III. — ALOPÉCIE PATHOLOGIQUE OU SYMPTOMATIQUE
X^alopécie patliologique ou syrnptomalique comprend toutes les formes causées ou entretenues par un état pathologique général ou local.
h'alopécie symptomatiqiie de cause générale est fréquente pendant la période de convalescence de toutes les maladies graves ou de longue durée, alors même que le cuir chevelu n'a été le siège d'aucune éruption. C'est ainsi qu elle se manifeste souvent à la suite des couches, de la fièvre typhoïde, du typhus, etc. Elle est presque constante pendant la convalescence des fièvres éruptives et surtout pendant celle de la scarlatine.
On la voit encore se produire dans les affections chroniques, comme par exemple chez les phtisiques et chez les sujets épuisés par de longues suppurations.
(1) H. Leloir, Rechercher cliniques et anatoino-pathologiquex sur les affections cutanées d'origine nerveuse, Paris, 188t.
ALOPÉCIE.
Toutes les causes dedébilitation, la misère, les excès, les veilles^ peuvent concourir à la provoquer ou à l'entretenir.
Dans la syphilis l'alopécie est un symptôme qui peut à lui seul révéler la maladie, ou tout au moins mettre sur la voie du diagnostic. C'est à la période secondaire, en même temps que la roséole, les papules et les adénopathies, qu'elle se manifeste.
Les cheveux deviennent ternes, lanugineux, secs et cassants et tombent à la moindre traction.
La chute qui éclaircit, par clairières, toute l'étendue du cuir chevelu et tend à le dénuder, est en général plus active sur les régions du sommet de la tète, du front et des tempes. Elle peut parfois être générale, produire une calvitie complète, l'alopécie des sourcils, de la barbe et des autres régions velues.
h'alopécie symptomatique de cause locale est produite, dans un très grand nombre de cas, par une affection cutanée du cuir chevelu.
Passagère dans les affections qui ne détruisent pas les bulbes pileux comme l'érysipèle, comme la dermatite exfoliatrice, comme l'eczéma aigu, l'impétigo, la trichophytie tonsurante (teigne tondante) et dans le plus grand nombre des cas de pelade, elle peut être généralisée et devenir même irrémédiable dans les formes décalvantes de la pelade, abandonnées à elle-même pendant des mois et des années (voy. Pelade).
Les affections qui atteignent le bulbe pileux, telles que les inflammations péri-folliculaires, l'acné pilaire, les folliculites sycosiformes, en détruisant la papille, produisent des alopécies partielles, d'étendue proportionnelle à celles de la lésion. C'est ainsi que se fait l'alopécie de la lèvre supérieure dans la folliculite agminée sycosiforme (eczéma sycosiforme, impétigo sycosiforme), dans les variétés d'acné pilaire de la barbe et en particulier dans cette forme lupoïde que les dermatologistes américains nomment Lupoïd acne (voy. Folliculites). C'est également en détruisant le follicule que le lupus vulgaire, le lupus érythémateux, la morphée, et que le favus [Vachorio7i Schœrtleini envahissant l'épaisseur du derme), déterminent l'alopécie avec foi-mation d'un tissu cicatriciel (voy. Lupus vulgaire. Lupus
ÉRYTHÉMATEUX, MoRPHÉE, FaVUS).
L'alopécie d'origine nerveuse sera étudiée aux articles : Dermatoneurose et Pelade sous le nom de Péladoïde trophonévrotique^ d'après la dénomination qui lui a été donnée par l'un de nous (1).
Alopécie pityriasique. — Alopécie pityrodes{V\acvLs). — Séboirhée sèche (Hébra). — Alopécie furfuracée (Kaposi). — Pityriasis capitis (Dell) H. Leloir, Pelade et Peladoîdes. Bulletin de l'Académie de médecine, 1888.
ALOPÉCIE PATHOLOGIQUE OU SYMPTOM ATIQUE.
vergie). — La séborrhée du cuir chevelu, et surtout la séborrhée sèche, est une des causes les plus fréquentes de la calvitie prématurée. Vers l'époque de la puberté, chez les individus ayant une disposition héréditaire, mais plus généralement de trente à quarante ans, chez ceux qui ont encore, ou qui ont eu une chevelure assez abondante et parfois assez grasse, on observe d'abord des démangeaisons, puis une tendance de plus en plus marquée à la sécheresse des cheveux et de la peau. La prédisposition de ceux qui, comme les rhumatisants, transpirent facilement et dont la tête est souvent couverte de sueur est manifeste.
Des démangeaisons plus ou moins vives, plus ou moins fréquentes, réveillées par les écarts de régime, par les veilles, par toutes les causes excitantes, sont, avec la sécheresse de la peau, les premiers symptômes observés. Bientôt cette sécheresse se manifeste par une très fine desquamation furfuracée, dont les petites squames se détachent, soit spontanément, soit sous l'action du grattage ou sous celle du peigne ou de la brosse, et tombent sur les vêtements ou restent parsemées dans la chevelure.
A mesure que l'affection devient plus ancienne, elle tend à s'étendre. Partie du vertex, elle atteint les régions antérieures de la tête et s'avance graduellement et symétriquement vers les régions temporales. Les démangeaisons deviennent souvent plus fréquentes et plus prononcées ; la desquamation pityriasique est de plus en plus active, les cheveux deviennent secs, cassants et, deux ou trois ans après le début de l'affection, ils commencent à tomber dans les régions atteintes, tandis qu'aux régions occipitales et pariétales ils restent abondants avec apparence saine du cuir chevelu.
Quelques années plus tard, la chute des cheveux continuant, on les voit s'éclaireir de plus en plus sur les régions atteintes, et le cuir chevelu dégarni devient apparent. Non seulement les cheveux tombent, mais bien plus ils s'atrophient et se réduisent à un duvet de plus en plus fin et court, jusqu'à ce que la peau devenue presque glabre ou même tout à fait chauve paraisse luisante et amincie. Dans ces cas il y a, en même temps que la séborrhée sèche, une alopécie prématurée par lésion des follicules pileux.
Il n'est pas rare de voir sur le front, sur les points en contact avec la coiffure, et aussi sur le sommet ou sur d'autres points de la tête, des éruptions érythémateuses ou eczémateuses d'autant plus fréquentes que le sujet prend moins de soins de propreté.
Quand la séborrhée et la chute des cheveux durent depuis plusieurs années, depuis huit ou dix années et plus, il n'est guère à espérer de voir repousser de nouveaux cheveux, et la calvitie devient définitive.
L'alopécie symptomatique de la séborrhée concrète et de l'eczéma
ALOPECIE.
séborrhéique (de Unna) sera étudiée aux articles Eczéma et Séborrhée.
Anatomie pathologique. — L'anatomie pathologique de cette affection a été l'objet de mémoires importants de la part de J. Pincus (1), de Malassez (2) et de ChinchoUe (3).
C'est sur ces travaux et en particulier sur les belles recherches de Malassez, dont nous avons pu constater l'exactitude au point de vue anatomo-pathologique, dans des recherches faites également par nous sur ce sujet, que nous appuierons en grande partie notre description.
h'épidenne du cuir chevelu, dans l'alopécie pityriasique au premier degré, ne présente que les altérations du pityriasis. Sa couche cornée est
0 i à Fig. 4. — Spoi'es de Malassez isolées.
ir, spores rondes, pleines; b, les mêmes, vides: c. spores bourgeonnnutes, pleines ; d, les mêmes, vides. — Grossissement de 1000 diamètres.
Fig. 5. — Cellule épidermiqne du cuir chevelu affecté d'alopécie pityriasique, couverte de spores (d'après Malassez).
dissociée, infiltrée de spores. Nous avons pu constater qu'un certain nombre des cellules des régions profondes de la couche cornée avaient conservé leur vitalité comme l'indiquait la coloration en rose de leur protoplasma, l'existence d'un noyau nettement coloré en rouge, dans les préparations teintes au moyen du picro-carmin.
Ce sont là d'ailleurs des lésions appartenant aux processus desquamatifs, ainsi que nous l'aA-ons montré en 1882 (4).
Nous avons pu en outre, dans un certain nombre de cas, constater une grande diminution, voire môme la disparition de la couche granuleuse et de l'éléidine que renferme cette couche.
(1) .1. Pincus, Archives de Virchoiu, 1866, 1867, 187o.
(2) Malassez, Note sur l'anatomie pathologique de l'alopécie pitrjriasiqiie et Note sur le champignon du pilyriusis simple, in Archives de physiologie, 1874.
(3) Chincholle, Thèse de Pari^, 1874.
(4) H. Leloir et E. Vidal, Note svr lliistologie du psoriasis. Société de biologie, 1882, et H. Leloir, Eléments d'histologie cutanée normale appliquée à Vétude des lésions élémentaires de la peau, in Bulletin médical du Nord, juillet 1886.
ALOPÉCIE PATHOLOGIQUE OU SYMPTOM ATIQUE.
ho, par uni te qui infiltre l'épiderme et qui, d'après Malasse;î qui la d(;crit le premier, jouerait un grand rôle dans la production des squames épidermiques (1), est l'orjné uniquement de spores. Ces spores sont en
Fig. 6. — Coupe perpendiculaire de la peau affectée d'alopécie pityriasique (250 diamètres,
d'après Malassez).
I, couche cornée de l'épiderme se dissociant en lamelles infiltrées de spores; 2, corps muqueux ; 3, derme ; 4, partic supérieure d'un follicule pileux dilaté par des squames pityriasiques ; 5, cheveu atrophié.
général allongées et bourgeonnantes ; les plus volumineuses ont de 4 à 5 [j. dans leur plus grand diamètre, et présentent une largeur de 2 \). à 2, S [j.. Les plus petites ont seulement une longueur de 2 Elles siègent dans la
(1) L'origine parasitaire de cette variété d'alopécie n'est pas admise par tout le monde, malgré les recherches de Malassez. Beaucoup de dermatologistes considèrent le champignon de Malassez comme un accident et non comme une cause de la maladie. ^ Pour eux, cette alopécie serait due à une dystrophie fibro-conjonctive du tégument crânien, sur laquelle le champignon de Malassez végéterait, plutôt comme une conséquence accidentelle que comme une cause du mal. L'un de nous en particulier a, dans ses leçons sur le pityriasis (E. Vidal, Buintynasis, in Progrès médiml, 1877), insisté sur ce fait que l'on rencontre des spores ayant des caractères absolument identiques à ceux de Malassez dans une foule d'autres circonstances. « On les trouve dans les squames, dans les croûtes, dans tous les produits d'élimination d'affections cutanées; vous les verrez végéter sur la surface de la peau saine, et M. Nystrom les a même trouvées ^sur le linge iiumide. » (E. Vidal, loc. cit.)
Toutefois, Ton ne doit pas oublier que l'eczéma séborrhéique si magistralement décrit parUnna(Das seborrhoùche Eczem. Monatshefte filr jpraktische Dermatologie, 1887), lequel siège et débute si souvent au niveau du cuir chevelu, paraît être en relation intime avec cette variété d'alopécie. Or l'origine parasitaire de cet eczéma séborrhéique semble aujourd'hui démontrée depuis les recherches de Unna.
Notons en outre que Lassar et Bishop {Die Uebertragbarkeit der alopecia prxmatiira. Monatshefte fûr praktische Dermatologie, 1882, p. 131) auraient reproduit l'alopécie chez des cobayes et des lapins, en enduisant ces animaux avec une pâte faite avec des squames recueillies sur la tète d'un sujet atteint de cette affection. De nouvelles expériences nous paraissent d'ailleurs devoir être entreprises dans ce sens.
ALOPÉCIE.
couche cornée de l'épiderme qu'elles irritent, entre les cellules qu'elles dissocient.
Malassez a insisté sur ce point qu'elles pénètrent dans les follicules pileux, mais seulement au voisinage du point d'émergence du poil et peu profondément. Elles ne descendent pas au delà de l'orifice des glandes sébacées.
D'après Malassez, l'alopécie proviendrait : 1" de l'action mécanique du champignon qui dissocie les lamelles épithéliales ; 2° de l'irritation de l'épiderme par ce champignon et de la desquamation incessante qui en est la conséquence ; 3" de l'obstruction de la partie du follicule pileux susjacente à l'orifice des glandes sébacées annexes, laquelle empêcherait l'accroissement régulier du poil et déterminerait secondairement une irritation du follicule, surtout dans les parties voisines du bulbe. Au niveau de ces régions voisines du bulbe, la paroi du follicule subirait d'abord une hypertrophie ascendante amenant une diminution du calibre du poil (deuxième période de l'alopécie), etfinalement ime oblitération du follicule : « Cette oblitération du follicule qui survient à la troisième période de l'alopécie, marche de bas en liant, de la papille vei's l'orifice cutané, elle est due moins à l'accolement des parois qu'au développement intra-cellulaire d'un tissu de nouvelle formation. Ce tissu est tout d'abord pauvre en fibrilles et se rapproche assez du tissu muqueux, il possède des vaisseaux assez volumineux qui suivent l'axe du follicule et semblent n'être plus qu'un prolongement de ceux de la papille...; plus tard ce tissu s'organise en tissu fibreux dense et homogène; le follicule n'est plus qu'un cordon fibreux dans lequel plus rien n'indique l'existence d'une cavité antérieure (1). »
Par suite de l'atrophie croissante des cavités folliculaires, les cheveux diminuent peu à peu de longueur; leur bulbe se rapproche de plus en plus de la surface cutanée (Malassez).
Bientôt leur diamètre lui-même devient de plus en plus petit, et ce ne sont plus alors seulement des « Spitzenhaare » ou cheveux courts et de courte durée que produit le follicule, mais des poils follets et lanugineux (Pincus), qui disparaissent à leur tour quand le follicule pileux est détruit dans le dernier stade de l'affection.
« La structure des cheveux est également modifiée, la couche épidermique persiste, mais la substance corticale perd plus ou moins son pigment, la moelle disparaît, et le bulbe change complètement d'aspect. » (Malassez.)
(I) Malassez, Note sur Vanatomie pathologique de Valopécie pityriasique, in Archives de physiologie, 1874, p. 472.
ALOPÉCIE PATHOLOGIQUE OU SYMPTOM ATIQUE.
On ne trouve jamais de spores dans l'intérieur du cheveu : le parasite ne pénètre jamais celui-ci.
Le derme ne présente aucun changement appréciable dans le premier stade de l'alopécie (Malassez). Dans le deuxième stade, il s'atrophie au contraire notablement.
Il est probable que cette altération du follicule qui se fait de bas en haut explique en partie pourquoi l'atrophie du derme se fait de bas en haut, comme Pincus l'avait déjà remarqué il y a longtemps.
Cette atrophie, bien étudiée par Pincus, réduit le derme aux deux tiers de son épaisseur dans le deuxième degré du mal, et à la moitié de son épaisseur dans le troisième degré de la maladie.
La surface libre du derme perd son apparence papillaire, d'où l'aspect lisse et comme tendu que présente la peau du cuir chevelu : les faisceaux conjonctifs du derme s'épaississent, deviennent plus rigides; les fibres élastiques deviennent plus abondantes ; les faisceaux musculaires de la peau diminuent notablement.
Les glandes sébacées paraissent hypertrophiées dans les premiers stades de l'afTection, ce qui expliquerait la séborrhée.
Dans les stades ultimes, Malassez les a souvent trouvées fortement atrophiées.
Malassez a au contraire constaté, et nous avons pu constater après lui une augmentation de volume des glandes sudonpares : « Ce n'est pas seulement le glomérule qui est devenu plus volumineux, les tubes euxmêmes ont augmenté de diamètre. » (Malassez, loc. cit., page 475.)
Il est bon de rapprocher ce fait des recherches récentes de Unna sur la séborrhée (1). L'on sait que Unna fait jouer un rôle majeur aux glandes sudoripares du cuir chevelu, dans la sécrétion de la matière grasse qui enduit la tête des sujets atteints de cette affection.
Tout ceci expliquerait peut-être pourquoi les malades, atteints ou devant être atteints de cette variété d'alopécie, présentent si souvent des sueurs exagérées au niveau du cuir chevelu.
XJhypoderme^ le tissu graisseux sous-dermique s'épaississent notablement (Pincus). Les faisceaux conjonctifs deviennent plus épais, leurs mailles se rétrécissent. Il en résulte que le derme se trouve fixé plus solidement aux parties sous-jacentes par cette espèce de processus d'induration (Pincus).
Les vaisseaux ne paraissent pas altérés, contrairement à ce qui s'observe dans l'alopécie sénile (Pincus).
Quant aux nerfs, ceux-ci, examinés d'après la méthode technique in-
(i) Unna, Wass wissen voir von der Stbovrhoe? in Monatshefie fur praktische Dermatologie, 1887.
64 ANÉMIE CUTANÉE
cliquée par l'un de nous (Leloir, loc. c/^.), nous ont toujours paru absolument sains.
ANÉMIE CUTANÉE
L'anémie cutanée est un symptôme commun à un grand nombre d'états physiologiques ou pathologiques. Suivant qu'elle dépend d'une cause d'anémie générale ou d'un trouble local dans la circulation, elle est générale ou partielle.