‹ Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'anthropologie zoologiqueChapitre 64 sur 116 · GRAND DENTELÉ · texte numérisé non relu

GRAND DENTELÉ

Absence. — L'absence de la portion moyenne du muscle a été notée par Meckel, Henle, Macalister et celle de la portion supérieure par Macalister. J'ai dit que le système transverso-épi-scapulaire s& réduisait à sa portion inférieure chez les Oiseaux (voy. M. angulaire de V omoplate).

Isolement des trois portions. — Cette anomalie assez rare dans l'espèce humaine reproduit, je le répète, une disposition normale chez les Anoures et les Reptiles.

' Sandifort. Exercit. anat., cit. p. 88.

* Walsham. Saint-Barlholomew's liospit. reports, cit.

MUSCLES DES PAROIS DE LA POITRLNE 2o7

Variations du nombre des digitations. — On a noté le défaut de présence de la digitation de la 1" côte, des digitations de la 4" et de la 5", de la T et de la %\ J'ai vu le grand dentelé ne pas descendre au delà de la 7'' côte ou, au contraire, descendre jusqu'à la 11'. On retrouve ces variations dans la série animale et môme parmi les divers Anthropoïdes . Ainsi dans le (jorille, pour ne parler que de lui, le grand dentelé se prolongeait jusqu'à la 10'' côte chez \q gorille du professeur Macalister, jusqu'à la Hachez les gorilles à^ BischofF et de Duvernoy, jusqu'à la 13" chez le gorille du docteur Hepburn et le fœtus de gorille de Deniker.

Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Quelques-unes des fibres du grand dentelé peuvent se continuer avec celles des sur-costaux, des intercostaux externes ou de l'oblique externe. Je note pour mémoire les faisceaux qui se portent de l'aponévrose ou du corps charnu du muscle en question sur la face interne du bras (voy. M. chondro-épitrochléen) ou sur l'angulaire de l'omoplate (voy. ce muscle).

On a trouvé un faisceau profond provenant de la 1'^ côte et allant rejoindre la digitation supérieure (Testut)', un faisceau profond naissant de la 2" côte et s'attachant isolément à tout le bord vertébral du scapulum, depuis l'épine (Theile)^.

Sur un sujet disséqué par Wood le grand dentelé qui ne dépassait pas la V côte, recevait, au niveau de la pointe de l'omoplate, à droite, deux faisceaux émanant de la 9" et de la 10® côtes, à gauche, un faisceau émanant de la 8'' côte.

Anatomie comparée. — Chez le héron, le pingoin et les Oiseaux de pî^oie on rencontre, en arrière du grand dentelé, un second muscle qui relie le scapulum aux côtes. C'est le M. depressor scapulœ des Oiseaux. Pour Wood, les faisceaux profonds du grand dentelé que nous venons de décrire sont les homologues de ce muscle ^ Est-il nécessaire de descendre aussi bas? Dans le Troglodytes Aubrijï existait, au-dessous des digitations supérieures du grand dentelé, un faisceau profond qui rattachait le bord coracoïdien du scapulum aux trois premières côtes. Chez le Troglodytes niger disséqué par M. Testut la portion supérieure

' Testut. Trait, des anom, musc, p. 6i. -Theile. Encyclop. anat., cit. p. 206.

MVood. Proceed., t, XVI, p. 515.

du grand dentelé recevait un faisceau de renforcement provenant de la ['' côte.

MUSCLES SURNUMERAIRES

Muscles péri-claviculaires.

Ces muscles auxquels les auteurs ont donné différents noms sont nombreux. Je les diviserai en muscles sous-claviculaires, sus-claviciilaires, pré-claviculaires et rétro-claviculaires .

Il y a deux muscles sous-claviculaires surnuméraires, deux muscles sus-claviculaires surnuméraires, trois muscles pré-claviculaires surnuméraires et un muscle rétro-claviculaire surnuméraire : en tout huit muscles péri-claviculaires surnuméraires.

Muscles sous-claviculaires surnuméraires.

Ce sont : le muscle sterno-chondro-scajndaire et le muscle scapuloclavicidaire.

Sterno-chondro-scapulaire.

" Syn. : Sous-clavier de Meckel et Cuvier; sub-clavius postions; scapulo-costalis, etc.

Ce muscle, dont les insertions sont essentiellement variables, est presque toujours enlièrement indépendant du sous-clavier normal. En raison du peu de fixité de ses points d'attache, il est encore appelé : slerno-scapiilaire , chondro-scapulaire , costo-scapulaire .

Wood en a décrit trois spécimens ' .

Dans un premier cas, le muscle fusiforme, absolument distinct du sous-clavier ordinaire, s'étendait du sternum et du cartilage de la première côte au tubercule de l'apophyse coracoïde et au ligament conoïdien.

Dans un second cas, les insertions externes du sous-clavier accessoire étaient les mômes que celles du muscle anormal signalé ci-des-

' Wood. Philosoph. Transact. of Ihe roy. Soc. 1869, p. 102 et suiv.

sus, mais ses insertions internes étaient celles du sous-clavier normal avec lequel il était fusionne à l'origine.

Dans un troisième cas, le faisceau musculaire surnuméraire qui se détachait du cartilage de la première cote gauche, tout près du sternum, chez une femme, se fixait, en dehors, au ligament scapulaire et à la racine de l'apophyse coracoide, où il était joint au muscle omohyoïdien. En plus du sterno-chondro-scapulaire, il y avait chez ce sujet, du même coté, un scapulo-claviculaire .

Le sterno-chondro-scapulaire a été, depuis Wood qui a appelé le premier sur lui, en 1864, l'attention des anatomistcs, signalé par Ehlers ', Curnow -, Gruber ', Hellema % Reid et ïaylor "', Macdonald, Brown '\ Knott, Macalister, Shepherd ^, etc.

Sur les 11 cas de muscle chondro-scapulaire observé par Gruber, le sous-clavier faisait défaut 7 fois.

Les faisceaux musculaires anormaux suivants, décrits antérieurement par divers anatomistes sous différents noms, me paraissent entièrement répondre au muscle sterno-chondro-scapulaire de Wood.

ïheile considère comme un faisceau différencié du grand dentelé un muscle arrondi qu'il a disséqué sur un homme dont l'omo-hyoïdien était absent. Ce muscle, qui partait du cartilage de la première côte, s'insérait par son extrémité externe, à la racine de l'apophyse coracoide et au bord supérieur du scapulum \

R. Wagner a donné de longs détails sur un muscle qui s'attachait au cartilage de la première côte et au bord supérieur de l'omoplate, près de l'échancrurc qu'il présente pour le passage du nerf sus-scapulaire. Il envisagea ce muscle, qui échangeait quelques fibres avec l'omo-hyoïdien ®, comme une variété de l'omo-hyoïdien.

Hallett, Sœmmerring ont vu chacun un muscle analogue à celui décrit par R Wagner. Comme lui, ils ont regardé ces muscles comme des variétés de l'omo-hyoïdien '".

' Ehlers. Ilenle u. Pfei/fers Zeltschrifl, 3» Reihe, XXI, p. 247. - Curuow. Jourii. of anal, and phijs., 1873, p. 305. "Gruber. Vivchow's Arch., Bd. LXXYII, p. 123.

* Ilcllema. Archief vor genees en Nafur Kunde, III, p. 125. '

* Reid et Taylor. Saint T/iomas's hosp. Reports, cit.

« Macdouald Browii. Joitrn. of anat. and phijs., 1880, p. 512. ' Shepherd. Ibid., 1881, p. 294.

* Theile. Encycl. anat., p. 206.

'Wagner. Heusinger's Zeitsckrift, Bd. III, S. 335.

'"Hallett. Op. cit., p. 4; Sœmnieniiig. De coip.Jiuinan. fabric, t. III, p. 173, 1769.

Rosenmuller cite l'exemple d'un homme chez lequel, derrière le sous-clavier gauche, il y avait un autre muscle fixé au cartilage de la première côte et à la racine de Fapophyse coracoïde '.

Le sterno-chondro-scapulaire et le sous-clavier peuvent se souder en dedans. Le muscle anormal ainsi constitué a un tendon costal ou sterno-chondro-costal unique et une extrémité externe plus ou moins divisée, le plus souvent bifurquée, et insérée à la fois à la face inférieure de la clavicule et à l'omoplate. Nous avons dit que le second muscle sterno-chondro-scapulaire observé par M. Wood affectait cette disposition. Bôhmer parle d'un muscle qui s'attachait en dedans par un chef unique à la première côte, et en dehors par deux corps charnus séparés à la face inférieure de la clavicule et à l'omoplate -. Sandifort rapporte un cas identique \

Sur plus de 100 sujets qu'il a examinés, M. Knott a trouvé ce muscle seulement une fois. Le professeur Krause dit qu'on le rencontre en moyenne chez 7 sujets sur 100, ou à peu près 1 fois sur 15. Cette dernière proportion est acceptée par M. Macalister. J'en ai observé deux cas sur 40 sujets.

Scapulo-claviculaire.

Syn. : Scapulo-clavien de Cuvier ; Portion du sterno-scapulcdre ; sus-clavier de divers auteurs.

C'est en 1865 que M. Wood a donné ce nom à un muscle qu'il avait trouvé dans la région claviculaire gauche d'une femme. Ce muscle, large d'un pouce et épais d'un huitième de pouce, se détachait de la racine de l'apophyse coracoïde et du ligament scapulaire pour se porter, en haut et en avant, au tiers externe de la face inférieure de la clavicule, tout près du sous-clavier. A son origine il était joint à l'omohyoïdien et au muscle sterno-chondro-scapulaire.

En 1868, le môme anatomiste a noté de nouveau cette malformation sur un homme, du côté gauche.

Postérieurement le muscle en cause a été signalé par Gruber, Luschka et Testut (2 cas).

J'en ai vu trois cas. Les scapulo-claviculaires que j'ai disséqués étaient fixés au quart externe du bord postérieur de la clavicule, assez

1 Rosenmuller. Beitràge fur die Zergliedeningskunst, Bd. t. Ileft. 3 S. 375 QiDe nonnullis musc, 1814, p. 6.

-Bohmer. Observ. anat. rarior, Halle et Magdeb., Préface, p. 9, 1752.

* Sandifort. Excercit, anat., cit. p. 88.

loin du sous-clavier, à la racine de l'apophyse coracoïde et nn peu au muscle omo-hyoïdien. Je les ai toujours observes à gauche, sur des femmes ; jamais ils n'étaient accompagnés d'un sterno-chondro-scapulaire.

Comme le sterno-cJiondro-scapulaire^ le scapulo-clavicidaire a été signalé par divers auteurs qui, à tort, en ont fait également, presque toujours, une variété de romo-hyoïdien.

Mac-Whinnie indique, comme un faisceau complémentaire de l'omchyoïdien, un muscle qui émanait du bord supérieur de l'omoplate en dedans de l'omo-hyoïdien, et gagnait le milieu de la face supérieure de la clavicule. Ce muscle avait à peu près la grosseur du petit doigt'.

Hallelt a fait représenter dilférents faisceaux musculaires ayant les mêmes rapports anatomiques que le précédent, et qu'il croit être des masses fibrillaires dissociées de l'omo-hyoïdien '. Des tractus musculeux semblables sont mentionnés aussi par Ilyrtl ^ et par Henle '.

Le muscle coraco-clavicidaire ou coraco-clamculaire postérieur ou omo-claviculaire de Gruber % de Calori '^, de Knott, de Koster'', Pye- Smith, Howe et Colley, etc., et le muscle coraco-cervical de Krause*, ne sont pareillement que des variétés du scapulo-claviculaire. Le coraco-clamculaire s'insère, en dehors, à l'apophyse coracoïde, et en dedans au tiers externe de la face inférieure de la clavicule. Le coracocervical s'attache, en arrière, à la racine de l'apophyse coracoïde et au bord supérieur du scapulum avec l'omo-hyoïdien, et en avant au fascia cervical, plus ou moins près de la clavicule (voy. M. omohyo'ldien).

WSl. Rambaud et Carcassonne ont trouvé un muscle qui doit être rapproché du coraco-cervical.

Il n'existait qu'à droite, et s'insérait dans l'étendue de 2 centimètres

' Mac-Whinuie. Op. cil., p. J87.

-Hallett. Op. cit., p. 4.

' Hyrtl, Lehrbuch, S. 3ii.

* Henle. Op. ciL, S. 116.

^ Gruber. TieicherCs Archiv, 1863, p. 404.

6 Calori. Mem. deW Acacl. délie Scienze' delV Iii.<)(itiilo di Dologna, 2' sér., vol. VI, p. 137.

Mvoster. Xederlausch Archief, 2nd deel, ait 2, 1864, p. 31.

*Krause, Quain, Arferies, pi. 4, f. 21. Meckcl et llaller parlent également de muscles sous-claviers surnuméraires, mais les détails qu'ils donnent à cet égard sont si concis et si peu clairs qu'il serait difficile de classer ces muscles. Consulter : Meckcl. Muskellehre, 1816; Haller, De corp. hum. fabr., t. V, p. I, p. 95 a et t. VI, p. 77, 1756.

à ia partie moyenne du bord supérieur de la clavicule, derrière la portion claviculaire du sterno-cléido-mastoïdien, très développé sur ce sujet. De là le corps charnu se portait presque horizontalement un peu en haut et en arrière, croisait presque perpendiculairement la face postérieure du sterno-cléido-mastoïdien et la face antérieure des muscles sterno-hyoïdien et sterno-thyroïdien sur lesquels il s'épanouissait en une lame aponévrotique très mince \

Le muscle coraco-cervical de Krause est une scapulo-claviculaire dont l'extrémité antérieure a avorté ; inversement le muscle claviculocervical de Rambaud et Garcassonne est un scapulo-claviculaire dont l'extrémité postérieure a avorté ou un cléido-hyoïdien surnuméraire incomplet.

Le muscle scapulo-claviculaire est très rare. M. le docteur Knolt ne l'a pas trouvé sur 120 sujets où il l'a cherché. Je n'ai pas été plus heureux sur 150 que j'ai examinés dans ce but. Le coraco-claviculaire est plus commun. J'en ai vu deux cas.

Muscles sus-claviculaires surnuméraires.

Ce sont : le muscle sus-claviculaire propre de Griiber et le muscle sus-claviculaire ou sterno-clavindaire de Hyrtl.

Sus-claviculaire propre de Gruber.

C'est un muscle qui s'étend de l'extrémité acromiale à l'extrémité sternale de la clavicule. Situé à la partie inférieure du triangle susclaviculaire, il forme au-dessus de la clavicule une arche sous laquelle passent les vaisseaux et les nerfs sus-claviculaires. L'anse à convexité supérieure qu'il représente, est charnue à sa partie moyenne, tendineuse à ses deux bouts. L'aponévrose cervicale superficielle, après avoir tapissé la face antérieure de ce muscle, se réfléchit au niveau de son bord inférieur ou concave sur sa face postérieure. Il en résulte qu'elle lui constitue une enveloppe complète .

En se contractant, ce faisceau s'abaisse et prend une direction recliligne, il tend l'aponévrose cervicale superhcielle. Il a donc une grande analogie avec l'omo-hyoïdien, qui tend l'aponévrose cervicale moyenne.

' Rambaud et Carcossonne. Gaz. médic, i86.j, p. 191.

Le sus-claviciilaire propre de Gruber est unilatéral ou bilatéral.

Ce muscle a été décrit d'abord en 1865, sous le nom de M. siiprà clavicularis propriHs sive lensor fasciœ coUi, par le professeur \Y. Gruber [Reichert's Àrch. 1865, p. 703). Le professeur Macalister l'a retrouvé deux fois (communication écrite). — M. le docteur Knott en a observé également deux spécimens ', et Bardeleben -, un.

En mai 1880, M. Louis Dubar a communiqué à la Société analomique de Paris un nouveau cas de celte bandelette anormale qu'il a appelée : muscle amiforme nis- claviculaire ^ tenseur de l'aponévrose cervicale super pxielle. Dans la noie rédigée alors par M. Dubar il était dit : « Ce muscle n'est signalé dans aucun des livres qui traitent des anomalies musculaires \ »

A ce propos, et après avoir donné l'hislorique de ce muscle, j'ai fait connaître à la Société anatomique un cas qui m'est personnel. — J'ai noté en 1877 la présence du muscle sus-claviculaire propre de Gruber, mais à l'état rudimentaire. Il n'existait qu'à droite. Enveloppé par l'aponévrose cervicale superficielle qui se dédoublait à son niveau, mais se continuait au-dessous de lui, il se fixait en dehors à cette aponévrose, immédiatement au-dessus de l'extrémité acromiale de la clavicule, et en dedans encore à cette aponévrose, au niveau du point de jonction du chef sternal et du chef claviculaire du slerno-cléidomastoïdien. Il avait 10 centimètres de long, 5 à 6 millimètres de large et était placé à 2 centimètres de la clavicule, au-dessus de laquelle il décrivait une courbe à convexité supérieure.

Sus-claviculaire ou sterno-claviculaire.

Hyrll donne ce nom à un petit faisceau musculaire qui naît de la partie supérieure et antérieure du sternum, ou du tendon slernal du sterno-cléido-mastoïdien, passe en avant de l'articulation sterno-claviculaire, longe la partie supérieure de la clavicule et s'insère près de l'extrémité acromiale de cet os (Hyrll, Sitz. der K. K. Akad. in Wien. tnath. phys. Klasse, 1838, Bd. XXIX, p. 265).

Le professeur Macalister Ta trouvé, en 1868, chez un sujet oi\ il

' Knott. Journ. of anul. and phijs., 1880.

- Bardeleben. Silz. d. Jenaischen Gessellsch. f. Md. u. yalifrwis>>, 1877.

^ Dubar. Bullet. de la Soc. anat., t. V, p. 388.

coexistait avec un levator claviculde, un chondro-épitrochléen , un présternal et un arc axillaire\

Dans un cas rapporté par Reizius ^, il s'étendait de l'articulation sterno-claviculaire gauche au tiers externe de la clavicule.

Ce muscle a encore été décrit sous les noms de sterno-clamcuJaris superior, sterno-omoïdeus , etc., par Haller\ Luschka*, Gruber^, Hellema ^ BucknilF, Knott, PopofF^ etc.

11 peut être unilatéral ou bilatéral.

J'ai disséqué sur une jeune fille deux sterno-claviculaires parfaitement symétriques. Ils naissaient l'un et l'autre de la poignée du sternum, au niveau de l'origine des sterno-mastoïdiens, et se terminaient, en dehors, sur les apophyses acromiales, après avoir envoyé, en passant, quelques fibres musculaires aux omo-hyoïdiens. Les deux muscles n'avaient aucune connexion.

Sur 100 sujets, W. Gruber^ a trouvé S fois le muscle sus-claviculaire : 2 fois, il existait des deux côtés, 2 fois à droite, et une fois à gauche.

Hyrtl l'a rencontré 6 fois sur 83 sujets ; 3 fois, il l'a observé des 2 côtés ; 2 fois, à droite, et 1 fois, à gauche '°.

Muscles pré-claviculaires surnuméraires.

Ce sont : le muscle pré-claviculaire latéral ou acromio-clamculaire , le muscle j)ré-claviculaire médian ou slerno-clavicidaire antérieur et le muscle tenseur de faponévrose sous-claviculaire antérieure.

Pré-claviculaire latéral.

C'est un petit muscle qui se détache de la clavicule à l'union de son tiers externe avec ses deux tiers interne, croise le muscle deltoïde, et

* Macalister. Cat. cit., p. 50.

- Retzius. Hygeia, 1856; Bd. 18, p. 649.

' Haller. Elém. Phys., Lausanne, voL III, 1766, p. 46.

* Luschka. MiiUer's Arch., 1856, p. 282, eiAnat. der menschen, Bd, Abth., 2, 1863, p. 175. " Gruber. 3fé?n. de l'Acad. de Pélersboiu-g, S. YII, voL III, n" 2, p. 4.

* Ilellenia, Knolt. Loc. cit. suprà.

' Bucknill. Med. Times and gaz. N. S.,voL XVIII, p. 198. Le muscle décrit par Bucknill doit être rapproché d'une variété du sterno-claviculaire, que Hyrtl a appelé impur bieaudatust

•Popofï'. Med. bote, 1873.

'-• Et non Wood, comme le dit M. Testut {Trait, des an. muscat., p. 551).

'" Et non 4 fois sur 83, comme le dit encore M. Testut {eod. loco).

va se fixer au sommet de l'acromion. Signalé pour la prcniièrc fois parGruber' et moi, il a été (rouvé depuis par Baraduc, Crouzon- etlvnott qui Fa appelé M. pré-clavicuiaris lateralis sive acromio-clavicularis. Dans le cas de Knott il était si peu développé que cet anatomiste s'est demandé s'il devait lui donner le nom de muscle. Il est très rare, et en raison de sa position superficielle peut facilement passer inaperçu. Gruber ne l'a rencontré qu'une fois sur 140 sujets, et moi 1 fois (des deux cotés chez une femme) sur 182 dont 94 hommes et 88 femmes.

Pré-claviculaire médian.

Le nom de M. pré-clavkulans medialis sive stenio-clavicularis anticus -à été donné, en 1865, par Wenzel Gruber à un muscle quadrilatère, lamellaire ou fusiforme, qui va du cartilage de la première côte et du ligament antérieur de l'articulation sterno-claviculaire au milieu du bord antérieur de la clavicule, ou plus en dehors, et même à l'apophyse coracoïde\ Exceptionnellement il reçoit quelques fibres du grand pectoral.

Il est unilatéral ou bilatéral.

Parfois les tendons internes des deux muscles droit et gauche sont réunis au-devant du sternum et les deux pré-claviculaires médians semblent ne former qu'un seul muscle digastrique. C'est le M. interclavicularis dlgastricus anticus.

Depuis le professeur Gruber, le muscle pré-claviculaire médian a été décrit par Schwegl'*, Knott, Wood, Glason, Berkeley Hill et Stoker^ Dans le cas de M. ^Yood le pré-claviculaire médian droit émanait de la partie inférieure du manubrium, et dans celui de Glason les deux pré-claviculaires droit et gauche étaient indépendants.

Chez le sujet disséqué par le docteur Stoker, le pré-claviculaire médian était séparé du sous-clavier par une membrane coslo-coracoïdienne, les fibres claviculaires du grand pectoral faisant défaut. Une malformation semblable du grand pectoral, avec coexistence du muscle pré-claviculaire médian, a été notée par le professeur Gruber.

' Gruber. Reichert's Arch., 1865, p. 714.

' Baraduc et Crouzon. Bullet. de lu .Soc. uuaf. de Parl.s, 1894, p. 164.

^Gruber. Loc. cit. sitprà, p. 710.

^ Schwegl. Loc. cit., p. 18.

=* Stoker. Proceed. of the roy. Soc. 1866.

Tenseur de l'aponévrose sous-claviculaire antérieure

Je propose de désigner sons ce nom collectif les divers faisceaux qui peuvent se porter d'un point quelconque du bord antérieur de la clavicule sur l'aponévrose qui recouvre la face superficielle du grand pectoral ou du deltoïde. Des faisceaux de cette nature s'épanouissant sur l'aponévrose deltoïdienne ont été observés par Ibsen ^, Kôlliker, Macalister et Gantzer-. Zuckerkandl a disséqué et j'ai disséqué également un faisceau du môme genre qui se perdait sur l'aponévrose de la fossette sous-scapulaire. Bardeleben a trouvé un tractus musculeux qui se prolongeait de la clavicule sur l'aponévrose du grand pectoral jusqu'au sillon pectoro-deUoïdien et qu'il a appelé M. inf ra-clavicularis^ .

Muscle rëtro-claviculaire surnuméraire.

Rétro-claviculaire ou sterno-claviculaire postérieur.

11 a été décrit par Weber en 1839 \ et consiste dans une bande musculaire qui s'étend de la face postérieure du manubrium à la face postérieure de l'extrémité sternale de la clavicule. M. Lawson Tait a disséqué un muscle qu'on peut rapprocher de celui-ci, bien que M. le professeur Macalister incline à le considérer comme une variété du supra-claviculaire ou sterno-claviculaire de Hyrtl'.

Le muscle de Lawson Tait s'insérait en dedans ; par un premier chef, à la face postérieure du manubrium, à sa jonction avec le cartilage de la première côte, et par un second chef au bord postérieur de la côte elle-même ; et en dehors, au bord postérieur de la clavicule, immédiatement à côté du trapèze.

Un muscle, absolument semblable à celui de M. Lawson Tait, a été observé par M. Knott.

Anatomie comparée. — La division des muscles péri-claviculaires surnuméraires de l'homme en quatre classes, excellente au point de

' Ibsen. Uf/escJtrlf'( foi- Lœf/er, Copenhague, 1842, Bd. VU, p. 4.56. - (janlzer. Dissert. (mat. musc, variet., p. 6.

• Zuckerkandl et Bardeleben. JenaiscJie Zeilsch., 1881, p. 102.

* Weber. Uandbuch, 1839, Bd. I, p. .j60.

•Lawson Tait. Journ. of an. and pjnjs., vol. VI, p. 237.

vue de raiiatoniit' descriptive, doit être réduite en anatomie comparée.

Les muscles rétro-claviculaire, sus-claviculaire et pré-claviculaire médian ne sont, en elîet, que des variétés d'un seul et même muscle, le sterno-claviculaire, dont l'extrémité interne a oscillé autour de l'extrémité supérieure du sternum. Tous ils s'étendent du sternum à la clavicule. Les auteurs ont parfaitement compris ceci lorsqu'ils ont appelé le sus-claviculaire, sterno-claviculaire , le pré-claviculaire médian, sternorclaviculaire anlériour, et le rétro-claviculaire, sternoclaviculaire-postérieur.

En somme, en plus du sous-cla\ier normal ou costo-claviculaire, il peut y avoir autour de la clavicule de l'homme :

r Des faisceaux musculaires qui relient le sternum et la première cote au scapulum [muscle stenio-chondro-scapulaire) ;

2" Des faisceaux musculaires qui relient la clavicule au scapulum {muscle scapido-claviculaire) ;

3° Des faisceaux qui relient la clavicule à l'extrémité supérieure du sternum {^muscle sterno-claviculaire) .

Cette classification repose sur des faits précis.

Chez l'homme il n'est pas toujours facile de distinguer les sterno-claviculaires les uns des autres, et il est certains sterno-claviculaires qui sont à la fois antérieurs et postérieurs. Ainsi il est fréquent de voir le sterno-claviculaire antérieur s'insérer, en dedans, à la face antérieure du sternum, et en dehors à la face supérieure de la clavicule; il n'est pas rare do trouver le sterno-claviculaire supérieur inséré à la fois à la fourchette sternale et à la face antérieure du manubrium.

Chez les Animaux clavicules la clavicule varie, la séparation de ses bords et de ses faces nest pas aussi tranchée que chez l'homme, et les rapports du muscle sterno-claviculaire, lorsqu'on le trouve, changent sensiblement suivant les espèces.

Le sterno-chondro-scapulaire, le scapulo-claviculaire et le sterno-claviculaire, sont parfaitement isolés les uns des autres chez beaucoup d'animaux. Faisons observer ici que la présence de l'un n'entraîne pas forcément la présence de l'autre.

Dans la taupe^ le slerno-chondro-scapulaire se détache de la première côte et du sternum, en dehors du sous-clavier, dont il est séparé par un assez large espace rempli de tissu aréolaire, croise le sus-épineux et se termine à l'acromion et au ligament acromio-claviculaire. Il est indépendant en tout du muscle sterno-claviculaire qu'on rencontre chez le même animal. Chez le Dasypus sexcinctus, il s'étend de la pre-

mière côte à racromion avec la face supérieure duquel il contracte quelques adhérences avant de se perdre dans le fascia sus-épineux. Il a la même conformation chez Vagouti. Le sterno-chondro-scapulaire de la tempe a été bien déterminé par Wood, celui du Dasijpus sexcinctus, par M. Gallon, celui de Vagouti par MM. Mûrie et Mivart'.

Chez les Carnivores, on le retrouve également. Dans V Atlas de Cuvier et Laurillard, il me semble être représenté chez le lion par le muscle marqué J ; chez la panthère par celui marqué (J -(- 2), et chez V hyène ^ par celui marqué (J -|- 1). Dans V hyène il est très grand, attaché, d'un côté, au sternum et au cartilage de la première côte et, de l'autre, au bord supérieur du scapulum.

Il atteint son maximum de développement chez les Pachydermes et les Ruminants, et spécialement dans Vélépha)it, le pécari, le cochon, le cheval et Vdne.

Dans la monographie où il étudie la structure de Yhippopota)ne^ Gratiolet l'appelle muscle scapulo-sternal, et l'assimile à tort au sousclavier de l'homme. Le sterno-chondro-scapulaire de Xhippopotame va du manubrium sterni et du premier cartilage costal à l'apophyse coracoïde, à l'acromion et au fascia sus-épineux.

Le muscle sterno-scapulaire a été signalé par Mûrie et Mivart chez V Hyrax Capensis, où il émane du sternum, passe au-dessus du petit pectoral et de l'articulation scapulo-humérale, et gagne l'angle antérieur o.t supérieur du scapulum. Mivart ajoute qu'il a vu un muscle similaire — compris entre le sternum et l'os coracoïdien — dans VIgiiana tuberculata.

Le muscle scopulo-claciculaire du rat-taupe du Cap est dessiné dans la planche (216 -|-) de Y Atlas de Cuvier et Laurillard, avec l'annotation suivante : « Il existe chez cet animal un muscle particulier allant de la portion moyenne de l'omoplate à la clavicule, où il s'insère derrière la deuxième portion claviculaire du trapèze ; on pourra l'appeler susclavier ou scapulo-clavien. »

Cuvier et Laurillard décrivent aussi sous les mêmes noms et presque dans les mêmes termes un muscle semblable chez la sarigue {Didelphis marsupialis) .

Le muscle sterno-claviculaire a été indiqué chez les Chauves-souris et chez les Oiseaux par M. Berkeley Hill^ Ce même anatomiste a noté

* "W'ooil. On a f/rotip of varieLies of the muscles of Ihe huinan neck and shouhler, p. 105; •Galton. Transact. an., voL XXVI, p. 528; Mûrie et Mivart. Loc. cit. siiprà.

" Berkeley Ilill. Proc. of Ihe ro>j Soc, vol. IV, n° 6, p. 65i.

aussi les dimonsioiis coiisidôrahles qu'il a chez la taupe, où il va do la moitié supérieure du sleruum à la clavicule, tout près du deltoïde.

Etudions maintenant ces muscles dans les animaux où ils sont moins dissociables.

La soudure des extrémités internes du sous-clavier et du sternocliondro-scapulaire notée chez l'homme, s'obscrv(i normalement chez plusieurs Mammifères. Dans le coati [Simia paniscus), Mcckel donne la description d'un faisceau du sous-clavier qui s'attache au scapulum. D'après le docteur Humphry, le Fourmilier du Cap a un sous-clavier large, épais, inséré, en dedans, aux deuxième et troisième cartilages costaux et au sternum et, en dehors, par un tractus musculeux à la clavicule, et par la presque totalité de ses fibres à l'acromion, à l'apophyse coracoïde et au muscle sus-épineux. Galton dit que chez le wombat (variété d'opossum), le muscle sous-clavier se continue au-dessus du fascia sus-épineux jusqu'à l'épine de l'omoplate. Ce naturaliste distingué assure, en outre, que dans un ouvrage manuscrit du Oxford Muséum, le sous-clavier du môme animal est indiqué comme bifurqué du cùté de l'épaule. Chez les Rongeurs, le sterno-scapulaire, bien que moins facile à dissocier du sous-clavier, du scapulo-claviculaire et du sterno-claviculaire est assez marqué. Dans le lapin., il est divisé en deux faisceaux, l'un supérieur et l'autre inférieur, superposés au sus-épineux, et étendus tous deux du manubrium sterni et de l'apophyse sus-sternale à l'omoplate. Sa moitié supérieure est recouverte par des fibrilles ténues, clairsemées, plus ou moins adhérentes, reliant la clavicule à l'omoplate, et que Wood considère comme un rudiment de muscle scapulo-claciculaire. Chez le môme animal, le sterno-claviculaire est indiqué par une masse charnue, sous-pectorale de forme triangulaire, qui va du sternum au bord inférieur de la clavicule.

Le muscle sterno-scapulaire du cocJion d'Inde ' s'insère , par ses libres les plus superficielles, à la clavicule, et par ses fibres les plus profondes, à l'épine de romoplate entre le sus-épineux et le sousépineux.

Le scapulo-claviculaire, entièrement distinct du sus-épineux, audessus duquel il se meut librement, a des dimensions considérables : partant de l'épine de l'omoplate et de l'aponévrose sus-épineuse, il s'attache à la clavicule mobile en face du sterno-claviculaire , qui forme

' Wood. On a cjroup of varieties of muscles of the human neck and shoulder, opusc, cit., p. 105, pi. X, fig. 16, Bi et V ; même pL, fig. 17, A et B, K et pL XI, fig. 25, K.

SOUS les pectoraux une couche charnue triangulaire entre le sternum et la clavicule'.

Dans le surmulot, le sous-clavier est représenté par un petit faisceau de fibres détaché de la partie médiane du sterno-scapulaire et fixé à la face inférieure de l'extrémité interne de la clavicule. Après avoir émis ce faisceau claviculaire, le sterno-scapulaire se bifurque et va s'insérer par un de ses tendons, à l'acromion, et par l'autre, au bord cervical du scapulum avec l'omo-hyoïdien ^ — Le scapulo-claviculaire a pour limites extrêmes le fascia sus-épineux et l'extrémité interne de la clavicule. Chez cet animal la clavicule étant, comme chez l'homme, articulée avec l'acromion et le manubrium sterni, l'action de ce muscle est nécessairement plus restreinte que chez le lapin et les autres Mammifères semi-claviculés. Le surmulot n'a pas de muscle sterno-clavi culaire.

On retrouve encore le sterno-scapulaire plus ou moins indépendant, et avec des caractères différents, dans le lièvre^, V écureuil'', le porcépic, la genette'^, le capybara^ le paca^^ etc. Dans V agouti à crête du Cap^ il est accompagné d'un sterno-claviculaire'^ .

Les conclusions suivantes se dégagent de l'étude des muscles sousclavier, sterno-scapulaire, scapulo-claviculaire et sterno -claviculaire dans toute la série animale.

Chez les Animaux non clavicules, et surtout chez ceux très lourds [Pachydermes et Ruminants), tous ces muscles se confondent en un seul, le sterno-chondro-scapulaire. Celui-ci, très épais et très fort, constitue une véritable clavicule charnue, une sangle musculaire résistante entre le sternum et l'omoplate, qu'elle maintient contre le thorax, et fournit, avec l'os de l'épaule, un point d'appui solide aux membres antérieurs.

Chez les Ani?naux semi-claviculés, la dissociation des muscles claviculaires s'opère. La clavicule rudimentaire est fixée à son extrémité interne, par le scapulo-claviculaire, et à son extrémité externe, par le sterno-claviculaire. Le sterno-chondro-scapulaire maintient encore l'omoplate contre le thorax, rôle qui chez les Animaux entière-

' Même ouvrage, pi. X, fig. 17, A B, i.

- Wood. Ouvrage cité précédemment, pi. X, fig. 19, et pi. XI, fig. 26. 3 Wood. Proc. Zool. Soc, Juin 1866, p. 398, et Macalister. Op. cit., p. 11. * Wood. On a r/roi/p of varielies, loc. cit., p. 107, pi. X, fig. 18, /.

" Il est reproduit dans l'atlas de Cuvier et Laurillard, et improprement appelé « sous-clavier » (pi. CCXXIX, fig. 2).

*11 est considéré par Cuvier et Laurillard comme un faisceau des pectoraux (Atlas cité). ■» Mûrie et Mivart. Loc. cit.

ijimit clameulês, est rempli eu partie par l'exlrémité acromiato de la clavicule. Grâce aux liens musculaires qui l'entourent, l'os claviculaire des Semi-claviculés n'oscille plus que dans une juste mesure.

Chez les Animaux clavicules^ la clavicule articulée avec le sternum et l'acromion, et conséquemment bien soutenue, a moins besoin de liens musculeux. Le sterno-claviculaire acquiert pourtant dans les Chauves-souris les dimensions considérables qu'il a chez les Mammifères fouisseurs et chez les Oiseaux. La fonction étant la même, le muscle devait être semblable. Chez les uns et les autres de ces animaux, il tire puissamment en arrière, contre l'air qui résiste et réagit, le segment primaire des membres antérieurs qui entre en jeu dans l'action de creuser et de voler.

Chez les Singes à station verticale et chez l'homme, il n'y a plus normalement aucun vestige des muscles scapulo-claviculaire, sternoclaviculaire et sterno-scapulaire. Leur présence serait inutile : la clavicule est mieux arc-boutée que jamais sur la fourchette sternale et le scapulum, en même temps qu'elle ne transmet plus à l'humérus le poids du corps. Elle ne sert plus qu'à soutenir le membre supérieur, qui, d'organe de support et de locomotion, est devenu un organe de tact et de préhension. La fonction fait l'organe, a dit Lamark, la mi/ologie comparée prouve que la fonction fait le muscle.

Sur-costal antérieur.

C'est un muscle de forme et d'étendue variables, situé au-dessous des pectoraux, au-dessus des côtes et des intercostaux externes. Pour éviter toute confusion entre lui elles sur-costaux postérieurs normaux j'ai préféré, dans les pages que je lui ai consacrées en 1881, dans le Dictionnaire encijclopédique des sciences médicales, me servir du qualificatif dont je me sers encore aujourd'hui que de celui de M. supracostalis employé à l'étranger.

Le sur-costal antérieur a été trouvé par Sœmmerring', Bonn% Bourrienne', Pye-Smith% AVood^ Macalister^ Bochdalek jeune"', Roberts*,

' Sœmmemng. Loc. cit. sitprù.

-Bonn. Fabricius Idea Analomiae Praticœ Wetzlar, 1741. p. 17.

■' Bourrienne, in Roux. Journ. de médec, 1773, p. 4.t.

^ Pye-Smith. Virc/iow's Arch., vol. XLIII, p. 142.

^ VVood. Proceed. of tlie roy. Soc. 1865 et Philosoph. Transac, of l/ie roy. Soc, 1869.

* Macalister. Cat. cit., p. 52.

" Bochdalek. Vircfiow's Arc/i., XLl, p. 257.

*Roberts. Liverpool med. and surrj. Reports, 1867.

Broca \ Teslut'% Ciirnow\ Lawson Tait\ Tiirner ^ Shcpherd^ Colson'', Kei(h^ etc. J'en ai recneilli un bel exemple sur une femme morte ataxique à l'âge de soixante-huit ans. Logé entre le grand pectoral et le grand dentelé du côté gauche, le sur-costal antérieur unique affectait la forme d'un éventail. Sa partie supérieure tendineuse avait 3 centimètres de largeur ; sa partie inférieure charnue, 6 centimètres. En haut il s'insérait à la face externe de la 1'° côte, à 2 centimètres de l'articulation synchondro-sternale, et, en bas, à la face externe des 4*" et o" côtes et au fascia qui double extérieurement le 4° espace intercostal. Cette insertion inférieure était curviligne ; elle suivait le trajet d'une ligne courbe à concavité supérieure dont la partie moyenne était en rapport avec la 5® côte et les extrémités avec la 4". Ce muscle recouvrait partiellement les 2% 3" et 4® espaces intercostaux ; il était recouvert par les pectoraux. On peut en voir le dessin dans le Bulletin de la Société cV anthropologie de Paris du mois d'aoCit 1881.

Le muscle en cause a été rencontré trois fois par Wood.

Dans le premier cas, le sur-costal antérieur était très étroit, rubané. Placé sur les quatre premières côtes, entre le grand dentelé et le petit pectoral, et séparé par une lame épaisse de tissu cellulaire des intercostaux externes, il était attaché, en haut, à la face externe de la première côte, près de l'articulation synchondro-sternale, et, en bas, à la face externe des 2^, 3^ et 4" côtes. Dans le second cas, il était inséré, supérieurement, à la l""" côte et à l'aponévrose qui recouvre le scalène antérieur et, inférieurement, à la 4" côte. Le troisième cas est à peu près l'analogue du second.

M. le professeur Macalister l'a disséqué sur un homme et sur une femme. Chez l'homme, où il existait seulement à gauche, il était fixé, en haut, au fascia cervical, et, en bas, aux 3^ et 4^ côtes. Chez la femme, oii il était bilatéral, il était très étendu. Fixé encore, en bas, aux 3^ et 4^ côtes, il dépassait en arrière les digitations supérieures du grand dentelé, couvrait le nerf respiratoire externe de Ch. Bell, remontait derrière la veine axillaire et s'attachait, à droite, à la i""" côte; à gauche, au fascia cervical.

' Broca. (Communication verbale.) -Testut. Trait, des an. musc, p. 67.

' Curnow, Testut. Loc. cit. passim.

* Lawson Tait. Journ. of anat. and phys., 1870, p. 378. ° Turner. Journ. of anat. and phys., vol. IV, p. 300. « Shepherd. Journ. of anat. and phys., t. XV, p. 294. ' Colson. An7i. de la Soc. de méd. de Gand, 1887. » Keith. Journ. of anat. and phys., 1894.

Enumérer tous les modes de conformation du sur-coslal antérieur serait trop long. Qu'il me suffise de dire pour terminer que dans quelques-uns des autres cas il se continuait avçc les scalènes, comme dans les deux cas de Wood, remontait même jusqu'aux apophyses transverses du rachis cervical.

M. Macalister affirme que lorsqu'il est bilatéral, celui du côté droit est moins large et plus épais que celui du côté opposé.

Il doit être très rare ; car il est situé dans une région disséquée constamment par les élèves et, malgré cela, je n'ai pu le voir qu'une fois dans l'espace de vingt ans. On ignore encore par quel nerf il est innervé .

Quelle est sa signification ?

I. Pour Sœmmerring, Bonn et Bourrienne le sur-costal antérieur n'est qu'un faisceau anormal du grand pectoral. Cette manière de voir n'a plus besoin d'être discutée aujourd'hui.

II. Pour le professeur Turner et divers anthropotomistes et anatomistes vétérinaires MM. Chauveau, Arloing et Lesbre, entre autres', il représente chez l'homme la portion du droit antérieur de l'abdomen qui, chez beaucoup de Mammifères, remonte jusqu'aux premières côtes.

J'objecterai à cette thèse que, dans aucun des cas que j'ai relevés, il n'est fait mention d'une continuité directe des fibres des deux muscles. M. Turner s'appuie sur la présence des intersections aponévrotiques pour expliquer cette particularité; il a vu le sur-costal antérieur se prolonger jusqu'au bord supérieur de la 5° côte laquelle, par son bord inférieur, donnait insertion à un faisceau du grand droit ; la côte remplaçait alors l'intersection aponévrotique. Or, j'ai trouvé deux fois et M. Colson une fois le grand droit antérieur attaché à la 4- côte sans qu'il otTrît trace d'inscription tendineuse au niveau de la S*'. J'ajouterai que, dans les espèces simiennes, le droit antérieur s'étend de moins en moins haut et devient de plus en plus faible à mesure que l'espèce s'élève : chez le cynocéphale , son prolongement thoracique n'est plus représenté que par une mince lame aponévrotique.

III. Pour Wood, le sur-costal antérieur est l'homologue du sterno-costal des Mammifères. Le slerno-costal n'existe pas chez les A?it/iropoides, mais existe chez le Cynocéphale sphynx, le magot, le marmouset, le Lemurmacacus, le Macacus radiatus, la guenon. Wood l'a disséqué dans le surmulot. V écureuil, le rat de Norwège, le lapin, le blaireau, le chien,

' En anatomie Tétérinaire, le sur-costal antérieur est appelé muscle tranversal des côtes.

Yâne, etc. Dans VAtlas de imjologie de Guvier et Laurillard, il est représenté chez V ours noir, le coati, \^ panthère, le lion, la genette, le putois, le porc-épic^ Vagouti^ etc. 11 est indiqué par Humphry dans ses monographies sur le Fourmilier du Cap et le phoque. Dans son étude sur le fourmilier didactyle, Meckel parle d'un muscle qu'il nomme Cader Kleiner Brustmuskel et qui n'est rien autre chose qu'un sternocostal. [MeckeFs Arch. Bd. V, Heft, I, p. 1.)

Il a été décrit chez le crocodile par le professeur Rolleston dans son mémoire : Sur les homologues de certains muscles en rapport avec l'articulation de V épaule.

11 est tantôt peu développé comme chez Yâne où il n'a qu'une digitatioU; tantôt très développé comme chez le magot oli il en a trois.

Le sterno-costal répond assez hien, il est vrai, au sur-costal antérieur de l'homme par sa position profonde derrière le grand pectoral et par son insertion rapprochée de celle du scalène antérieur, mais sa direction n'est pas la môme ; tandis que le sterno-costal, comme son nom l'indique et comme on peut l'observer dans \ Allas de Guvier et les figures de Wood, se rapproche par son extrémité inférieure de la ligne axiale antérieure, le sur-costal antérieur au contraire se dirige directement vers le bas dans l'axe des scalènes ; tout au plus peut-il dévier légèrement en dedans, slightly forwards, comme nous le décrit le professeur de Londres dans une de ses relations, ou légèrement en dehors, ein lueinig schief nach ahwàrts, comme nous le montre Bochdalek.

On voit donc que, loin d'atteindre le sternum, il est môme assez écarté de l'origine des cartilages costaux et qu'il serait, si cette opinion est exacte, considérablement dévié de sa direction primitive.

IV. En 1881, j'ai défendu l'opinion de mon regretté ami Wood devant la Société d'Anthropologie de Paris et dans le Dictionnaire de Dechambre. Aujourd'hui que les cas de muscles sur-costaux antérieurs sont devenus plus nombreux et mieux connus, j'en suis arrivé à me demander si elle est bien exacte, si les muscles dont il s'agit ne devraient pas plutôt être rattachés au système scalénique. Le surcostal antérieur et les scalènes ont leurs fibres, dirigées dans le même sens et occupent la même situation par rapport à la peau, sont profondément placés au second plan : le premier, derrière le grand pectoral; les seconds, derrière le sterno-cléido-mastoïdien. De plus, entre le sur-costal antérieur autonome et le sur-costal antérieur dépendant des scalènes, on rencontre tous les intermédiaires. C'est ainsi que Lawson Tait et Pye-Smith ont trouvé le sur- costal antérieur fixé aux

apophyses transverses des vertèbres cervicales avec les scalènes ; Colson, à la 1'" cote et au scalène antérieur; ^Yood, à la l""" cote et à l'aponévrose du scalène antérieur; Boclidalek jeune, à la 1'''' côte et à un petit cartilage situé sur le côté externe du ligament costo-claviculaire. Tantôt l'union n'est plus établie que par une traînée tendineuse (cas de Colson) ou par le fascia cervical (cas de Macalister), tantôt par quelques fibres. Enfin à un degré plus avancé la scission est complète, Strauss-Durckheim décrit le sur-costal antérieur du Chat comme un prolongement du scalène antérieur. Avant de se prononcer d'une façon formelle il convient pourtant, je crois, d'être renseigné positivement sur le mode d'innervation du sur-costal antérieur.

Présternal.

Syn. : Sternal ; sternalis brutorum ; Reclus thoracls ; Reclus sterni ; Reclus slenialis (Macalister) ; Triaiif/ulaire antérieur ou externe du sternum (Chassaignac) ; Reclus abdominis superficialis (Bardeleben) ; Accessorius ud rectum (Halbertsma), etc.

Ce muscle au sujet duquel j'ai déjà publié, depuis 1879, divers mémoires (voy- sur le Muscle sternalis brutorum ou reclus thoracis et de son volume plus considérable à gauche, in Bidlet. de la Soc. cranthropol. de Paris, 1879; — art. Sternal du Dict. encyclop. des se. ?néd., 1880; — sur 33 muscles présternaux in Mér/i. de fAcad. de méd. de Paris, 1890 : — deux nouveaux cas de muscles présternaux in Ballet, de la Soc. d'anthropolorj. de Paris, 1891 ; — sur le muscle présternal, eod. loco, 1894) a été signalé, par un grand nombre d'anatomistes, par Macalister, Wood, Knott, Humphry, Qiiain, Curnow. Davies-CoUey, Taylor et Dalton, Kelly, Struthers', Turner', Gunniiigham^ Sandifort % Halbertsma% Bardeleben^ Bergmann, Henle ^, ^Veibrecht^ Lauth^ Otto'", Haller'', Kaau Boerhaave '-, Gantzer ",

' Macalister, Wood, etc. Luc. cil. passim.

- Turner. Journ. of anal, and phys., voL I, p. 247. ^

^ Cunningham. Journ. of anal, and phys., voL XXII, p. 39?.

^Sandifort. Exercit. Acud. Ludg. Batav., cit. p. 83.

'Mlalbertsma. .4A-«rf. van Welenschaffen, \ol. XII, 1861, Amsterdam.

* Bardeleben. Analomischer Anzeir/er, 1888, n°' 11 et 12.

'Bergmann, Henle. Handbuch.

« Weibrecht. Comment. Acad. PelropoL, 1729. vol. IV, p. 25ô.

■■' Lautb. Elém. de myol., cit. p. 56.

">Otto. Selt, Beobacl. ,l{e(t. I, p. 90.

" Ilaller. Elém. phys., t. III, p. 72.

'- Raau Boerhaave. Comment, tiov. Petrop., 1749, II, p. 527,

i' Gantzer. Dissertai, anal. musc. var. sislens, Berol., 1831 .

BudgeS Loschge% Wilde ^ Hallett\ MeckeP, Gruber', Cabriolus', Hu ber«, F. Haller^ Barkow^«, Du Puy *\ De la Faye^^ Kelch^ Theile*^ Rhodii '', Douglas '', Sœmmerring '', Rosenmiiller '^Bradley '^SchwegP'* Max Flesch'S Popofr-% Hesse-% Vircliow-\ Jœsse.P^ Brugnone '« Grouzet", Calori-«, Romiti-% M. Whinnie«^ Tiedemann"S Albinus^^ Malbrane^^ Galen^'% Bou^rienne^^ Ma^jolin^^ Sabatier^^ PortaP' Chassaignac, Depau^^^ Guiré^°, Fano, Denucé, Cruveilhier, VerneuiP'

' Budge. Henle u. Pfeufer's Zeifschrift, vol. VII, 1859, p. 276. - Loschge. Abhandl. cl. Phys. med. Soc. in Erlangen, Bd. 1, p. 94. ^ Wilde. Comment. Acad. PeiropoL, vol. II, 1740, p. 320, Tab. VIII, fig. 5. ^Hallett. Edimb. med. Journ., vol. LXIX, p, 11, 1848. ^Meckel. De monfrosâ diiplicilate, Halle, 1815, p. 35. * Gruber. Mé^n. de VAcud. Imp. de Saint-Pétersbourg, t. III, p. 12, 1860. ' Cabriolus. Anat. Eleuchus accuratissimus observ., 8, p. 96, 1604. « Huber. Acta, phys. med.acad. curios., vol. X, Noribergae, 1754, p. 112. " F. Haller. Icônes, fasc. 6, Gôttingen, 1753, p. 47. '" Barkow. Monstra duplicia, Leipsic, 1828, p. 10. " Du Puy. Hist. de l'Acad. Roy. des «c, 1726, p. 26. '-De la Faye. Eod. loco, 1736, p. 59.

'^ Relch. Beitrâge z. pathol. anal., Berlin, 1813, p. 33. "Theile. Encyl. anal. cil.

"Rhodii. Mantissa anatom. ad Th. Bartholinum, Hafnœ, 1656, p. 9. '" Douglas. iVi?/o^rap/iia3 comparalœ spécimen, Londres, 1707, p. 61. " Sœmraerring. De corpor. hum. fabric, vol. III cit., p. 150. '* Rosenmuller. De nonmdlis musc, etc., cit. '"Bradley. Journ. of anal, and phys., 1872, t. VI, p. 428. "-'> Schwegl. Silz. der Kais. Acad., Wien, 185, p. 47. -' Max Flesch. Variel. Beobacl., etc. Wurzburg, 1879. °-^ Popofî. Med. bôle, cit. n°' 32-36.

-^ Hesse. Zeitsch. f. anat. Enlwickelungsgesch, Bd. I, Heft. 5, p. 459-462. -'Virchow. Variel. Beobachl., cit. Wurzburg, 1879. ^^ Jœssel. Arch. f. anat. u. phys., 1878, p. 429. 2" Brugnone. Mém. de VAcad. de Turin, vol. VIII, ann. X-XI, p. 177. ^' Crouzet. Eod. loc, p. 179.

-* Calori. Mem. délia Accad. di Bologna, 1867, p. 383. ^^ Romiti. Trallal. dell anal, dell uom. myol. ^"M. Whinnie. Méd. Gaz., 1846.

, ^' Tiedemann. Loc. cit. passim.

^'Albinus. Hist. musc, cit. p. 291.

^' Malbrane. Zeitsch. f. anal. u. Entwick, 1865, p. 309. ="Galen. Journ. de Roux, 1773, p. 312.

^^ Bourrienne. Eod. loc, p. 45.

^"Marjolin. Man. d'anal., 1815, p. 95.

" Sabatier. Exerc acad. Lugd. Batav., 1783, p. 83-88. ^«Portai. Cours d'anal, méd., vol. II, 1803.

'" Chassaignac, Depaul. Bullet. de la Soc. an. de Paris, 1834, p. 202, 219. '"Cuire. Eodemloco, t. VIII, p. 59.

" Fano, Denucé, Cruveilhier, Verneuil. Eod. loc, 1854, p. 325.

Testut*, Broca-, Perret % Pozzi'*, Chudzinski, Pornain % Kiihiï', Ciiyer^ Lcnoir*, ShephertP, Pfitzner et Schwalbe '", Colson", Lambert'-, Gilis", Nicolas''^ Pearsons '% Roiibinovitch '*, Leboiicq '^ etc.

Insertions. — Unilatéral ou bilatéral et, quand il est bilatéral, symétrique ou asymétrique, le présternal se continue généralement, en haut, avec le tendon sternal du sterno-cléido-mastoïdien. Sui 38 cas de muscles présternaux que j'ai observés, j'ai constaté 23 fois ce mode de conformation, soit dans près des deux tiers des cas ; 17 fois le présternal étant bilatéral, il existait des deux cotés; 6 fois le présternal étant unilatéral il n'existait qu'à droite ou à gauche.

Quand le présternal ne se continue pas avec le sterno-cléido-mastoïdien, il s'insère, en haut, par ordre de fréquence : 1° sur le sternum ; 2" sur la clavicule (Weibrecht, Galen, Lenoir, 3 cas personnels). Enfin, dans quelques cas exceptionnels, on l'a vu faire suite au grand pectoral (Bardeleben), au peaucier du cou ou naître des côtes et des cartilages costaux les plus élevés.

En bas, il peut s'attacher au troisième cartilage costal et à la quatrième côte ; au cinquième cartilage costal et à la cinquième côte, et ainsi de suite jusqu'à la huitième côte.

II peut se perdre sur la gaine des muscles grands droits et grands obliques de l'abdomen.

Direction et forme. — Ordinairement, le sternal, qu'il soit unilatéral ou bilatéral, est verticalement dirigé. Cependant Bergmann a vu une bande musculaire, croisant obliquement le sternum, s'étendre de

' Testut. Trait, des an. musc. cit.

-Broca. Ballet, de la Soc. d'Anlhropol. de Paris, 1879.

^Perret. Soc. des Confér. anal, de Lyon, 1871.

* Pozzi. Bttllet. de l'Assoc. franc, pour Vavancem. des Sciences, c'ii. p. 581. ' Chuilzinski, Pornain. Bullet. de la Soc. dWnllirop. de Paris, 1889, p. 52. « Kuhff. Eod. loc, 1887.

' Cuyer. Eod. loc, 1891.

* Leuoir. Bullet. delà Soc. anat. de Paris, 1832, p. 107. " Shepherd. Journ. of anat. and phys., 1889, p. 303. '"Pfitzner et Schwalbe. Varietset. Statistik, p. 482. "Colson. Ann. de la Soc. méd. de Gand, 1886.

'-Lambert. Bullet. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, 189i, p. 237.

'^ Gilis. Bullet. de la Soc. anat. de Paris, 1894.

'* Nicolas, in Poirier. Trait, d'anal., t. II, p. 438.

'* Pearsons. Jo«/"H. of an. and phys., 1893.

'« Robinovitch. Bullet. de la Soc. anat. de Paris, 1888, p. 222.

"Leboucq. Communicat. écrite.

la sixième côte, dim côté, à la troisième côte du côté opposé. Des dispositions analogues ont été signalées par Tiedemann. Turner et par moi chez une femme).

Quelquefois on rencontre deux muscles entre-croisés en X sur la ligne médiane (Chassaignac, Verneuil, Depaul, un cas chez un homme).

J'ai vu le présternal se rencontrer avec son homonyme du côté opposé pour former un V à sommet inférieur (chez 2 hommes et chez 1 femme) ou à sommet supérieur (chez un homme). Je ne sache pas que cette conformation ait été signalée avant moi. Sur un fœtus disséqué par M. Nicolas le muscle en cause ressemblait à une étoile à six branches dont les deux branches supérieures se continuaient avec les sterno-cléido-mastoïdiens, les deux branches transversales, avec les grands pectoraux et les deux branches inférieures s'épanouissaient sur les aponévroses du grand oblique et du grand droit.

Structure. — Le présternal peut être entièrement charnu, représenté par une bride tendineuse ou en partie charnu et en partie tendineux. Il peut même se réduire à quelques fibres doublant le panicule graisseux sous-cutané. Sur des sujets disséqués par Portai, Meckel et Hallett et sur un sujet disséqué par moi il offrait une ou plusieurs intersections aponévrotiques.

Dans son Traité des anomalies musculaires, M. Testut s'est exprimé en ces termes au sujet* « Des diineiisions comparées du jjrésternal du côté droit et, du présternal du côté gauche. — Je n'aurais pas écrit ce titre si déjà, en 1879, dans une note publiée dans les Bulletins de la Société d'anthropologie. M. Le Double n'était venu soulever la question et la résoudre, momentanément du moins, dans un sens qui me paraît contraire à l'enseignement d'un plus grand nombre de cas. M. Le Double n'a analysé que trois observations : celle de Pozzi et les deux qui lui appartiennent en propre : or, dans ces trois faits, il a été constaté que le présternal du côté gauche l'emportait par ses dimensions sur le présternal du côté droit...

« J'ai analysé 27 observations dans lesquelles la situation du muscle était nettement indiquée. De ces 27 observations, 6 ont trait à un muscle bilatéral. 21 à des muscles unilatéraux. En ce qui concerne les muscles bilatéraux, 5 fois le muscle présternal était plus développé à droite : une fois seulement le muscle noté présentait à gauche une

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iMUSCLES DES PAROIS DE LA POITRINE 27Ô

longueur plus grande (cas de Chudzinski). En réunissant à ces chitïres la statistique de M. Le Double on arrive encore à avoir une supériorité, en faveur d'un plus grand développement à droite. »

« Suivant Le Double, a dit, dautre part^ M. Lambert, en présentant à la Société d'anthropologie deux spécimens du muscle en question, le présternal gauche l'emporterait toujours ou presque toujours sur celui du cùlé droit. Suivant Testut, ce serait le contraire. Nous devons à la vérité de dire que dans le cas présent les deux muscles présternaux ont un volume égal. »

Je sais trop ce que valent, principalement dans les sciences naturelles, les assertions prématurées pour mètre jadis prononcé à l'aventure. Après avoir déclaré, le o juin 18"9. que dans deux cas sur trois de muscles présternaux observés par moi et un cas observé par M. Pozzi, les présternaux gauches prédominaient, voici ce que j'ai ajouté : « Cela est-il constant? Nous l'ignorons. Provisoirement nous le répétons, il nous suffira d'avoir soulevé ce problème. Nous tâcherons plus tard d'en avoir la solution par l'examen consciencieux des anomalies musculaires que nous pourrons peut-être encore trouver. »

La statistique ci-jointe que je publie //* extenso pour ne plus avoir à y revenir, témoigne que je me suis tenu parole :

Sur 816 sujets dont 407 hommes et un fœtus bien conformé du sexe masculin et 40" femmes et un fœtus anencéphale, dépourvu de pectoraux, du sexe féminin, j'ai trouvé 38 fois le muscle présternal : 22 fois chez l'homme, 16 fois chez la femme. 20 fois il était double et 18 fois simple. Dans les 20 cas où il était double : 16 fois il était indépendant de son homonyme du côté opposé et 4 fois plus ou moins fusionné avec lui, en avant du sternum (sternaux en X et en V).

Dans les 20 cas où il était double, ii fois il était plus long, plus large ou plus épais à gauche qu'à droite.

Dans ces 20 cas, 17 fois les tendons des présternaux étaient unis aux tendons sternaux des sterno-cléido-mastoïdiens : i fois l'extrémité inférieure des présternaux fusionnés se perdait dans le panicule graisseux sous-cutané ; dans tous les autres cas les présternaux s'inséraient en bas, au sternum, sur les cartilages costaux, depuis la 3*" cùte jusqu'à la 8" et quelquefois sur les aponévroses des droits et des grands obliques de l'abdomen.

Dans les 18 cas oii le présternal était unique, il se trouvait 6 fois à

' Lauibert. Loc. cit. suprù, p. 239.

gauche et 7 fois à droite ; 1 fois il était étendu obliquement du 3® cartilage gauche au 3" cartilage droit. Dans 4 cas il n'était plus représenté que par des trousseaux de fibres rouges, situées en avant du sternum et n'ayant aucune connexion intime avec les os. Un des 6 sternaux gauches, rencontré chez un nègre, était fixé en haut, au sternum par les fibres tendineuses qui rattachent les faisceaux du grand pectoral, au niveau de la 3" côte.

Dans 6 cas le muscle impair se confondait, en haut, avec les tendons sternaux des sterno-mastoïdiens correspondants et, en bas, s'attachait aux côtes, aux cartilages costaux.

Dans 3 cas le sternal droit se fixait, en haut, à la clavicule et, enbas, au sternum et au 4® cartilage droit.

Dans 3 cas les sternaux unilatéraux avaient leurs insertions supérieures au sternum, et en bas aux lamelles aponévro tiques qui couvrent les 6® et T côtes gauches, sur la gaine aponévrotique du grand droit et sur celle du grand oblique de l'abdomen. Dans un de ces trois derniers cas le sternal était coupé par une intersection aponévrotique transversale.

Dans un cas le sternal droit s'attachait au 2° cartilage costal droit, en haut ; et, à l'inverse des muscles précédents, à la base de l'appenxyphoïde du sternum, en bas.

Dans un cas le sternal droit, inséré en bas à la 5® côte et au 5° cartilage costal correspondant, se fusionnait, en haut, avec lepeaucierducou.

Sur 20 sujets possédant deux sternaux que j'ai rencontrés jusqu'ici, le sternal gauche était donc plus prononcé que le droit chez 14. C'est la confirmation de ce que j'ai avancé autrefois. Dois-je en conclure à la prédominance constante du sternal gauche sur le sternal droit ? Non pas. Une statistique pour être irréfutable doit reposer sur un nombre de cas considérable. En anatomie normale on admet que les muscles du côté droit l'emportent sur ceux du côté gauche tant au point de vue statique qu'au point de vue dynamique. Serait-ce l'inverse en anatomie anormale? Je me contente de poser la question et d'appeler sur elle l'attention de tous ceux qui tiennent un scalpel.

Au dire de M. Bardeleben, il y a deux espèces de présternaux : des présternaux qui reçoivent des rameaux des nerfs thoraciques antérieurs et relèvent du système du grand pectoral et des présternaux qui reçoivent des rameaux des nerfs intercostaux (généralement des 3^ et 4") et relèvent du système du droit antérieur ou pubio-hyoïdien. Pour distinguer les uns des autres, M. Bardeleben propose de désigner

les premiers sous le nom de M. slernalis, les seconds sous celui de M. reclus abdominis super ficiatis. Cotte manière de voir est acceptée par divers savants, par M. Cuniiingham, entre autres. M. Bardeleben pense que le présternal est le plus souvent innervé par les nerfs intercostaux tandis que M. Cunningham avance que c'est par les nerfs thoraciques antérieurs.

Le professeur Slieplierd, de Montréal, a trouvé 12 fois le présternal chez 9 fœtus anencéphales : chez 7 d'entre eux, où il coïncidait avec l'absence des grands pectoraux, il était animé par les nerfs thoraciques antérieurs et chez deux d'entre eux, où les grands pectoraux étaient normaux, à la fois par les nerfs thoraciques antérieurs et les nerfs intercostaux.

Ce n'est donc plus deux, mais trois espèces de présternaux qu'il conviendrait d'admettre : 1'^ des présternaux innervés par les nerfs thoraciques antérieurs ; 2° des présternaux innervés par les nerfs intercostaux; 3" des présternaux innervés par les nerfs thoraciques antérieurs et les nerfs intercostaux.

Pour moi. j'ai constaté sur le fœtus anencéphale, privé de grands pectoraux, que j'ai disséqué, le mode d'innervation rencontré par M. Sliepherd sur 7 fœtus du même genre, mais chez 1 femme et chez 2 hommes, j'ai noté l'innervation exclusive par les 3" et 4*" nerfs intercostaux.

Fréquence. — Dans la Statistique des Variations de l'anthropologie de MM. Schwalbe et Pfitzner [Anatomischer Auzeiger, 1891) on lit : « Il peut arriver que, même avec le plus grand nombre de cas possible, la valeur moyenne de la statistique des variations des parties de l'organisme humain ne devienne pas constante. Nous en trouvons la preuve dans le tableau ci-joint où est noté le degré de fréquence du muscle présternal. Ce tableau est pris dans un travail récemment publié par M. Le Double sous le titre : Sur SS muscles présternaux, auquel nous ajoutons les chiffres obtenus par nous-mêmes à Strasbourg. »

Noms Nombre Nombre Proportions

des des des ceulésimales.

analoinistes. sujets examinés, présternaux trouvés.

Gi-uber 9b o 5,2 0/0

Wood \T6 1 4 —

Schwalbe t-t Pfitzner ... 238 4 i,1 —

Macalister 350 21 0 —

Turner 650 21 3,2 —

Le Double 722 33 4,5 —

Total 2 230 91 4,1 U/O

« Ici, poursuivent, MM. Schwalbe et Pfitzner, la diversité des chiffres concernant les rapports centésimaux ne peut pas être expliquée par le petit nombre des cas. Eh bien ! quoi de plus vraisemblable que d'envisager cette différence des rapports centésimaux comme la conséquence de variations dans l'anatomie des races. »

Aux cas de présternaux indiqués ci-dessus il convient d'adjoindre ceux qui ont été observés depuis par MM. Chudzinski, Colson, Pfitzner, Schwalbe et moi.

C'est ce que je fais :

Noms Nombre Nombre

des des des

analomistes. sujels examinés. présleruaux trouvés.

Gruber 95 5

Woocl 175 1

Schwalbe et Plîtzner. 338 11

MacalisLer 350 21

Turner 650 21

Colson 110 4

L'auteur 816 i ^^"J Y^'^''' 38 \ ^^"' \ '^''

( et 1 Angolaise. ( un nègre.

Chudzinski 24 nègres. 1

Total. . . . 2 558 108

L'opinion que j'ai émise plusieurs fois sur les différences du degré de fréquence des variations morphologiques des parties molles et dures de l'organisme humain dans les différentes races, reprise par MM. Schwalbe et Pfitzner, est confirmée, ce me semble, par cette statistique reposant sur des chiffres importants.

Dans la race blanche le présternal a été trouvé, en effet, chez 1,7 p. 100 des sujets en Alsace (Schwalbe et Pfitzner), chez 3,2 p. 100 des sujets en Ecosse (Turner), chez 4 p. 100 des sujets en Angleterre (Wood), chez 4,5 p. 100 des sujets en Touraine (l'auteur), chez 5,2 p. 100 des sujets en Russie (Gruber), chez 6 p. 100 des sujets en Irlande (Macalister).

Dans la race noire il a été rencontré chez 1 sujet sur 24 par M. Chudzinski et chez 1 sujet sur 7 par moi, soit, en tout, chez 2 sujets sur 31. En dehors de M. Chudzinski et de moi, sa présence chez les nègres n'a été signalée que par Bonn, Huber et Meckel (2 cas).

Dans quel sexe se montre-t-il le plus communément? Wood, qui l'a observé 5 fois chez l'homme et 2 fois chez la femme, répond que c'est chez l'homme. M. Turner, qui l'a disséqué 7 fois chez l'homme et 11 fois chez la femme, affirme que c'est chez la femme. Pour MM. Schwalbe et Pfitzner, on le rencontrerait chez 3,3 p. 100 des

hommes et chez 3 p. 100 des femmes. Sur un même nombre tl'incUvidus des deux sexes, je l'ai découvert 22 fois chez l'homme et 16 fois chez la femme.

Je rappelle que, dans mes 38 cas, il était 20 fois double et 1^ fois simple (4 fois rudimentaire, 1 fois transversal, 7 fois situé à droite et 6 fois à gauche'.

Il convient aussi de noter son apparition si fréquente chez les fœtus anencéphales.

Signification. — I. Halbertsma fait du présternal un muscle spécial à l'homme, un muscle constituant un caractère distinctif séparant l'homme des autres Mammifères. Si cela était, son absence et non sa présence devrait constituer l'anomalie.

II. PourBourrienne, Marjolin, Theile. Henle,Gegenbaur, Colson,etc., il n'est rien autre chose qu'un prolongement du sterno-mastoïdien. S'il est des animaux, le castor, le tatou, Vécliidné notamment, chez lesquels le sterno-mastoïdien s'insère au-dessous du manubrium, il n'en est aucun, à ma connaissance du moins, où il descend jusqu'au grand droit de l'abdomen.

III. Pour le professeur Cunningham, c'est un faisceau du grand pectoral dont les fibres les plus superficielles ont subi un mouvement de rotation. Quelle est la cause qui produit ce mouvement de rotation? Quand agit-elle ? Comment peut-elle déterminer un mouvement de rotation en sens opposé des fibres de certains présternaux (présternaux bilatéraux asymétriques, en X, en V, en étoile?).

IV. Pour un plus grand nombre d'anatomistes il n'est ([u'une dépendance du grand droit de l'abdomen. Or, dans toutes les espèces animales où le grand droit remonte sur la cage thoracique il est situé, non pas en avant, mais en arrière du grand pectoral •. De plus, M. Colson a vu le présternal coexister chez un homme avec la terminaison du grand droit sur la 4° cote.

V. ^1. Bardelebon admet, je l'ai dit, deux espèces de présternaux : des présternaux relevant du système du grand pectoral et des présternaux relevant du système pubio-hyoïdien. M. le professeur Shepherda étajjli qu'il y en avait une troisième variété, les présternaux, innervés à la fois par les nerfs thoraciques antérieurs et les nerfs intercostaux.

Yl. M. Testut croit que le présternal dépend par son extrémité supé-

' Voy. M. jivécédeut et .1/. grand droit de Vabdomen.

l'ieure du sterno-mastoïdien et par son extrémité inférieure du grand oblique de l'abdomen.

« Le sterno-cléido-mastoïdien et le grand oblique sont, observe M. Testut, identiquement situés par rapport aux téguments externes; tous les deux sont placés sous l'aponévrose superficielle; les faisceaux contractiles de l'un et de l'autre de ces muscles ont la même direction oblique de haut en bas et d'arrière en avant. Enfin, ils présentent, en avant, des insertions homologiques, le grand oblique se fixant sur la ligne blanche, le sterno-mastoïdien s'attachant sur la face antérieure du sternum, qui est la continuation au thorax de la ligne blanche abdominale. »

Identité de siiiiation, identité de direction^ identité d'insertion à la ligne axiale antérieure^ voilà des faits empruntés à l'anatomie humaine qui fourniraient déjà de fortes présomptions en faveur de l'homologie que le professeur à la Faculté de médecine de Lyon cherche à établir. La disposition suivante qu'indique l'anatomie comparée changerait peut-être ces présomptions en certitudes. Chez les Serpents, les fibres les plus antérieures du muscle grand oblique prennent leur attache jusque sur l'apophyse mastoïde ; elles se portent de cette apophyse vers la surface ventrale de l'animal et constituent là un reclus superficiel. N'est-ce pas la disposition exacte que nous offre, chez l'homme, le muscle présternal, réuni à sa portion d'origine, le sterno-mastoïdien? Or, le professeur Humphry considère les faisceaux antérieurs du grand oblique comme représentant, chez \qq Serpents, le sterno-mastoïdien des Batraciens , des Oiseaux et des Mammifères.

« Si, poursuit l'anatomiste lyonnais, on cherche à déterminer la raison d'une différenciation si prononcée dans la morphologie de ces deux muscles, on la trouve dans l'apparition, chez les Oiseaux et les Mammifères, de deux éléments nouveaux faisant défaut chez les Ophidiens : le sternum et les membres thoraciques. »

L'apparition d'un membre sur la face latérale du tronc expliquerait la scission de l'oblique externe des Serpents en deux muscles distincts. Le membre antérieur se détachant du thorax sous la forme d'un bourgeon sans cesse grandissant et entraînant avec lui son cortège de muscles propres, se serait fait une trouée à travers la nappe musculaire qui le recouvrait tout d'abord, rejetant en avant de lui les faisceaux les plus antérieurs du muscle, repoussant en arrière les faisceaux postérieurs ; ces faisceaux, ainsi séparés, seraient devenus en avant le sterno-mastoïdien, en arrière le grand oblique ou oblique externe.

MUSCLES DES PAROIS DE LA POITRINE 28o

Dès que cette théorie a été émise je l'ai vivement combattue devant l'Académie de Médecine et devant la Société d'Anthropologie. Que d'objections à lui opposer.

Ce n'est pas le préslcrnal qui correspond au grand oblique des Ophidiens, c'est le muscle intercostal externe. Il n'y a donc pas identité de situation. De fait, le présternal a des rapports plus rares avec le grand oblique qu'avec les côtes et les cartilages costaux. Il n'y a pas non plus toujours identité de direction ni ^'insertion. J'ai présenté, à l'Académie de médecine divers moulages de présternaux dont les fibres avaient une direction inverse de celle des fibres du grand oblique et du sterno-mastoïdien et n atteignaient pas la lif/ne axiale.

Pour M. Testut, les membres thoraciques par leur apparition chez les Mammifères et les Oiseaux se seraient créé une trouée à travers le manteau musculaire qui enveloppe tout le corps jusqu'à l'occipital et la formation du sternum aurait fait le reste. Il ne serait plus possible aujourd'hui de retrouver, comme vestige de cet état anccstral, que le sterno-mastoïdien et le grand oblique et quelquefois, par réversion, des fibres musculeuses constituant, au-devant du sternum, le muscle présternal.

Admettons pour un instant cette hypothèse, — fausse d'ailleurs, puisque les Serpents sont des dégénérés ayant eu autrefois des membres dont on retrouve encore les traces, — comment expliquer la continuité, dans certains cas, des fibres du présternal et du grand pectoral? Le grand pectoral qui contribue à séparer le sterno-mastoïdieu et le grand oblique (les deux segments de l'oblique primitif pour divers zootomistes) a bien certainement participé à la trouée des membres et percé avec eux. Historiquement donc il n'appartient nullement à ce système oblique, ce qui n'empêche pas que M. Bardeleben et moi l'avons vu se continuer avec le présternal qui, au dire de M. Testut, en fait partie, et ce dernier muscle être innervé souvent comme le grand pectoral, par les nerfs thoraciques antérieurs. Mais à quoi bon insister? La théorie de l'origine ophidiemie du présternal a vécu.

VL Wilde, Hallett, Wood, Pearsons, Lambert, etc., voient dans le sternal humain une reproduction de quelques libres du peaucier pectoral des Mammifères. Turner s'est principalement fait le défenseur de cette thèse. C'est celle également que j'ai soutenue dans mon article Sternal du Dictionnaire de Dechambre. Encore aujourd'hui, c'est celle qui me paraît la plus vraisemblable, si elle n'est pas la plus exacte.

Plusieurs faits plaident en sa faveur : ces présternaux singuliers qui, naissant d'un côté du thorax, se portent diagonalementdu côté opposé; l'origine embryogénique commune, s'il faut en croire Pearsons, de la masse pectorale et du pannicuhis carnosus, de sorte qu'accepter que le présternal est une dépendance du grand pectoral ou du pannicule charnu, c'est tout un ; la fusion normale, dans l'espèce humaine, de la portion la plus élevée de la couche profonde du peaucier cervicothoracique avec le sterno-cléido-mastoïdien, l'innervation chez les Rongeurs, et en particulier chez Vagouti et le cabiai, du pannicule charnu cervico-thoracique par un large nerf qui se distribue au grand pectoral et qui représente une des branches des nerfs tlioraciques antérieurs de l'homme, etc.

« Les bandelettes sternales que vous avez observées chez l'homme, m'a écrit, d'autre part, le 3 janvier 1891, M. Lavocat, ancien directeur de l'Ecole vétérinaire de Toulouse, ne me paraissent avoir aucune affinité avec le sternal transverse des Quadrupèdes, en raison de leurs attaches et de leur direction. Elles n'ont rien de commun avec la bande sterne-costale du grand droit de l'abdomen, et vous n'avez pas tort de supposer que c'est une reproduction par atavisme de quelques faisceaux du peaucier pectoral chez des êtres moins élevés dans l'échelle zoologique. Malheureusement nous ignorons quels sont ces êtres probablement ancêtres de l'espèce humaine et dont l'origine doit remonter jusqu'au monde de ces Reptiles disparus pendant la période secondaire. »

Ce qui donne encore lieu de croire que le présternal rentre bien dans le cadre des anomalies réversives, c'est son apparition si commune chez les monstres anencéphales.

J'appelle muscles des côtes ou muscles costaux un groupe muscuairc dont les éléments constitutifs ont un ensemble de caractères communs :. l'origine embryogénique, l'innervation par les branches antérieures des nerfs intercostaux, les rapports avec le squelette, la fonction de respirateurs auxiliaires, l'état de régression. Ce sont les intercoslaux prolongés en arrière sous forme de sur-costaux et de souscostaux, le triangulaire du sternum et les petits dentelés postérieurs. Il est sans doute beaucoup d'autres muscles qui s'insèrent sur les côtes, mais ils appartiennent à la musculature du cou, de l'abdomen, du rachis ou des membres supérieurs, ne représentent pas chez l'homme les muscles ventraux de la poitrine des Vertébrés inférieurs. Je n'ai pas à parler des petits dentelés jjostérieurs dont j'ai signalé précédemment (voy. ces muscles) l'origine ventrale.

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