GRAND PECTORAL
Absence totale ou partielle. — L'absence unilatérale ou bilatérale du grand et du petit pectoral a été signalée par Forsyth ^ Deshayes ^j Berger^ (3 cas"). Kredel *, Poland\ Barkow ^ KoUiker', Iweedy*. Hutchinson*, Littlewood ^'^, etc. L'absence des deux grands pectoraux seuls a été notée par Shepherd '^ sur sept fœtus anencéphales et par moi sur un, et celle du grand pectoral gauche seul par Burney Yeo'- sur un homme bien contornié. L absence unilatérale ou bilatérale delà portion claviculaire a été constatée par Nuhn'^. Quain ^\ Barkow '\ Cniveilhier'*. Gruber ^' et moi (2 cas) et l'absence des portions sterno-costale et abdominale du grand pectoral droit par les professeurs Macalister '* e4;
' Forsyth. Jahresbericht f. an. u.phys.. 1873.
- Deshayes. Ballet, de la Soc. anat. de Paris. 1873. p. 205.
^ Berger. Arch. f. path. anat. u.phys., t. LXXII, p. 438,
' Kredel. Berl. Kl. Woch.. 1893. p. 967.
■* Poland. Guy's Hospital Reports, 1841. p. 191.
" lh}x\i.o\f. .Monstra duplicia anunalium. Lips, p. "21.
• Ivolliker. Varietœt. Beobacht., cit. suprà.
* Iweedy. Lancet, 1879.
■' llulchiusou. Arch. of sunjery, 1893-1894, p. 342.
'" Litlewood. Lancet, vol. VIII. p. 19 avec une {.l.
" Shepherd. Journ. of anat. and phys., 1889, p. 303.
'- lîiirney Yeo. Ibid., t. VII. p. 327.
'' Nuhu. Untersuch. u. Beobacht., Ilei't, I. p. 19.
" Quain's Anat.. p. 317.
''' lîarkow. Loc. cit. suprà, p. 21.
'" Cruveilhier. Anat. descript., 2« édit.. t. II. p. Ik6.
"dniber. Virchow's Arch., vol. XI, p. t2.
'• Macalister. Cat. cit., p. 44.
Hyrtr. Le défaut de présence, d'un seul côté ou des deux côtés, du faisceau sternal de la portion costo-sternale et de la portion abdominale a été observée par Giovanardi', Quain% Calori \ Sweedy ^ Turner", Kôlliker% Freund% Testut% Tersen'", Young^', Hungtington'-, etc., et moi.
Anatomie comparée. — La plupart des cas d'absence des grands pectoraux relatés ci-dessus coïncide avec celle des petits pectoraux, des grands dentelés, etc., c'est-à-dire avec d'autres malformations étendues ou relèvent d'un processus morbide : atrophie musculaire progressive, transformation fibreuse, traumatisme. Je n'ai donc pas à m'y arrêter.
Il en est tout autrement de l'absence de la portion claviculaire ou de celle de la portion sterno-costale. « BischofT admet avec raison, dit M. Hartmann, que la portion claviculaire du grand pectoral n'existe pas chez Vorang^^. » Elle n'existe pas davantage chez Vatèle, le cercopithèque^ le macaque (}I[.q.c\^q\) . « J'ai lieu de croire, a écrit d'autre part Broca, que chez beaucoup de Singes la partie chondro-sternale n'existe pas. Il n'y en a, en effet, aucun vestige chez le cynocéphale **. » Chez le Cynocéphale sphynx^ oui; chez le Cynocéphale Anubis, non.
Dédoublement du muscle. — Sur un sujet disséqué par Tiedemann la couche profonde du pectoral dédoublé n'avait pas de portion claviculaire ^^
Macalister a noté un cas dans lequel la portion sterno-costale était formée par deux couches et la portion claviculaire par une seule. Knott a vu et j'ai vu également le tendon d'insertion à l'humérus constitué par deux lames aponévrotiques insérées, l'une à la lèvre
' HyrtL Trattato di anat. delV aomo, trad. Buonsanti et Occhini, p. 349.
- Giovanardi. Lo Spallanzanni, 1876, fasc. 3-4.
^ Quain. Loc. cit. sitprà, p. 233.
* Calori. Mem. délia Accadem. di Bologna^ t. VII, série II.
" Sweedy. Lancet, mars 1873.
"Turner. Journ. of anat. and phys., t. Vil, p. 327.
■" Kôlliker. Varielœt Beobacht., cit. suprà, Wurzburg, 1877-1879.
8 Freund. Cit., par Berger.
" Testut. Trait, des anom. musc, p. 30.
'"Tersen. Utiio7i médic. du Nord-Est., XVIIP année, p. 130.
" Young. Lancet, voL XXII, p. 19.
'- Huntington. Treat. ahstract. of the New-York Acad. of se, vol. XXII.
'' Hartmann. Loc. cit. suprà, p. 124.
'* Broca. L'Ordre des Primates, p. 316.
'" Tiedemann. Journ. compl. du dict. des Se. médic, 1830, t. VI, p. 272
antérieure, l'autre à la lèvre postérieure de la coulisse bicipitale et entre lesquelles glissait le tendon glénoïdien du biceps. Le professeur Macalister a trouvé la même disposition, sauf que les deux lames étaient attachées, l'une et l'autre, à la lèvre antérieure de la coulisse bicipitale.
Anatomie comparée. — Le tendon d'insertion à l'humérus du tendon du grand pectoral était dédoublé chez le fœtas de gorille de Deniker.
Le grand pectoral est formé par deux couches distinctes dans le ci/clothurm (Humphry)', Varctomys (Milne-Edwards) -, Y aï, le coati, (Mcckel). Dans la civette ces deux couches sont réunies par de nombreuses fibres auxquelles Young a donné le nom de pectoral intermédiaire \ Dans les Mammifères domestiques on décril quatre muscles pectoraux dénommés par Girard : sterno-huméraU sterno-aponévrotique, sterno-trochinien, sterno-préscapulaire. M. Ghauveau associe le sterno-huméral avec le sterno-aponévrotique pour en faire wn pectoral superficiel qui répondrait au grand pectoral de l'homme. Le sternotrochinien, associé au sterno-préscapulaire équivaudrait au petit pectoral de l'homme. Les auteurs allemands Leyh, Franck, EUenberger et Baum partagent lc\ manière de voir de M. Ghauveau. S'il faut encroire Lannegràce, le grand pectoral s'insérerait normalement chez I-^s Anoures aux deux lèvres de u la coulisse bicipitale par un double tendon ».
Connexions plus intimes des deux pectoraux. — Les deux grands pectoraux peuvent échanger, en avant du sternum, des trousseaux de fibres tendineuses ou musculaires plus ou moins nombreux, être même entièrement confondus.
Anatomie comparée. — Dans le fœtus de gorille de Deniker les bords sternaux des grands pectoraux n'étaient séparés que par « un espace large d'un millimètre ». Ils sont unis dans la guenon (Testut), \(^ phoque commun (Duvernoy), la chauve-souris (Meckel), etc. Dans les Solipèdes les muscles pectoraux d'un côté ne sont séparés de ceux du côté opposé que par la carène sternale, sorte de bréchet cartilagineux dont le développement tient de l'épaisseur même des muscles disposés à
' Ilumphry. Jo«r«. of (tnal. and plujs., t. IV, \}. 25. -Milne-Edwards. Moiiof/niphie du Siphnei/s, 1868. ^ Young. Joiwn. of an. and phys., t. XIV, p. 170.
droite et à gauche. Dans les autres espèces domestiques les pectoraux des deux côtés s'adossent aussi au-dessous du sternum, mais par l'intermédiaire d'un raphé fibreux, cet os n'ayant point de carène.
Variations de la fossette de Morenheim. — De même que l'espace inter-pectoral l'espace delto-pectoral peut être plus ou moins large et même disparaître. L'union des portions claviculaires du grand pectoral et du deltoïde a été signalée par Macalister, Cheselden % Otto', Seiler^, Wood, Koster*, Perrin", Flesch^, etc. Dans tous ces cas la Yeine céphalique passait au-dessous des deux muscles fusionnés ou au-dessus de la clavicule.
Anatomie comparée. — La fossette de Morenheim est plus ou moins prononcée dans les espèces simiennes. Dans le Gibbon cendré de Bischoff, le bonnet-chinois et la 5^?/e;iO?i disséqués par M. Testut, et divers Lé?7iuriens de Madagascar rapportés en France par M. Milne-Edwards, le grand pectoral et le deltoïde étaient soudés. Dans certains Singes la veine céphalique croise normalement le bord antérieur de la clavicule pour aller se jeter dans un des gros troncs veineux du cou.
Variations des insertions. — J'ai noté l'union du grand pectoral avec le deltoïde et celle des deux pectoraux. On a vu aussi la portion sterno-costale du grand pectoral naître seulement des 4 premières côtes ou, au contraire, s'étendre jusqu'à la 7*^ et la 8^ côte et la portion abdominale descendre jusqu'à l'ombilic et môme au-dessous. Sur une femme disséquée par Cruveilhier la portion claviculaire ne se fixait à la clavicule que dans l'étendue d'un pouce''. Dans un cas observé par M. Macalister le tendon externe était inséré sur le tendon glénoïdien du biceps. Chez les Anthropoïdes la ligne d'insertion du grand pectoral aux côtes, au sternum, à la clavicule et à l'abdomen est aussi variable que chez l'homme.
Variations de l'interstice séparatif des différents chefs. — La sépa-
^ Cheselden, p. 85.
- Otto. Pathol. anal., 1830, p. 249.
" Seiler. Ohsej-v. anal., 1808, fasc. I.
•'Koster, Nederl. Ai-chief., 1864, p. 369.
^Perrin. Joiini. of an. and phys., 1871, p. 234.
«Flesch. Varielœl. Beobachl., cit.
'Cruveilhier. Anal, descripl., 2" édit., p. 146.
ration complète du chef claviculairo du chef storiio-costal a été signalée parEllis, Vrolik, Flesch, Testut, etc. Je l'ai observée plusieurs fois. L'indépendance de chacun des trois chefs a été trouvée chez le blanc par M. Macalister et Knott, et chez le nègre par Cuvier, Laurillard et Chudzinski.
Ce vice de conformation est plus rare que le précédent et que celui qui consiste dans l'isolement et la portion ventrale du reste du muscle bien conformé. J'ai cinq dessins de la division en fascicules de la totalité du grand pectoral.
Anatomie comparée. — « Chez le clihnpanzéai le gibbon le grand pectoral présente, dit le professeur Hartmann, une séparation nette des portions destinées à la clavicule et au sternum. » Elle n'existait cependant pas dans les cliimpanzés de Champneys, de Macalister, de Broca. Chez le fœtus de gibbon du docteur Deniker la portion claviculaire était de môme à peine distincte de la portion sterno-costale. Dans le gorille les dimensions de l'espace compris entre les chefs supérieur et moyen du grand pectoral paraissent grandir suivant l'âge et être en rapport avec le développement des sacs laryngiens. Chez le fœtus cet espace est à peine de 1 millimètre, chez le jeune gorille de o millimètres, et chez le gorille adulte de 2à 3 centimètres. L'interstice séparatif en question a été trouvé par Vrolik dans le Cynocéphale niandrill\
Connexions plus intimes avec les muscles voisins et faisceaux surnuméraires. — On a signalé des faisceaux musculaires qui rattachaient le grand pectoral à la capsule de l'épaule (Gruber, Boyer -, Pye-Smith, Ilowse et Colley, Sœmmerring', Chudzinski, Cruveilhier Testut, Calori '), à la capsule de l'épaule et au muscle sus-épineux (Sœmmerring), au sus-épineux (Horner) à l'apophyse coracoïde, à la petite tubérosité de l'humérus (Wood, Macalister, Perrin), à l'aponévrose d"envelo})pe du coraco-brachial, au tendon de la courte portion du biceps (Knott, 3 cas personnels), au petit pectoral, au muscle présternal ou à l'aponévrose antibrachiale (Gruber^, Macalister, Gegenbaur) .
'Vrolik. in Broca. L'ordre des Primates. - Boyer. Trait, co/uplel d'anat., 1815, p. 116. ^Sœmmerring. Loc. cit., p. 220.
' Galori. 7 cas sur 50 bras e.xaminés.
^Gruber. Virctiow'.^ Arc/t., 1876, p. ;i98 ; Arch. f. an. u. plnj.'i., 187.S, p. iOl el Méni. de VAcad. Imp. de Satnt-Pélersbourf/, 18tJ0-l872.
M. Testiit a trouvé un trousseau de fibres musculaires qui se portaient de la face superficielle du grand pectoral aux 3° 4" et 5" cartilages costaux.
Anatomie comparée. — Chez les Amphibiens le grand pectoral, qui naît des myotomes ventraux 6, 1, 8 et 9, s'insère sur le trochanter avec le grand dorsal et le deltoïde, tout près du sus-épineux. Peu à peu son tendon humerai se déplace et descend sur la crête sous-trochantérienne qui constitue la lèvre antérieure de la coulisse bicipitale oiî il est fixé chez Fhomme : plus l'animal occupe une place élevée dans l'échelle des êtres, plus rinsertion externe de son grand pectoral s'abaisse et se rapproche du point oii elle se fait chez l'homme. En se modifiant dans les divers organismes le grand pectoral est successivement en rapport avec les tubérosités humérales, la capsule de l'épaule, le sus-épineux, le coraco-brachial, le biceps.
Dans les Anthrojjoïdes même on a retrouvé anormalement les insertions vicieuses du tendon externe du grand pectoral humain. Dans les gibbo7is de Huxley et de Chudzinski, ce tendon était inséré sur celui de la courte portion du biceps. Un faisceau surnuméraire du grand pectoral se portait sur le grand trochanter dans le gorille adulte de Hartmann^ et sur le tendon de l'aponévrose de la courte portion du biceps dans le jeune gorille de Deniker. Chez Yorang de Duvernoy un faisceau nettement dilférencié et venant des 8° et 9° côtes allait s'insérer en dedans et au-dessus de la portion sternale. Le grand et le petit pectoral du Cynocéphale Amibis sont à peu près inséparables (Champneys).
Ghondro-épitrochléen. — Syn. : Humero-abdominalis de Klein ; abdomino-Jiitméral de Diigès; chondro-epitrochlearis de Wood; brachioabdominalis de Zenker; brachio-laieralis de Humphry; jyor//o-rt^£/o»2znalis pectoralis majoris d'Ecker et de Maisonneuve ; pars abdominalis pectoralis majoris de Ilis ; troisième pectoral de Broca et de Pozzi ; 2Jecloralis quarlus de Haughton et de Macalister ; portio pyramidalis jiectoralis majoris de Rolleston et de Galton ; faisceau supplémentaire du grand pectoral de Chudzinski; abdomino-antibrachial de.Testut; costo-lmmeralis de Huxley ; epigastric slip de Perrin, etc.
Ce faisceau qui naît des cartilages des dernières côtes et de l'aponé-
' Hartmann. Menschenaiïllchen affen, etc., p. 152.
vrose thoruco-abdominale peut naître aussi seulement des cartilages des dernières côtes ou de l'aponévrose tlioraco-abdominalc (aponévrose du grand oblique, du grand droit, du grand dentelé) pour se terminer soit :
.4). Sur la coulisse bicipitale (Perrin ', Pozzi', C. Bell', Wood');
B). Sur l'aponévrose du bras (Wood ', Macalister ', Kelly', Sœmmerring^ Chudzinski^ Morestin '", 2 cas personnels);
C). Sur l'épitrochlée (Caldani, Theile, Gruber, Ilenlc, Hallett, Mac- Whinnie, Macalisler, Wood, ïestut, Cruveilhier " , Struthers '% Deville ", Chassaignac '% Perrin '•', Knott '^ etc.).
J'en ai réuni o cas (4 sur des hommes et 1 sur une j('uiie lille) ;
D). Sur l'aponévrose antibrachiale (Blandin, 1 cas personnel).
Le chondro-épitrochléen a été rencontré onze fois sur 58 sujets par Perrin soit 18,97 pour 100, soit une fois sur 5 sujets. .Je ne l'ai trouvé qu'une fois sur 8 (8 fois sur 64 sujets dont 40 hommes et 24 femmes).
Un faisceau musculaire de dimensions et d'insertions variables comme celui que nous venons de noter existe normalement chez les animaux. Il a été décrit sous le nom de petit pectoral par Alix, Blanchard, Cuvier et Laurillard '^ ; <\q pectoralis quartus, par Haughton et Macalisler '^ ; de portion abdominale du grand pectoral, par >Iaisonneuve et Ecker dans les Chéiroptères où il se confond en dehors avec le grand pectoral et reçoit, comme lui, des branches du nerf thoracique du plexus brachial. Il est mentionné sous le qualificatif de brachio-lateralis par Humphry ^'■* dans Yorijctérope; à'abdoniino-antibracJiial par
' Perrin. Soc. des conf. anal, de Lyon.
- Pozzi. Ballet, de VAssoc. franc, pour l'avanc. des Sciences, l<S7i.
'Ch. Bell. Analomij, 1829, p. 362.
* Wood. l'roceed. of Ihe roij. Soc, 1867, p. o23.
'' Ibkl., p. Ô2'i.
" .Macalister. Cal. cil., p. 46.
' Kelly cit. par Macalister.
" Sœinmerriiig. Loc. cil., p. 219.
" Cluidzinski. Ballet, de la Soc. d'anlhropol. de Paris, 188i, p. 362 et 446.
'' Morestin. Ballet, de la Soc. anal, de Paris, 1S96, p. 144.
" Cruveilhier. Anal, descript. Ir^ édit., t. II, p. 85 et 2» édit., t. il. p. Ii9 (note).
'- Struthers. Anal, and phys. obserc, p. 199 et Institationes anal., t. I, p. 239.
' ■ Deville. Ballet, de lu Soc. anal, de Paris, 1848, p. 319.
"Chassaignac. Ibid., 1832, p. 107.
'"Perrin. Journ. of anal, and phys., 1871, p. 234.
'" Knott, Caldani, llenle, etc. Loc. cit. passitn.
''' Cuvier et Laurillard. Leçons d'anal, cotnp., t. I, p. 31)6.
'"Macalister. Ann. and may. nal. Itist., jiily 1869.
'" llnniphry. Journ. of an. and phys., 1868, p. 290.
Testât dans la guenon^ Tours brun cV Amérique et le renard ^ ; de portio pyramidalis pectoralis majoris par Rolleston et Galton-, dans YOrnithoryncus jjaradoxus, le Dasypus sexcinctus, YEchidna setosa et le jenne crocodile] de hrachio-ahdonimalis par Zenker dans les Batraciens''^ \ et de chondro-épilrochléen par Duvernoy dans les Cétacés oii il descend jusqu'à l'aponévrose antibrachiale. « C'est grâce à ce faisceau que dans le phoque^ dit Duvernoy, l'action du grand pectoral est portée directement à la main qui acquiert ainsi une très grande force pour frapper l'eau. » Dans sa monographie des Grenouilles Ecker nomme ce muscle portio abdominalis pectoralis majoris et en donne un bon dessin avec cette légende : « Welche mit der aponeurose des m. obliquus abdominis externus verbindungt steht \ » Il a été signalé encore dans les Monotrèmes par Alix % les Tatous et la sarigue par Meckel, Vindris par Milne-Edwards. Je l'ai vu nettement chez une sarigue. Perrin, qui l'appelle épigastrie slip, croit qu'il correspond au tensor plicse alaris des Oiseaux. A mon sens, le chondro-épitrochléen doit être rattaché au groupe des muscles pectoraux, à la portion ventrale du grand pectoral. Ses insertions, son innervation, sa configuration diverse : tout plaide en faveur de cette opinion. Si chez l'homme le faisceau du grand pectoral venu de l'abdomen est très faible et paraît accessoire, ce faisceau a été primitivement en efi'et le plus important. Chez les Urodèles il constitue à lui tout seul le muscle adducteur du bras. Chez la grenouille, le grand pectoral prend des insertions sur le sternum et l'épisternum, mais la majeure partie de ses fibres provient ■encore de l'abdomen.
PETIT PECTJRAL
Absence. — Elle coïncide généralement avec celle du grand pectoral (voy. M. précédent). J'ai noté chez une femme l'absence de la digitation moyenne du petit pectoral droit. Il est à remarquer que dans un cas de Kolliker oii le petit pectoral gauche était seul absent des mensurations pratiquées avec l'appareil de Lucœ ont démontré que
' Teslut. Trailé dea an. rni/sc, cit. p. 25.
-Galton. On Dasijpus sexcinctus, p. ô34.
'Zenker. Balracliomijologia, Jena, 1826, p. 39.
* Ecker. Brau7iscliweig,\86i, Iste Abtheil, p. 95, fig. 73.
'-Alix. .Soc. pinlom., ISôT, p. 93.
MUSCLES DES PAROIS DE LA POITRINE 2bl
l'apophyse coracoïde du même côté était moins drjetéc en dedans que celle dn côté opposé.
Anatomie comparée. — J'ai dit que le muscle décrit par Cuvier, Laurillard, Alix et Blanchard, sous le nom de petit pectoral chez les CAe7ro/9^6'y'(?.s est la portion ventrale du grand pectoral. Le petit pectoral manquerait chez la plupart des Carnassiers (Cuviei"), chez YHyme striée enti-e autres (Young et Robinson), et chez divers Marsupiaux et Édentés, notamment chez Vopossu?7i et le kanguroo, le mynnecophaxja, le ôr«r/?//}«5(Meckel), le Dasypus scxcinclus {(j^Mow).
Division du muscle en deux corps. — Tiedemann a disséqué un sujet chez lequel le petit pectoral était représenté par deux corps charnus dont Tun, superficiel, avait les attaches du muscle normal et l'autre, profond, se rendait aussi à l'apophyse coracoïde, mais provenait des 2*" et 3° côtes '. Ce vice de conformation coïncidait avec le dédoublement du grand pectoral indiqué plus haut.
En 1894 j'ai vu, sur un acrobate, le petit pectoral gauche formé par deux faisceaux, l'un naissant des S'' -et 4° côtes, l'autre des 5% 6® et 7" côtes et se terminant, le premier sur l'apophyse coracoïde, le second sur la grosse tubérosité de l'humérus.
Anatomie comparée. — « Chez le gorille, dit le professeur Hartmann, on distingue dans ce muscle une portion supérieure formant une masse plus distincte, plus difficilement décomposable en faisceaux, insérée à la 2" et à la 5" côtes et une portion inférieure. Cette dernière naît par trois faisceaux de la 4'' et de la 7" côtes, et son segment supérieur s'étale largement sur le segment inférieur de la portion supérieure. Chez le chimpanzé , une portion supérieure, plus faible, naît de la 2% 3' et 4" côte et une portion inférieure, à trois pointes ou faisceaux, s'attache de la ¥ à la T côte. Celte portion inférieure manque parfois. J'ai vu la portion supérieure s'insérer sur l'apophyse coracoïde de l'omoplate, tandis que l'autre se rattachait à l'arête de la grosse tubérosité huméraie. Chez YoranrjwwQ portion supérieure à trois chefs naît de la 2'' à la 5" côtes et s'insère sur l'apophyse coracoïde. Une portion inférieure également à trois faisceaux vient des 5", 6'' et 7" côtes et s'insère sur la grosse tubérosité humérale et sur l'arête de cette tubérosité. Ce
' Tiedeiiiunn. Op. cit., p. 272.
2b2 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L'HOMME
segment inférieur se prolonge vers le bras au delà du grand pectoral. Chez le Gibbon à mains blanches la portion supérieure part de la 2" côtei) la portion inférieure de la 3% de la 4% de la S'' côtes. Nous devons remarquer à ce propos que chez l'homme également le petit pectoral est parfois divisé en faisceaux qui peuvent s'insérer soit à l'apophyse coracoïde, soit au ligament capsulaire de l'articulation scapulo-humérale ^ » Le muscle en cause était divisé aussi en deux corps dans le f/orille de Duvernoy.
Variations des insertions. — Fort souvent (17 fois sur 106 sujets, d'après Wood), le tendon du petit pectoral, au lieu de se fixer au bord antérieur de l'apophyse coracoïde, passe sur la face supérieure de cette apophyse, se réQéchit sur le bord postérieur de cet'e saillie osseuse et va s'insérer soit au tendon du sus-épineux, soit au ligament capsulaire de l'épaule, soit au ligament acromio-coracoïdien, soit aux tubérosités supérieures (trochin et trochiter) de l'humérus, soit au bourrelet glénoïdien.
Clason a décrit un cas dans lequel le tendon du petit pectoral se trifurquait après avoir contourné la face supérieure de l'apophyse coracoïde : le premier faisceau, longeant le bord postérieur de l'apophyse coracoïde, allait se fixer à la base de cette saillie; le second gagnait le col de l'omoplate, le troisième se perdait dans le bourrelet glénoïdien '. Des anomalies du petit pectoral analogues aux précédentes ont été également signalées par Gantzer, Meckel'', Harrisson \ Benson% Macalister ", Knott (5 cas), Walsham, Testut,.etc.
Une seconde disposition, beaucoup plus rare, des insertions externes du petit pectoral est la suivante : la presque totalité des fibres musculaires s'insère, comme d'habitude, au bord antérieur de l'apophyse coracoïde, et une faible partie (ordinairement les fibres inférieures) se rend soit au ligament acromio-coracoïdien, soit au ligament capsulaire, soit à la grosse tubérosilé de l'humérus, soit à l'aponévrose brachiale, etc. Winslow a vu cette insertion des fibres supérieures à l'apophyse coracoïde et des fibres inférieures au coraco-brachial et au biceps'. Le
' llarlaïaun. Loc. cil. suprà, p. 124.
"Clason. Oui. Mushel anom., L'psala, 11 Bd, p. 417.
^ Meckel. IJandbuch derinensch. Anatomie, 1816, p. 467.
^ Ilarrison. Disseclor, I, p. 79.
'• Benson. Cycl. Anal, and phijf;., I, p. 3.^9.
" .Macalister. Juurn. An. and Phys., u« 11, mai 1867, p. 317.
' Winslow. Truil. anal., p. 175.
professeur Macalister, après Sœmmerrin^, a trouvé des cas dans lesquels les libres inféi'icures, allaient se confondre avec le coraco-brachial*. Wood a noté qu'elles pouvaient aller rejoindre le ligament acromio-coracoïdien, la membrane coslo-coracoïdienne, le tendon de la courte portion du biceps, la clavicule, l'apouévrose brachiale à sa partic supérieure. Une fois le petit pectoral avait un faisceau distinct qui provenait de la première côte et se perdait sur la clavicule. Wood considère ce tractus musculeux comme un sterno-claviculaire incomplet. Sur un nègre disséqué par M. Chudzinski une languette détachée du corps du muscle allait s'insérer sur une bande ligamenteuse étendue de l'apophyse coracoïde à la partie moyenne de la clavicule. M. Panas a vu ■ et j'ai vu également (chez une femme) le petit pectoral se terminer sur l'apophyse coracoïde et le col anatomique de l'humérus.
Une troisième disposition encore plus exceptionnelle est celle qui consiste dans l'attache de la totalité des libres du petit pectoral, indépendant de l'apophyse coracoïde, sur la capsule de l'épaule ou les tubérosités humérales. C'est ainsi que Souza '^ Foltz '% Fischer ' ont vu la totalité des fibres terminales se fixer sur la capsule de l'épaule, et Gruber sur la capsule de l'épaule et la grosse tubérosité de l'humérus.
Anatomie coMPARiiE. — Daus les chimpanzés de Broca et de llumphry, le tendon du petit pectoral indivis était inséré sur la grosse tubérosité de l'humérus ; dans ceux de Hepburn et de Champneys sur la capsule de l'épaule, après avoir contourné la face supérieure de l'apophyse coracoïde ; dans celui d'Alix et Gratiolet sur l'apophyse coracoïde et l'articulation de l'épaule par deux languettes distinctes, et dans le gibbon de Hepburn sur la partie moyenne de la clavicule, l'apophyse coracoïde et la courte portion du biceps, à son origine. Chez le chimpanzé de Wilder le petit pectoral se terminait, à droite sur l'humérus, à gauche sur l'apophyse coracoïde. L'insertion glénoïdienne a été notée chez le gorille par Auzoux ^' et l'insertion coracoï-
' Maccalisler. Cat. cit., p. 48; Sœmmerring, I^oc. cit., p. 'IIX.
-Panas. Ballet, de la Soc. Anat., 1863, p. 165.
■' Souza. Gaz. mécL, Paris, 1885, p. 185.
' Foltz. Journ. de phys. de Brown-Séquard, 1863.
* Fischer, Bullet. de la Soc. Anat. de Paris, t. II, p. 18.
"Auzoux in Broca. L'ordre des'Pri7nates, p. 317.
254 VARIATlOiNS DU SYSTEME MUSCULAIRE DE L'HOMME
dienne seule chez \orang par Hephurn, Vrolik, le fœtus de gorille, le gorille adulte par Deniker, Hepburii, Bischoff, Macalister, le fœtus de gibbon par Deniker, le gibbon adulte par Bischoff, Vrolik, etc.
Dans le papion le petit pectoral se fixe sur l'apophyse coracoïde, la capsule articulaire et le trochiter ; dans le Cynocéphale maïmon sur l'apophyse coracoïde et la voûte acromio-coracoïdienne (Bischoff) ; sur l'apophyse coracoïde seule dans le Cynocéphale Anubis (Ghampneys).
Connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Le petit pectoral est parfois relié au grand pectoral ou au sous-clavier par quelques trousseaux de fibres. Gruber a donné le nom de pectoralis mhmnus à un faisceau musculaire qui s'insère, en dedans, au cartilage de la !'■* côte et à la face antérieure de l'articulation sterno-claviculaire et, en dehors, à l'apophyse coracoïde'. Pour M. Bertram Windle, qui a distingué chez les animaux cinq muscles pectoraux auxquels il a donné les noms de manubrial superficiel, de manubrial profond, de gladiolaire, de costal et à' abdominal, le pectoralis minimus de Gruber répondrait au manubrial profond caractérisé par son attache sur le manubrium à l'angle de la première côte (attache qui peut de là s'étendre en arrière) et par sa terminaison au-devant de l'épaule ^ « Cette opinion est très soutenable, dit M. Lesbre, en ce qui concerne le faisceau décrit à tort comme le sterno-préscapulaire des Ruminants et des Carnivores, mais nous ne pouvons l'admettre relativement au vrai préscapulaires, » Pour ma part il me semble, comme à M. Macalister, que le pectoralis minimus n'est qu'un préeflaviculdire médian prolongé en dehors (voy.^ M. péri-claviculaires surnuméraires).
Anatomie comparée. — Il appert des recherches de Lannegrâce ^ et de Sabatier" sur la masse charnue du poitrail du cheval et les pectoraux des Rongeurs, que le petit pectoral et le sous-clavier ne sont que des faisceaux différenciés du grand pectoral, des dérivés embryogéniqucs de ce muscle. Chez les Vertébrés supérieurs même le petit pectoral se porte d'abord à Thumérus comme couche inférieure du grand
' Gruber. Mém. de l'Académie Imp. de Saint-Pétersbourg, série VIII, t. III. - Bertram Windle, Transacl. of the Roy. Irish academy, iSS9. '■' Lesbre. Loc. cit., p. 82.
'Lannegrâce. Th. cit., p. 80.
■■ Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres dans la série des Vertébrés, Montpellier, 1880.
pectoral, puis à riiiimériis cl au scapiiliim, et enfin à l'apophyse coracoïde du scapuluni {Chéiroptères). Si rontogénic est un résumé de la phyllogénie, ces données expliquent la plupart des anomalies du petit pectoral et celles du sous-clavier de riiomme. Elles sont le résultat d'une perturbation dans le processus évolutif de ces muscles. L'insertion de ces muscles à riiumérus, à la capsule de l'épaule, etc., leur dissociation incomplète sont dues à un arrêt d'évolution, leur dédoublement en plusieurs couches (deux pour le grand pectoral et deux pour le petit pectoral chez le sujet de Tiedemann), et l'apparition de nombreux muscles surnuméraires autour de la clavicule, à un excès de segmentation.