‹ Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'anthropologie zoologiqueChapitre 15 sur 116 · MUSCLE ANORMAL D'ALBINUS · texte numérisé non relu

MUSCLE ANORMAL D'ALBINUS

Syn. : Musculus rhomboïdeus (Santorini) ; Muscle tenseur de la muqueuse alvéolo-labiale (Sappey). 11 n'est pas mentionné dans les Nomina anatomlca.

Ce muscle avait fort embarrassé Albinus qui en parle en ces termes : « J'ai vu un certain muscle rectiligne et obliquement descendant qui adhère sur toute sa longueur à l'os maxillaire, et qui ne s'insère à aucune partie molle qu'il puisse mouvoir : ce muscle ne me semble donc avoir aucun usage. »

« Si étrange que paraisse cette conclusion, remarque Sappey^ elle m'avait d'abord paru exacte. Plus tard, cependant, j'ai pu constater que ce muscle descend jusqu'à la muqueuse gingivale à laquelle

' Strauss-Durckheini. Loc. cit., p. 210.

- Sappey. Anat. descript., t. II, 2^ éclit.,p. 130.

MUSCLES DE LA TÈrE 19

il adhère, et j'ai dû penser alors qu'il avait pour usage de soutenir et de tendre en quelque sorte le repli que forme la muqueuse buccale en passant de la lèvre supérieure sur l'arcade alvéolaire. On pourrait donc l'appeler inuscle tenseur de la muqueuse alvéolo-labiale. Il est constant, mais très variable dans ses dimensions. »

Ce muscle que Sappey appelle «»<5c/t^ tenseur de la muqueuse alcéololabiale, a été nommé par Albinus ' Musculus anomalus et par Santorini - Musculus rhomboïdeus. Il a été trouvé successivement par Albinus, Santorini, Sœmmerring^ Sandifort'% M. le professeur Macalister, Chudzinski, etc. J'en ai vu, moi-même, divers spécimens très curieux.

C'est M. le professeur Macalister qui me semble en avoir donné la description la plus complète et la plus exacte.

Absolument indépendant, dans la généralité des cas, des autres muscles faciaux, sous-jacent d'abord à l'élévateur commun superficiel et puis à l'élévateur commun profond, il s'attache, en haut, à l'apophyse montante du maxillaire supérieur, près de l'orbite et, en bas, au pourtour de la fosse canine. Quelquefois il provient du chef nasal de l'élévateur commun de l'aile du nez cl de la lèvre supérieure et se perd dans le muscle canin. Je n'ai jamais vu pourtant les insertions du muscle anormal d'Albinus au releveur commun et au canin sur le même cadavre. Sur une fillette j'ai trouvé, des deux cotés, la prolongation de quelques librilles de ce muscle sur l'arcade alvéolaire et dans la muqueuse buccale.

Le muscle ayiorm^/ d'Albinus ne me paraît pas constant. Je l'ai rencontré souvent, mais pas toujours. Sappey et moi avons, sans doute, eu affaire à une série exceptionnelle de sujets.

L'orbito-labial peut être charnu dans toute son étendue ou tendineux à sa partie moyenne (digastrique), ou à ses deux extrémités (fusiforme). Il peut être remplacé par une lame aponévrotique.

Après M. le professeur Macalister j'ai observé, en outre, en mars 1890, sur un homme, une bandelette de nature conjonctive, qui doit évidemment être rapprochée du muscle en question.

C'était un trousseau fibreux nacré, qui, détaché à droite et à gauche <le l'apophyse montante du maxillaire supérieur, derrière le ligament palpébral interne, descendait obliquement, de haut en bas et de dedans

' Albinus. Historia masculorum, p. 167.

- Santorini. Observ. anat. cit., Tab. I, f.

^ Sœmmerring. Loc. cit., p. 102.

* Sandifort. Exercitationes acad. Lu^il. Batav., 1783.

en dehors, au-dessous delà portion inférieure de l'orbiculaire des paupières et se terminait sur le corps du maxillaire supérieur, entre le trou sous-orbitaire et le bord inférieur de Forbite.

Anatomie comparée. — A priori on serait tenté de rapprocher le muscle anormal d'Albinus de la bandelette, mince et plus aponévrotique que musculaire, connue des hippotomistes sous le titre de muscle lacrymal^ lacrymo ç>vl orhito -labial ^ . Ce serait, à mon avis, une erreur. Cette lame fibro-musculaire, située superficiellement, est une expansion du sous-cutané épicranien; le muscle anormal d'Albinus est profond, couché au-dessous des releveurs dont il se détache parfois. Il convient plutôt, je présume, de voir dans le faisceau en question un des sus-maxillo-lahiaux accessoires dont nous avons signalé également la présence chez les Équidés, les Bovidés, etc., etc.

Page 1