CORPS DU DIAPHRAGME
Absence. — L'absence totale a été constatée par Donitz sur des monstres'. Quant anx hernies diaphragmatiqnes congénitales, on sait qne lenr siège de prédilection est la partie postérieure de cliaquo moitié du muscle- et qu'elles n'ont pas de sac.
Anatomie coMPARÉi:. — Le diaphragme commence chez les Vertébrés par quelques fibres que le transverse envoie entre le foie et le péricarde. Chez beaucoup A Animaux à respiration aérienne le muscle en cause est encore très incomplet. Quoiqu'il se montre, en effet, chez les Sauropsidés, chez les Maimnifères seuls il sépare totalement l'une de l'autre les cavités pleurale et péritonéale.
Le squelette du tronc des vertébrés forme une double cavité tubulaire séparée en deux par la colonne des corps vertébraux. Chacune de ces cavités a sa membrane séreuse. En prenant le langage d'un autre temps on peut dire : dans le canal vertébral proprement dit, aul(jur de l'axe nerveux, est la séreuse du viscère de la vie animale ; dans le canal vertébro-costal, autour du cœur, du poumon, de l'intestin et de la glande génitale est la séreuse des viscères de la vie organique. La première est toujours close, la seconde est toujours ouverte chez la femelle. Quand on suit chez l'embryon la marche ultérieure du développement de la cavité pleuro-périlonéale, on voit le péricarde
'Donitz. Reicherl u. Du Bois-UeymomVs Arch., 1865, p. 132.
- Duguet. De la Hernie dktphrcKjmatique congénitale, th. Paris, 1866.
s'isoler d'abord, puis les plèvres par la croissance du diaphragme qui peut rester imparfail*. Voilà pourquoi la hernie diaphragmatique n'a pas de sac.
Si la hernie diaphragmatique s'observe surtout en arrière, c'est parce que, dans l'embryon humain, comme dans l'évolution sériale des animaux, la partie antérieure ou ventrale du diaphragme à laquelle se rend le nerf phrénique en passant en avant du cœur, apparaît la première {diaplirayme pré-cardiaque de His). La partie postérieure ou dorsale {diaphrayjne posi-cardiaque de His) apparaît la seconde ; de larges trous y persistent normalement pour le passage de l'œsophage et de l'aorte. h'Uromadx spi)iipes n'a pas de diaphragme. Chez les Poissons, les diaphragmes pré-cardiaque et post-cardiaque ne sont représentés que par un mince fascia. Le diaphragme post-cardiaque l'ait défaut dans les Sauriens et les OpJiidicns (Stannius). La portion du diaphragme correspondant au cœ'ur manque che*z quelques Oiseaux, chez r^/> ^cVy a:, notamment " (Humphry).
'Variations du centre phrénique. — « Il semble, dit le professeur Marey, que les muscles aient des âges bien distincts. Ainsi le diaphragme d'un enfant est en grande partie musculeux, tandis que chez le vieillard le centre aponévrotique, véritable tendon du diaphragme, s'étend aux dépens de la fibre contractile ^ » Beaunis, Bouchard % Huber * et Tigri ® ont trouvé des faisceaux charnus dans Tune ou l'autre des trois folioles. Sur une fillette que j'ai disséquée la foliole droite était presque entièrement musculeuse. Dursy a observé deux trousseaux de fibres rouges qui se portaient du bord postérieur de la foliole moyenne au pourtour de l'orifice œsophagien \ J'y reviendrai plus loin.
Le centre phrénique présente assez souvent, au dire de Morgagni*, en plus de l'orifice qui donne passage à la veine cave inférieure, un
' Quant à la séreuse testiculaire, on ne la trouve que chez les Animaux à testicules extérieurs et son isolement est spécial à l'homme et très certainement provoqué par l'attitude bipède. Toutefois Godard avance qu'on l'observe aussi chez le •• cînuipanzé d'Afrique « ? Godard. Éludes sur la monorchidie et la cryptorchidie c/iez r/tomme, p. 27. Paris, 18.^7.
- Iluruphry. Observ. in MijoL, cit. p. 123.
'•'Marcy. Jm Machine animale, Yi. 103.
■•Beaunis et Bouchard. Anal, descript., 2^ édit. p. 3.54.
Mluberi/t Sœmmerring, vol. lil, p. 162.
" Tigri. Supra unanomalia del musculo diufrauima. Rome, 1873.
'Dursy. Henle u. Pfeufer's Zeitsch, Bd. XXXIII.
» -Morgagni. De sediijus et causis morborum, Neapoli. MDCCLXII, epistolœ V, LX, LXIV, LXVII, LXX.
ou deux orifices accessoires pour les veines siis-liépatiqnes. Cloquel' a décrit également dans le centre phréniqiie : un orifice pour la veine cave inférieure, un orifice pour la veine diaphragmaiique et un ou deux orifices pour les veines sus-hépatiques.
Anatomie comparée. — Le centre phrénique acquiert son maximum de développement dans les Périssodactyles et les Artiodactyles et son minimum dans les CarnicotTS et les Insectivores. « Chez l'homme, remarque M. Leshre, le (liai)hragme est certainement plus charnu que dans la plupart de nos grands Herbivores domestiques. Souvent il arrive dans ces derniers que la bande périphéj'ique ne rejoigne pas les piliers et laisse arriver le centre aponévrotique jusqu'aux muscles sous-lombaires, ainsi qu'on l'observe notamment dans les Solipèdes^. » Dans Vâne, le cheval, le mouton, le bwu/, on ne saurait comparer le centre phrénique à une feuille de trèlle'', mais cette comparaison s'impose chez les antres Mammifères, y compris l'homme. Il est presque entièrement charnu chez le putois, entièrement charnu chez le marsoin, et renferme un os chez le dromadaire.
Variations des insertions. — La première digitation peut s'attacher sur le cartilage de la G" cote (Albinus, Haller, Theile, Cruveilhier, Tigri, Macalister, Weber-Hildebràndt'*, plusieurs cas personnels) ou de la 5*" (un cas personnel) et la digitation de la 12*" côte manquer ou être remplacée par une aponévrose (Cruveilhier, Testut, Bertelli) \ Henle a disséqué un sujet chez lequel la digilation de la 9' côte envoyait un trousseau de fibres au sternum et au cartilage de la 7° côte. L'espace triangulaire rélro-sternal peut être assez large, rudimentaire, faire même défaut. L'interstice qui existe entre la portion slernale et la portion costale est souvent comblé en partie par un faisceau du transverse. Quelques-unes des fibres ou toutes les fibres qui s'attachent au ligament cintré sont parfois absentes. Quand elles sont toutes absentes, on trouve entre la portion sterno-costale et la portion vertébrale un hiatus, dit hiatus costo-lomhaire, au niveau duquel le tissu rétrorénal communique avec le tissu cellulaire sous-pleural.
' Cloquet. .!««/. (/escr/^j/., 183 i.
^ Lesbre. Loc. cil., p. 96.
^ Chez ces animaux il ressemble plutôt au cœur d'une carte à jouer.
* Weber-IIildebrandt, p. 411.
^ Bertelli. Arch. per le scienze inediche. Turin, 1895.
Anatomie comparée. — Dans le Vesj^ertilio murinus la portion sternocostale du diaphragme s'étend de la 6'' côte à la 11% dans le Vesperugo noctida de la 8" à la 11% dans VHapale penicillé de la 7'' à la 11% dans le Macacus sinicus de la 6° à la 11" (Bertelli). Dans le bœuf domestique le diaphragme n'atteint pas non plus le dernier espace intercostal (Lecoq, Lesbre, Biele % Tabourin).
Segmentation du muscle. — Je viens de noter les variations de continuité qu'offrent les portions sternale, costale et vertébrale entre elles et celles qu'offrent les faisceaux sternaux entre eux. Il me reste à ajouter qu'on rencontre quelquefois entre les faisceaux qui constituent la portion costale, surtout entre les IT et \T côtes, des intervalles, au niveau desquels la plèvre répond immédiatement au péritoine.
Connexions plus intimes avec le transverse de l'abdomen, le grand et le petit psoas et le carré des lombes. — Hen]e% Bourguery et Bonamy% Rouget % Bertelli ont vu une parlie de la gaine du psoas formée par l'épanouissement des extrémités tendineuses de faisceaux du diaphragme croisant l'arcade du carré des lombes. A. Thompson a pu suivre dans le fascia transversalis des fibres qui se portaient de la crête iliaque vers la portion costale du diaphragme. En avant, ce dernier muscle se continue fréquemment avec le transverse. La continuité des fibres du diaphragme et des fibres du carré des lombes est plus exceptionnelle Bonamy^ et Haller" en citent cependant des exemples. Winslow a disséqué des faisceaux du diaphragme qui allaient se perdre dans le grand et le petit psoas et dans le carré des lombes.
Anatomie comparée. — Chez les Mainmifères des ordres supérieurs [Singes, Chéiroptères^ Carnassiers, Rongeurs, etc.) la disposition du diaphragme est à peu près la môme que chez l'homme ; à mesure que l'on descend la distinction en une portion verticale (piliers) et une portion horizontale (corps) tend à disparaître. Le diaphragme devient
' Biele. La fausse côte chez le bœuf, Joiwn. de VEcole vétérinaire de Lyon, 1895.
- Henle. Muskellehre, p. 83.
' Bourguery et Bonamy, pi. LXXV, 2.
'■ Rouget. (J!iz. med., 18ô2, p. 17.
'- Bourguery et Bonamy, pi. XLIX.
"Ilaller. Opusc. anal. Gottingue, 1751, p. 10.
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une cloison très oblique entre le thorax et raljd(jmen et constitue en grande partie la paroi supérieure et antérieure de cette dernière cavité.
Chez les Pachydermes déjà où le sternum est relativement très court, les poumons s'étendent très loin en arrière, et le diaphragme est très obliquement tendu entre les dernières vertèbres lombaires et les bords de la vaste échancrure costo-slernale. De sorte que chez le cheval, par exemple, les poumons s'étendent au-dessus du diaphragme jusqu'aux limites postérieures de la région lombaire ; mais c'est chez les Cétacés que cette disposition est à son plus haut degré de développement (il n'y a que deux ccMes sternales chez le lamanlinoi la baleine jubarte), et le diaphragme né des limites postérieures de la cavité abdominale s'étend si loin en avant qu'il est presque parallèle à l'axe du corps, et que la cavité du tronc se trouve séparée en deux compartiments situés, non pas l'un en avant, l'autre en arrière, mais l'un au-dessus de l'autre. Les poumons occupent toute l'étendue du compartiment supérieur, et le diaphragme constitue entièrement la paroi supérieure de l'abdomen. Cette prolongation du diaphragme en bas ou en haut est indiquée anormalement chez l'homme par l'insertion plus inférieure des piliers aui: vertèbres lombaires, par les faisceaux signalés par Dursy, par l'extension du muscle à la 6^ côte.
Le diaphragme des Cétacés oiXvQ encore d'autres particularités intéressantes. Nous avons vu, chez l'homme, des fibres du transverse se continuer avec le diaphragme ; chez les Cétacés, c'est le diaphragme tout entier qui s'insère sur les muscles larges de l'abdomen (Daubenton, Cuvier), c'est-à-dire se continue avec ces muscles et spécialement, peut-être uniquement, avec le plus interne, avec le transverse.
Ainsi, au dernier terme de la série des Mammifères, on trouve le diaphragme dans son type le plus simple, celui d'enveloppe contractile immédiate des viscères abdominaux ; de telle façon que diaphragme transverse et releveur de l'anus constituent une seule et môme enveloppe contractile, dont les divers éléments seront plus ou moins développés, plus ou moins isolés, mais pourront toujours être ramenés à un type unique.
Au point de vue embryogénique le diaphragme n'est, au surplus, qu'une dépendance du feuillet le plus profond — du feuillet transverse — du muscle ventral duquel dérivent également le transverse de l'abdomen, le transverse du thorax, etc.
Faisceaux surnuméraires. — M. hépatico-diaphracjmalique. — Ce
muscle a été décrit avec des caractères différents par Knox* en Angleterre, et par Rouget en France -, Dans le cas observé, en i842, par Knox il naissait de la moitié gauche du centre phrénique, se divisait, après avoir croisé l'œsophage, en deux languettes, dont Tune se perdait dans le péritoine, en avant de ses insertions vertébrales droites, et l'autre sur la face inférieure du foie autour du canal veineux.
« Je signalerai chez l'homme, a écrit d'autre part M. Rouget, un faisceau de fibres tendineuses déjà entrevues par Huschke, qui, logées entre les deux feuillets de Tépiploon gastro-hépatique, se rend du diaphragme au foie ; ce faisceau, détaché du bord supérieur de l'orifice œsophagien ne me paraît pas avoir ici d'autre action que de fixer solidement le foie au diaphragme, mais il tire un certain intérêt de l'existence d'un appareil musculaire spécial que j'ai découvert chez quelques Oiseaux et qui se porte du diaphragme sur le foie. »
Pour ma part j'ai vu chez deux hommes et chez une femme une troisième forme du jnuscle hépalico-diaphragmatique. Il était constitué par des fibres de la portion sterno-costale qui, après avoir cheminé entre les deux feuillets du ligament triangulaire gauche du foie se perdaient sur la capsule de Glisson. M. Macalister m'a écrit qu'il avait trouvé une fois ce vice de conformation.