PROFONDES ANTÉRIEURE ET LATÉRALES
SCALÉNES
C'est aux recherches de MM. Krause, Gilis et Sebileau que la question de la morphologie et des variations des scalènes doit d'être à peu près élucidée. Voici les titres des publications dans lesquelles ces trois anatomistes ont consigné le résultat de leurs recherches :
Krause, Manuel d\inat . hum., trad. franc. deL. Dollo, fasc. II, p. 171.
Gilis, note sur l'anatomie des muscles scalènes. Comptes rendus hebdomadaires des séances de la Société de Biologie de Paris, n° 33, p. 781 et Mé?n. de la Société de Biologie, 1891, p. 201, 223 et 869.
Sebileau. L'appareil suspenseur de la plèvre, Bullet. de la Société anat. de Paris, 1890, p. 410 et le muscle scalène, Mém. de la Soc. de Biologie de Paris, décembre 1891.
On peut résumer ainsi l'histoire des scalènes :
Dans une première période on décrit un scalène unique.
Dans une seconde période les anatomistes comptent 3, 4, 5, 6, 7 scalènes.
Dans une troisième on les réduit à deux en France, mais à l'étranger on décrit encore trois scalènes : l'antérieur, le moyen et le postérieur.
Les scalènes ont été considérés comme un muscle unique étendu des vertèbres aux deux premières côtes par Riolan {Les Œuvres anatomiques de Jean Riolan, Paris, 1628), Dionis (Vanatomie de V homme suivant les dernières découvertes, chez Laurent Doury, Paris, 1694, p. 444) et Chaussier [Exposition soinmaire des muscles suivant la classi-
fîcation et la nomenclature méthodique adoptée au cours d'anatomie de Dijon, Dijon, 1789)'. « J'ai dans ma bibliothèque, dit M. Sebileau, une vieille anatomie qui n'est pas signée et qui date de 1684 {L anatomie du corps humain avec ses maladies, chez Couterol et Guérin, 1684, p. 336) et dans laquelle on lit : « Le second des muscles qui abaissent le col est nommé scalène parce qu'il ressemble au triangle scalène... Il est troué pour donner passage aux veines, aux artères et aux nerfs. »
Postérieurement à Riolan, tous les anatomistes, sauf Chaussier, ont dissocié la masse scalénique en plusieurs faisceaux : suivant la délicatesse de la dissection, les artifices du bistouri et peut-être aussi suivant le hasard des anomalies, ils reconnaissent trois, quatre, cinq, six ou sept muscles scalènes. Parmi ces scalènes il en est dont l'existence est inconstante : ce ne sont pas des muscles fixes : on les appelle des surnuméraires; leur nombre est variable; mais il en est qu'on retrouve partout ; ce sont des muscles réguliers : on les nomme les vrais scalènes ; leur nombre ne change pas : Il y en a trois. Vantérieur^ le moijen et le j^ostérienr.
C'est ainsi que pour Sabatier [Traité complet d" anatomie , Paris, 1775) et Sœmmerring [De corporis humani fabricu, t. III et De musculis, tendinibus et bursis ?nucosis, Francfort-sur-le-Mein, 1796) il y a trois scalènes, que pour Meckel il y a trois scalènes principaux et des scalènes accessoires (Meckel, Man. danat. génér. descript., traduit par Jourdan et Breschet, 1825, p. 99), que pour Albinus il y a cinq scalènes (H istoria musculorum hominis, Leyde, 1754) et que pour Haller il y en a sept.
La troisième phase de l'histoire des scalènes apparaît. Alors nos auteurs pensent « que le parallélisme des faisceaux de ces muscles et leur isolement accidentel plus ou moins complet permet d'en varier le nombre sur plusieurs sujets, mais que la division de leur masse musculaire, en deux faisceaux, évidente en anatomie, est la seule féconde en applications chirurgicales ». Winslow^ Buisson et Roux ^ Boyer'% Cloquet^, Bourgery^ Cruveilhier'^, Sappey^ Coste®, Morel et
' Chaussier appelait ce scalène unique muscle costo-trachélien.
' Winslow. Eo:pos'dion anafomique de la structure du corps lunnaui, Paris, J732, p. 230. ^Buisson et Roux. Enc>/clopcdie des sciences médicales, Paris, J834, t. I, p. 89. ••Boyer. Traité complet d'anatomie, Paris, 1810, t. II, p. 203.
* Cloquet. Traité d'anatomie descriptive, Paris, 1831, t. T, p. 498. "Bourgery. Anatomie descriptive, Paris, 1852, t. II, p. 33.
' Cruveilhier. Traité danatoinie descriptive, Paris, 1862, 4' édlt., t. I, p. bbl.
* Sappey. Traité d'anatomie descriptive, 1872, t. II, p. 172. «Cosle. Manuel de dissection, Paris, 1847. p. 172.
MUSCLES DU COU Ibl
Matliias Duval', Bcauiiis et Bouchard-, Dcbiorro '', TesUil % etc., c'eslà-dirc tous les auteurs de traités d'anatomie descriptive ou de manuels de dissection ne décrivent plus que deux scalènes. Malgaine ^ Petrcquin^ Jarjavay% Velpcau et Béraud*, B. Angcr% Paulet '°. Bichet" et Tillaux ^-, etc., c'est-à-dire tous les auteurs de traités et de manuels d'anatomie chirurgicale, agissent de même. Plaisons pourtant une exception pour Laulh "', Blandin '', Poirier qui en ont signalé trois.
^[ais tandis qu'en France on ne décrit généralement plus que deux scalènes, les anatomistes étrangers persistent à en décrire trois. Ainsi font Quain, ^lacalistcr, (^ristopher Heath ''. Cunningham '", Henle, Heitzmann '', Krause, Gegenhaur, Leidy, Bomiti, etc.
En 1891, M. Gilis a soutenu, devant la Société de Biologie de Paris, qu'il était logique d'admettre, comme les anatomistes étrangers, trois scalènes. ^I. Sebileau s'est élevé, en ces termes, dans les mémoires que nous avons cités, contre les assertions de M. (îilis :
Le scalène moyen n'existe pas.
Il n'est didérencié :
a) Xi par ses insertions supérieures ;
fi) Ni par son ventre musculaire ;
y) Ni par ses attaches inférieures.
Le scalène antérieur est bien décrit par tous les anatomistes.
Le scalène postérieur s'implante en haut non pas sur les tubercules postérieurs des apophyses transverses, comme on l'écrit d'habitude, mais sur leurs tubercules antérieurs. En bas sur les deux premières
' .Morel et Duval. Mmiitcl de Vdmtloinisfe. 1883. p. 331.
-Beaunis et Bouchard. Xoitve(iit.v élément)! iVanatomie descriptive, 1885, 4"' étlit., p. 246.
^ Debierre. Traité élémentaire d'anatomie de Vhomme, 1890, t. 1, p. 322.
*Testiit. Traité d'anatomie, 1890, f. I. p. 5-23.
*Malgaigne. Traité d'anatomie chlrarf/lcale. 1838, p. 2o'2.
'■ Petreqiiiu. Traité d'anatomie topor/rap/tlqae. 1857, "2' édit., p. 215.
" Jarjavay. Traité d'anatnmlr c/ili-aralcate, 1854, t. Il, p. 198.
*Velpeau etBéraïuI. Manael d'anatomie c/ilraj-f/lcale, 2' édit., 18G9. p. 308,
^B. Augei". Xoareaax Eléments d'anatomie c/ilrarr/lcale, 1869. p. 491.
'"Paulet. Résamé d'anatoinle appllfjaée, 1875, p. 158.
" Rirliet. Traité pratique d'anatomie clilrarglcale, 1877, ô" édil.. p. 663.
'* Tillaux. Traité d'anatonile lopof/rap/ilqae, 1879, 2'' cdit., p. 425
'^Lauth. Nouveau Manuel de Vanatonilsle, Paris, 1834. p. 124.
'*Blandin. Traité d'anatomie lopof/rap/uque, 1826, p. 221.
'^ Cristopher Ileath. Pratlcal anatomi/, 1885, p. 392.
'*Cunniugham. Manuel de dlssecl. trad. franc. Liège, p. 57.
''Heitzmann. Die descrlpt. and fopof/raph. anat., Wien, 1887, p. 156.
152 VARIATIONS DU SYSTEME MUSCULÂlllE DE L'HOMME
côtes, ses attaches sont multiples, étendues, variées. C'est un muscle à plusieurs faisceaux : mais c'est un muscle un — indivisible — au sens propre du mot.
Le scalène pleural, qu'on peut encore appeler pleuro-lransversaire ou muscle suspenseur de la plèvre, est un faisceau du scalène antérieur différencié pour un rôle spécial : la suspension du dôme de la plèvre.
Les faisceaux erratiques du scalène ne sont que des faisceaux détachés du scalène postérieur ; on voit souvent une languette musculaire tendue entre le scalène antérieur et le scalène postérieur.
Il n'y a qu'un muscle scalène : celui-ci est divisé en bas pour laisser passer les nerfs du plexus brachial et l'artère sous-clavière. Les raisons qui plaident en faveur de cette opinion sont :
1° Les insertions d'origine uniformes de toute la masse scalénique;
2" Les faisceaux anastomotiques qui existent souvent entre le scalène antérieur et le scalène postéi'ieur ;
3" La division quelquefois constatée du scalène antérieur pour le passage de l'artère sous-clavière;
4° La division du scalène postérieur observée sur certains sujets pour le passage du plexus brachial ;
0° La fusion sur le dôme pleural du muscle pleuro-transversaire et du ligament costo-pleural.
Le scalène est formé par un groupe de muscles intercostaux. C'est un long intercostal cervical : il va, en eifet, d'une côte (tubercule antérieur des apophyses transverses) à une autre côte.
Sans nier la haute valeur des recherches de M. Sebileau, je dois dire que je ne saurais admettre un seul scalène. J'ai constaté avec mes prosecteurs et mes élèves :
I. Que dans la majorité des cas on sépare sans difficulté le scalène moyen du scalène postérieur;
II. Oue le scalène moyen s'insère parfois aux tubercules antérieurs des apophyses transverses sans se confondre avec le scalène antérieur ;
III. Oue, contrairement à l'opinion émise par MM. Krause et Sebileau, l'insertion du scalène postérieur aux tubercules postérieurs des apophyses transverses constitue la règle et non l'exception;
IV. Que le scalène pleural est constant mais souvent rudimentaire. Cette manière de voir est corroborée, du reste, par l'anatomic
comparée. Les lignes ci-jointes empruntées à M. Lesbre en font foi-:
MUSCLES DU COU 13a
■ Il V a lieu, obsorve M. Lesbre', do disUngucr chez les animaux au moins trois scalènes dont rcxislencc osl indépondante de leurs, rapports avec le plexus brachial et les vaisseaux axillaires. Deux de ces muscles placés lim au-devant de l'autre s'arrêtent à la première côte et correspondent l'un à une sorte de long intercostal du cou, l'autre à un premier sur-costal. Quant au 3" scalène, il est situé sur un plan plus externe et croise un nombre variable^ de cotes avant de se terminer : il fait défaut dans les Solipèdes ixinsi que, le plus souvent, dans le mouton-; tandis qu'il se décompose en deux ou plusieurs branches chez les Carnivores.
« Ces trois scalènes équivalent respectivement aux scalènes antérieur moven et postérieur de l'homme ; mais il est vraiment impossible de leur api)liquer les mêmes noms, vu que le scalène transcostal, lorsqu'il existe, n'est pas postérieur aux deux autres, c'est-à-dire situé dorsalement, mais appliqué sur leur face externe ; le nom de scalène externe lui conviendrait beaucoup mieux. Nous dirons donc pour éviter toute confusion : scalène antérieur^ scalène moyen, scalène transcostal ou supracostal et l'on se rappellera que ce dernier équivaut au scalène postérieur do l'homme.
« Le plexus brachial no sort pas toujours entre les scalènes antérieur et moyen ; il passe au-dessous du scalène antérieur chez les Carnassiers et les Rongeurs. De même, l'artère sous-clavière qui, dans l'homme, passe entre les doux muscles, rejoint chez les Animaux domestiques la veine homonyme au-dessous du scalène antérieur ; dans l'homme lui-même on a rencontré plusieurs fois celte disposition. Ces changements de rapport n'influent pas beaucoup sur la constitution do la masse scalénique. C'est à tort, pensonsnous, que Meckel'^ et les anatomistes vétérinaires allemands nient l'existence d'un scalène antérieur chez les Carnassiers et les Rongeurs. La divisi(ni do la masse scalénique en trois muscles principaux parait indépendante des vaisseaux et des nerfs, qui passent où ils peuvent, dans les intervalles qui s'olïront devant eux. Il est évident toutefois que, dans les espèces où les vaisseaux et les nerfs ne passent pas entre
' Lesbre. Loc. cit., p. 89.
- Quand le mouton en a un. celui-ci est extrêmement rudimentaire, à l'état dune bandelette pâle de 2 à 3 millimètres de largeur qui ne dépasse pas la 2* côte. Dans la cltècre, au contraire, ainsi c{ue dans le bœt/f le scalène trunscosfai, très fort s'épanouit sur les 3^ ou 4 pi'emières côtes.
■" Meckel. Anaf. comp., t. VL p- 158.
le scalène antérieur et le scalène moyen, ces deux muscles arrivent au contact et sont JDeaucoup moins distincts.
a M. Gilis a donc raison, au point de vue de Fanatomie comparée, de plaider en faveur de l'indépendance du scalène postérieur de l'homme que les anatomistes français modernes confondent avec le scalène moyen. Celui-ci s'associerait beaucoup plus naturellement avec le scalène antérieur, car à eux deux ils forment la couche profonde de la masse scalénique, tandis que le postérieur constitue la couche superficielle. Les deux premiers sont beaucoup moins développés chez les Animaux domestiques que chez l'homme, parce que la première côte est beaucoup moins mobile, moins arquée et moins longue ; le scalène moyen en particulier, au lieu de figurer une sorte de long surcostal du cou sautant plusieurs vertèbres cervicales, ne représente plus qu'un court sur-costal jeté de la dernière cetvicale à la première côte.
« Par contre, le scalène supra-costal, quand il ne fait pas totalement défaut, comme dans \cs Solipèdes, est susceptible d'un extrême développement.
« Vu son peu d'importance, nous avons négligé de parler du scalemis minimus des animaux ; il existe du moins chez les Solipèdes, à l'état lombricoïde, dans l'espace angulaire qui donne passage au plexus brachial. C'est donc à tort que certains anatomistes vétérinaires allemands, tels que Franck, décrivent sous ce nom le scalène moyen véritable. »
J'admets donc : un scalène antérieur [scalenus anlerior de His), un scalène moyen [scalenus médius de His), un scalène postérieur [scalenus posterior de His), et un scalène pleural [scalenus minimus de His). Gegenbaur et Poirier considèrent le scalène antérieur et le scalène moyen nés des tubercules antérieurs (apophyses cervicales costiformes) comme des intercostaux et le scalène postérieur né des tubercules postérieurs (apophyses cervicales transverses) comme un sur-costal postérieur alors que Cruveilhier considère les scalènes comme des longs intertransversaires cervicaux, le professeur Krause comme de longs intercostaux cervicaux homologues des muscles sous-costaux et M. Sebileau comme de longs intercostaux cervicaux qui sont à la face externe des côtes, les homologues des sous-costaux. En ce qui me concerne je crois que l'opinion de Gegenbaur et de Poirier, pour être la plus plausible, n'acquerra une entière évidence que le jour oii nos connaissances sur le mode de développement des scalènes et des lames osseuses qui limitent les trous des apophyses transverses des vertèbres
cervicales, seront plus siires. D'ores cl déjà, du reste, les recherches (lu professeur Leboucq, de Gand, sur renibryogéuie de la 7° côte cervicale marquent à cet égard un pas en avant (voy. Leboucq, Mé?n. de Vacad. des se. de Belgique, 1896).
SCALENE ANTERIEUR
Absence. — Elle a été notée par M. MacalisLer. Sur un l)Ossu disséqué par Isenllamm les trois scalénes faisaient défaut'. J'ai cherché vainement le scalène antérieur droil chez une vieille liémi[)légique.
Anatomie comparée. — 1j' ai, le tatou^ Xm sarigue, \(i porc-t'pic, hxinar- 7notte^ ïagoiid, les C/tat/ves-souris o[ très vraisemblablement la plupart des Rongeurs et des Carnassiers « n'ont, dit Meckel, que deux scalènes qui sont situés derrière le plexus brachial et qui représentent par conséquent le moyen et le postérieur'- ». J'ai noté plus haut ce que M. Lesbre pense de cette aflirmation de ^leckel en ce qui louche les Carnassiers et les Rongeurs domestiques. Bischoll" n'a pas rencontré le scalène antérieur dans Yorang qu'il a examiné.
Variations de volume et de structure. — Le scalène antérieur est plus ou moins largo et plus ou moins fort. Le professeur Macalisler l'a vu réduit à l'état tendineux, dans son tiers inférieur. Il est (|uelquefois fascicule.
Anatomie comparée. — Le scalène antérieur a des dimensions et un volume très variables dans les Singes et particulièrement dans les AntJiropoïdes.
Variations des insertions. — Pour Theile, le scalène antérieur s'insérerait normalement au sommet et au bord inférieur du tubercule antérieur des apophyses transverses des 4®, 5° et 6° vertèbres cervicales et pour M. (nlis à la face externe et postérieure du tubercule antérieur des apophyses transverses de ces mêmes vertèbres. J'ai rencontré plus fréquemment l'attache indiquée par Theile. J'ai vu aussi quelquefois le scalène antérieur se prolonger jusqu'au fond des 4", 5"
' Isenflamm, Ahli der Knochev u. der Krunlli, 1782. -Meckel. Anat. comp., t. VI, \t. 158.
et 6° gouttières transversaires envoyer môme, comme Font noté Cruveilhier et Bourgery deux languettes tendineuses aux tubercules postérieurs des apophyses transverses des 4®, 5° et 6° vertèbres cervicales. Je l'ai vu, enfin s'insérer une fois aux tubercules antérieurs des apophyses transverses des 2% 3", 4" et S*" vertèbres cervicales, deux fois aux tubercules antérieurs des apophyses transverses des 2", 3% 4% 5® et 6% quatre fois aux tubercules antérieurs des apophyses transverses des 2'', 3- et 4^ et six fois aux tubercules antérieurs des apophyses transverses des 4^ 5% G" et 7^
Theile, Lawson Tait, Curnow, Pye-Smilh et Golson ont noté la continuité du scalène antérieur et du sur-costal antérieur. La réduction des insertions du scalène antérieur est bien plus fréquente que leur extension qui, suivant M. Ghudzinski, s'observerait surtout dans les races nègres.
Anatomie comparée. — Pour ne pas tomber dans des redites , je m'occuperai plus loin de la continuité du scalène antérieur et du surcostal antérieur (voy. ce muscle). Dans le fœtus de gibbon le scalène antérieur se fixe aux cinq premières vertèbres cervicales et envoie un faisceau anastomotique au grand droit (Deniker). Dans le popion [Simia sphynx) il s'attache aux 4 cervicales supérieures et dans Vatèle aux 4 cervicales inférieures. Dans le Troglodytes Aubryï il provenait des 3", 4% S" et 6" vertèbres cervicales.
Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — « Je considère, dit Theile S comme duplication du muscle scalène antérieur l'anomalie suivante que j'ai rencontrée sur le côté droit d'un homme : des apophyses transverses de la 4" et de la 5" vertèbre cervicale naissait par des fibres charnues et tendineuses un muscle qui se dirigeait en bas et en dehors, passait au-devant du ventre inférieur de l'omoplat-hyoïdien et s'attachait dans l'étendue d'un pouce, au milieu du bord supérieur de la clavicule en dehors du sterno-cléido-mastoïdien. » Ce faisceau a été observé depuis Theile par V. Veau ^ et W. Gruber ^, qui l'a regardé aussi comme un scalène égaré sur la clavicule. J'établirai ailleurs (voy. M. omo-trachélien) qu'il répond plutôt au levator claviculœ.
'Theile. EncijcL. anal., l. III, p. 152.
M'. Veau. Uidlel. de la Suc. nnat. de l'afis, t. VII, p. -168.
3 W. (Iniljer. Jahresh. /'. aiuil. a. p/n/.s , 1877.
Le scalèiie antérieur est quelquefois, à son origine, inséparable des intertransversaires du cou ou relié par des trousseaux de fibres d'un volume variable au grand droit antérieur de la tète, M. Sebileau a vu sur un cadavre la curieuse disposition suivante :
Du bord externe du scalcne antérieur se détachait, près de son insertion supérieure à la colonne vertébrale, une languette charnue, longue de o centimètres, qui descendait presque verticalement et qui s'unissait bientôt à un nouveau faisceau plus petit, né plus bas, de la face postérieure du muscle, au niveau d'un plan passant par le bord inférieur du cartilage cricoïde. Ensemble, ils formaient un petit muscle qui se portait en dehors derrière le scalène antérieur, le long de son bord externe dont il était absolument indépendant, rencontrait la première paire dorsale déjà fusionnée avec la dernière cervicale, devenait tendineux, et se divisait en deux petits trousseaux fibreux : l'un passait en avant du nerf et venait s'attacher au bord supérieur de la première cote, un peu en arrière, l'autre obliquait fortement en dehors et venait confondre ses fibres avec celles du scalène postérieur au point où il s'attache au premier arc costal. Entre le scalène antérieur et le faisceau supéro-externe du muscle supplémentaire, passait le cinquième nerf cervical ; entre son faisceau inféro-interne et le scalène antérieur cheminait l'artère sous-clavière. Enfin, entre le scalène moyen et la face postérieure de ce muscle surnuméraire, l'on voyait sortir les sixième et septième paires nerveuses cervicales ^
Il est un autre faisceau erratique du scalène antérieur que Theile, ^Yood, Macalister, Sebileau, etc., ont signalé et dont, j'ai pour ma part constaté plusieurs fois l'existence : c'est une sorte de pont musculaire jeté d'avant en arrière, mais toujours plus ou moins obliquement du scalène antérieur au scalène postérieur ; il se détache, suivant les cas, de l'un ou l'autre muscle, et partage en deux segments le triangle interscalénique : l'un supérieur, contient les nerfs du plexus brachial ; l'autre, inférieur, l'artère sous-clavière.
Anato-mie comparée. — Dans le singe vert (Humphry) ", dans le fœtus de gorille et dans celui de gibbon le scalène antérieur détache un faisceau anastomotique au grand droit antérieur du cou ^
Perforation du scalène antérieur par l'artère sous-clavière ou le
' Sebileau. Le muscle scalène cit., p. 27. - Humphry. Observ. in myol. cit., p. 25. 'Deniker. Loc. cit. siiprà, p. 132.
nerf phrénique. — La division du scalène antérieur en deux chefs entre lesquels passe l'artère sous-clavière, a été signalée par Morel, M. Duval, Beaunis, Bouchard, Sebileau, etc. J'ai observé trois fois cette malformation (2 fois chez l'homme, des deux côtés, 1 fois à droite chez la femme). Cruveilhier a vu et j'ai vu aussi, des deux côtés chez un paralytique général, l'artère et la veine sous-clavières placées en avant du scalène antérieur ^ Dans deux cas décrits par Moser ' et Knott % le nerf phrénique traversait ce muscle.
SCALÈNE MOYEN
Absence. — (Voy. muscle précédent.)
Variations des insertions. — Je l'ai vu provenir très souvent des 4 ou 5 dernières vertèbres cervicales et quelquefois des 7 vertèbres cervicales. Il peut descendre jusqu'à la 2" côte et même jusqu'à la 3^ Il naît normalement du bord externe et de la concavité de la gouttière transversaire des six premières cervicales, depuis le tubercule antérieur jusqu'au tubercule postérieur. C'est à tort que certains anatomistes le font insérer uniquement aux tubercules antérieurs et d'autres aux tubercules postérieurs.
Connexions plus intimes avec les muscles voisins. — J'ai signalé le faisceau musculaire qui le relie parfois au scalène antérieur. Sa fusion avec le scalène postérieur a été le point de départ des descriptions des scalènes en France ; nos anatomistes lui ayant accordé une constance et une signification qu'elle n'a pas. On l'a vu envoyer quelques trousseaux de fibres au multifide et au demi-épineux du cou. Il n'est pas rare qu'il soit perforé par une ou plusieurs branches du plexus brachial. La perforation du scalène moyen par un des rameaux du plexus brachial a été retrouvé chez un cercopithèque par M. Testut.
'Cruveilhier. Anat. descrip/., 2'= édit., t. II, p. 141. -Moser. MeckeVsarch., vol. VII, p. 226.
•■'Knott. Loc. cil. suprà, p. 9.
SCALÈNE POSTÉRIEUR
Absence. — L'absence de tout le muscle a été constatée par Isenllamm (voy. M. scalène antérieur) et celle du chef superficiel ou du chef profond par Morel et Mathias Duval, Sappey, Cruveilhier, Macalister, etc.
Variations de volume et de structure. — M. Macalister l'a vu partagé en trois faisceaux dont l'un se portait à la V côte, l'autre à la 2^^ et le dernier à la 3'. J'ai noté 3 fois (2 fois chez la femme, 1 fois des deux cotés, 1 fois à droite, et 1 fois à gauche chez l'homme), l'indépendance complète des deux chefs qui le composent. Il était rudimentaire chez une jeune négresse que j'ai disséquée.
Variations des insertions. — Ses insertions supérieures peuvent être réduites aux o" et 6" ou aux 4' et 3® cervicales. Tlieile, Macalister, Shepherd et Testut ont signalé son extension jusqu'à la 3" cote et Bouchard jusqu'à la 4°. Au dire de M. Chudzinski, le scalène postérieur descendrait ordinairement plus bas dans les races de couleur.
Anatomie comparée. — Le scalène postérieur se prolongeait jusqu'à la 4® côte dans la guenon du professeur Testut, jusqu'à la o- chez les cynocéphales àa Broca et de Champneys, jusqu'à la 6'" chez le papionei Yatèie de Meckel, etc.
Connexions plus intimes avec les muscles voisins. — J'ai indiqué les relations que le scalène postérieur peut avoir avec le scalène moyen. Un faisceau du scalène postérieur se porte quelquefois du scalène postérieur jusqu'à l'apophyse transverse de l'atlas, en dedans du muscle angulaire avec lequel il se confond. On a vu le scalène postérieur relié par des trousseaux de fibres au premier muscle souscostal ou aux deux premiers muscles intercostaux. Le scalène latéral d'Albinusqui émane des tubercules postérieurs des 2", 3", 4® et 5" vertèbres cervicales et aboutit à la face externe de la 2*" côte n'est qu'un faisceau dissocié du scalène postérieur.
SCALENE PLEURAL
Syn. : M. scalenus 7niniintis (Albinus, Sœmmerring, llis), petit sccdène (Meckel, Bourgery), scalenus accessoriiis (Macalister) ; sccdène intermédiaire (Testut) ; sccdène pleuro-transverscdre, M. suspenseiir de la j}lèvre (Sebileau).
« On trouve souvent, dit Boyer, entre le scalène antérieur et le postérieur un petit muscle qui monte du bord interne ou supérieur de la V^ côte à l'apophyse transverse de la 7" vertèbre du cou et quelquefois à celle de la 6®. Ce muscle est placé derrière l'artère sous-clavière et devant la branche antérieure des deux dernières paires des nerfs cervicaux. » Ce petit muscle si bien décrit en quelques mots par Boyer a été vu par d'autres anatomistes. On le retrouve signalé dans l'anatomie de Cloquet, c'est lui qu'Albinus et Sœmmerring nomment fiuisciiliis scalenus minimus, Meckel et Bourgery petit scalène, Macalister scalenus accessorius, et Testut scalène intermédiaire. Mais personne n'a indiqué nettement avant M. Sebileau la véritable disposition, ]a nature et le rôle de ce faisceau charnu.
M. Sebileau a démontré, en effet, qu'il soutient le dôme pleural sur lequel il s'attache intérieurement. Winslow a, il est vrai, indiqué son insertion sur la séreuse qui enveloppe le poumon ; mais il a douté ; il n'a pas su s'il avait bien vu. MM. Beaunis et Bouchard ont signalé aussi dans leur Traité cTanatomie « un faisceau venant de la 1" cervicale et se perdant dans le sommet du cul-de-sac pleural ». Mais ils n'ont attaché aucune importance à ce faisceau, Font noté comme au passage et classé dans les exceptions.
Or, M. Sebileau affirme — et je suis absolument de son avis — qu'il est constant et non anormal, toujours et invariablement pleural avant d'être costal, parfaitement différencié et adapté à des fonctions spéciales, la principale pièce d'un appareil qui ne manque chez aucun sujet et qui est destiné à maintenir dans sa forme et dans sa sa place le sommet du dôme pleural.
Le scalène pleural offre, dans ses grandes lignes au moins, la même disposition, c'est-à-dire qu'il se détache de la T, quelquefois de la 6° et de la V vertèbre cervicale*, descend vers le cul-de-sac pleural,
' Il remplace là, en quelque sorte, le faisceau du scalène antérieur qui, comme on le sait, ne dépasse pas en bas la sixième cervicale.
étale, SOS fibres sur lui, s'y attache et vient enfin s'implanter en éventail sur la première cote, entre le scalène antérieur et le scalènc moyen. Il est long de 6 à 8 centimètres, d'épaisseur variable, et quelquefois complètement atrophié mais alors remplacé par un ligament.
Sous le scalène pleural ou sous le ligament qui le remplace, et en dehors de lui, existent des trousseaux fibreux constituant ce que M. Sebileau a appelé le ligament costo-pleural ou faisceau profond de T appareil suspenseur de la plèvre et qui se portent de l'arc postérieur de la l'"® côte sur le cul-de-sac pleural ^
Alix et Gratiolet ont disséqué chez le Troglodytes Aubryï, le gorille ^ Vorang, le gibbon et le papion, et le professeur Testut,^dans le Troglodytes niger un ruban musculaire qui se portait, entre Fartère sousclavière et le plexus brachial, de la 6" ou de la T vertèbre cervicale à la 1'° cote. M. Deniker a retrouvé le môme ruban musculaire, en arrière du plexus brachial, à-àïislQ fœtus de gorille ai un gorille adulte. J'ai dit antérieurement que le scalène pleural se rencontre, à l'état lombricoïde, chez les Solipèdes.