‹ Traité descriptif des maladies de la peauChapitre 1 sur 100 · PARIS G. MASSON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS G. MASSON, ÉDITEUR

LIBRAIRE DE l'aCADÉMIE DE MÉDECIiNE 120, Boulevard Saint-Germain, en face de l'École de Médecine

Oioits de traduclion et de reproduction réservés.

Depuis près d'un quart de siècle l'étude des maladies de la peau est entrée dans une voie nouvelle. Les progrès considérables qui ont été accomplis en France et dans les pays étrangers, les précieuses et remarquables acquisitions faites en ces dernières années, ont permis d'élablir la dermalologie sur un terrain de plus en plus scientifique. L'bistologie, perfectionnant chaque jour ses instruments et sa technique, nous montre aujourd'hui ce qu'on élait dans l'impuissance de voir il y a quelques années. Grâce surtout aux recherches de Ranvier, de Unna, etc., elle nous a révélé les plus minutieux détails de la structure de la peau à l'état normal. Elle nous permet d'en suivre pas à pas les altérations dans l'état pathologique et éclaire d'un jour tout nouveau la pathogénie des dermatoses.

Nous n'insisterons pas sur l'importance théorique et pratique de l'élude histologique des maladies de la peau.

Sans le secours du microscope, le diagnostic d'un très grand nombre d'afîections cutanées serait souvent presque impossible ; sans lui on ne peut comprendre exactement la nature, l'individualité et la valeur nosologique des diverses dermatoses.

En dermalologie, plus peut-être que dans toutes les autres branches de la médecine, il faut, pour bien se rendre compte du processus morbide, « penser anatomiquement », suivant la juste et belle expression de Charcot.

L'étude de l'histologie pathologique de la peau est de date récente, et les quelques renseignements précis que nous possédons sur ce sujet se trouvent disséminés dans des mémoires spéciaux. Un bon nombre des recherches faites il y a plusieurs années sont incomplètes ou erronées, soit que ceux qui les ont faites n'eussent pas encore les connaissances suffisantes, soit que la technique fût encore imparfaite.

Ces examens, dans la plupart des cas, ont été pratiqués sur des lambeaux de peau recueillis sur le cadavre et non sur le vivant, ainsi

qu'il est absolument nécessaire de le faire pour des lésions de structure aussi délicates que celles du tégument.

On trouve, il est vrai, dans différents ouvrages, des descriptions d'anatomie pathologique de la peau; mais dans ces descriplions les auteurs se laissent parfois entraîner à des théories inutiles ou fausses et ne s'arrêtent pas suffisamment à l'exposition du fait anatomique, à laquelle ne peuvent malheureusement pas suppléer les figures trop schématiques que renferment ces livres.

Nous pouvons affirmer, sans crainte d'être contredits, qu'il n'existe pas un seul traité des maladies de la peau dans lequel les lésions histologiques soient reproduites d'une façon suffisante. Dans des questions aussi difficiles une bonne figure vaut mieux que cent pages de texte.

Travaillant depuis dix ans au livre que nous publions aujourd'hui, ayant accumulé une riche collection de préparations micrographiques, toutes recueillies sur le vivant, nous pouvons réunir, dans l'atlas de notre Traité descriptif des maladies de la peau^ des planches originales, représentant l'histologie de presque toules les formes connues d'affections cutanées.

Nous avons fait dessiner sous nos yeux, par un de nos plus habiles et plus célèbres dessinateurs, M. Karmanski, les plus belles et les plus démonstratives de nos préparations. Nous avons donné toute notre attention à leur exacte reproduction en chromolithographie. Notre éditeur, que nous ne saurions trop remercier, n'a reculé devant aucun sacrifice pour nous permettre de publier le texte de notre livre et les planches de notre atlas, dans des conditions exceptionnelles de perfection.

La chromolithographie, avec des planches à trois et quatre couleurs, nous permettait seule de montrer les réactions histo-chimiques caractéristiques de la plupart des éléments, avec les colorations qui servent à les distinguer, aux différents degrés de leurs altérations ou de leur évolution.

Nos figures sont la reproduction exacte des lésions histologiques que nous avons observées. Notre description pourrait être incomplète que nos chromolithographies ne perdraient rien de leur valeur. Elles représentent exactement la coupe microscopique et conservent toute la valeur d'un fait bien observé, permettant de rectifier les interpré-

talions erronées, pouvant même, par comparaison avec d'autres exemples semblables, faire trouver des détails caractéristiques qui auraient pu échapper à nos investigations.

Nous avons pensé faire une œuvre utile en publiant un ouvrage consacré à la description de la lésion. Nous l'étudions en la suivant dans son évolution, en indiquant les caractères objectifs qui appartiennent à la symptomatologie, et en l'analysant dans sa structure intime, dans son liistologie pathologique.

La dermatologie est actuellement dans une période de transformation. Les découvertes se succèdent rapidement; de toutes parts surgissent de nouveaux travaux, et le mouvement scientifique est si actif qu'une classification, alors même qu'elle paraîtrait possible, ne pourrait être qu'éphémère.

Une classification vraiment philosophique devrait être fondée sur la patho génie.

Si la connaissance de la cause et de la nature des diverses dermatoses n'est pas encore assez avancée pour permettre un classement par ordre pathogénique, il n'est pas impossible cependant d'entrevoir déjcà ce que pourraient être quelques-unes des principales divisions.

L'une, celle des affections parasitaires, qui s'enrichit chaque jour grâce aux découvertes de Pasteur, de Koch et de leurs écoles, est en voie d'accroissement rapide et tend à prendre une importance considérable.

Les travaux de Brown-Séquard, de Charcot, de Vulpian, de Weir- Mitchell, etc., et des recherches nouvelles publiées en ces derniers temps, ont démontré et spécifié le rôle joué par le système nerveux, central ou périphérique, dans la production de certaines lésions du tégument. Ces remarquables découvertes permettent, dès maintenant, de constituer la grande classe des maladies de la peau, que nous étudierons sous le nom de dermatoneuroses.

A côté des lésions cutanées de cause externe, déterminées par des substances étrangères, les topiques irritants, les poisons, les médicaments, etc., on rangerait dans la division des Toxicodermies les dermatoses engendrées par ces produits toxiques, élaborés par l'or-

ganisme, dont les effets pathogénétiques ont été démontrés par les ingénieuses et savantes expériences de Bouchard.

Cette classification basée sur la pathogénie, dont nous ne faisons qu'indiquer trois des principales divisions, sera celle dont les dermatologistes devront s'inspirer dans leurs essais de classification, lorsque les causes et la nature des affections cutanées seront mieux connues.

Un tel essai nous a paru prématuré. Bien certains que l'état actuel de la science ne permet pas une classification méthodique, nous nous sommes décidés à suivre l'ordre alphabétique, adoptant ainsi le mode de classement le plus commode pour nos lecteurs.

Juillet 1889.

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