CONSIDÉIIAÏIONS GÉNÉRALES SLR LES ANOMALIES DES MUSCLES DU LARYNX
La voix est le résultat d'actions fort variées et fort complexes; mais, en dernière analyse, sa tonalité dépend essentiellement de la longueur de l'épaisseur et du degré de tension des lèvres vocales. Tout chanteur habile est complètement maître des mouvements de ses muscles laryngés et proportionne l'élasticité des cordes de la fente glottique au rôle qu'elles doivent remplir pour engendrer dans la veine fluide qui traverse l'espace qu'elles limitent un nombre constant de vibrations. Cela admis, on est en droit de se demander si la présence d'un muscle de plus dans le larynx ou la dissociation ou le changement d'insertion d'un des muscles normaux du larynx ne doit pas avoir une influence marquée sur la voix '. A prion, on peut conclure qu'il en doit être ainsi. Mais cette influence, de quelle nature est-elle? Pour cela, il faudrait connaître exactement les aptitudes vocales de chacun et principalement celles des grands artistes et vérifier après la mort l'état du larynx. Cela est difficile, j'en conviens, mais cela n'est pas impossible. J'appelle sur ce point particulier l'attention des laryngologistes et j'ai la ferme conviction que, s'ils veulent s'en donner la peine, ils arriveront à des résultats précis, fort importants et fort curieux pour la science et pour l'art.
' C'est ce que se sont également demandé le chanteur Bataille et le professeur Tiirner. En parlant du cérato-cricoïdien qui s'insère au bord postérieur de la corne inférieure du cartilage thyroïde et c(ui par conséquent doit être l'antagoniste du crico-tliyroidien, tenseur des cordes vocales, inséré au bord antérieur de cette même corne, M. Turner s'est exprimé en ces termes : « Quant à ses fonctions, il est bien évident qu'il n'est pas indispensable à la production de la voix puisqu'il manque chez la majeure partie des individus. Il n'est pas douteux cependant que, dans un organe aussi délicat que le larynx où les sons sont modifiés dans leurs modulations à chaque instant par le changement de rapport et de tension des cordes vocales, il ne doive avoir une influence sur la voix. »
TRAPEZE
Segmentation du muscle. — La division du trapèze en deux corps vers sa partie moyenne, cest-à-dire au niveau de l'ellipse aponévrotique, est l'anomalie la plus commune de ce muscle. Je l'ai rencontrée plus de vingt fois et elle a été signalée par Zagorsky', Fleischmann^, Wood, Meckel, Macalister, Lannegrâce, Walsham ^ etc. La segmentation du trapèze en trois corps par suite de la subdivision du corps inférieur a été observée par Sœmmerring ^ Chudzinski et Testut. Les libres qui s'attachent à la clavicule sont parfois partagées en deux faisceaux, l'un occipito-scapulaire, l'autre cervico-occipital. La segmentation de tout le muscle en fascicules a été constatée par moi et celle de la portion cervico-occipito-claviculaire, par le professeur Macalister.
Anatomie comparée. — Si quelques Mammifères, et au nombre de de ceux-ci il faut compter les Primates, ont un trapèze indivis, la plupart des animaux de cet ordre ont un trapèze divisé en deux portions : un trapèze cervical et un trapèze dorsal. Chez le chat (Strauss-Durckheim), le blaireau (Meckel), le sip/meus (Milne-Edwards) le muscle dont il s'agit comprend une portion antérieure ou clavo-cucullaire, une portion moyenne ou acromio-cucullaire et une portion postérieure
' Zagorsky. Mém. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 359.
* Fleischmann. Erlangen Abhandlung, Bd. I, p. 25.
^ Wood, Meckel, Macalister, Walsham. Loc. cit., passim. — Lannegràce. Mijolog. comp. des mejnbres, Montpellier. 1878.
* Sœmmerring. Loc. cit., p. 225.
OU dorso-cuciUlaire . Chez le tnurm'M.. Maisonneuve décrit : un trapèze dorsal antérieur, un trapèze dorsal supérieur et un muscle occipitojjollicien qui, pour M. Macalister, est l'homologue de la portion occipitale du trapèze humain.
La dissociation du trapèze en faisceaux charnus séparés a été rencontrée chez un jeune gorille par le professeur Hartmann.
Asymétrie des deux muscles. — Dans les espèces animales, comme chez rhomme, l'un des deux trapèzes descend ordinairement plus bas que l'autre.
Dédoublement du muscle. — Il est le résultat delà non-soudure des fibres profondes du trapèze aux fibres superficielles qui dérivent du platysma.
Intersections tendineuses dans le trapèze supérieur et dans le trapèze inférieur. — M. Chudzinski a trouvé chez deux nègres, une intersection tendineuse, dans la portion cervicale du trapèze, entre l'atlas et l'axis, et chez un Fuégien une intersection de même nature dans la portion dorsale. Ne seraient-ce pas là des vestiges des métamères primitives ?
Variations des insertions. — Ces variations consistent surtout dans la réduction des insertions épineuses qui peuvent ne pas remonter au delà de la 4° cervicale ou ne pas descendre au delà de la 8% de la G*" ou de la 10® dorsale. D'après Wood la réduction des origines épineuses inférieures du trapèze se rencontrerait chez 4 sujets sur 70 ^ Elle serait plus commune chez la femme : elle existerait chez 1 femme sur 15 et chez un 1 homme sur 19 (Macalister). Elle serait plus rare dans les races de couleur (Chudzinski). Zagorsky a vu les origines épineuses comprises entre la 4* cervicale et la 3*^ dorsale et Fleischmann, entre l'axis et la 4'' dorsale.
Parfois l'insertion occipitale est rejetée en dehors, sur la partie externe de la ligne courbe supérieure de l'occipital. La portion claviculaire peut manquer (Quain), être rudimentaire (Macalister), ou, au contraire, très développée. On l'a môme vue aller se confondre avec le cléido-mastoïdien ou le cléido-occipital. Alors la veine jugulaire externe et les nerfs sus-scapulaires passent dans un anneau musculaire coïis-
' Wood. Proceedi/ifjs of (he Roy. Soc, 1865-66-67.
litué aux dépens du trapèze ' ou dans un canal hémi-cylindrique sur lequel s'insère le trapèze (Gruber)'. Sur un sujet disséqué par Meckel le trapèze droit était représenté par deux faisceaux claviculaires provenant, l'im de la 4" vertèbre dorsale, l'autre du ligament cervical et du rachis, depuis l'occipital jusqu'à la 4" vertèbre dorsale, et le trapèze gauclie, par un faisceau claviculaire naissant exclusivement de l'occipital mais qui était renforcé par un trousseau de fibres venant de l'apophyse mastoïde ^
Anatomie comparée. — Le trapèze du gorille de Duvernoy n'avait que des rapports très limités avec l'occipital et ne dépassait pas la 9° dorsale. Celui du fœtus de gibbon de Deniker s'étendait de l'atlas à la 10'' dorsale et n'avait aucune connexion avec l'occipital. Chez Vatèle, le trapèze correspond seulement aux deux tiers de la région tlioracique ; parmi les Loris il ne s'étend que jusqu'à la 2° dorsale ; dans les Makis, il ne vient pas des deux dernières dorsales, etc. Par contre, dans ro?'«^i^ de Hepburn l'insertion occipitale du trapèze se prolongeait jusqu'au sterno-cléiJo-mastoïdien. « Le trapèze cervical ne s'étend guère au-dessus de la moitié inférieure du cou dans les Solipèdes, tandis que dans les Ruminants, la porc, les Carnivores, les Rongeurs, il s'élève jusqu'à la nuque o\i il se confond dans une plus ou moins grande étendue avec la portion trapézienne du mastoïdo-huméral. » (Lesbre.)
Il n'y a pas que dans les Mammifères non clavicules que le trapèze cervical s'arrête forcément à l'épine de l'omoplate ; dans le Saï capucina, les Makis, le hérisson, le trapèze, bien que divisé se fixe à l'épine de l'omoplate et à l'acromion, mais non à la clavicule.
Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Un cordon tendineux se détache parfois du bord antérieur du trapèze pour gagner le sternum, en passant en arrière de l'omo-hyoïdien (Grubcr) '\ Ce cordon peut môme, avant d'aboutir à son insertion sternale, perforer l'omoplat-hyoïdien. Un cordon semblable rattache exceptionnellement le trapèze au sterno-cléido-mastoï-
' Voy. Blaiidia, yiouv. élém. d'anat., Paris, 1838, p. 3i5. — Schwegl. Ueber Mus/celvarielœten, Wien, 1861, p. 8. — Cruveilhier, Anat. descript. 2° édit., 18iô, p. 49. — Hallett, Mac-Whinnie, Wood. Loc. cit., passim.
^ Gruber. Vier Abhandlangen ans dem Gebiète medic-chirurglsch anal. Berlia, 1847, p. 17,
'Meckel. Descript. nonnidlorum monslroriim. Leipzig, 1826, p. 22.
* Gruber. Loc. cit.siiprà, p. 22.
dien, en croisant superficiellement l'artère sous-clavière '. On a vu le muscle en cause joint au deltoïde par des tractus musculeux qui passaient au-dessus de l'épine de l'omoplate, de l'acromion et de la clavicule. Budge a disséqué un faisceau d'union entre le trapèze et l'angulaire de l'omoplate et un trapèze qui s'attachait en haut sur le hord postérieur du sterno-cléido-mastoïdien, au lieu de s'attacher sur l'occipital ^ Wood a trouvé une bandelette musculaire qui se portait du trapèze à l'angle inférieur du scapulum. Sur un sujet examiné par M. Em. Duval, le trapèze qui n'occupait que le tiers externe de la clavicule, était pourvu d'un faisceau horizontal qui allait se fixer à ce même os, au-dessous du chef claviculaire du sterno-cléido-mastoïdien ^ Je parlerai dans un instant des connexions anormales du trapèze avec langulaire de l'omoplate et l'omo-trachélien.
A^'AT0M1E COMPARÉE. — Pour évitcr les redites (voy. M. sterno-cléidomastoïdien et M. deltoïde), je me bornerai à noter ici que les connexions entre le sterno-cléido-mastoïdien, le trapèze et le deltoïde sont normales dans certaines espèces animales et que le sterno-cléido-mastoïdien et le trapèze ont une origine embryogénique commune et se rattachent, l'un et l'autre, au groupe des muscles dorsaux du tronc ''.