tumeur soit assez bénigne, ou, si l'on veut, assez peu maligne, pour être susceptible de se modifier avantageusement, et d'entrer en résolution avant que le cours du sang ait été rétabli par les collatérales. Ainsi, dans un cas de M. Jobert, nous avons vu une tumear (probablement un épithéliôme) de la lèvre inférieure, traitée par la ligature des deux artères faciales, des deux artère? coronaires labiales inférieures, et des deux artères sous-mentales. Il était impossible, à moins de recourir à la ligature en masse, défaire subir uneatUÂnte plus profonde à la circulation de la tumeur; et cependant la marehe du mal fut à peine enrayée pendant quelques jours. C'est parce que les épithéliômes sont doués d'une grande malignité locale. Alors même que la plupart des cellules infiltrées dans le tissu de ces tumeurs viendraient à se dissoudre et à se résorber, celles qui resteraient suffiraient pour rendre bientôt au mal ses premiers caractères; de sorte que, pour obtenir la guérison, il faudrait pouvoir réduire pendant longtemps la circulation à un état de pauvreté voisin de la gangrène.

Il est douteux que la ligature des artères puisse amener un pareil résultat; mais le mode de guérison que je viens d'indiquer n'est pas hypothétique. 11 s'est réalisé dans deux observations remarquables que je crois devoir rapporter comme des exemples de ce que peut produire la méthode de Harvey, poussée à l'extrême. Les deux tumeurs dont il s'agit sont désignées sous le nom de cancers de la langue; mais c'étaient probablement des épithéliômes, car on sait aujourd'hui que le véritable cancer de la langue est fort rare.

M. Mirault, d'Angers, ayant à traiter un «cancer» de la langue,

(1) Cette observation, publiée par M. Mason Warren, a été reproduite par M. Walahe (On Nature and Treat ment of Cancer. Lond., 18<G, In-S, p. 201.)

TtIMBDRS .MAUGNES DE LA LANGUE.

qui s'étendaîl depuis !e plancher de la bouche jusqu*ati voisinage de l'islhmc du gosier, résolu! de tenler l'extirpittion de celle tumeur par llnstruiricnt Iranchanl. Pour se meltre en garde eontre Thémurrhagie, il voulut d*abord lier les deux artères Jingualt-s au-dessus de la grande corne de Tos thyroïde; mais il ne put trouver Tartére linguale droite, et ne lia que la gauche* Ne se croyant pas suftlsamment garanti contre l'hémorrhagic, il renonça à son premier plan» et se décida à enlever l'organe malade par la ligature en tuasse. Mais il vmilut attendre quelque temps avant de pratiquer cette opération- I^ tumeur volumineuse, ulcérée, et couverte de végétations fongueuses, avait déjà donné lieu à plusieurs hémorrhagîes, A la suite de la ligature de Tune des artères linguales, ces \égélatïons se flétrirent, se détacherai, et laissèrent sur la langue une profonde ulcérattoo. Pourtant cette amélioration ne fut que passagère; bientôt les hémorrhagies se reproduisirent, cl dix-huit jours après sa première opération, M, MrrauU se Tit contraint de procéder à la liga^ lureen masse, qu1l pratiqua par le procédé sus-hyoïdien. Une anse de fli transversale, dont les deux chefs sortaient par la plaie du cou, fut appliquée ce jour-là sur la moitié gauche de la base de la langue; on résena pour un autre jour la Un de Topération. La ligature étant tombée le neuvième jour, après avoir coupé la partie qu'elle étreignait, une seconde ligature fut appliquée transversalement sur la moitié drvitf de la base de la langue. ïl semble donc que cet organe, privé de presque toutes ses connexions, aurait dû tomber eu gangrène; il n*en fut rien. A mesure que le second fil coupait les tissus, les lèvres de la section se réunissaient au-dessus de lui par première intention, et le sang qui, contre la volonté du chirurgien, arrivait dam la langue à travers cette cicatrice, fut suffisant pour empêcher la gangrène, mais non pour entretenir la nutrition de la tumeur. Celle-ci s'affaissa^ se cicatrisa, se résorba; vingt-detix jours après la dernière ligature, il ne restait plus dans la langue qu'un petit noyau induré, du volume d'uue noisette, et six semaines plus tard, ce noyau même avait disparu (1).

La guérlson avait été constatée, le 9 septembre 1833, parla Société de médecine de Maine-et-Loire, et il n'est pas questian de récidive dans l'observation, communiquée par M. Mtrault à TAcadémie de médecine, le 30 juillet 1834.

Une 0|ïératJon pi-atiqiiée au commencement de mai 1835, par M* Jobert, donna un résultat très-semblable au précédent. M, Johert

(1) Académie de médecine^ té«oci du Sa juillet ISdij daiu Archtvti ^mérûiu ^ê médecine, 2» série» t. V, p. $3S,

se proposait, comme M. Mirault, de détruire un cancer de la langue par la ligature en masse, et, comme lui, il résolut de pratiquer cette opération en deux temps.

La tumeur, beaucoup moins volumineuse que dans le cas précédent, n'occupait que le tiers moyen de la partie antérieure de U langue; l'opération fut donc pratiquée par la bouche. Le premier jour, le chirurgien appliqua sur l'organe deux anses de fil antéropostérieures, l'une médiane, l'autre latérale; la tumeur était comprise entre les deux anses, qui devaient pratiquer deux sections parallèles, laissant entre elles, à leur partie postérieure, un pédicule assez étroit Les deux ligatures tombèrent le 15 juin, et ce jour-là, M. Jobertti proposait d'étreindrc par une anse transversale le lobe moyen de celte langue Irifide; mais le malade demanda sa sortie, promettant de revenir quelques jours après. II ne revint que le 2â juin, après-im mois d'absence; la tumeur n'avait fait aucun progrès, loin de là, eir les végétations s'étaient affaissées, et les ulcérations s'étaient rétiécies. M. Jobert appliqua alors sa troisième ligature, qu'il plaça traniversalement en arrière de la tumeur. « La partie circonscrite par le tt fil ne tomba pas plus en gangrène que la première fois, et l'olcénu tion était pnîsque effacée, et le gonflement disparu, lorsque le a malade sortit le 21 juillet 1835 (t). »

Ce fait est moins complet que celui de M. Mirault, puisque k malade n'a pas été suivi jusqu'à l'entière guérison de son mal. Mais le rapprochement de ces deux observations n'en est pas moins [dein d'intérêt pour nous. Dans les deux cas, des tumeurs linguales fort graves, sinon cancéreuses, du moins épithélides, ont été traitées par la ligature en masse en plusieurs temps; les anses de fil qui ont été appliquées ont successivement coupé tous leurs vaisseaux nourriciers; et si ces sections avaient été simultanées, la gangrène en aurait été la conséquence nécessaire; mais, avant que toutes les voies de la circulation naturelle fussent fermées, les vaisseaux capillaires développés dans les cicatrices ont pu ramener dans la tumeur une petite quantité de sang. La vie des tissus cernés par les ligatures n'a donc pas été anéantie; toutefois elle a été amoindrie à un degré suffisant, et d'une manière suffisamment durable, pour que des tumeurs douées d'une grande malignité locale aient pu perdre leurs premiers caractères, et entrer en résolution.

Ces faits ne doivent donc pas figurer dans l'histoire de la ligature en masse, car le propre de celle-ci est de faire tomber les tumeurs en

(1) Bulletin de th&apeutique, t. XVII, p. 39. Paris, 1839, ln-8.

Page 1