I. — ATROPHIE GÉNÉRALE
Le type le plus ordinaire est fourni par les modifications qui se font dans la texture de la peau en avançant vers la vieillesse. La régression de ses parties constituantes amène graduellement l'atrophie du tissu cellulaire sous-cutané, du derme et de ses différents éléments. La peau amincie perd son élasticité ; au lieu d'être tendue, comme elle l est dans la jeunesse, elle devient flasque, se plisse facilement, conserve les plis et forme des rides persistantes. Elle se décolore, prend des teintes jaunâtres, tirant plus ou moins sur le brun, suivant les sujets. Elle est sèche, rude au toucher et souvent elle devient le siège d'une desquamation furfuracée plus ou moins active (xérodermie des vieillards).
Anatomie pathologique. — Dans l'atrophie cutanée sénile on constate un amincissement assez notable, parfois même très prononcé de la peau (Cruveilliier, Traité d' anatomie) ^ amincissement et atrophie qui, ainsi que l'ont fait remarquer Virchow (/oc. cit.), Charcot {Traité des maladies, des vieillards), correspondent aux métamorphoses tout à fait analogues que subissent les autres organes dans la vieillesse et sont la conséquence du marasme cellulaire sénile.
On observe, au niveau du derme, les modifications suivantes à un degré plus ou moins prononcé : les papilles dermiques sont atrophiées,
ATROPHIE CUTANÉE
aplaties, ratatinées; les faisceaux du tissu coujonctif qui tend à se scléroser présentent assez souvent des granulations pigmentaires ; les lacunes du tissu conjonctif sont souvent moins nettes, moins prononcées qu'à l'état normal; il y a là une véritable atrophie du système lacunaire lymphatique du derme, surtout frappante lorsqu'on compare la peau d'un vieillard à celle d'un enfant (1).
Comme l'a bien montré Pa tenostre (2) dans un travail fait sous la direction de Bouchard, les fibres élastiques du derme présentent des altérations notables : elles se fendillent, sebrisent, et peuvent même, en se fragmentant en granulations, prendre l'aspect d'un pointillé assez serré. Ces altérations des fibres élastiques nous rendent compte de la perte d'élasticité de la peau des vieillards.
Les lésions de dégénérescence signalées dans le derme des vieillards par différents auteurs sont excessivement rares. Lorsqu'on les rencontre elles ne s'observent qu'en quelques points des préparations, et ne nous paraissent guère pouvoir être élevées au rang de variétés de l'atrophie sénile. Ce sont là plutôt des complications très rares dont la pathogénie est fort complexe. Tel est le cas de la dégénérescense colloïde de la peau des vieillards de Rokitansky (3) et Virchow (4), que 0. Weber (S) a étudiée sous le nom de dégénération amyloïde, et que Neumann (6) a ensuite appelée gonflement vitreux.
Il en est de même de la dégénérescence graisseuse du derme, que l'on n'observe guère qu'en cas de dégénérescence athéromateuse des artères (Bouchard, Patenostre).
Quant aux dégénérescences troubles du derme, à petits grains et à gros grains, décrites par Neumann [loc. cit.), nous avouons ne les avoir jamais observées, tout au moins comme cet auteur les décrit et nous nous demandons s'il ne s'agit pas, dans ce cas, d'altérations des fibres élastiques analogues à celles étudiées par Patenostre.
Les lésions du tissu cellulaire sous-cutané sont très variables suivant
(1) Cette atrophie du système lacunaire lymphatique du derme chez le vieillard, cette hypertrophie du même système chez l'enfant, doit évidemment expliquer en grande partie les différences qui existent chez l'un et chez l'autre, au point de vue de l'absorption et en particulier de l'inoculation des microbes pathogènes, comme l'un de nous y a insisté dans ses leçons (Voir Leloir, Leçons sur le lyinphatisme, la scrofule et la tuberculose, in Bulletin médical, 1888).
(2) Patenostre, Etude sur les altérations de la iie.au chez les vieillards. (Thèses de Paris, 1877).
(3) Rokitansky, Paif/toZo</isc/ie ^.'îaiomie, 1859.
(4) Virchow, Spec. Path. und Thérapie, t. I, p. 306.
(5) 0. Weber, Handbueli der allgemdncn Chirunjie von Pitha und Billroth, 1865, p. 349.
(6) Neumann, Lehrbuch der Hautkrankeiten, 1880, p. 410 et suivantes.