‹ Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'anthropologie zoologiqueChapitre 48 sur 116 · III. — Dorso-épitrochléen · texte numérisé non relu

III. — Dorso-épitrochléen

Syu. : i° Extenseur de l'cicaul-bras de Cuvier et L.uirill.ird : Durso-épitrùchleaiis. de Galton, de Ilumphry. de Macalisteret des anthropologistes anglais ; Dorso-épllroc/déen de Duveruoy et des anthropologistes français ; Dorso-épllrocltléal, de Mûrie et Mis'art : Omo-ancoueii.i, de Devis: Lafissimo-co)idi/loi(/eits. do Bischotl': Anconetis loiifjus, de Ilcnle : Le chef postérieur du triceps brachial, de Milne-Edwards : Accessoire du r/rand dorsal, de Broca ; Faisceaux durso-olécrâvien et dorso-aiitibi-ac/iial, de Testât: Louff extenseur de Vavanl-bras des vétérinaires ; Annexe du ijrand dorsal, de Lesbre. etc.

Ou a donne au muscle dorso-épitrochléen une signification toute particulière. Voici ce qu'en dit M. Topinard dans son ÀJitJiropolorjie : « La seule particularité par laquelle \ anthropoïde sécartc réellement de riiomme pour se rapprocher des Singes suivants est l'existence d'un faisceau dit accessoire du grand dorsal, qui n'existe pas chez l'homme et s'insère supérieurement au tendon du grand dorsal et inférieurement à l'épilrochlée. Encore l'observe-t-on à l'état de vestige chez les nègres. »

En dépit de la restriction terminale, cette assertion est encore trop absolue. Ce muscle n'est pas spécial aux Anthropoïde^ ; on le trouve anormalement chez les blancs comme chez les nègres, avec les caractères qu'il revêt non seulement chez les Singes, mais encore dans les autres espèces animales. On rencontre constamment dans toutes les races humaines une trace de son existence passée dans l'expansion fibreuse qui se détache du bord inférieur du tendon axillaire du grand dorsal pour se continuer avec l'aponévrose brachiale (Henle ', Sappey -, Cruveilhier '^ Lannegràce % etc.).

Insertions et structure. — Né du tendon ou du corps du grand dorsal ou de lun et l'autre sous forme d'une bandelette musculeuse plus ou moins forte, l'accessoire du grand dorsal peut se terminer :

1° Au bras, sur l'aponévrose brachiale, le triceps ou l'humérus;

2° Au coude, sur l'épitrochlée, l'olécràne ou par deux languettes sur l'épi trocblée et l'olécràne ;

3° x\ Tavant-bras, sur l'aponévrose antibrachiale.

L'un ou l'autre des deux premiers types a été rencontré par Wood,

' Ilenle. Muskellehre, p. 182.

- Sappey. Anat. descript.. 2" édit., t. II. p. 323. '■ Cruveilhier. Anat.. 2e édit.. t. II. p. 52. ^Lannegràce. TIi. cit.. p. 90.

Knott. Macalister. Pozzi. Cliiidzinski. Testut. Henle. Cliapman, Halbertsma, RoUeston'. etc.: le dernier par moi seul, je crois. Je l'ai observé en 1880. du coté droit, chez un individu rachitique. J'ai vu égralement, en 1891. des deux cotés, chez une vieille femme, morte d'hémorragie cérébrale, l'accessoire du grand dorsal recevoir un faisceau de renforcement de l'angle du scapulum -. Sur deux sujets du sexe masculin j'ai pu constater, enfin, que l'accessoire du grand dorsal était innervé par un rameau du nerf radial.

Fréquence. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point particulier : pour les uns on le rencontrerait 1 fois sur 18 sujets, pouid'autres 1 fois sur 10. Sur 102 sujets, dont 68 hommes et 34 femmes. Wood Va observé o fois : 3 fois chez l'homme et 2 fois chez la femme. Chez 2 des hommes il se perdait sur le triceps, et chez le 3' sur le fascia couvrant le coraco-hrachial. Chez tous ces sujets du sexe masculin il existait des deux cotés. Chez une des femmes il était développé des deux côtés et fixé sur l'aponévrose du coraco-brachial. chez l'autre il n'était présent qu'à gauche et inséré sur le fascia recouvrant le court chef du biceps".

Sur les 93 sujets que mes élèves et moi avons examinés pour chercher l'arc axillaire, et parmi lesquels figuraient, je le rappelle, GO hommes et 3o femmes, je lai trouvé o fois, 3 fois chez les hommes et 2 fois chez les femmes. Chez les 3 hommes il était bilatéral, provenait 2 fois du corps du grand dorsal et 1 fuis du tendon de ce muscle et aboutissait toujours, entièrement indépendant du triceps, au condyle interne de l'humérus. Chez une femme il était bilatéral, provenait du tendon du grand dorsal, recevait un faisceau de renforcement, détaché ■de Tangledu scapulum et gagnait lépitrochlée. Chez la seconde femme il ne siégeait qu'à droite, venait du corps du muscle et se perdait sur l'aponévrose du coraco-brachial. Dans aucun de ces 95 sujets, je n'ai vu coexister le dorso-épitrochléen et l'arc axillaire. Sur 2 d'entre eux j'ai vérifié, on le sait, que l'accessoire du grand dorsal était innervé par le radial.

En somme j'ai rencontré pendant les semestres d'hiver de 1891-92- 93, le dorso-épitrochléen, exactement 1 fois sur 19 sujets.

C'est précisément le chiffre intermédiaire entre le chiffre 18 indiqué

1 RoUeston. Joum. of anal., and pliys., J871, p. 181.

*Voy. Le Double. Loc. cit. supfà.

^ Wood. Pi'oceedinrjs of Ihe royal societij, n" 104, 1868, p. 49i.

MUSCLES DE LA NUQUE ET DU DOS 20.j

par M. le professeur Macalister dans son Catalogue d anomalies et le chilTrc 20 trouvé par Wood (5 fois sur 102).

Il se développe dans toutes les races. Pour ma part je l'ai mis à nu chez un nègre d'origine indéterminée et chez une Angolaise.

Est-il plus souvent bilatéral qu'unilatéi'al ? Unilatéral, est-il plus commun à droite qu'à gauche ? Se montre-t-il plus fréquemment chez l'homme que chez la femme, et dans une race que dans l'autre ? Il est encore impossible de se prononcer.

Action. — On a fait du dorso-épitrochléenun muscle autonome « un rétracteur de l'avant-bras ». J'y vois simplement une anomalie réversive.

Nature. — Est-il oui ou non une dépendance du grand dorsal? Le grand dorsal est innervé par une des branches collatérales du plexus brachial qui naissent au-dessous de la clavicule, le nerf du grand dorsal, le dorso-épitrochléen est innervé par un filet émanant des branches terminales du m>mc plexus, le nerf radial. En raison de cette différence d'innervation, plusieurs anatomistes ne veulent pas rattacher le faisceau en question au muscle large du dos, en font une dépendance du triceps J^ozzi, etc.'). Cela est-il suffisant? Il faut attacher, à coup sur, une grande importance à l'innervation d'un muscle ; mais, comme je l'ai dit pour l'arc axillairc, on voit souvent, d'une espèce animale dans une autre, un nerf suppléer un nerf disparu.

Pour M. Lavocat (communication écrite), le dorso-épitrochléen ne devrait pas être rattaché au grand dorsal ni au triceps, mais au peaucier pectoral.

Les arguments que M. Lavocat a apportés à l'appui de cette thèse et que j'ai inscrits, sans y rien changer, dans mon mémoire sur Vinlerprélaùon des variations niorpJiologiques du grand dorsal sont aussi discutables.

AiNAToant: comparée. — L'accessoire du grand dorsal, naissant du tendon ou du corps charnu du grand dorsal ou de l'un et l'autre, se terminait :

1° Au bras, sur l'aponévrose brachiale chez les chimpanzés de Maca-

' Pozzi. Ballet, de VAssoc. franc, pour l'avancement des Sciences, Congrès de Lille, 1874.

lister, de Gervais \ le Gibbon à mains blanches de Hartmann -, le Gibbon cendré de Bischoiï, le c/orilie de Hartmann, le fœtus de gorille de Deniker ; sur le triceps et le brachial antérieur chez Vorang de Hartmann ; sur le biceps et l'épitrochlée chez Yorang de Duvernoy;

2° Au coude, sur répitrochlée, l'olécrâne ou par deux bandelettes sur l'épitrochlée et l'olécrâne chez les gorilles jeunes et adultes de Duvernoy, de Bischoff, de Chapman^ de Deniker, les chimpanzés de Champneys \ d'Aubry Lecomte et de Vrolik ;

;i' A l'avant-bras, sur l'aponévrose antibrachiale, l'épitrochlée et l'olécrâne chez le chimpanzé de Testut.

n se terminait, à droite sur l'épitrochlée, à g'auche sur l'aponévrose brachiale chez le fœtus de gibbon de Deniker. Hepburn n'en fait pas mention dans les Anthropoïdes qu'il a disséqués. Il recevait deux faisceaux de renforcement provenant l'un de l'apophyse coracoïde, l'autre du coraco-brachial dans le chimpanzé d'Aubry Lecomte et un faisceau provenant de l'apophyse coracoïde dans le gorille et Yorang de Hartmann.

L'accessoire du grand dorsal se termine :

Sur le triceps dans les Urodèles et le cochon d'Inde (Lannegràce) et le tapir (Lesbre) ;

Sur l'humérus dans le Cholepus didachjlus (Gallon) et le Bradijpus tridactylus ^ (Cuvier) ;

Sur le coude dans le saî, la sarigue (Meckel), le magot (Duvernoy), les Hyènes (Young et Robinson), le loup (Testut), le wombat, Y Orgetérope du Cap (Galton) '', laCercopithecus cynosurus et Y Hapale penicillata (Rolleston), etc. ;

Sur le coude et l'aponévrose antibrachiale dans Y ours (Testut), et le Tatou à six bandes ^ (Galton) ;

Sur l'aponévrose antibrachiale dans la civette et le procyon (Devis), Yunau (Galton), le Fourmilier ci deux doigts (Cuvier) *, et quelques Lémuriens ;

' Gervais, in Testut. Trait, des an. musc, p. 120. -Hartmann. Loc. cié.,j). 127.

^ Chapman. Proceed of theAcad. of natur. se. of Philadelphiu, 1878, p. 387.

* Champneys. Journal, of anat. and phys., vol. Vif, p. 180. ' Cuvier et Laurillard. Atlas d'an, comp., pi. CCLIII.

" Galton. Myology of the In/pper and lowev extremities of the Orycteropus Capensis, 1868, p. 574. '

' The muscles of the for and hind limbs in Dasypus sexcinctus, 1868, p. 53 L

* Cuvier. Loc. cit. suprà, pi. XXVI. Duvernoy, Youiig, Robinson, Meckel, etc. Loc. cit. passim ,

Sur raponévrose antibrachialc et l'aponévrose palmaire dans le phoque (Duvernoy) et ïec/iidné (x\lix).

Il reçoit un faisceau de renforcement provenant de l'avant-bras dans le maqot (Duvernoy) et un provenant de l'angle inférieur du scapulum dans VOryctéi'ope du Cap (Galton).

L'innervation du dorso-épitrochléen par une branche du nerf radial a été observée chez le chimpanzé par M. Champncys, chez Y opossum et le Kanguroo-rat par M. Wilson et chez le macaque^ le chien, le chat^ par le professeur Birmingham.

PETIT rhomboïde

Variations d'épaisseur. — Je l'ai vu réduit à lélat d'une mince hxme aponévrotique striée çà et là de libres musculeuses d'un rouge pâle. Il faisait défaut chez le fœtus de fjorille de Deniker.

Segmentation du muscle. — Sur un nègre de Mozambique disséqué par M. Chudzinski, il était divisé en trois faisceaux dont le supérieur se prolongeait vers le crâne en s'atîcolant, à partir de la 3" vertèbre cervicale, au ligament cervical postérieur '.

Variations des insertions. — 11 remonte très souvent jusqu'à lai" vertèbre cervicale.

Anatomie comparée. — Le petit rhomboïde remontait jusqu'à la 3" cervicale — disposition que Bartholin croit normale chez l'homme — dans le chimpanzé du professeur Testut, jusqu'à la 4" cervicale dans le chimpanzé de Broca -, la partie moyenne du ligament cervical dans le gorille de Duvernoy, l'occipital dans le Gibbon cendré de Bischotî et Vorang de Hepburn.

Plus on descend dans l'échelle animale plus le petit rhomboïde se rapproche de l'occipital.

Connexions plus intimes avec le grand rhomboïde. — La soudure du petit et du grand rhomboïdes est si commune que beaucoup d'au-

' Chiulzinski. Revue cV anthropolooîe , 1874.

' Broca. Album du laboratoire iVanlhropolofjie de l'Ecole des Hautes Etudes.

teurs la considèrent comme normale et ne décrivent qu'un seul rhomboïde. Dans un cas observé par Sœmmerring le petit rhomboïde recouvrait le grand.

Anaïojiie comparée. — Il n'y avait qu'un seul rhomboïde dans le chimpanzé adulte du professeur Macalister, le jeune cliimpanzéàQ Vrolik, le fœtus de gorille de Deniker, dans les quatre Anthropoïdes du docteur Hepburn. Le rhomboïde unique, exceptionnel chez l'homme elles Anthropoïdes, est de règle dansl'ftiVles Chauves-souris, lesSolipèdes, le porc-épic, etc. Les deux rhomboïdes de la taupe et du blaireau se superposent dans une certaine étendue (Meckel).

GRAND rhomboïde

Variations d'épaisseur. — M. Macalister a vu la partie inférieure de ce muscle constituée par quelques minces fibrilles.

Segmentation du muscle. — On a signalé la division du grand rhomboïde en fascicules ou en plusieurs faisceaux horizontaux et parallèles (Ghudzinski, Macalister) ainsi que cela existe normalement chez le daman (Meckel).

Dédoublement du muscle. — Cette malformation a été rencontrée des deux côtés, chez une femme, par moi.

Anatomie comparée. — Dans le Jiérisson on trouve, au dire de Meckel, au-dessous du grand rhomboïde un muscle plus petit qui « servirait à faire rentrer le membre supérieur, lorsque l'animal se ramasse sur lui-même en forme de boule ». Chez les Solipèdes le rhomboïde indivis qui s'élève jusque vers le tiers supérieur du ligament cervical est doublé, sur sa face interne, d'une membrane élastique jaune qui contribue passivement à la suspension de l'épaule.

Variations des insertions. — Le grand rhomboïde peut se fixer en dedans, aux 2, 3 ou 5 premières vertèbres dorsales, et, en dehors, à la moitié du bord spinal de l'omoplate. Dans un cas observé par Kelly le muscle en question, affectant une forme triangulaire, était attaché

à l'angle inférieur de l'omoplate par un tendon nacré de la largeur d'un pouce '.

Anatomie compauée. — « Le grand rhomijoïde du foHus de rforille, dit M Deniker -, s'attache aux quatre premières dorsales (aux deux seulement chez les jeunes). » Il descendait cependant jusqu'à la hauteur de la 6" chez le gorille adulte de Hephurn comme chez le clilmpanzé de Testut. Dans le chimpanzé de M. Champneys il naissait des 4 premières dorsales, mais recevait trois faisceaux de renforcement provenant : l'un des 4*" et 5° dorsales, l'autre de la 3" et de la 8*^ dorsales, et le 3" du fascia du dos. Les insertions scapulaires avaient une étendue variable chez chacun des quatre Anlhropoïdes du docteur Hephurn.

Connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Les deux rhomboïdes droit et gauche peuvent communiquer l'un avec l'autre par l'intermédiaire de faisceaux entre-croisés (Wood). Rarement le grand rhomboïde envoie quelques fibres au grand rond ^ ou au grand dorsal. Dans un cas, il se confondait inférieurement avec le bord supérieur du grand dorsal \ Une fois il était relié au grand dentelé par quelques bandelettes très ténues ^

Anatomie comparée. — Dans le tatou le rhomboïde est confondu avec le grand dorsal (Humphry), dans ïours brun d' Amérique il envoie un faisceau à la première digitation de ce muscle (Testut).

Page 1