‹ Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'anthropologie zoologiqueChapitre 49 sur 116 · ANGULAIRE DE L'OMOPLATE · texte numérisé non relu

ANGULAIRE DE L'OMOPLATE

Absence. — Elle est mentionnée par Beaunis et Bouchard ". Chez beaucoup de Mammifères l'angulaire de l'omoplate est rudimentaire.

Segmentation du muscle. — Tantôt c'est le faisceau atloïdo-axoïdien

' Kellj-, la Macalister. Cat. cit., p. 62.

- Deniker. Loc. cit., p. 137.

^ llenle. Mushellehre, p. 27,

' Sœmmerring. Loc. cit., p. 227.

=* Macalister. Catal. cit , p. 63.

" Beauiiis et Bouchard. Loc. cit., p. 353.

qui est séparé du faisceau attaché aux S"" et 4° cervicales ; tantôt c'est le faisceau atloïdien qui est indépendant du reste du muscle normalement constitué. La première disposition, la plus commune, se rencontrerait, d'après Wood, chez 1 sujet sur 9. Je ne l'ai trouvée que chez 1 sujet sur 12 dont 1 nègre. Wood a yu l'angulaire partagé en 6 faisceaux, M. Morestin en 5 ^ et MM. Macalister et Kelch, en 3 -. Dans le cas de M. Morestin il y avait, en plus, un faisceau de renforcement provenant de la T cervicale.

Anatomie comparée. — La séparation du faisceau atloïdo-axoïdien de l'angulaire constitue chez les Anthropoïdes comme chez l'homme une variation individuelle. Signalée chez le chimpanzé (ï Auhry Lecomte et divers gorilles^ elle n'était que partielle chez le fœtus de gorille de Deniker et n'existait pas chez le chimpanzé, le gorille, le gibbon de Hepburn, etc. Dans le fœtus de gibbon de Deniker et Yorang de Hepburn l'angulaire de l'omoplate était formé par quatre faisceaux se réunissant en bas. Dans le chimpanzé de Ghampneys le faisceau atloïdien était divisé en plusieurs fascicules, près de l'omoplate.

Variations des insertions. — 11 peut naître des trois premières cervicales ou des cinq et six premières cervicales et même de toutes les vertèbres cervicales et des quatre premières dorsales (Meckel) ^ On l'a vu se fixer intérieurement à la 2° côte (Otto, Meckel, Blandin, Theile), au petit d&ntelé postérieur et supérieur, aux scalènes médian et postérieur, au splenius capitis, au grand complexus.

Anatomie comparée. — L'angulaire de l'omoplate du chimpanzé de Ghampneys provenait de l'atlas et de l'axis ; celui du chimpanzé de Testut, des 2", 3^ et 4"^ vertèbres cervicales, et celui du gorille de Duvernoy des cinq premières cervicales. Chez les Anthropoïdes du docteur Hepburn il naissait : chez le chimpanzé , des trois premières cervicales; chez le gorille^ des quatre premières; chezl'or^n^, des trois premières et, par un faisceau complémentaire, de la face externe de l'apophyse mastoïde. Il émanait, comme chez Thomme, des quatre premières cervicales dans les chimpanzés d'Aubry Lecomte et les fœtus

'Morestin. Bi/llet. de la Soc. anal, de Paris, 1895, p. 46. -Kelch. Beilrcige fur palh. anal., 1813, p. 33. ^ MeckeVs Arch., Bd. p. 115.

de gorille et de gibbon de Donikcr. Chez les Bumiiiants, l'angTilaire do romoplato olTre un énorme développement : ainsi, dans le bœuf il prend attache non seulement sur les six dernières apophyses transverses cervicales, mais encore sur les cinq premières côtes, tout en restant bien distinct du grand dentelé qui chevauche légèrement sur lui. Dans le lapin, Fangulaire, également distinct du grand dentelé, ne donne qu'une digitation costale, mais ne remonte pas au delà de la 4* vertèbre cervicale. Le grand dentelé et l'angulaire du chien et du chat ne forment qu'un seul muscle s'é tendant de la S'' apophyse transverse cervicale à la 7'^ ou 8° cote et assez souvent à la 9". « La descente des insertions cervicales de l'angulaire ou, du moins, leur extension vers le bas du cou et les premières côtes, chez les Quadrupèdes, y compris les Singes, était nécessaire, observe justement M. Lesbre, pour empêcher plus efficacement l'omoplate d'être repoussé vers l'épine et pour soutenir le cou et la tête contre la pesanteur. »

Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec le grand dentelé et les muscles voisins. — L'angulaire de l'omoplate peut être renforcé par un faisceau provenant :

a) De l'écaillé du temporal (Meckel ') ;

b) De l'apophyse mastoïde (Blandin"-) ;

c) De la ligne courbe supérieure de l'occipital (Gruveilhier^ — un cas personnel) ;

d) Du trapèze (Macalister ^) ;

e) De la 7° cervicale (Reid et Taylor^, Souligoux®) ; /) De la 7" cervicale et de la l'" dorsale (Chiarugi'') ; g) De la 1'" côte (Testut, Souligoux) ;

h) De la V' et de la 2' côte (Clason \ Nicolas') ; i) De la face profonde du rhomboïde (Souligoux) ; j) Du splénius (Wood) ;

' Meckel. Descriptlo nonnidloruin monsfroru»}. Leipzig, 182G, p. 22.

-Blandin. Loc. cit., p. 349.

^Cruveilhier. Anaf. dcscrlpL, 2" édit., t. Il, p. 57.

* Macalister. Cal. cit., p. 57.

= Reid et Taylor. Anat. variât., 1879, p. 3.

•'Souligoux. Bidlet. de la soc. anal, de Paris, 1805, p. 659.

^ Chiarugi. Boll soc. Siena, 1886, n" 2.

^ Clason. On muskel anomalies. Upsala Lakaref, II, Bd, p. 517.

'Nicolas. Bidlet. de la Soc. des se. de Nancy, cit. p. 017.

k) De l'aponévrose du petit dentelé postérieur et supérieur (RosenmuUerS Wood, Reid et Taylor, Nicolas) ;

/) Du bord vertébral du scapulum, au niveau de l'épine (Rlandin, Macalister, Mac-Whinnie, Nicolas) ;

m) Du grand dentelé.

Rosenmuller et Henle ont trouvé un angulaire dont le faisceau altoïdien complètement indépendant allait se confondre avec la première digitation du grand dentelé, et Kelch un angulaire divisé en trois bandelettes dont la moyenne allait se fixer sur l'aponévrose scapulo-thoracique. Pozzi a fait dessiner plusieurs faisceaux d'union entre l'angulaire et le grand dentelé". J'ai fait dessiner également le cas suivant^ : sur un sujet oii l'angulaire avait six insertions à la colonne cervicale, les trois premiers faisceaux — dont le plus élevé avait quelques points d'attache sur le transversaire du cou — et une partie du 4'^ représentaient le muscle normal ; les deux faisceaux suivants formaient une masse musculaire unique insérée inférieurement sur le bord vertébral du scapulum, entre l'épine et l'angle supérieur et interne de cet os, en confondant ses fibres avec celles du grand dentelé ; ce qui restait du 4" faisceau allait rejoindre le rhomboïde. Des faisceaux anastomotiques entre l'angulaire et le grand dentelé ont encore été signalés par Theile, Wood, .Macalister, Flower et Mûrie \ Prenant, Nicolas, etc.

Anatomie comparée. — J'ai dit que dans Vorang du docteur Hepburn l'angulaire de l'omoplate recevait un faisceau du renforcement provenant de l'apophyse mastoïde. Dans Vorang de Duvernoy « il existait, indépendamment des faisceaux cervicaux, deux languettes très grêles se rendant, la première à l'occipital, la seconde à la portion occipitale du sterno-cléido-mastoïdien » .

Dans le pécari le muscle en cause naît de l'apophyse mastoïde (Meckel).

Après avoir décrit les faisceaux aberrants de l'angulaire vers le grand dentelé ou les muscles voisins, que le professeur Nicolas et lui ont trouvés, M. Prenant a écrit ^ :

' Rosenmuller. De nonnul. musc, variet. Leipzig, 1814, p. 5.

* Pozzi. Bullet. de VAssoc. franc, pour Vavancement des sciences, 1874, pi. VIII, fig. 2.

'Le Double. Art. Grand dentelé du Dictionn. de Dechambre.

^ Flower et Mûrie. Journ. of anal, and phys., vol. I, p. 194.

'^Prenant. Bullel. de la Soc. des Se, de Nancy, cit. suprà.

« Teslut interprète ces faisceaux comme les représentants incomplets des muscles élévateurs de la clavicule ou omo-tracliélien et occipito-scapulaire ou rhomboïde de la tête '. Le Double considère les faisceaux en question comme le vestige de la soudure existant chez un grand nombre de Vertébrés, de l'angulaire de l'omoplate et du grand dentelé réunis en un dentelé large. On comprend alors très bien les insertions vertébrales et costales de nos faisceaux. »

Cette opinion que j'ai défendue dans mon article Dentelés du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales de Dechambre avant les publications de M. Tcstut sur les anomalies musculaires, me paraît aujourd'hui encore la plus plausible.

Chez les Vertébrés inférieurs, il n'y a pas de discontinuité entre l'angulaire et le grand dentelé, et ces deux muscles ont pu être décrits comme une seule et même lame charnue, sous le nom de dentelé large. Déjà, dans les Amphibiens et les Reptiles, l'angulaire et le grand dentelé ont pour caractère constant de relier les apophyses transverses du cou et du dos à l'épiscapulum, sans prendre d'attache sur lescapulum.

Chez l'axolotl^ l'angulaire s'insère sur la face inférieure de l'exoccipital d'une part, d'autre part sur la face superficielle du sus-scapulum [ex-occipito-épiscapulaire). — Le grand dentelé naît au niveau des myotomes 4, 5 et 6, dans l'intervalle des masses musculaires dorsale et ventrale, se dirige en avant et en haut pour se fixer à la face profonde du sus-scapulum [transverso-épiscapulaire]' . — On peut donc considérer ces deux muscles comme formant un seul système transverso-épiscapulaire (Lannegrâce).

Ce système transverso-épiscapulaire se décompose, chez les Anoures et chez les Reptiles, en trois portions distinctes ^

La portion inférieure du système se rencontre seule chez les Oiseaux.

Le macaque, le magot, la guenon, les Lémuriens, le cJiat, l'ours, le rat, la taupe, la civette, etc., etc., ne possèdent pas un angulaire fixé à l'omoplate. Attaché à un plus ou moins grand nombre de

'Testut. Trait, desanom. musc, cit. p. 140, 141.

*Chez les Urodèles {Amphibiens), l'arc thoracic|ue, partagé en deux par une ca\'ité destinée à recevoir la tête de l'humérus, comprend une partie dorsale et une partie ventrale. La première se subdivise en scapuliim cpii s'ossifie et en sus-scapulum et épiscapulum qui reste cartilagineux ; la seconde est divisée par une fontanelle en deux pièces, une postérieure appelée coraco'ide, l'autre antérieure appelée pro-coracoide. La clavicule n'existe pas.

* Chez l'homme, ces trois portions peuvent être retrouvées : la première est représentée par l'angulaire de l'omoplate et le faisceau supérieur du grand dentelé ; la deuxième, par le faisceau moyen du grand dentelé ; la troisième par le faisceau inférieur du même muscle.

vertèbres cervicales, quelquefois à toutes, ce muscle constitue la partie antérieure du grand dentelé.

Chez les Anthropoïdes comme chez l'homme, un large intervalle triangulaire existe entre le grand dentelé et l'angulaire.

Dès \q papion {CijnocephaUis sp/n/nx), pilhécien encore bien éloigné de l'extrémité inférieure de la série des Primates, cet intervalle disparaît ; il est comblé par un muscle supplémentaire qui s'insère sur les apophyses transverses des trois dernières vertèbres cervicales, et qui par ses deux bords se confond si bien avec les deux muscles en question, que tout cet appareil ne forme. qu'un seul plan, qu'un seul muscle '.

Gomme pour démontrer l'étroite parenté de l'homme et des animaux, des fibres d'union entre le grand dentelé et l'angulaire apparaissent dans l'espèce humaine ". Parfois elles sont troublées dans leur évolution formatrice, et alors, au lieu de rejoindre le grand dentelé, elles se soudent, comme nous l'avons indiqué, aux parties molles ou dures avec lesquelles celui-ci est en rapport, c'est-à-dire, au scalène postérieur, au splénius, etc. Dans beaucoup de Quadrupèdes le grand dentelé a, du reste, une telle épaisseur que le bord dorsal du scapulum ne peut suffire à son insertion et que celle-ci se prolonge sur une vaste surface au-dessus de la fosse sous-scapulaire (ex. : les Solipèdes).

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