‹ Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signification au point de vue de l'anthropologie zoologiqueChapitre 69 sur 116 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES ANOMALIES DES MUSCLES COSTAUX · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES ANOMALIES DES MUSCLES COSTAUX

De l'étude à laquelle je viens de me livrer il appert que les anomalies des muscles costaux peuvent être classées :

I. En anomalies par excès ou réversives qui consistent dans l'augmentation de nombre, l'extension en longueur, l'état entièrement charnu des muscles costaux et la continuité des intercostaux et du transverse du thorax et des muscles larges de l'abdomen. Pour comprendre ces anomalies il suffit de se remémorer que dans les Vertébrés inférieurs le grand oblique, les intercostaux externes et les sur-costaux, le petit oblique, les intercostaux internes et les sous-costaux, les transverses de l'abdomen et du thorax constituent les trois feuillets non ininterrompus d'un même muscle enserrant à la fois le ventre et la poitrine.

II. En anomalies par défaut ou évolutives qui consistent dans la diminution, du nombre, la réduction de longueur, l'état aponévrotique des muscles costaux. Pour comprendre ces anomalies il importe de savoir qu'un muscle dont la fonction est entièrement abolie subit la transformation graisseuse, tandis qu'un muscle dont la fonction n'est qu'amoindrie subit la transformation fibreuse (J. Guérin, Gruveilhier Marey\ etc). Ainsi dans l'ankylose du cou-de-pied le soléaire dont la fonction d'extenseur du pied est totalement supprimée, devient graisseux alors que les jumeaux qui ont conservé leur fonction de fléchisseurs de la jambe en perdant celle d'extenseurs du pied, subissent seulement un changement dans le rapport de la fibre rouge au tendon, deviennent seulement plus fibreux. Chez le vieillard presque immobilisé, le tissu fibreux se substitue de môme insensiblement au tissu contractile. Dans la longue série des Vertébrés, y compris l'homme, le corps charnu d'un muscle diminue de longueur à mesure

' Marey. La Machine animale, 5" édit., p. 101 et sulv.

qu'il a moins d'importanco et quand ce muscle est devenu tout à fait inactif ou inutile, il disparaît ou est remplacé par une aponévrose (aponévroses occipito-fronlale, omo-claviculaire, ischio-coccygienne, ligament épitrochléo-olécranien, stylo-hyoïdien, etc.) '.

Après cet exposé on conçoit comment les muscles costaux appartenant tous au squelette thoracique, innervés tous par les bi*anches antérieures des nerfs intercostaux, montrent à des degrés différents des signes de transformation fibreuse. Ainsi que l'a fait remarquer Gegenbaur, « les muscles du tronc s'elfacent dès qu'apparaissent les membres, car dès ce moment les membres se chargent à eux seuls de la locomotion, et le tronc, perdant une partie de sa mobilité, perd une partie correspondante de ses organes moteurs ».

Entre tous les Primates l'homme se distingue par l'activité de ses membres supérieurs de plus en plus spécialisés pour la préhension et le toucher, desservis par des muscles nombreux et par un plexus nerveux compliqué, le plexus cervico-brachial. En même temps, sa poitrine dégagée sur les côtés par l'écartement des membres thoraciques qui ne sont plus collés sur ses flancs' s'étale transversalement, et dans sa base élargie laisse un libre jeu au diaphragme qui est devenu l'agent le plus important de l'inspiration.

C'est parce que le diaphragme a pris le rôle d'inspirateur principal et que la fonction d inspirateurs auxiliaires a été dévolue aux muscles du cou et du membre supérieur (scalènes, sterno-mastoïdiens, trapèzes, etc.), surtout à ceux qui s'insèrent sur la clavicule et les premières côtes que les muscles costaux, rejetés au troisième rang, et ne pouvant même plus s'utiliser en dehors de la respiration ont vu diminuer de nombre et de longueur leurs fibres contractiles.

Cette décadence des muscles intercostaux s'accompagne déjà de celle des nerfs intercostaux et des côtes. Sur 16 sujets examinés par Adamkiewicz il y en avait trois chez lesquels un des dix premiers nerfs intercostaux n'avait pas de racine, et treize chez lesquels un de ces dix nerfs n'en avait qu'une. A un stade reculé de la vie embryonnaire nous possédons 29 côtes au lieu de 12, toutes les vertèbres, môme les vertèbres sacrées ayant un rudiment de côte (Ruge). Après la naissance les apophyses costiformes des vertèbres lombaires, la moitié

' Pour détails complémentaires voir le dernier chapitre de cet ouvrge : Considérations générales sur les variations du système musculaire de l'homme.

*Les M. chondro-épifrocfdéen, dorso-épitrochléen etc., témoignent encore de cet accolement.

antérieure des apophyses transverses des vertèbres cervicales rappellent les côtes disparues. C'est la 1" côte cervicale qui a persisté le plus longtemps dans l'évolution phylogénique ayant amené la réduction de la cage thoracique. La rudimentation s'est faite par le milieu : les deux extrémités de la T côte se retrouvant à l'état de vestige dans le développement ontogénique comme parties intégrantes normales de la 7° cervicale et du manubrium du sternum (Leboucq). Gruveilhier a vu les 2®, 3" et 4° vertèbres lombaires pourvues de petites côtes. Ils n'est pas rare de rencontrer 13 côtes, la 13° côte étant tantôt une 7'' côte cervicale, tantôt une l''" lombaire. Même avec le chiffre de 12 côtes, le nombre des vraies côtes n'est pas invariable puisque d'après M. Cunningham, sur 20 p. 100 des sujets la 8^ côte est une côte vraie et se soude au sternum comme chez les Singes inférieurs. « Ceci étant, est-il défendu, dit M. Charpy*, de se représenter un homme ancien ou son ancêtre avec un long thorax contenant de chaque côté 14 côtes (1 cervicale, 12 dorsales et 1 lombaire), ce qui était déjà un progrès considérable sur un type plus recule d'être innommé oii les apophyses costiformes avançaient toutes dans les parois abdominales ? »

M. Gharpy va môme plus loin. 11 suppose que le thorax actuel à 12 côtes n'est qu'un type transitoire.

« Les pièces extrêmes du squelette thoracique montrent, poursuitil, des signes évidents d'atrophie. Les deux dernières côtes sont, comme on sait, des côtes flottantes, c'est-à-dire sans connexion avec les autres. Cependant la 11'' a eu autrefois un plus grand développement ainsi que l'atteste un cordon tendineux qui part quelquefois de son extrémité antérieure et s'enfonce dans le muscle petit oblique; ce cordon peut môme renfermer des nodules cartilagineux. Quant à la 12®, elle est dans un grand nombre de cas anormalement courte de 4 à 5 centimètres, tellement courte qu'on peut ne pas la reconnaître dans les explorations opératoires de la région lombaire et que les rapports du rein en sont sensiblement changés. Enfin, elle peut faire totalement défaut. Pour la 1'"'' côte, elle a ceci de grave contre elle qu'elle commence déjà à montrer de temps à autre des arrêts de développement inquiétants. Sa partie antérieure avorte, sa partie postérieure seule développée se perd dans les scalènes ou se soude avec la 2° côte ou s'unit au sternum par une bande ligamenteuse, états divers qui

' Charpy. Le Midi médical, 1893, p. .^6.5.

nous rappelk'iil les cotes flottantes et le cordon fibreux de la 11'. Dans un avenir lointain, il est à craindre qu'elle suive le sort de la "- côte cervicale ; elle sera remplacée en partie par la clavicule avec laquelle elle semble faire double emploi en, partie par la T côte qui passera ainsi au premier rang.

« Diminué de sa première côte et de ses deux dernières, le thorax futur, du type à 9 côtes, allégé de muscles inutiles, ou disparus, ou remplacés par de solides aponévroses, se présentera dans de meilleures conditions physiologiques. Les anatomistes admettent, en etfet, que la réduction du nombre des côtes est en général un caractère de perfectionnement chez les animaux. »

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