‹ Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'anthropologie zoologiqueChapitre 21 sur 116 · MUSCLE DE LA HOUPPE DU MENTON · texte numérisé non relu

MUSCLE DE LA HOUPPE DU MENTON

Syn. : M. levalor lub'ti Inferlorts: M. levalor menti (Albiiuis) ; M. menialls; M. inclsivus lahil infenoris (N. a ).

Variations de volume. — Il a, comme le précédent, nous le répétons, des dimensions très variables. Il est constamment uni au peaucier. Ce muscle manque chez le porc et les Carnassiers.

' Beaunis etBoui-hard. Trall. iVanat., p. 257.

- Ge"onbaur. Lehrhuch der analoinie des vienschen. 1883, p. 330.

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Variations de structure. — Quelquefois, mais très rarement il est divisé en deux faisceaux parallèles.

Anatomie comparée. — « J'ai pu isoler dans le fœlus de gorille, dit M. Deniker, la lioupe du menton, mais je n'ai pu y distinguer comme le fait Elilers deux parties : une externe, une interne. »

Le menton fait défaut chez les Quadrupèdes, mais il est remplacé dans un certain nomjjre d'entre eux, tels que les Solipèdes et les Ruminants, par une houppe musculaire située au dessous et en arrière de la lèvre inférieure avec laquelle elle est confondue, et rattachée à la symphyse horizontale du maxillaire inférieur par deux muscles suspenseurs bien développés.

Anomalus menti. — Theilc a décrit ' sous ce nom un faisceau musculaire à peu près constant, de forme triangulaire, sous-jacent à la houppe et qui naît du maxillaire inférieur et se tiu^mine sur l'éminence mentonnière. Il se continue parfois avec le muscle de la houppe du menton auquel il doit très vraisemblablement être rattaché.

MUSCLES SURNUMÉRAIRES

Je donne le nom de muscles surnuméraires aux muscles qui sont plus souvent absents que présents dans l'espèce humaine.

Transverse accessoire du nez.

Le transeiersus accessoriits nasi est un muscle triangulaire, situé sur la partie inférieure de la portion osseuse du nez, au-dessus du transverse, auquel touche son bord inférieur. « Les fibres qui le composent et que l'on voit quelquefois très bien à l'œil nu naissent, dit Theile qui l'a découvert, de l'apophyse montante du maxillaire supérieur, se portent en avant et en haut sur les os propres du nez, pour gagner le dos de celui-ci, se réunissent du côté opposé, et s'attachent aux os nasaux, entre les prolongements nasaux (pyramidal) des muscles frontaux. »

' ïhcile. Mijolofjle.

Anatomie comparée. — Chez les Solipèdes où il existe entre la pointe nasale et l'apophyse montante de l'intermaxillaire, une lacune occupée par un cul-de-sac du naseau appelé fausse narine, divers hippotomistes ont décrit deux muscles séparés par cette fausse narine : l'un procédant du dos du nez, sous le nom de court du nez ; l'autre di; l'apophyse montante de l'intermaxillaire sous le nom de petit susmaxillo-nasal (transverse du nez chez l'homme, au dire de M. Lesbre).

Dilatateur antérieur des narines.

Sous le nom de M. dilalator naris anterior, M. lecator propidus alae nasi anterior Theile a décrit ^ un faisceau musculaire encore moins apparent que le précédent. Ce faisceau, situé à la partie inférieure de l'aile du nez, entre le sillon hucco-nasal et le cartilage ovale, fait presque toujours défaut. Quelquefois il est divisé en deux corps.

Petit compresseur des narines.

Arnold a appelé compr essor narium mmor un petit muscle très grêle qui, du bout du nez, se porte en travers sur la face antérieure du cartilage de l'aile du nez^ Je l'ai cherché, môme avec l'aide du microscope, sur un grand nombre de sujets sans pouvoir le rencontrer. Theile n'a pas été plus heureux que moi.

Le dilatateur antérieur des narines et le muscle d'Arnold, dont il n'est pas question dans beaucoup de traités d'anatomie humaine ont été absolument oubliés ou négligés par les zootomistes.

Considérations générales sur les malformations des muscles faciaux. — Ainsi que nous l'avons dit, l'union plus intime et le développement plus marqué constituent les deux malformations les plus communes des muscles faciaux. Ce sont des anomalies réversives. Les singes inférieurs ne possèdent pour toute la face qu'un seul muscle qui est une dépendance du peaucier ' ; aussi le jeu de leur physionomie se rapporte-t-il à une grimace qui est toujours la même, qui ne pré-

' Theile. Myol. cit.

' Arnold, in Poirier. Mi/olofjie.

* C'est Topinion de Ruge, de Gegenbaur, de Rabl, de Popowsky, etc. Il y a lieu pourtant de se demander si les sphincters de la bouche, des narines et des yeux qu'on retrouve chez les Poissons qui ne possèdent pas de platysma ne sont pas des muscles autochtones.

sente que des nuances dans son intensité, mais qui ne lui permet point d'exprimer des passions différentes, et même opposées, ainsi qu'on les voit se peindre sur le visage humain.

Chez les Anthropoïdes, la séparation est plus complète pour les muscles situés au-dessus de la bouche, mais d'autres causes s'opposent à ce que la face reflète les impressions. Dans la région de la face placée au-dessous de la lèvre inférieure toute la partie du peaucier qui se rend à cette lèvre agit à la fois, ses faisceaux étant à peine séparés les uns des autres. Dans la région de la face placée au-dessus de la lèvre supérieure, la distinction plus grande des faisceaux charnus n'a pas le résultat auquel on pourrait s'attendre au premier abord. Cela tient d'une part à la consistance de la peau qui est couverte de rides et ne peut être comparée qu'à un masque dont tous les traits sont indiqués d'avance; et d'autre part à ce que par leur mode d'insertion sur la lèvre supérieure les muscles faciaux, lorsqu'ils se contractent, tirent cette lèvre de manière à découvrir les canines et les molaires, et à produire une expression féroce et menaçante.

Les Singes, imitateurs des gestes de l'homme, ne lui ont jamais emprunté le sourire, et le jeu de leur physionomie n'a pour conséquence que des grimaces plus ou moins hideuses et repoussantes.

Si on s'en tient aux recherches de Cuvier et Laurillard, de MM. Hamy, Chudzinski et Popowsky, c'est le nègre qui, dans les races humaines, a les muscles faciaux les plus grossiers, les plus épais. « Chez la majorité des nègres, dit M. Chudzinski, les muscles peauciers profonds de la tête sont beaucoup plus fusionnés que ceux de la race blanche. En outre chez les hommes noirs il se développe des faisceaux supplémentaires qui se rendent surtout à la commissure des lèvres. En même temps chez les sujets noirs, dans les endroits où la lèvre reçoit les insertions des fibres musculaires, elle s'épaissit au point de simuler la dureté du tissu fibro-cartilagineux.

Le tissu adipeux interposé entre les couches musculaires et même sous la peau des nègres est plus ferme, plus abondant et plus coloré que chez les individus de la race blanche. Enfin les aponévroses des régions crânienne et faciale des nègres sont beaucoup plus résistantes et plus épaisses.

Dans la race jaune les muscles peauciers de la tête ont un développement intermédiaire entre celui des blancs et des noirs.

Cependant ils se rapprochent davantage de ces derniers, soit par

leurs caractères généraux, par la vigueur de leurs fibres musculaires, soit par la fusion de leurs faisceaux. Il faut ajouter à cela que leur coloration est plus foncée.

Cela est vrai pour les Chinois et les Indo-Chinois, car nous n'avons pas eu l'occasion de disséquer un vrai Mongol. Chez les trois Peaux- Rouges de l'Amérique du Sud, et chez une jeune Cynghalaise, les muscles se rapprochaient plutôt de ceux de la race blanche. » (Chudzinski, loc. cit. supra^ p. 9.)

Les agents contractiles de la face varient non seulement suivant les races, mais encore, dans chaque race, suivant les individus. « Il n'est pas d'anatomiste, observe M. le professeur Hamy, qui n'ait eu l'occasion de constater dans les relations des muscles un grand nombre de variétés individuelles. De deux sujets de môme race, Fun appartenant au type fin aura les muscles de la face bien distincts, l'autre au type grossier les montrera plus ou moins confondus. » En effet, si on dissèque une face aux traits fins et accentués, dont l'ensemble a l'expression intelligente, on trouvera des muscles pâles, minces et séparés d'une façon précise. Inversement, si l'on rencontre un sujet à face large sans expression, dont l'ensemble des traits forme un masque presque immobile, les muscles seront rouges, gros et intriqués, fusionnés.

Parmi les hommes appartenant à la race blanche ce sont, sans conteste, ceux doués d'une intelligence inférieure dont les muscles de la figure se rapprochent le plus de ceux du noir, autrement dit de ceux des Anthropoïdes. En regardant attentivement, dans la 4° édition du Traité d'anatomie de Cruveilhier, le dessin si exact de l'appareil locomoteur de la région antérieure de la tête, on y trouve la reproduction de celui du nègre. C'est que si Cruveilhier conseille de choisir des sujets vigoureux et athlétiques pour les études de ce genre, lui-même s'est servi de têtes de suppliciés, et tout le monde a pu remarquer la face hébétée que présentent leurs bustes en plâtre. Pour corroborer cette opinion disons que nous-même avons trouvé cette fusion et cette intrication des muscles faciaux chez deux idiots microcéphales.

Il est indubitable que plus l'intelligence s'élèvera, plus les sensa tions et les pensées seront compliquées et parfaites, plus la mimique faciale sera expressive, plus les moteurs faciaux devront être divisés et mieux en contact avec la peau'. Si le système de Gall est faux

* Les muscles faciaux de nos animaux domestiques sont aussi bien individualisés et à peu près aussi nombreux que ceux de l'homme, mais sont séparés du tégument facial par une expansion du peaucier.

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puisqu'il repose sur la corrélation qui existerait entre les saillies et les dépressions de la lame externe et les saillies et les dépressions de la lame interne de la boîte crânienne, ce qui est inexact, puisqu'il y a entre ces deux lames des cavités (sinus frontaux, etc.) et une couche de tissu spongieux plus ou moins épaisse (diploé), il n'en est pas ainsi du système physiognomonique de Lavater'.

En raison de l'insertion des muscles faciaux à la peau à laquelle leurs fibres terminales sont en quelque sorte identifiées, la contraction fréquemment répétée d'un ou de plusieurs de ces muscles imprime à la longue au tégument du visage des plis ou rides qui persistent mC>me après la cessation et dans l'intervalle des contractions qui les ont déterminées. L'habitude de certaines passions se grave à la longue en caractères indélébiles sur la physionomie, de telle façon qu'avec une grande perspicacité d'observation on peut, jusqu'à un certain point, juger du moral d'un individu d'après l'aspect facial.

Avec Darwin -, Gratiolet \ Cruveilhier % Zaborowski% etc., je pense donc que le système physiognomonique de Lavater est acceptable, sinon toujours dans ses détails, du moins dans son ensemble.

La physiologie expérimentale dénote même des distinctions fonctionnelles que l'anatomie normale ne permet pas de prévoir. Est-il besoin de rappeler les beaux travaux de Duchenne, de Boulogne ^ Sur le jnécanisme de la physionomie humaine, méconnus en France tant que Darwin ne les a pas reproduits, en les commentant, dans son intéressant ouvrage sur Y Expression des émotions chez l'homme et chez les animaux? Faut-il dire que l'introduction de la méthode expérimentale dans l'étude du jeu de la physionomie, jointe à l'observation à laquelle s'étaient tenus Camper", Lebrun*, Lavater, Ch. Bell', etc., a permis de classer les muscles faciaux en muscles

' L'édition de Lavater à consulter est l'édition en 10 volumes de Moreau. Paris, 1820. - Ch. Darwin. L'expression des émotions chez l'homme et citez les animaux. Trad. française par MM. Benoit et Pozzi. Paris, 1874. ^ P. Gratiolet. De la p/njsionomie et des mouvements d'expression. Paris, 1865.

* Cruveilhier. Anat. descript., 2^ édit., t. II, p. 227.

" Zaborowski. Uorif/ine du Irnif^aije. Paris, 1879, p. 66.

* Duchenne de Boulogne. Mécanisme de la physionomie liumaine ou analyse électro-phy. siologiquede l'e.vpression des passions applicable à la pratique des arts plastiques. Paris, 1861.

' Pierre Camper. Dissertation sur les différences réelles que présentent les traits duvisaqe chez les hommes de différents pays et de différents âyes. (OEuvres posthumes. Paris, 1786.)

* Vo\'. notamment. Conférences sur l'expression des différents caractères des passions. Paris, 1867. Ces conférences eut été imprimées dans l'édition de Lavater, par Moreau , vol. IX, 1820.

" Ch. Bell. Anatomie et physiologie de l'expression, 18i4 (édition publiée après la mort de Ch. Bell.).

expressifs, muscles expressifs complémentaires et muscles inexpressifs ?

Une dernière question à résoudre pour nos successeurs sera la suivante :

La séparation entre certains muscles qu'on retrouve anormalement, entre le frontal et le pyramidal par exemple, alors que déjà les expériences électro-physiologiques témoignent que ces muscles en état de fusion apparente normalement sont antagonistes; ces séparations qui constituent, pour employer les expressions du professeur M. Du val des anomalies évolutives, seront-elles plus tard la règle pour les autres faisceaux musculaires similaires de la face? Aux anatomistes de l'avenir d'en juger. On prétend déjà que l'homme ne se distingue pas seulement par le jeu de sa physionomie mais encore par l'asymétrie de sa musculature faciale droite et gauche, qui rappelle celle des deux moitiés de son cerveau.

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