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V. — ÉRYTHÈME DES PELLAGREUX ET ÉRYTHÈME PELLAGROIDE

Érythème des pellagreux.

Depuis qne Gaspar Casai d'Oviedo (1735 et 1762) a fait connaître la première observation de pellagre, sous le nom populaire dans les Asturies de Mal de la rosa, depuis les écrits des médecins italiens Frappoli de Milan (1771), Odoardi, Gherardini (1780), Strambio (Gaëtano), Fanzago, etc. (1), l'érythème pellagreux, ou, pour mieux dire, en laissant de côté la question étiologique, Vérythème des pellagreux a été considéré comme un des symptômes les plus constants et les plus caractéristiques de la cachexie pellagreuse. Ces premiers observateurs avaient parfaitement indiqué que cet érythème chronique est localisé aux mains, au cou, au visage, aux régions découvertes exposées aux ardeurs du soleil. Les noms de Mal del sol, de Mal -rosso^ indiquent bien que primitivement la pellagre était regardée comme maladie de la peau, comme une dermatose endémique compliquée de troubles des organes digestifs et de manifestations graves du côté du système nerveux.

Les lésions cutanées ne sont pas le symptôme initial comme on le croyait autrefois ; elles sont tou jours consécutives à des manifestations évidentes de la cachexie pellagreuse. L'affaiblissement progressif, un état d'abattement général tant physique que moral, la perte de l'appétit, des douleurs épigastriques, la diarrhée, des douleurs vagues dans les membres, de la céphalalgie, des étourdissements, des troubles nerveux divers sont des symptômes qui précèdent penrlant longtemps l'apparition de l'érythème.

Ce qui prouve bien que cet érythème est un épiphénomène, un accident deutéropalhique, c'est qu'il peut faire défaut dans des cas de pellagre parfaitement avérée et parcourant toutes les phases de son évolution, chez des individus qvii, sédentaires par profession ou par habitude, ne sont pas exposés à l'action du soleil. Cette observation, déjà faite par Strambio, avait été confirmée par Facheris et Lussana qui, dans des années de disette, avaient vu des ouvriers travaillant dans les fabriques, être atteints de pellagre bien caractérisée et rester, pendant toute la durée

(1) Pour l'historique et pour Pétiologie consulter l'article Pellagre, de Jules Arnould, in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

ÉRYTHÈMES.

de la maladie, exempts de l'érythème pellagreux. La même remarque a été faite par Hameau (de la Teste) et par la plupart des auteurs qui ont écrit sur la pellagre.

Les régions découvertes, exposées au soleil, sont celles sur lesquelles se manifeste l'érythème. C'est à la région dorsale des mains et des doigts qu'il est le plus habituel ; il ne dépasse guère le poignet que chez ceux qui travaillent nu-bras, et dans ce cas c'est ordinairement le côté de l'extension de l'avant-bras qui est le plus envahi. Tiennent ensuite par ordre de fréquence la région antérieure de l'articulation tibio-tarsienne, les régions cervicales antérieure et latérale avec prolongement jusqu'à la région sternale. Sur la face, c'est le dos du nez, puis les joues et quelquefois le front, surtout chez les femmes, qui sont les régions les plus fréquemment atteintes par l'érythème.

Au début c'est un véritable érythème solaire, avec sa teinte rosée ou rouge, uniforme, accompagné rarement de tuméfaction, avec chaleur et sensation de cuisson plus ou moins vive, que l'exposition au soleil exaspère et rend très douloureuse.

Le début peut se faire par une plaque limitée au dos de la main, d'un rouge plus ou moins intense, que complique parfois une éruption vésiculeuse ou même huileuse.

L'épiderme se dessèche, prend une teinte brune et se détache par lamelles plus ou moins larges, plus ou moins épaisses.

L'érythème débute au printemps, pendant les mois de mars et d'avril, et après des poussées successives diminue vers la fin de l'été, cesse en automne, en laissant la peau plus luisante, plus sèche qu'à l'état normal. Suivant la comparaison de Gintrac, « on dirait du parchemin couvert d'une couche mince de vernis ».

Au printemps suivant il se fait une nouvelle poussée érythémateuse avec lésions plus prononcées et exfoliation de lamelles épidermiques plus épaisses, d'une couleur brunâtre ou d'un gris sale. Tantôt les squames ne se détachent qu'incomplètement et restent imbriquées, très épaisses ; tantôt encore l'épiderme desséché, brunâtre, ne se soulève pas et donne à la peau des mains cet aspect plissé à rides rayonnées, connu sous le nom de peau ansérine.

La peau a perdu beaucoup de sa contractilité et, en la pinçant, le pli persiste pendant un temps assez long avant de s'effacer.

Quelquefois, au niveau des articulations des phalanges, l'épiderme s'épaissit, se casse; des fissures et des crevasses plus ou moins profondes rendent douloureux les mouvements des doigts dont les espaces interdigitaux présentent aussi des gerçures (Henri Gintrac). i

ÉRYTHÈME DES PELLAGREUX.

Les ongles peuvent être altérés; ils peuvent, comme l'a indiqué Caldcrini (d) se déformer, se fendre, devenir épais et rugueux.

Les plaques épidermiques, en se détachant, laissent voir la coloration rouge foncé de la peau; elle est épaissie parfois à un degré assez prononcé pour motiver le nom à'Elephantiasis italica employé par Mason Good. Arrivées à ce degré les lésions persistent pendant tout l'hiver.

La paume des mains n'est pas envahie par l'érythème et reste ordinairement à l'état normal.

Nous sommes d'accord avec Bouchard (2) pour dire que « l'érythème pellagreux n'est autre chose qu'un érythème solaire développé chez un pellagreux ».

Dès 1780, Gherardini (3) avait montré qu'on peut faire naître l'érythème à volonté sur telle ou telle région de la peau, en exposant cette partie à l'action de la lumière solaire et en tenant les autres constamment couvertes.

Hameau (4), qui le premier fit connaître la pellagre des Landes, a vu chez les sujets tenus à l'ahri du soleil la pellagre évoluer sans manifestation cutanée ; il a pu étendre ou limiter à son gré, sur les mains, les taches érylhémateuses avec des gants découpés de différentes façons.

Les expéi'iences de Charcot (1838), celles de Perroud (de Lyon) (1877), celles de Bouchard (5) ont démontré que l'érythème solaire est produit par les rayons chimiques (ultra-violets) plutôt que par les rayons calorifiques (rouges). Une ingénieuse expérience de Bouchard ne laisse aucun doute à cet égard. Laissant une ouverture à un morceau de toile adhésive recouvrant le bras, il badigeonne avec une substance fluorescente, une solution do sulfate de quinine, la moitié de la surface cutanée laissée à découvert; cette partie reste indemne d'érythème solaire, tandis que la partie voisine non badigeonnée devient le siège d'un érythème intense.

Le rôle du soleil est donc évident dans la production de l'érythème pellagreux, mais il semblerait que d'autres causes mal déterminées jouent également un certain rôle dans la localisation de l'érythème du dos des mains et des pieds. Comme l'a remarqué l'un de nous (Leloir) dans ses

(1) Calderini, Bapport sur les pellagreux traités, en 1843, à Vhôpital Majeur de Milan, extrait in Annales des maladies de la peau, de Cazenave, t. I, p. 340.

(2) Boucliard, Recherches nouvelles sur la pellagre, in-S". Paris, 1862, p. 95.

(3) Gherardini, Descrizione délia pellagra, in-4°. Milan, 1780.

(4) Hameau (de la Teste), Pellagre des Landes, in Bulletins de l'Ai-adémie de médecine, 1832, t. K, p. 7 et 1845, t. X, p. 788.

(3) Cti. Bouchard, Expériences relatives à la production de l'érythème solaire et plus particulièrement de l'érythème pellagreux, in Comptes rendus de la Société de biologie, 1877, p. 233.

ÉRYTHÈMES.

voyages en Italie, en Autriche-Hongrie, en Roumanie, etc., l'érythème pellagreux envahit parfois des parties cachées par les vêtements ; il peut se produire sur le dos du pied chez des sujets qui portent des bas. 11 se montre seulement aux mains et aux pieds chez les enfants tziganes qui, très souvent complètement nus, ont ainsi toute leur surface cutanée exposée aux rayons solaires.

Érythème pellagroïde.

L'érythème des pellagreux n'a rien de spécial. Chez des individus prédisposés aux troubles trophiques par d'autres causes débilitantes que les conditions pathogènes de la pellagre, vivant dans des contrées où cette maladie n'est pas endémique, ne se nourrissant pas de maïs, l'insolation répétée des régions découvertes de la peau peut produire des lésions cutanées identiques à celles de l'érythème pellagreux, ainsi que l'a bien exposé Arnould dans son article Pellagre, du Dictionnai7'e encyclopédique des sciences mfklicales.

Si la pellagre n'est pas le résultat d'une intoxication lente et chronique par les produits toxiques du maïs altéré, comme l'ont soutenu Balardini. Th. Roussel (1), Costa] lat (1860), etc., si c'est une cachexie par alimentation insuffisante, un mal de 7nisère [maie di miseiia des Italiens), les lésions cutanées des pellagreux seraient dues à des troubles trophiques d'une nature analogue à celle de ceux qui ont été observées chez les aliénés par Billod (2), chez les paralytiques généraux par Landouzy (3), par Bouchard (4), chez des alcooliques par Hardy (S) et Déjerine (6).

Dans tous ces faits publiés sous les noms de pellagre sporadique, de pellagroïde, nous voyons, sous l'influence de l'action des rayons solaires, se produire sur les régions découvertes de la peau des lésions érylhémateuses et de dermite chronique, tout à fait semblables à celles de Vérythème des pellagreux, relevant comme ce dernier de troubles trophiques

(1) Théophile Roussel, De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatif. Paris, 1843, et Traité de la pellagre et des pseudo- pellagres. Paris, 1866.

(2) Billod, Plusieurs publications depuis 18o5 résumées dans son Traité de la pellagre, d'après les observations recueillies en Italie, en France et principalement dans les asiles d'aliénés. Paris, 1865 et 2^^ édition, 1870.

(3) H. Landouzy, De la pellagre sporadique. Paris, 1860.

(4) Ch. Bouchard, Recherches nouvelles sur la pellagre. Paris, 1862.

(5) Hardy, Bulletins de V Académie de médecine, 28 juin 1881, p. 852 et discussion, p. 868.

(6) Déjerine, Des altérations des nerfs cutanés dans la pellagre, in Comptes rendus de l'Académie des sciences, H juillet 1881.

ÉRYTHÈME PELLAGROÏDE.

préexistant. L'intensité de ces lésions cutanées paraît être en rapport direct avec la gravité de ces troubles tropliiques.

Anatomie pathologique. — Les renseignements que nous possédons sur l'anatomie pathologique de l'érythème pellagreux sont pour ainsi dire nuls. Jusqu'ici aucun anatomo-pathologiste n'a examiné d'une façon méthodique les différentes périodes évolutives de l'érythème pellagreux, à savoir :

La période de congestion, de sugillation hémorrhagique et de desquamation ;

La période d'épaississement et de pigmentation de la peau ;

La période d'atrophie, de parcheminement de la peau, avec raréfaction du tissu cellulaire sous-cutané.

L'un de nous (Leloir) a eu l'occasion d'examiner une petite parcelle de peau atteinte d'érytlième pellagreux à la période congestive, recueillie par lui en Lombardic en 1878, alors qu'il étudiait la pellagre en Italie et en Autriche. Ce lambean cutané avait été recueilli sur le vivant.

Voici ce que l'un de nous (Leloir) a pu constater :

La couche cornée paraît un peu augmentée de volume. Le corps muqueux de Malpighi parait normal. Il existe toutefois d'assez nombreuses cellules migratrices entre les cellules malpighiennes. Quelques-unes des cellules malpighiennes présentent les signes de l'altération du noyau par dilatation du nucléole, altération décrite par Cornil et Ram ier dans les processus desquamatifs.

Les papilles du derme paraissent un peu effacées, mais les vaisseaux papillaires sont dilatés et entourés d'une assez grande quantité de cellules migratrices disposées çà et là sous forme de manchons. Par places existent des bouquets vasciilaires fortement dilatés. Les glandes cutanées semblent être intactes. Les vaisseaux ne paraissent pas altérés d'une façon notable, mais ils sont fortement dilatés.

Les nerfs n'ont pu être examinés au moyen de la dissociation, par conséquent il a été impossible de savoir d'une façon certaine sils étaient altérés ou non.

Les renseignements que nous possédons sur l'état de la peau à la péi'iode d'épaississement et de pigmentation sont pour ainsi dire nuls. Griffini a signalé la sclérose des vaisseaux des papilles du derme et dans un cas l'hypertrophie du corps de Malpighi.

A la période d'atrophie et de parcheminement, l'on a signalé tantôt un amincissement de la couche cornée (Griffini), tantôt au contraire une hypertrophie de celle-ci (Raymond). Le corps muqueux de Malpighi serait

ÉRYTHÈMES.

également atrophié. Les papilles du derme disparaissent. Les vaisseaux de la peau sont dilatés. Ils seraient parfois même sclérosés (Griffini). Les glandes de la peau sont intactes (Griffini).

L'on ne sait rien de précis sur l'état des nerfs de la peau dans l'érylhème pellagreux vrai, car, jusqu'ici personne n'a examiné les nerfs cutanés d'après la technique indiquée par l'un de nous (Leloir) en 1880 (1), seule méthode qui permette d'être fixé d'une façon ferme sur l'état des nerfs cutaiiés que l'on étudie.

Pour plusieurs auteurs, entre autres pour Ârnould, cette altération des nerfs est probable, mais elle n'est pas démontrée.

Comme le fait très bien observer Arnould, dans son magistral article Pellagre du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales : « A notre avis, la façon très large dont H. Leloir a étudié et démontré les rapports des altérations de la peau avec les troubles du système nerveux s'appliquerait très bien à la pellagre.

» ... La lèpre, d'après ce savant, est liée à une névrite parenchymateuse primitive. Il s'agit évidemment ici des manifestations cutanées de cette affection. Or la lèpre est une maladie à bacilles. C'est la présence du parasite qui provoque d'abord les troubles nerveux. Il pourrait en être de même de la pellagre, ce dernier rôle appartenant cette fois au poison spécial de la pellagre ou au bacille à trouver. Nous n'insistons pas, puisque des recherches directes en ce sens n'ont pas eu lieu ; mais nous croyons pouvoir les indiquer comme à faire aux observateurs modernes. )>

Il faut noter cependant que dans un cas d'érythème pellagroïde (survenu chez un alcoolique et rappelant à tel point l'éry thème pellagreux vrai que M. Hardy considéra cet érylhème comme un érythème pellagreux caractéristique et le malade qui en était porteur comme un pellagreux sporadique), Déjerine (2) a trouvé une altération prononcée des nerfs cutanés (névrite dite parenchymateuse).

Il est probable que, dans le cas de Déjerine, l'altération de l'économie du sujet déterminé par la misère, l'alcoolisme surtout, a présidé à la production de ces névrites parenchymateuses dont la conséquence a été peut-être l'érythème pellagroïde.

La pellagre étant une intoxication, il est possible que cette intoxication puisse déterminer des altérations nerveuses, des névrites parenchymateuses présidant à la production de l'érythème pellagreux vrai, de même

(1) Recherches cliniques et anatomo-pathologiquessurlesaffections cutanées d'origine nerveuse. Paris, A. Delahaye, 1881.

(2) Déjerine, Note sur l'altération des nerfs cutanés dans un cas de pellagre. Comptes r endus de i'Acttd^mîe des Sciences, juillet, 1881.

ÉRYTHRASMA.

que, dans le cas de Déjerine, l'intoxication alcoolique a déterminé la névrite parenchymateuse des nerfs cutanés avec érythème pellagroïde secondaire.

ÉRYTHRASMA

La dermatose parasitaire à laquelle von Baerensprung (1) a donné, en 1862, le nom à^erythrasma avait été reconnue par Burcliardt (2) qui, dès 1859, en avait indiqué les caractères cliniques distinctifs, et en avait fait connaître le parasite pathogène, le Mia^oaporon ?)iimilisstmum.

Burcliardt eut le mérite de distinguer cette affection parasitaire d'avec les diverses dermatoses de la région inguinale confondues par Ferdinand Hebra et par ses élèves sous le nom d'eczéma marginé. Cette distinction est parfaitement précisée dans la définition de von Baerensprung : « Je donne, dit-il, le nom à'erythrasma aune éruption contagieuse limitée le plus souvent à la région inguinale ou axillaire, ayant l'apparence d'un pityriasis rubra se présentant sous la forme de taches nettement délimitées, arrondies ou en rosettes. Le docteur Burchardt [Preuss. Vereinszeitung, 1859) y a découvert un champignon différent de ceux connus jusqu'à présent. Vu la ténuité particulière de ses éléments, ce parasite a reçu le nom bien approprié de Microsporon mimUissimum. »

Cette découverte fut confirmée par H. Kôbner (3) qui, en 1866, admit l'individualité du Microsporon minutissimum et réussit à inoculer l'érythrasma. Il distingua cette dermatomycose d'avec l'herpès circiné (Trichophytie circinée) et d'avec le pityriasis versicolor, même dans un cas où il en observa la coïncidence avec l'érythrasma ; il insiste sur les caractères qui différencient le microsporon Minutissimum et le Microsporon furfur. C'est avec raison que, dans une publication ultérieure (4), il réclame contre l'erreur commise par plusieurs auteurs, entre autres par iV. Weyl(o), qui l'ont accusé, à tort, d'avoir confondu l'érythrasma avec l'eczéma marginé

(1) Von Baerensprung, Neue Beobachtungen ueber Herpès, in Annalen des Charité-Krankenhauses. Berlin, 1862, p. 130.

(2) Burchardt, Ueber eine bei Chloasma vorkommende Pilzform, in Med. Zeiiung, heruusgegeben von Verein fur Heilkunde in Preussen, n° 29, 1839, p. 141.

(3) Heinrich Kôbner, Referai ueber Hautkrankheiten, in Canstatts Jahresbericht.BerVm,

(4) Henricli Kiihner, Erythrasma, in Monatshefte f. prakt. Dermat., déc. 1884, p.. 439.

(5) , A.^Weyl, Erythrasma, in Monatshefte f. prakt. Dermat., févr. 1884, p, 33..

ÉRYTHRASMA-

de Ilebra et de n'avoir pas distingué le Microsporon minutissimum d'avec le Triclioptyton tonsurans. En réalité cette confusion a été faite pendant longtemps, par Ferdinand Hebra, Pick, Kaposi, 0. Simon, Weyl et par la plupart des auteurs allemands.

En France l'érythrasma était encore à peu près inconnu quand E. Besnier (1), en 1879, observa quelques cas à l'hôpital Saint-Louis et provoqua les recherches de Balzer (2) et l'année suivante celles de Balzer et de W. Dubreuilh (3). Grâce à ces travaux et à ces publications suivies de celles de G. Riehl (4), de Payne (S), de G. Behrend (6), de de Michele(7) et, en dernier lieu, d'Ernest Besnier (8), l'érythrasma a été remis en lumière et a pris sa place dans les dermatoses parasitaires. La spécificité de son parasite pathogène, le Microsporon minutissimum est maintenant généralement reconnue.

Symptômes. — L'érythrasma se manifeste, au début, par de petites plaques rougeàtres, arrondies, nettement circonscrites, d'abord punctiformes, augmentant graduellement, pouvant atteindre l'étendue de la paume de la main et même la dépasser.

Les plaques récentes sont d'une couleur rougeâtre uniforme sur toute leur étendue; en vieillissant leur teinte se ternit, devient d'un rouge brunâtre et elles peuvent être le siège d'une véritable pigmentation. Une légère irritation, un frottement suffisent pour ranimer la teinte érythémateuse, aussi voit-on souvent une large plaque ancienne présenter en différents points de sa surface diverses nuances de coloration. Le centre de la plaque n'est pas moins coloré que les bords et ne semble pas se guérir, comme dans la trichophytie circinée : la lésion y paraît aussi marquée qu'à la périphérie, quoiqu'il ne soit pas rare de voir la coloration des bords un peu plus prononcée. La surface est comme ternie et, quand on la frotte, elle prend un aspect farineux produit par une desquamation

(1) Ernest Besnier, Leçons sur les maladies de la peau de Kaposi, 1"'^ édition de la traduction française 1881, note p. 446.

(2) F. Balzer, De Vérythrasma, in Annales de dermat. et de syph., déc. 1883, p. 681.

(3) F. Balzer et William Dubreuilh, Observations et recherches sur l'érythrasma et sur les parasites de lapeau à l'état normal, in Annales de dermatologie et de syph. 1884, p. 597 et 661.

(4) Gustav Riehl, Ueber Erythrasma, in Wiener Med. Wochensch, n"^ 14 et 42, 1884, et Journal of cutaneous and venereal diseases, 1885, p. 84.

(5) Payne, Erythrasma, in Brilish Mcd. Journal, 1886, p. 977.

(6) Gustav Behrend, Erythrasma, in Real-Encyclopaedie dergesammtenHeilkunde, 1886, p. 621.

(7) Pasquale de Michèle, L'érythrasma e il suc parassito, in Giornale internaz. délie Science med., 1890, fasc. 21, p. 821. Analyse in Annales de dermat. et de syph., octobre 1891, p. 796.

(8) Ernest Besnier, Leçons de Kaposi, 2^ édition française, 1891, appendice, p. 864.

ÉRYTHRASMA.

furfuracée, très fine, assez adhérente. Cette desquamation est un peu plus marquée sur les bords, ce qui, suivant la remarque de Riehl (1), donne une certaine rudesse au toucher.

Le contour, presque toujours très nettement arrêté, est généralement dessiné par un liséré farineux formant un léger relief; il est, dit Balzer(2), «comme tracé avec une pointe d'aiguille. » 11 est irrégulièrement indiqué, souvent comme déchiqueté et forme rarement de grandes lignes circulaires.

Les plaques principales, surtout quand elles ne sont pas encore très étendues, sont souvent accompagnées de petites plaques, formées dans leur voisinage et qui peuvent, en s agrandissant, rejoindre la grande plaque préexistante et se confondre avec elle.

Dans les plis de tlexion, et particulièrement dans la région inguinoscrotale, les plaques de l'érythrasma sont en contact et se correspondent presque exactement, au moins à une certaine époque de leur évolution : plus tard la plaque de la cuisse, en s'agrandissant, dépasse plus ou moins en étendue celle du scrotum.

Le Microsporon minutissimum ne diminue pas l'adhérence de la couche cornée de l'épiderme comme le fait le Microsporon furfur du pityriasis versicolor. Le coup d'ongle n'enlève pas, comme dans ce dernier, un copeau d'épiderme et le grattage avec la curette ne détache que des squames blanchâtres très ténues (E. Besnier et Balzer).

Jamais on ne voit sur la surface de l'érythrasma ni papules, ni vésicules (Riehl).

Les symptômes subjectifs de l'érythrasma sont presque nuls. Quand ceux qui en sont atteints éprouvent un peu de démangeaison, c'est en général après un exercice violent ou après une transpiration abondante ou surtout à la suite de frottements. Parfois cependant cette afTection peut provoquer un prurit assez vif, fait déjà noté par Burchardt.

L'érythrasma a une préférence pour les régions humides de la peau, pour celles dont les surfaces cutanées adossées sont souvent en transpiration comme, par exemple, la région inguino-scrotale qui en est le siège le plus habituel, le scrotum du côté qui est en contact avec la cuisse, la marge de l'anus, les régions axillaires. Au début, la dermatose parasitaire est assez exactement limitée à la partie de la cuisse en contact avec le scrotum, mais quand elle est plus ancienne on la voit s'étendre de divers côtés sur la cuisse, les fesses, la paroi abdominale, etc. De la région axillaire, E. Besnier l'a vu gagner les bras jusqu'aux coudes et atteindre les flancs et la poitrine.

(1) G. Rielil, Ueber Erythrasma, in Wiener med. Wochenschrift, n"' 14 et 42, 1884.

(2) F. Balzer, De V erythrasma, in Annales de dermatologie et de syph., 1883, p. 681.

Lei.oik et Vidal. 22

ÉRYTHRASMA.

L'érythrasma peut, en formant des foyers multiples, se généraliser, envahir les jambes, les épaules, les bras, le cou, etc. et s'y montrer par plaques arrondies, rougeàtres, isolées, dont le diamètre ordinaire varie de un à trois centimètres.

Balzer dit n'avoir jamais rencontré l'érythrasma sur les parties découvertes. Cette localisation est, en effet, assez rare : cependant Behrend (1) l'a vu sur le cou et à la face; l'un de nous (E. Vidal) en a constaté deux plaques ayant chacime environ deux centimètres de diamètre sur un côté de la face et plusieurs petites plaques sur le cou d'un jeune homme de vingt-deux ans, atteint depuis plus d'une année d'un érythrasma généralisé.

Chez la femme, cette affection parasitaire occupe surtout la région périvulvaire et le creux axillaire ; elle prend, en général, moins d'extension que chez l'homme.

Bien que l'érythrasma soit une affection fréquente, peut-être aussi commune que le pityriasis versicolor, comme il ne cause aucune incommodité à celui qui en est atteint, il passe généralement inaperçu, au moins dans ses premières périodes. Le malade n'y fait attention que lorsque cetle éruption parasi taire cause des démangeaisons, ou lorsqu'elle se généralise, ou quand la plaque s'agrandit beaucoup. Cette extension, qui se fait par autoinoculation, est très lente ; le plus souvent l'érythrasma reste limité à la région inguino-scrotale et s'y maintient presqu'indéfiniment stationnaire, en conservant à peu près la même étendue moyenne avec des alternatives d'accroissement et de diminution. Les récidives sont très fréquentes, ce qui est un ti'ait de plus d'analogie avec le pityriasis versicolor.

Riehl dit avoir vu une fois l'éi'ythrasma à l'état aigu.

Le Microsporon minutissimum n'altère pas les poils. 11 ne se complique pas de vésicules, comme le fait le trichophyton.

Chez les sujets dont le tégument est irritable, chez les individus ayant beaucoup d'embonpoint, chez ceux dont la peau est souvent en transpiration ou en état de malpropreté, il n'est pas rare de voir l'érythrasma coïncider avec un certain degré d'intertrigo, soit que la dermite superficielle intertrigineuse ait préexisté et facilité l'inoculation du Microsporon minutissimum, soit qu'elle soit deutéropathique et provoquée par le parasite.

Beaucoup plus rarement, la dermite devient plus intense, prend une apparence eczématiforme et même, chez des individus prédisposés, l'érythrasma peut être le point de départ d'un eczéma.

Les ressemblances cliniques de l'érythrasma avec le pityriasis versi-

(1) Gustav Behrend, Erythrasma, in Real-Encyclopaedie der gesammten Heilkunde, 1886, p. 621.

ÉRYTHRASMA.

color expliquent pourquoi 0. Simon (1) en fait une dermatomycose intermédiaire entre le pityriasis versicolor et l'herpès tonsurant (ïrichopliytie tonsurante).

E. Besnier et A. Doyon (2), résument ainsi le diagnostic différentiel : « A tous ces caractères on reconnaîtra aisément, lorsqu'on les aura une seule fois vues, les plaques de l'érytlirasma : la forme, la couleur, l'uniformité de la plaque, l'absence de marge, le plissé fin, la desquamation fine, l'absence de lambeau par le procédé du coup d'ongle permettent de différencier immédiatement l'érytbrasma du trichophyton ou du pityriasis versicolor des mêmes régions. La desquamation, la possibilité d'enlever au raclage la nappe colorée permettront de ne pas confondre les plaques de l'érythrasma maculeux brun, avec les taches pigmentaires. »

Ces caractères cliniques permettent, dans la plupart des cas, de faire la différenciation entre l'érythrasma, le pityriasis versicolor et la trichophytie circinée. Dans un cas douteux, le microscope permettrait de reconnaître le Microsporon minutissimum, dont nous indiquons plus loin (p. 343) les caractères différentiels.

C'est dans la jeunesse et dans l'âge adulte qu'on observe l'érythrasma, Il est beaucoup plus fréquent chez les hommes que chez les femmes ; Riehl dit ne l'avoir jamais constaté chez des enfants. Le plus jeune de ses malades avait seize ans, le plus âgé cinquante-huit ans. L'une des observations de Balzer a pour sujet un homme de soixante-huit ans et une autre est celle d'une femme de soixante-deux ans. Cette dermatose parasitaire diminue de fréquence à mesure que l'âge est plus avancé, ce qui permet de penser, avec Riehl, que la guérison peut être spontanée, comme celle du pityriasis versicolor qui disparaît aussi dans la vieillesse.

Bien que la contagion ne paraisse pas très fréquente et qu'elle ait été contestée, ce qui est un trait de plus d'analogie avec le pityriasis versicolor, elle ne paraît pas douteuse et elle est démontrée par l'expérimentation. En 1866, Heinrich Kobner (3), dans des expériences sur lui-même et sur un élève en médecine, M. Schellhaus, a réussi à inoculer l'érythrasma et depviis il a fait avec succès de nouvelles inoculations.

P. de Michèle (4) a réussi à cultiver le microsporon minutissimum, qu'il distingue du Leptothrix epidermidis avec lequel Bizzozero et Firket

(1) 0. Simon, Die Localisation der Eauthranhheiten. Berlin, 1873, p. 150.

(2) Ernest Besnier et A. Doyon, Deuxième édition française des Leçons de Kaposi, 1891, t. II, p. 866.

(3) H. Kobner, Référât iiber Hautkrankheiten, in Canstatts Jahresbericht. Berlin, 1867, p. 485.

(4) Pasquale de Michèle, loc. cit., p. 833 et Annales de dermatologie et de syph., octobre 1891, p. 796.

ÉRYTHRASMA.

l'ont confondu, et avec ces cultures pures il a fait des expériences d'inoculation. Elles ont été nulles avec les cultures de Leptothrix epidermidis, mais celles qu'il a faites dans la région inguinale avec la culture pure du Microsporon minutissimum a repi'oduit l'érytlirasma. La plaque, d'un rouge brun, lentement développée atteignait après trente jours le diamètre d'une pièce de dix centimes. Elle avait tous les caractères de l'érythrasma que confirmait l'examen microscopique en montrant dans les squames épidermiques le mycélium du Microsporon minutissimum (voir p. 335).

Anatomie pathologique. — Le parasite de l'érythrasma a été décrit pour la première fois en 1859, par Burchardt (1), qui le dénomma en raison de son extrême ténuité : Microsporon minutissimum.

Il fut accepté par Baerensprung, en 1862 (2), qui donna le nom d'éry- Ihrasma à l'affection qui en dérive.

Kôbner (3) a montré la transmissibilité par voie expérimentale de cette affection.

Les recherches ultérieures de Besnier (4), qui lui donna le nom de Microsporon gracile, de Balzer (5), de Balzer et Dubreuilh (6), de Rielil (7), de Bœck (8) etc., ont distingué cliniquement et histologiquement ce champignon de celui de l'eczéma marginé et de la trichophytie, avec lesquels Ilebra, Pick, Kaposi, 0. Simon (9), Weyl (10), etc., ont voulu le confondre.

Le parasite de l'érythrasma habite la couche cornée de l'épiderme. 11 peut pénétrer jusqu'au corps muqueux de Malpighi. Il n'envahit pas les poils, ce qui le distingue du champignon de la trichophytie, avec les formes atrophiques duquel on a voulu le confondi^e.

Pour les préparations extemporanées, Balzer recommande l'examen dans la potasse à 40 p. 100 après macération des squames dans l'étherou

(1) Burchardt, Ueber eine bei Chloasma vorkommende Pilzform, in Medicin. Zeitung, Neue Folge, Zweiter Jahrgang, n" 29, juillet 1839. Berlin.

(2) Baerensprung, Ann. der Charité Krankenhaiises, 1862.

(3) Kôbner, Gesellschaft fur Vaterl. zu Breslau, 1866.

(4) Besnier et Doyon, Note de la l''" éditioji de la traduction de Kaposi; Besnier, Annales de dermatologie, 1883.

(5) Balzer, De rérythrasma, in Annales de dermatologie, 1883.

(6) Balzer et Dubreuilh, Annales de dermatologie, 1884. . j

(7) Riehl, Érythrasma, in Wiener med. Wochenschrift, octobre 1884.

(8) C. Bœck, Ueber das Microsporon minutissum (Burchardt), in Yierteljaresschrift fur Dermatologie, 1886.

(9) 0. Simon, Localisation der Hautkrankheiten.

(10) Weyl, Ziemssens Lehrbuch der Hautkrankheiten, 1884. — Monatshefte fiir praktischts ermatologie, 1884, p. 33.

ÉRYTHRASMA.

l'alcool et coloration ultérieure par l'éosine, ou encore après macération des squames dans l'éther, coloration dans l'éosine ou le bleu de quinoléine dissous dans l'alcool absolu.

Pour les préparations persistantes, Balzer et Dubreuilh recommandent la coloration des squames par le violet d'aniline ou le violet de gentiane, ensuite lavage à l'eau distillée, puis, pendant quelques minutes, bain dans la solution d'iode iodurée ; puis, après lavage à l'eau distillée, passage dans l'alcool absolu et après éclaircissement par l'essence de girofle, monter dans le baume de Canada. Comme le remarque Balzer, le Microsporon minutissimum s'imprègne assez facilement des matières colorantes employées, mais il les retient mal.

Voici la description de ce parasite, telle qu'elle a été très bien donnée par Balzer :

u Lorsqu'on examine les préparations obtenues d'après les procédés cidessus, le champignon se voit avec une certaine difficulté, surtout lorsqu'il s'agit d'une première observation. Dans les points les plus faA'orables à l'examen, on distingue souvent les éléments du champignon disposés d'une manière qui rappelle le Microsporon furfur, c'est-à-dire qu'on voit des agglomérations de spores formant des groupes isolés, autour desquels serpentent les cellules épithéliales. Ce qvii frappe aussi tout d'abord, c'est la grande abondance habituelle du parasite. Les tubes forment des réseaux serrés qui enveloppent pour ainsi dire chaque cellule épilliéliale et qui s'enchevêtrent régulièrement dans toutes les directions.

» Les spores sont très petites, rondes ou un peu elliptiques, formées d'une substance protoplasmique qui constitue un noyau puncfiforme et d'une enveloppe cellulosique homogène et transparente. Ces caractères des spores sont en somme assez peu spéciaux, et il est évident que sans la présence des tubes, on les confondrait facilement avec les micrococcus qui se trouvent toujours à la surface de la peau. Les tubes sont ordinairement irréguliers, noueux, serpentins, recourbés en S, en U, ils contournent les cellules épithéliales de la couche cornée. Ils sont assez souvent ramifiés, ce qui se voit aisément, lorsqu'on dissocie la préparation de manière à les mettre en liberté dans le liquide. Ce qui est caractéristique, c'est leur extrême finesse, leur gracilité qui leur a valu le nom de Microsporon minutissimum. Comme dimensions, ils peuvent être très justement comparés aux tubes du Leptotlirix buccalis, comme ceux-ci d'ailleurs, ils sont formés d'articles placés bout à bout et ordinairement assez courts.

» Malgré cette gracilité remarquable du mycélium, les tubes sont constitués régulièrement comme ceux des grands parasites de la peau, du Microsporon furfur ou du Trichophyton. On trouve donc: 1° des tubes

ÉRYTHRASMA.

pleins constitués par une paroi mince et homogène et un contenu protoplasmique continu ; 2° des tubes sporifères dans lesquels cette substance protoplasmique est segmentée en noyaux ; 3" des petites chaînes de sporules plus rares et plus difficiles à observer que dans les gros champignons.

» Ces divers éléments ne se trouvent que dans la couche cornée de l'épiderme ; on ne les rencontre plus dans le corps de Malpighi. Mais, ainsi que nous l'avons dit, il est remarquable de voir que le parasite diminue

^Fig. 15. — Érythrasma (d'après Balzer).

peu la cohésion de la couche cornée. Celle-ci qui est gonflée, dissociée et facile à détacher dans le pityriasis versicolor, est beaucoup moins désagrégée dans l'érythrasma ; elle ne se détache que par pellicules et non par lambeaux, comme dans le pityriasis versicolor.

)) Les tubes en effet s'introduisent entre les cellules sans détruire toutes leurs connexions, n'étant pas plus épais que le corps même- de la cellule. Lorsque les dissociations ne sont pas complétées, de manière à laisser librement les tubes nager dans le liquide, ils sont facilement confondus avec les bords des cellules cornées qui simulent souvent à s'y méprendre, comme on le sait, les tubes mycéliens.

» Pas de rapports spéciaux avec les poils ; ceux-ci ne sont jamais envahis, quelles que soient l'intensité et l'ancienneté de la végétation parasitaire. Quelquefois, lorsqu'ils sont éraillés, les tubes s'attachent entouffes aux écailles de leur épidermicule, mais la pénétration ne va pas plus loin.

» Cette description est en résumé celle que l'on donne pour le Micro-

ÉRYTHRASMA.

sporon furfur ; mais il y a ici un caractère distinctif principal qui suffit à lui seul pour spécialiser le Microsporon que nous étudions, c'est la gracilité extrême et constante de tous ses éléments.

» Le Microsporon furfur offre parfois aussi cette finesse, mais c'est toujours exceptionnellement et seulement sur quelques éléments isolés. Cette seule considération, indépendamment de beaucoup d'autres, suffit pour ruiner l'opinion de ceux qui pourraient penser, en examinant les préparations, que le Microsporon minutissimum n'est qu'un Trichophyton ou un Microsporon furfur flétri et atrophié. »

Jusqu'ici le Microsporon minutissimum n'a pu être cultivé d'une façon certaine. Quelques tentatives ont été faites dans le laboratoire de Duclaux pour ensemencer le champignon.

Le liquide de Raulin a fourni assez rapidement un parasite dont la forme se rapprochait beaucoup de celle du Microsporon minutissimum. Mais les essais d'inoculation chez l'homme ont échoué constamment. Nous verrons cependant plus loin que de Michèle, élève de de Amicis, a peutêtre réussi à cultiver et à inoculer le parasite de Térythrasma.

Malgré la description exacte que Balzer a donnée de ce champignon, on n'est pas encore d'accord sur son origine et sa nature.

Bizzozero (1) a montré que des parasites semblables au Microsporon minutissimum peuvent se rencontrer à l'état normal chez un grand nombre de sujets.

Balzer et Dubreuilh ont fait des constatations analogues. Aussi Bizzozero n'admet-il pas l'action pathogène du Microsporon minutissimum dont il fait en quelque sorte un parasite banal.

Faut-il donc, avec Bizzozero, refuser toute action spécifique pathogène au parasite de l'érythrasma? Faut-il au contraire, avec d'autres auteurs, avec G. Behrend (2), considérer l'érythrasma comme n'étant au début qu'un simple eczéma intertrigo sur lequel se développe secondairement le Microsporon minutissimum, de telle sorte que l'infection, vulgaire d'abord, prend ultérieurement un caractère parasitaire?

Faut-il, avec Balzer et Dubreuilh, supposer que le Microsporon minutissimum est l'un des parasites qu'engendrent (ou mieux, selon nous, dans le terrain desquels se développe) la fermentation des sécrétions de la peau, la macération et la décomposition de l'épiderme, mais que cette génération parasitaire, chez le plus grand nombre des sujets, n'est pas assez puissante pour provoquer l'irritation de la peau et le développement de l'érythrasma

(1) Bizzorero, Sui micro fiti deWepidermidc wnana normale, in Gazetta dcgli ospedali. Milan, avril 1884.

(2) G. Behrend, Real-Encyclopaedie des Gcsammtenheilkunde (art. Ervthrasjia), 1885.

ÉRYTHRASMA.

et qu'il faut pour cela des conditions individuelles spéciales qui jusqu'à présent nous échappent complètement?

Il serait téméraire de l'affirmer.

D'ailleurs il n'existe pas de région du corps on des parasites semblables au Microsporon minutissinium se rencontrent à l'état normal avec la même abondance que dans les points affectés d'érythrasma.

D'autre part, comme le remarque justement Besnier, aucune dermatite autre que l'érythrasma ne présente ce parasite comme élément essentiel et exclusif.

En outre, l'érythrasma a été inoculé par Kôbner (1) en 1866, sur luimême et sur un élève en médecine. Depuis lors Kôbner a réussi plusieurs fois à l'inoculer (2). Il en a été de même de de Michèle (3) qui a constaté en outre sa présence dans les squames des lésions produites artificiellement en inoculant des cultures du champignon de l'érythrasma. En outre Besnier a rapporté des exemples de généralisation en des régions non intertrigineuses.

Enfin Besnier remarque avec raison que nombre de sujets ont de l'intertrigosans érylhrasma, ou de l'érythrasma sansintertrigo. Aussi Besnier conclut-il que l'érythrasma a un parasite spécifique n'existant dans aucune autre dermopathie classée.

Balzer classe le Microsporon minutissinium en botanique à côté du Microsporon furfur. Il appartiendrait ainsi à la classe des Schizomycètes, au genre Oïdiées de Marchand, dans lequel ce dernier auteur range aussi l'Achorion et le Trichophyton, à côté du Pénicillium et de l'Aspergillus.

Mais, comme l'a écrit avec raison H. Fournier (4), cette détermination est peut-être prématurée et il est bon d'attendre des études de culture et d'inoculation tout à fait positives avant de lui assigner une place dans la classification.

Il nous semble bon, pour terminer et montrer combien cette question est difficile, de dire quelques mots d'un important travail de de Michèle (5) publié sous la direction des professeurs de Amicis et Schrôn.

L'examen microscopique des squames, après dégraissement par l'alcool et action de l'acide acétique ou de la potasse caustique, lui a fait constater : 1° des amas considérables de mycélium à contours obscurs, très

(i) H. Ivôbner, Referai ueber Haiitkranklieiten, in Canstatts Jahresbericlit, 1867. - (2) H. Kôbner, Erythrasma, in Monatshefle fiir prahtische Dermatologie, 1884.

(3) De Micliele, Erythrasma : inoculabilité, loc. cit.

(4) H. Fournier, article Erythrasma du Dictionnaire encyclo-pédique des sciences médicales.

(3) P. (le Michèle, L'érythrasma e il suo parassilo, Ricerche sperimentali, in Giornale hiternaz. délie Science médicale, 1890, p. 821.

ÉRYTHRASMA.

mince et trùs court, avec des ramifications intriquées qui en faisaient une sorte de filet à mailles de largeur variable, mais la plupart tjvs fines; dans quelques-unes de ces mailles, des spores le plus souvent isolées, mais quelquefois groupées par deux, trois ou plus; 2" des filaments minces, clairs, de longueur variable, pouvant atteindre des dimensions véritablement considérables, droits, flexueux ou courbés légèrement ou à angle droit, disséminés ou groupés sans ordre ou afTectant une disposition radiée, sans spores et sans gonidies. Cette seconde forme de parasite correspond sans aucun doute à la description donnée par Bizzo/ero et Firket du Leptothrix epidermidis.

Quant à la première forme, de Michèle ne croit pas que ce soit à elle que V. Baerensprung et Burchardt ont donné le nom de îlicrosporon minutissimum. Se basant sur les descriptions de ces auteurs, qui décrivent des filaments mycéliens plus ou moins longs, très minces, quelquefois articulés entre eux, accompagnés de spores plus ou moins groupées, ressemblant en petit au Microsporon furfur. P. de Michèle pense qu'ils ont décrit sous ce nom la deuxième forme parasitaire, c'est-à-dire le Leptothrix : ce dernier est d'ailleurs plus facile à constater que la première forme, dont la recherche nécessite l'emploi d'un mode de préparation spécial.

Les deux parasites se laissent imprégner par les mêmes matières colorantes, cependant le Leptothrix se colore d'une façon plus intense et résiste mieux à la décoloration que le premier parasite.

Les cultures des squames faites sur pomme de terre ont donné dune part des colonies d'un rouge vineux sous forme de stries correspondant au trajet de l'aiguille, qui s'élargissent peu à peu les jours suivants de façon à couvrir toute la surface ; en même temps se développèrent le long des sillons laissés par l'aiguille deux espèces de colonies, les unes formées de petits mamelons rouge brun, les autres de coloration blanc laiteux dont l'aspect peut faire croire à la dissolution de la pomme de terre. Ces dernières étaient constituées par le Leptothrix epidermidis, qui dans les milieux liquides formait à la surface une sorte de couche blanchâtre et dans le fond un dépôt laiteux et sur l'agar des colonies arrondies d'un blanc d'ivoire. Les colonies rouges étaient formées par un champignon qui se développait sur la gélatine sous la forme de colonies arrondies de coloration brunâtre, et qui sur l'agar prenait le même aspect que sur la pomme de terre.

L'auteur a essayé de transmettre la maladie à des sujets sains en déposant sur leur peau les cultures de ces champignons ; il a obtenu ainsi le développement dans la région inguinale, de taches rouge brun analogues

FAYUS.

à celles de l'érythrasma et couvertes de squames dans lesquelles il n'a pas trouvé traces de Leptolhrix, mais seulement l'autre parasite qu'il décrit.

P. de Michèle considère le Leptothrix de Bizzozero comme un hôte habituel de l'épiderme qui ne joue aucun rôle dans le développement de l'érythrasma. Au contraire, le parasite qu'il décrit en premier lieu et dont les cultures ont une coloration rouge ou brunâtre, est l'agent pathogène de l'érythrasma : c'est lui qui mérite, d'après ses caractères morphologiques, le nom de Microsporon minutissinium.

Voilà donc, sur la question controversée du parasite de l'érythrasma, une opinion nouvelle qui peut mettre d'accord la plupart des auteurs antérieurs.

FAVUS

La dermatose parasitaire provoquée par VAchorion Schônleinii est généralement désignée sous le nom de Favus, ou sous celui teigne faveuse [i).

C'est la Tinea lupinosa de Guy de Chauliac et d'Ambroise Paré, la Tmea vera de Lorry, le Porrigo lupinosa de Willan et Bateman, la Porrigo favosa de Biett; la Teigne faveuse d'Alibert.

Nous renvoyons, pour l'étude liistorique du favus, aux traités et publi-

(1) Nous pensons qu'on doit rejeter de la terminologie dermatologique actuelle l'expression de « teigne faveuse », si longtemps usitée comme synonyme de Favus. Cette dénomination, tout aussi bien que le terme générique de « teigne », a fait son temps ; elle est devenue inutile et surannée depuis la découverte des parasites cutanés. Ce nom de teigne, quia donné lieu à tant d'équivoques et de confusions, était appliqué anciennement à presque toutes les dermatoses du cuir chevelu; les auteurs anglais s'en servent encore, avec des qualificatifs différents pour ranger dans un même cadre toutes ou presque toutes les dermatomycoses ; quelques dermatologistes français disent indifféremment « teigne faveuse » ou « favus » ; d'autres emploient encore la vieille expression de « teigne tondante » pour désigner la trichophytie du cuir chevelu ainsi que celle de « teigne pelade » comme synonyme de pelade, mais le temps est proche où on ne retrouvera plus ce nom de teigne que dans la langue vulgaire (H. Leloir, E. Vidal).

L'un de nous, E. Vidal, préférerait au terme de « favus» une dénomination dérivée du nom du mycoderme, mais il ne voit pas bien celle qu'on pourrait tirer du mot Achorion, créé par Remak pour désigner VOidiiim découvert par Schônlein : il proposerait de donner au parasite le nom de Favophyton Schônleinii, qui aurait l'avantage de rappeler le nom clinique et le Lerme de Favus pourrait alors être remplacé par celui de Favophytie.

FAVUS.

cations de Bazin (1), de Ferdinand Hebra et de son savant collaborateur Kaposi (2). On trouvera aussi dans la Ibèse de Feulard (3) d'intéressants documents.

La période réellement scientifique ne commence qu'en 1839, avec la découverte de Scbônlein (4). Ses premières recherches microscopiques, faites à l'hôpital de Zurich, ne lui laissaient aucun doute sur la nature parasitaire de la soi-disant pustule du porrigo lupinosa de Willan. Voici en quels termes il s'exprime, à ce sujet, dans un court article inséré dans les Archives de Mïdler : « Die ersten Versuche liessen keinen Zweifel iiber die Pilz Natter der sogenannten Pusteln. »

Gruby (5), dans ses communications à l'Académie des sciences, donna du mycoderme parasite du favus la description la plus détaillée et en soupçonna même l'existence dans l'épaisseur du derme. 11 proposait de lui donner le nom de Porrigophyte.

Déjà Remak (1840), Langcnbeck (septembre 1840),Fuchs (1840), avaient confirmé la découverte de Scbônlein. Parmi les nombreuses publications qui ont pour sujet l'étude de l'Acborion Sebonleinii, nous devons citer celles de Mûller et Retzius (1842), de Dubini (1842), de Bennett (1842), d'Hannover (1842), de Lebert (1843), de Ch. Robin (1845), d'Erasmus Wilson (4847), de Wedl, d'Ardsten, de G. Simon, de Bazin, de Kucbenmeister, de Ferdinand Hebra, de Kaposi, de Pick, de Neumann, de Quincke, de Kral, de Frank, de Douglas, deMibelli, de Busquet, d'Unna.

Période initiale de la végétation faviquc. — Les inoculations de l'Achorion Schônleinii qui ont été faites sur l'bomme par Remak, Vogel, Fuchs, Hebra, Kobner, Pick, Peyritscb, Bazin, Deffis, Gudden, Tripier (de Lyon), Duncan Bulkley, etc., ont permis d'étudier la gradation des symptômes provoqués par le développement de la végétation parasitaire.

Peu après l'inoculation une légère démangeaison se fait sentir au niveau du point de la peau dans lequel on a fait pénétrer racliorion. Ce prurit précède ou accompagne une rougeur érylhémateuse, tantôt assez nettement limitée et circonscrite à une petite surface arrondie, tantôt s'étendant

(1) Bazin, Leçons tkdoriques et cliniques sur les affections cutanées parasitaires, 2" édit., 1862, p. 87 et Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, article Favus, p. 272.

(2) Ferdinand Hebra, Traité des maladies de la peau, traduction par Doyon. Paris, t. II,

(3) Henri Feulard, Teignes et tciijneux. Histoire médicale. Hygiène publique. Thèse de Paris, 1886.

(4) Schonlein, Zur Pathogenic der Impeligines, ïn Mal 1er' s Archlv, 1839, p. 82, pl. III, flg. o.

(a) Gruby, Mémoire sur une végétation qui constitue la vraie teigne, in Comptes rendus de r Académie des sciences, 12 juillet 1841, t. XIII, p. 72.

FAVUS.

graduellement en prenant une apparence circinée. Ces plaques érythémateuses s'élargissent plus on moins vite et se recouvrent bientôt d'une légère desquamation pityriasique. En général ce sont des cercles réguliers, rouges, d'un petit diamètre, dont l'extension périphérique est beaucoup plus lente que celle de la trichopliytie.

Au début et avant l'apparitioit des petits points de couleur jaune soufre, caractéristiques de la végétation de l'achorion, les plaques circinées du favus pourraient être confondues avec celles de la trichopliytie circinée. C'est ce que l'on peut voir sur le moulage d'un favus de l'avant-bras {Musée de r hôjntal Saint- Louis, Collection générale, n° 428) et sur celui d'un favus de la joue d'un enfant (n° 367 de la Collection générale), sur celui d'un favus du tronc et des bras d'un malade de l'un de nous (Leloir) [Musée de r/iôpital Saint-Sauvei/r, n" 149). Sur chacune des deux pièces du Musée de l'hôpital Saint-Louis on voit une plaque rouge circinée : l'une de deux centimètres, l'autre de deux centimètres et demi de diamètre, à bords plus colorés, finement squameux, ayant cette fausse apparence qui a fait donner autrefois à la trichophytie circinée le nom d'herpès circiné. Quelques petits points jaunâtres, minuscules, à peine apparents, permettent déjà de reconnaître le favus.

A ce premier degré les couches superficielles de Fépiderme paraissent seules intéressées. Cependant quelques points peuvent être plus profondément atteints et Bazin dit avoir observé dès cette époqvie quelques petites pvistules précédant le développement de godets faviques.

Excepté dans un cas de favus généralisé, observé à l'hôpital Saint- Sauveur par l'un de nous (H. Leloir), et dans lequel le favus débuta sur le tronc par des pustulettes péripilaires minuscules remplies de pus, nous n'avons pas constaté de pustules au début du favus des régions glabres, mais nous avons constamment vu, huit à dix jours après l'épilation du cuir chevelu, et surtout après les deux ou trois premières épilations, un certain nombre de pustules miliaires, se former çà et là à l'orifice des follicules pileux des régions envahies par l'achorion. Vient-on à piquer ces petites pustules, on en fait sortir un liquide jaunâtre, purulent. Abandonnées à elles-mêmes elles se sèchent sans se rompre, la circonférence s'élève, le centre s'affaisse, et six à huit jours après son apparition le petit point jaune commence à prendre le forme caractéristique du godet.

Les lotions faites après l'épilation avec une solution de sublimé, les onctions réitérées avec des pommades contenant des substances irritantes telles que le turbith, les sels de cuivre, etc., peuvent rendre compte de ces folliculites. Elles sont plus fréquentes et plus abondantes chez les sujets lymphatiques. Chez ces derniers, comme nous le verrons en parlant des

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