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I. — FAVUS DU CUIR CHEVELU ET DES RÉGIONS PILEUSES

Après les symptômes initiaux de démangeaisons, de rougeur, souvent même de desquamation pityriasique circonscrite — dont la circination est très difficile à Aoir à ti^avers les cheveux — en examinant attentivement aA'ecla loupe on peut, comme l'a fait remarquer Bazin (3), constater tantôt un petit soulèvement épidermique à l'endroit où le poil sort de la peau, tantôt un petit point jaunâtre sous-épidermique sur un côté du poil, ou bien encore deux ou trois amas de même couleur, isolés, séparés à la

(1) Malion jeune, Recherches sur le siège et la nature des teignes. Paris, 1829.

(2) M. Baudelocque, Recherches anatomiques et médicales sur la teigne favcuse, in Revue médicale, t. IV, 1831.

(3) Bazin, art. Favus, in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, p. 283.

FAVUS.

base du poil et qui le lendemain ne formeront déjà plus qu'une seule concrétion creusée d'un enfoncement conique. Ce point, de couleur jaune soufre, traversé par un poil, est le premier signe typique du développement de la végétation parasitaire. Ces caractères ne tardent pas à s'accentuer à mesure que la prolifération de l'achorion s'accumule davantage et forme, tout autour du cheveu, une sorte de cupule ou de godet tout à fait spécial.

Tantôt la surface déprimée, cupuliforme, du godet est lisse, régulière, polie comme la cavité de la cupule d'un gland de chêne, tantôt elle est hérissée de petites saillies et semble composée de plusieurs couches concentriques formant à l'extérieur une série de reliefs, de bourrelets circulaires, plus ou moins étagés, dont le nombre est en rapport avec l'âge du godet. Bazin en compare l'aspect à celui des bords d'un nid d'hirondelle.

En soulevant le godet avec une pointe mousse, on voit que la face profonde, adhérente à la peau, est lisse, convexe, et s'enfonce comme une sorte de mamelon dans le point où elle correspond au follicule pileux. Du côté du tégument on met à nu une dépression qui est petite et en entonnoir pour les plus petits godets; elle est concave et cupuliforme, pour les godets plus gros. La surface de cette dépression est injectée, rouge, nettement circonscrite et tapissée par une très fine membrane formée par la couche profonde de l'épiderme. Cette membrane peut être éraillée et la surface peut être sanguinolente si le godet a été arraché brusquement.

Le godet est d'une couleur jaune soufre, parfois d'une teinte jaune un peu plus foncée. A mesure qu'il vieillit, les couches les plus anciennes, celles qui occupent le centre, pâlissent, deviennent d'un blanc jaunâtre, tandis que les productions les plus récentes, celles de la périphérie, sont d'un javme plus prononcé.

Le godet favique isolé peut, en s'élargissant graduellement, par zones successives, atteindre jusqu'à deux centimètres de diamètre, dimension relativement considérable, qui est rarement dépassée. Il peut s'élever jusqu'à dix et même quinze millimètres au-dessus du niveau de la peau. C'est le favus. urcéolaire de Bazin, le favus disséminé^ la tinea favom^ le porrigo favosa^ la tinea lupinosa (par comparaison avec la forme des graines de lupin).

La végétation parasitaire se développe pendant un certain temps entre deux couches de l'épiderme, dont l'une, superficielle, la couche cornée, tapisse la face extérieure du godet et dont l'autre profonde, revêtant sa face convexe, est adhérente et repose sur un derme plus ou moins rouge et enflammé. Distendue par la prolifération favique l'enveloppe épidermique

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finit par se rompre soit au centre sur les côtés du poil, soit vers la circonférence de la cupule.

Dans la profondeur, les couches superficielles du derme sont graduellement envahies et la végétation mycodei'mique se développe dès lors irrégulièrement à la surface de la peau formant des amas informes, d'un blanc jaunâtre, quelquefois grisâtres comme des vieux plâtres ou bien encore teintés en brun par du sang.

Ces concrétions d'aspect croùteux, pulvérentes à leur surface, s'effritent et se détachent en poussière et en parcelles, ou bien tombent en masse. Elles ne tardent pas à être remplacées par des productions nouvelles. Leur épaisseur est des plus irrégulières et peut mesurer jusqu'à un centimètre et demi et même plus; leur aspect est très inégal ; elles forment des saillies, des dépressions, des stratifications qui modifient complètement l'apparence primitive. Le godet favique n'est plus reconnaissable, au moins dans les parties centrales ; il est cependant possible, dans la plupart des cas, de constater à la périphérie des plaques, soit des godets bien caractérisés, soit un contour polycyclique, soit au moins quelques vestiges de la disposition urcéolaire du début.

Au-dessous de ces croûtes faviqucs qu'il est le plus souvent facile do soulever et d'extraire, on trouve le derme enflammé d'un rouge foncé, parfois violacé, très inégal avec des saillies et des dépressions des plus prononcées. Quelquefois, granuleux et suintant en quelques points, il présente tous les signes d'une inflammation chronique et profonde.

Plus tard, à mesure que l'achorion atteint un plus grand nombre de poils et enflamme plus profondément le derme qu'il a envahi, la papille pilifère est détruite et il en résulte une alopécie définitive. A la longue la sclérose se fait dans les éléments constitutifs du follicule pilo-sébacé ; la peau perd en certains points, sa coloration rouge ou violacée d'inflammation chronique, pour pâlir graduellement et prendre la coloration blanche du tissu cicatriciel. Elle est atrophiée, amincie, comme parcheminée et adhérente aux tissus sous-jacents. Le parasite disparaît de ces parties transformées par l'atrophie scléreuse,et une guérison partielle se produit ainsi spontanément. Sur ce tissu cicatriciel on voit encore, çà et là, quelques poils qui ont échappé à la destruction : ils sont frisottants, généralement aplatis, irrégiiliers et parfois plus gros et plus foncés en couleur que les poils normaux. Leur présence complète le caractère typique de ces plaques cicatricielles du cuir chevelu, cicatrices indélébiles qui permettent, pendant toute la durée de la vie, de faire le diagnostic rétrospectif du favus.

Variétés. — Suivant les périodes de son évolution, suivant qu'il est plus ou moins ancien, plus ou moins étendu, qu'il provoque des complications

FAVUS.

inflammatoires du derme, le favus varie dans ses aspects. De ces diverses apparences on a voulu à tort faire autant de variétés. On admettait autrefois (1) un favus vulgaris, scutiformis, scutulatus, disseminatus, sparsus, squarrosus, suberinus, turriformis, achatinus, squamosus, granulatus, lupinosus, nummularis, figuratus, etc.

On peut distinguer trois étals dont Bazin faisait trois formes distinctes : a. le favus urcéolaire \ b. le favus scutiforme ; c. le favus squarreux.

a. Le favus iircéoiaire est caractérisé par des godets bien distincts qui restent pour la plupart isolés les uns des autres. C'est la forme de début.

h. Le favus scutiforme^ que l'on a appelé aussi favus en écu, favus nummulaire, favus en groupes, en anneau, en cercles, porrigo scutulata, se distinguerait, d'après Bazin, par un développement plus rapide et plus exubérant de la végétation favique.

Les petits points jaunes par lesquels l'achorion révèle tout d'abord sa présence seraient très voisins les uns des autres, deviendraient confluents dès leur apparition, se déformeraient et se confondraient en une ou plusieurs plaques jaunâtres plus ou moins étendues, de telle sorte que la période dans laquelle les godets sont distincts n'existerait pas ou serait de très courte durée. Très rapidement le favus se présenterait sous forme d'une croûte jaunâtre, à peu près circulaire, traversée par des poils, légèrement saillante et devenant bientôt inégale, mamelonnée, friable et pulvérulente vers le centre. On observe le plus souvent sur la même tête plusieurs de ces plaques faviques initiales qui, bientôt se réunissant, forment de vastes surfaces irrégulières dont la coloration jaune est plus foncée sur les bords que vers le centre où elle pâlit et devient grisâtre ou blanchâtre. Elles peuvent finir par recouvrir la presque totalité du derme chevelu. Cependant il reste ordinairement, sur presque tout le pourtour et surtout sur le front et à la partie inférieure de la région occipitale, une étroite couronne de cheveux épargnés par l'achorion.

La disposition en godets est la forme primitive sur les régions pileuses : cette forme persiste quand les poils sont indépendants [favus urcéolaire). Elle est au contraire promptement modifiée, si les poils sont très rapprochés et SI les cupules faviques se confondent, dès le début, pour former les plaques du faviis scutiforme.

c. Le favus squarreux (porrigo squarrosa, teigne faveuse squarreuse de Bazin) appartient surtout au cuir chevelu. Cette variété se distingue d'une

(1) F. Hebra, Traité des maladies de la peau, Irad. française de Doyon, t. II, p. 791.

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part de la forme urcéolaire par ce fait que les godets primitifs ne sont plus reconnaissables, et d'autre part de la variété scutiforme en ce que la végétation favique ne forme plus des plaques circulaires, mais des amas irréguliers anfractueux, rupiformes, d'un jaune gris blanchâtre, couleur de vieux plâtres, etpulvérents à leur surface. Ces amas de vieille végétation favique peuvent s'élever jusqu'à un centimètre et même plus au-dessus du niveau de la peau. C'est l'état auquel arrivent les placards très anciens de favus.

Quand le favus occupe des surfaces assez étendues, la production parasitaire exhale une odeur sidgenens caractéristique, et qui a été comparée à l'odeur de la souris et par quelques auteurs à celle de l'urine de chat ou à celle des moisissures. Verujski (1), dans ses expériences faites dans le laboratoire de Duclaux, a constaté que cette odeur du favus se retrouve dans les cultures pures de l'Achorion Schônleini, tandis qu'elle n'existe pas dans celles du Trichophyton.

Altérations des poils. — Les poils commencent à être modiliés dans leur vitalité dès la première période ; ils deviennent ternes et sont plus faciles à arracher. A mesure que le favus fait des progrès et que l'Achorion Schônleini pénètre plus profondément dans le bulbe pileux et dans le derme, l'altération des poils devient de plus en plus manifeste. On voit les cheveux des régions atteintes par le parasite perdre leur aspect brillant et changer de couleur. Ils deviennent ternes, grisâtres, d'une teinte cendrée, ou rougeàtres, ou d'une couleur fauve et ils semblent atrophiés. En regardant le cuir chevelu, et, encore mieux, en l'examinant à la lumière oblique, on distingue, à la couleur et à l'apparence des cheveux, les parties envahies par le mycoderme d'avec les régions restées saines.

Les cheveux cèdent à la moindre traction et se laissent arracher par touffes, mais ne se cassent pas comme dans la tricliophytie. Soit qu'on les arrache, soit qu'ils tombent spontanément, ils restent entiers et conservent leurs racines. Le plus ordinairement la gaine épidermique, entraînée avec la racine du cheveu dont le follicule est déjà atteint, est d'aspect vitreux et plus volumineuse que celle d'un cheveu sain. Les cheveux des régions atteintes tombent d'eux-mêmes, mais inégalement, s'éclaircissant graduellement en clairières [Alopécie primitive de Bazin) et non sous forme de tonsure, comme'on le voit dans la tricliophytie et dans la pelade.

Sur les régions pileuses autres que le cuir chevelu le favus est beaucoup plus i-are que la trichophytie. On le voit quelquefois, à la barbe oîi il produit des godets caractéristiques plus petits et plus discrets que sur le

(1) Verujski, Recherches sur la morphologie et la biologie du Trichophyton tonsurans et de , VAchorion Schônleini, in A7i7iales de VInstitut Pasteur, 1887, p. 369. 1 Leloir et Vidal. 23

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cuir chevelu. Besaier et Doyon (1) disent que : « Si la nature de la lésion est méconnue, il se produit des périadénites pilaires isolées (sycosis tuberculeux) ou groupées (sycosis en plaques) qui ont pu en imposer pour des affections tout à fait différentes, voire même pour des épithéliomes ou des syphilomes. » Dans la région de la barbe nous n'avons pas observé ce nijcoais f civique \ nous n'y avons constaté que la forme érythémato-pityl'iasique et la forme typique en godet, et dans les cas que nous avons vus le cuir chevelu était également atteint par le favus.

Le favus de la région pubienne doit être excessivement rare chez l'adulte ; nous n'en avons observé qu'un fait : c'était dans un cas de favus généralisé chez un homme de quarante ans ; mais chez les enfants nous avons vu plusieurs fois cette région, encore glabre, envahie par l'Achorion.

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