‹ Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'anthropologie zoologiqueChapitre 47 sur 116 · II. — Arc axillaire ou faisceau pectoro-dorsal · texte numérisé non relu

II. — Arc axillaire ou faisceau pectoro-dorsal

Insertions. — A l'état de complet développement l'arc axillaire a la forme dnn triangle à hase postérieure détachée du tendon axillaire ou de la portion charnue du grand dorsal, près du bord externe de ce muscle, et à sommet antérieur fixé à la face postérieure du tendon du grand pectoral au niveau du point où ce tendon atteint la coulisse bicipitale.

Rapports. — Il est situé sous l'aponévrose du creux de l'aisselle et recouvre par conséquent les vaisseaux et les nerfs axillaires, les deux portions du biceps et le coraco-brachial. Il peut donc en imposer au premier abord pour le coraco-brachial et rendre, comme le remarquent Malgaigne ' et Tillaux', très difficile la ligature de l'artère axillaire.

Structure. — L'arc axillaire complet est d'une largeur essentiellement variable et contenu dans une gaine aponévrolique spéciale qui contracte des adhérences plus ou moins intimes avec l'aponévrose du creux de l'aisselle et du bras.

Luschka prétend que, quand l'arc axillaire émane de la portion charnue du grand dorsal, il en est toujours séparé par une intersection aponévrolique, et le professeur Cunningham, que lorsque cette intersection manque, les fibres de l'arc axillaire se perdent sur la face superficielle de la lame postérieure de l'aponévrose d'enveloppe du ffrand dorsal '.

Ce n'est pas absolument exact. M. Testut ' a vu et j'ai vu également deux fois des faisceaux musculaires passer directement du grand dorsal dans l'arc axillaire.

L'arc axillaire reçoit en général un filet nerveux du nerf thoracique postérieur du plexus brachial (Bardeleben ', Birmingham, Brocks®,

' Malgaigne. Anal, c/iii'itrf/., p. 838.

" Tillaux. Anat. chiriirr/., p. 410.

^ A. Cunningham. Jotn-n. of anal, and plujs., 1889, p. 211.

' Testut. Trait, des an. mime.

'Bardeleben. Jena Zellsc/ir'fl fiir Naturwissenscliaft, Bd. XV, NF, VllI, 1881.

'^ Brocks, cit. par Wilson, Journ.' of anat. and pliys., 1888.

198 VARIATIONS DU SYSTEME MUSCULAIRE DE L'HOiMME

plusieurs cas personnels) et plus rarement des nerfs perforants des 2" et 3" intercostaux (Testât, Wilson 1 cas personnel) ou du brachial cutané interne (Wilson).

Bien que les anatomistes ne décrivent sous le nom d'arc axillaire que les faisceaux musculaires compris entre le grand dorsal et le grand pectoral, il est, à mon sens, dans l'espèce humaine, des bandelettes contractiles que l'on doit considérer comme des variétés d'arc axillaire : ce sont celles qui, provenant du grand dorsal, vont s'insérer :

A l'aponévrose de biceps (Wood) ;

A l'aponévrose du coraco-brachial (Wood) ;

A l'aponévrose de Faisselle (Langer et 2 cas trouvés en janvier 1893 par mon prosecteur, M. André);

Au tendon de la longue portion du biceps, dans la coulisse bicipitale;

Au bord inférieur du petit pectoral ;

A l'apophyse coracoïde (3 fois sur 106, Wood);

Au muscle chondro-épitrochléen.

Sur un homme que j'ai disséqué en 1879, il y avait de chaque côté, en plus du faisceau pectoro-dorsal type, deux autres bandelettes placées en dedans de lui et qui se fixaient sur l'aponévrose du grand dentelé et sur l'aponévrose axillaire. G. Fritsch ^ et Calori - ont signalé chacun un cas analogue. MeckeP et Rûdinger * ont vu l'acliselbogen coïncider avec un autre faisceau allant du grand pectoral ou du petit pectoral au grand dorsal. Les bandelettes du grand dorsal qui s'attachent sur l'aponévrose du grand dentelé alors que plus en dehors d'elles l'arc axillaire existe avec tous ses caractères typiques, peuvent être considérées comme des bandelettes pectoro-dorsales dont les extrémités antérieures seraient atrophiées.

Si l'arc axillaire subit en avant un arrêt de développement complet ou un trouble dans son évolution, il peut donc se fixer soit au biceps, soit au coraco-brachial, soit à l'aponévrose axillaire, soit à l'apophyse coracoïde. Cette dernière insertion de l'ai'C axillaire à l'apophyse <:,oracoïde n'est pas plus inexplicable que les autres. L'anatomie comparée démontre de la manière la plus péremptoire que le petit pectoral est, au point de vue embryogénique, une dépendance du grand pectoral.

' [''rilscli. Ueichert u. Du Bois-Pœymomr s ArcJi., 1869, p. 367.

-Calori. Mem. delVAcadem. délie Scienze delVInslUuto di Bolof/na. série II, t. VI et Vil.

■'Meckel. Ilenle u. Vfeufers Zellschrlfl, Bd. XXIX, p. 168.

* Iludin^er. L'eber die Muaheln des Vorden ExlremU. Haarleni, 1870, t. XII, fig. 34.

Il est logique, conséqiiemment, d'admetlrc que l'arc axillaire peut avoir des rapports intimes avec un muscle qui dérive de celui sur lequel il se fixe habiluellement ; il est rationnel de croire que les insertions anlérieures de l'arc axillaire peuvent varier comme celles du petit })ect(U'aI.

Fréquence. — Les anatomisles sont très partagés sur le degré de fréquence de 1 "arc axillaire. « Depuis trente-six ans que je m'occupe d'anatomie, écrivait Calori en 18GG, je n'ai rencontré ce faisceau musculaire qu'une seule fois. Pour rester dans la vérité, je suppose n'avoir disséqué que quatre cadavres par an pour les préparations du creux axillaire. Cette anomalie ne s'observerait donc, d'après moi, qu'une fois sur 144 sujets. »

Par contre, Langer assure qu'on le rencontre 4 fois sur 4.

Entre ces deux extrêmes, où est la vérité? Je ne possède pas la statistique de Langer, et celle de Calori, de l'aveu de cet anatomiste lui-même, est discutable. Il me faut donc chercher ailleurs.

Meckel' a trouvé ce faisceau 1 fois sur 30 sujets.

Krause - — 7 — 100 sujets.

Macalister ' — i — 16 sujets.

Struthers^ — 8 — lOo sujets.

Sur une série de 102 sujets, 68 hommes et 34 femmes, Wood ^ a rencontré l'arc axillaire 3 fois sur des hommes et 3 fois sur des femmes ; 4 fois l'anomalie était bilatérale, 2 fois elle existait d'un côté seulement, et dans les deux cas elle se trouvait à gauche.

Perrin, en 1871, a fourni les chiffres suivants (Perrin, Journal of an. and. phf/s., p. 237) : sur 29 sujets qu'il a disséqués dans le semestre d'hiver de 1868-1869, il a trouvé l'arc axillaire 7 fois, o fois sur des hommes et 2 fois sur des femmes, sur 4 hommes l'anomalie existait des deux côtés et sur le 5" du côté gauche seulement. — Dans le semestre suivant (1869-1870) Perrin a observé l'arc axillaire 3 fois sur 29 sujets, toujours sur des hommes et des deux côtés.

Voici ma statistique poui" trois années (semestres d'hiver 4891 1892-1893) :

' MeckeL Loc. cit.

* Krause. Anatomiscfie varielœten, p. 98.

■' Macalister. Trans. Royal Irish Acadenvj, 187'2.

' Struthers. Loc. cit.

' WooJ. Loc. cit. Pliilos. trans.

Je l'ai disséqué 6 fois sur 95 sujets ^ 2 fois chez l'homme et 4 fois chez la femme. Chez les deux hommes il était bilatéral; chez deux femmes il était également bilatéral, chez une il ne se trouvait qu'à droite et chez une autre qu'à gauche.

Additionnons tous ces chiffres :

Meckel 1 fois sur 30 sujets.

Krause 7 — 100 —

Macalister 1 — 16 —

Slruthers 8 — 105 —

Wood 6 — 102 —

Perrin 10 — 58 —

L'auteur 6 — 9S —

Soit 39 fois sur 506 sujets.

Soit chez 7,7 p. 100 des sujets.

Est-il plus commun chez l'homme que chez la femme ? Les statistiques de M. Perrin sont favorables à cette opinion, mais les miennes lui sont contraires.

Il ne s'agit plus maintenant que de déterminer s'il est plus souvent bilatéral qu'unilatéral, et quand il est unilatéral s'il se développe plus souvent à droite qu'à gauche, enfin, s'il se montre plus fréquemment dans une race que dans une autre.

Action. — Calori « estime que ce faisceau musculaire sert non seulement à renforcer et à tendre les aponévroses, mais aussi à comprimer la veine axillaire et à favoriser la marche centripète du sang qu'elle contient ».

C'est une assertion à priori qui aurait besoin d'être contrôlée expérimentalement chez les animaux qui possèdent toujours l'arc en question.

Nature. — On a prétendu que l'arc axillaire était : 1° Un dorso-épitrochléen incomplètement développé (Wood', Perrin^) ;

2° L'homologue du 4" pectoral (Macalister \ Gallon^) ;

' Dont 60 hommes et 35 femmes.

- Wood. Loc. cit. siiprà.

'Perrin. Journ. of anal, and pht/s., vol. XII.

^Macalister. Ann. andnal. mag /us?., juillet 1869.

"Gallon. Transact. Linn., vol. XXI.

3° Un reliquat axillairo du feuillet superficiel brachio-céphaliquc du muscle ventral dont dérivent le grand dorsal et le grand pectoral (Humphry ') ;

4" Un rudiment du pannicule charnu des animaux (Turncr-, Wilson', Birmingham').

Dans le mémoire Sw l'inlerprélation des variations morphologiques du grand dorsal dans ï espèce humaine que j'ai publié, en 18U3, dans les Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris j'ai discuté chacune de ces opinions et élabli que la dernière était la plus vraisemblable. Le dorso-épitrochléen ou le i'' pectoral peuvent, en cllet, se rencontrer du même côté et chez le même sujet avec l'arc axillaire, aussi bien dans l'espèce humaine que dans les espèces animales. Loin de relier les corps musculaires du grand dorsal et du grand pectoral, l'arc pectorodorsal ne réunit d'ordinaire que leurs tendons et quand il réunit le tendon du grand pectoral au bord marginal du grand dorsal, il en est presque toujours séparé par l'aponévrose d'enveloppe ou une intersection tendineuse. Les fibres les plus antérieures du pannicule charnu et l'arc axillaire ont, au contraire, la même direction, la même situation, les mêmes rapports. Le pannicule charnu est innervé, il est vrai par le nerf cutané latéral du thorax, alias le nerf de Wrisberg, alias la branche sous-cutanée thoracique de Ghauveau et l'arc axillaire, de même que le 4" pectoral, par le nerf thoracique antérieur. A priori il semblerait donc plus rationnel, en tenant compte seulement de la distribution des filets nerveux, de considérer l'arc axillaire plutôt comme l'homologue du 4*^ pectoral que du pannicule charnu. A cette objection les anatomistes anglais répondent que le nerf thoracique antérieur et le nerf cutané latéral naissant par un tronc commun, sont confondus ou représentés l'un par l'autre chez des Mammifères d'un ordre assez élevé. C'est ce que MM. les docteurs Paterson, Wilson et principalement le professeur Ambrose Birmingham % ont essayé d'établir dans de remarqiuibles mémoires auxquels, en raison de leur longueur et des limites qui me sont imposées, je suis obligé de renvoyer.

' liumphn-. Observ. in Mijoluf/., cit. p. 131.

- Turner. Journ. of anal, and plujs., 1867, p. 262.

^ Wilson. Ibidem, 1888.

* Bimiingham. Ibidem, 1889, p. 207.

* Voj-ez : Birmingham et Wilson. Loc. cit., et Palerson, Journ. of anut. and pfvjs.,

Historique. — L'arc axillaire a été découvert en 1793 par Ramsay, qui a publié le résultat de ses recherches sur ce faisceau, dans le Journal de Médecine et de Chirurgie d"Edimbourg (vol. YIII, p. 281). — Depuis il a été trouvé par Meckel, Rosenmuller, Kelch, Gruber, Struthers,Luschka, Hyrtl, Bérard, Calori, Wood, Macalisler, Rudinger, Flesch, Langer, Kolliker, Humphry, Krause, Perrin, Knott, Alezais, Teslut, Chudzinski, Paterson, ïurner, Wilson, Cunningham, Birmingham, Ramsen, Prenant, Princeteau, etc., etc.'.

Anatomie comparée. — Chez les Amphibiens, le grand dorsal se fixe, en dehors, sur le trochanter avec le grand pectoral et le deltoïde, et passe en arrière du triceps pour arriver à son point de terminaison. Dans tout le reste de la série des Vertébrés le grand dorsal, plus ou moins uni au grand rond, présente comme chez l'homme les deux particularités :

1° D'être sous-trochinien ;

2° D'être placé au-devant du triceps.

Il est à remarquer, en outre, que chez la plupart des Mammifères, le grand dorsal présente deux faisceaux musculaires qui manquent chez l'homme bien conformé : il envoie de son tendon brachial une première languette forte et courte qui va à l'épitroclilée et à l'olécrâne ; il détache de son tendon brachial ou de son bord axillaire une languette longue et mince qui, croisant superficiellement les vaisseaux et les nerfs brachiaux, va rejoindre le grand pectoral.

L'arc axillaire ne paraît pas avoir été retrouvé chez les Anthropoïdes, mais il existe avec des modes de conformation variés chez le Macacus sinicus (Testut), les Makis, le chat, Xhijène, le coati^ Yichneumon, le raton, la marmotte, le daman, etc. De tous les Mammifères dont j'ai étudié la région axillaire, c'est chez le surmulot qu'il m'a semblé le plus développé. Il ferme presque entièrement tout le creux de l'aisselle.

' Consultez : Langer, Œsterreich. med. Wochensc/iriff. 18-46, n"' 15 et 16 ; — Meckel, Kelsh, op. cit., p. 34 et lienle und Pfeufer's ZeitscJirift, Bd. XXXIX, p. 106; — Gruber, Neue anomalien aïs beifrœr/e der P/t;/s. cliiri/tf/. inid pafholog. anal., 1844, p. 31, laf. YI; — Struthers, Anal, and phys. observ., Pt. Ediuburgh, 1853, p. 193; — CixXoxï, Menwria deU'Academia délie Scienze dell'InslUato di Bolof/na, 2" série, t. YIII, p. 187 ; — Macalisler, Loc. cit., p. 60 ; — lUidinger. Uber die Muskeln des Vorden exlrem., etc., Ilaarlem, 1870, t. XII, p. 24; Alezais, Tribune médicale, novembre 1881 ; — Princetcau, Soc. de biolof/ie, 21 mai 1893. Pour les autres auteurs se reporter aux indications bibliographiques antérieures.

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