‹ Traité descriptif des maladies de la peauChapitre 12 sur 100 · II. — ANÉMIE CUTANÉE PARTIELLE · texte numérisé non relu

II. — ANÉMIE CUTANÉE PARTIELLE

L'anémie partielle est toujours duc à un resserrement des vaisseaux, soit par action mécanique, soit par une inlluence vaso-motrice exagérant le tonus vasculaire. Elle peut être limitée à une partie du corps, à un membre, à une portion de membre, par exemple sous la compression d'un ogent constricteur, d'un bandage, etc. L'application de la bande d'Esmarch en offre l'exemple le plus saisissant.

On peut la faire naître sous la pression du doigt, alors même que la peau était antérieurement hyperhémiée ; cette anémie partielle provoquée, qui cesse dès que la pression n'est plus exercée, est un caractère clinique qui aide à distinguer les hyperhémies des inflammations.

L'application prolongée d'un corps froid fait pâlir la peau et la rend exsangue; c'est le premier degré de la congélation. Cette décoloration est aussi complète que possible lorsqu'on fait l'anestbésie locale ; une tache anémique, d'un blanc mat, indique le commencement de congélation de la peau. Il y a dans ce cas une double cause d'anémie : le refroidissement agissant directement sur les capillaires et une action réflexe sur les nerfs vaso-constricteurs.

Les expériences de Letamendi(l) que l'un de nous a répétées souvent et a modifiées le démontrent surabondamment (2). Quand l'anesthésie locale a été poussée à un certain degré, lorsque la partie soumise à la pulvérisation d'étlier rougit, en se couvrant d'un givre produit par la congélation de la vapeur d'eau de l'air ambiant, une incision, une piqûre et même un choc, provoque l'excitation des vaso-constricteurs et fait apparaître instantanément la tache blanche caractéristique de l'anémie par congélation.

Toutes les fois que l'anémie locale se manifeste spontanément, elle peut être attribuée à un trouble de l'innervation. Les recherches physiologiques de Vulpian (3) ont démontré que l'anémie partielle de la peau, dont le phénomène, dit du doigt mort, est un des plus typiques, se rattache à une excitation des vaso-constricteurs. Les capillaires, par exagération du tonus vasculaire, se contractent spasmodiquement, se vident de sang; la peau pâlit, s'affaisse, se ride et devient froide et insensible [ischémie).

(1) Letamendi, Independencia medica de Barcelone, 1'"' et 11 mai 187o. — Analyse^ par Cardenal, in Archives de physiologie, 187o, p. 769.

(2) E. Vidal, Contribution à Vétude de l'anesthésie locale par Vdther; moyejis de l'obtenir rapidement, in Bidletin de la Société de biologie, 19 mai 1883, p. .374.

(3) Vulpian, Leçons sur l'appareil vaso-moteur, Paris, 187,>.

Leloir et Vidal. 5

ANÉMIE CUTANÉE

C'est ce que nous avons vu se produire sous l'influence du froid, ce qu'on peut provoquer avec un courant électrique, c'est ce que peut déterminer la lésion d'un nerf ou bien encore un trouble de l'innervation, comme dans l'hystérie, comme on le voit encore sous l'influence d'une vive douleur et même d'une émotion. C'est cette constriction vasculaire par action réflexe sur les vaso-constricteurs qui rend compte du phénomène de la syncope ou asphyxie locale des extrémités, comme l'a très bien établi Maurice Raynaud{l) dans plusieurs de ses publications.

L'œdème quelle qu^en soit la cause : état dyscrasique, gêne circulatoire, albuminurie, diathèse strumiprive ou myxœdème, etc., s'accompagne toujours d'anémie cutanée; elle est aussi un des symptômes de l'œdème partiel, même dans ses formes les plus aiguës et les plus fugaces, comme dans celui des élevures blanches (pomphi) de l'éruption d'urticaire.

Anatomie pathologique. — L'anémie cutanée est caractérisée, avi point de vue anatomique, par l'absence plus ou moins complète de sang dans les vaisseaux cutanés {olighémie, ischémie)^ ou par la diminution de la matière colorante du sang, que celle-ci provienne de la diminution du nombre des globules rouges du sang ou de l'hémoglobine qu'ils renferment [leucémie).

L'anémie cutanée ne constitue pas à proprement parler une lésion de la peau.

L'on conçoit cependant, en se plaçant au point de vue de l'anatomie pathologique générale, que l'anémie puisse, en se prolongeant, amener des troubles nutritifs dans les éléments cellulaires de la peau, conduire à une série d'altérations qui, débutant par l'atrophie, peuvent aboutir au terme ultime nécrose.

Ces troubles nutritifs sont une des causes de la sécheresse de la peau, avec desquamation épidermique, que l'on observe chez les sujets cachectiques, épuisés {Pihjriasis tabescentium).

La décoloration de la peau déterminée par l'anémie due à l'absence plus ou moins complète du sang dans les vaisseaux cutanés s'explique facilement.

Il n'en est pas de même des taches jaunâtres ou verdâtres que présente la peau dans les anémies dues à une diminution de la matière colorante du sang (anémie dyscrasique).

(1) Maurice Raynaud, De l'asphyxie locale et de la gangrène symétrique des extrémités [Thèse inaugurale. Paris, 1862). — Article Gangrène symétrique des extrémités, iii Nouveau dictionnaire de médecAne et de chirurgie pratiques, 1872, t. XV, p. 636. — ISoiivelles recherches sur la nature et le traitement de l'asphyxie locale des extrémités, in Areh. générales de méd., 1874, p. 5 et suiv.

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