FA VUS
affirmations. Ayant ensemencé de la gélatine, de l'agai'-agar et du sérum du sang avec des spores de la teigne faveuse d'une part, et d'herpès tonsurant d'autre part, il reconnaît enfin, en observant la fructification de ces champignons, qu'ils représentent deux espèces bien distinctes. Il montre que le Trichophyton liquéfie rapidement la gélatine, tandis que le l'avus ne la liquéfie que lentement; que le champignon du fa vus se présente sous forme de petits flocons, contrairement au Trichophyton qui, auboutde peu de jours, se présente en jaune à la partie inférieure et donne une poussière blanchâtre.
Sur l'agar-agar, la culture du champignon faviquc se présente sous une forme étoilée, tandis que celle du Trichophyton se développe sous la forme d'un gazon diffus.
Il admet complètement dans ses nouveaux travaux, que l'Achorion, le Trichophyton et l'Oidium lactis sont trois êtres bien distincts, bien qu'il y ait entre l'Achorion et le Trichoph3-ton une parenté intime se traduisant sous la forme de leur développement dans l'aspect microscopique de leurs cultures et dans des ressemblances de structure telles qu'il n'est pas toujours facile de les distinguer au microscope.
De son côté Duclaux (1) cultivant le Trichophyton et l'Achorion sur le lait et l'eau de malt, battait complètement en brèche les premiers travaux de Grawitz et démontrait que l'Achorion et le Trichophyton constituent deux espèces bien distinctes.
Dans une note communiquée au docteur Feulard et que Feulard a publiée dans sa thèse (2), il montre que le Trichophyton et l'Achorion poussent très bien dans le bouillon de veau neutre et concentré, dans le motit de bière, et de préférence dans le lait dont la caséine a été solubilisée par l'action de la caséase. Il est essentiel que le liquide ne soit pas acide, car une légère addition d'acide acétique arrête la végétation quand elle est en train. Par contre, on peut, en ajoutant une goutte de potasse au liquide ensemencé, donner aux spores inertes jusque-là, la facilité de se développer. Dans ces cultures faites sur milieux liquides, le favus se développe sous forme de touffes flottantes isolées; peu à peu le mycélium arrive à la surface, pousse des filaments aériens donnant lieu à des spores aériennes, tandis que les spores mycéliennes, disposées en files plus ou moins nombreuses, aux dépens d'un même filament immédiat, rapprochent à leur tour le Trichophyton et l'Achorion de divers oïdiums. ^ M. le docteur Verujsky(3), élève de Duclaux, s'attache, en variant les
(1) Duclaux, Comptes rendus de la Société de biologie, 16 janvier 1880.
(2) Feulard, Teignes et teigneux. PaTis, 1886.
(3) Verujsky, Annales de l'Institut Pasteur, août 1887.
CULTURE ET DÉVELOPPEMENT
milieux de culture du ïrichopliyton et du Favus à obtenir pour chacune de ces deux espèces sa forme de développement typique, normale, et à les comparer aux dégénérescences qu'elles subissent, quand on les cultive sur des milieux moins favorables et qu'on se rapproche par là du milieu de culture qu'elles trouvent sur le corps humain et sur celui des animaux.
Cultivant le favus en cellules humides, ce qui lui paraît être un mode de culture très commode pour bien étudier les phases de la vie du champignon des teignes, il constate que les spores de l'Achorion sont générament plusgrosses que colles du ïrichophyton, souvent ovales, parfois spliériqucs, et qu'il est rare de les trouver réunies à des fragments de filaments. Le mycélium de l'Achorion est plus épais et plus segmenté que celui du Trichophyton. Ses enchevêtrements sont moins compliqués et sa résistance à l'arrachement moins grande. Sa croissance est aussi plus lente.
Cultivé dans des milieux liquides, l'Achorion se développe difficilement, ses formes mycéliennes sont très irrégulières, il se fait une ébauche de formation de conidies. Dans le bouillon de veau simple ou poptonisé, le petit-lait, le liquide d'ascite, l'Achorion se développe très bien et se montre parfois sous forme de godets. Dans le lait, l'Achorion donne une couche cotonneuse et mate, blanche, compacte, parfois de 2 à 3 millimètres d'épaisseur, pigmentée en jaune au niveau de sa surface inférieure dans sa portion en contact avec le liquide. Cette couche a(''ricnne est assez fragile. Dans l'eau de navets et surtout dans l'eau de touraillons, l'on voit apparaître 8 à 20 jours après l'ensemencement de la culture, des touffes mycéliennes isolées, parfois confluontes, mais plus souvent éparses. Au bout de deux à trois semaines à la tempérarature de 26% quelques-unes de ces ton (Tes attaquent la surface du liquide et commencent à émettre des filaments aériens avec spores (fig. 2, planche HT du Mémoire de Verujsky).
Le mycélium émergé présente une coloration non pigmentée ; la couche superficielle avec filaments aériens se présente sous forme de tubercules épais et solides, de forme irrégnlière, s'élevant au-dessus du niveau du liquide voisin. Ces tubercules ont une forme en godets plus ou moins accusée ; le godet a d'abord une surface mate. Au moment do la formation des spores, il paraît comme enfariné.
Les filaments sporifères aériens de l'Acborion se désagrègent et môme se désorganisent vite, et une culture de ce végétal agitée avec de l'eau, y laisse instantanément les spores en suspension; de là vient que, sur les vieilles cultures, la surface est farineuse.
Verujsky montre ensuite que la forme spéciale du godet l'avique est le
FAVUS.
résultat non de son développement dans un siège anatomique particulier, mais du processus physiologique de sa croissance et que l'odeur de souris du favus se retrouve sur le champignon lui-même et dans son milieu de culture. Cette odeur est très nette, surtout quand on filtre le liquide de culture, ou quand on a commencé à dessécher le champignon pour le peser à l'état sec. Elle rappelle moins l'odeur de la souris que celle des matières animales en décomposition putride, ce qui est dû sans doute, d'après lui, à ce que cette mucédinée consomme exclusivement de la matière albuminoïde.
M. Yerujsky a cultivé le favus sur milieux solides. La gélatine ou la gélose lui ont paru les milieux solides les plus favorables, mais moins favorables que les milieux liquides. Son développement y est plus lent, moins abondant. On arrive bien encore à la formation de spores aériennes, mais les conduits aériens se développent plus tôt et la désagrégation du végétal est plus rapide. La gélatine se liquéfie el le liquide se colore en jaune intense. En couchant le tube de gélatine on trouve des îlots isolés et quelquefois des godets. Ces godets présentent un aspect tout à fait pareil à celui que l'on peut observer en clinique.
Enfin Yerujsky montre que, quand on fait des cultures du favus en milieux favorables, en partant d'une semence prise sur un malade, on voit que, de culture en culture, le développement du végétal se fait de plus en plus régulier et abondant.
Dans un mémoire des plus importants, paru en 1891 dans les Archiv fur Derînatologie iind Syphilis, Franz Kràl, élève de Pick, publie une description très importante du champignon favique basée sur une très curieuse méthode d'isolement, que nous ne pouvons résumer ici. Nous ne saurions trop conseiller de lire le très important mémoire de Kràl dont l'un de nous (Leloir) a pu,en 1890, au Congrès international, voir les très belles cultures pures.
Le champignon favique de Ki"âl diffère par des caractères morphologiques et de culture de ceux décrits jusqu'ici. Cultivé sur agar, il est remarquable par les prolongements rappelant la mousse, qui, à la périphéi-ie de la culture, s'étendent horizontalement et dans la profondeur de l'agar. Il se cultive surtout dans la profondeur de l'agar. il pousse dans le lail et dans l'infusion de malt. Il forme également des prolongements en mousse dans les milieux de culture liquides. Il ne liquéfie pas la gélatine, même en couche mince, avant trente jours. Il ne forme qu'exceptionnellement et d'une façon très peu prononcée un mycélium aérien. Cultivé sur les pommes de terre ou les carottes, il pousse sous forme d'un gazon vertical de coloration jaune grisâtre. Inoculé, il reproduit toujours le favus comme l'a montré Pick.
CULTURE ET DÉVELOPPEMENT
Telle est l'étude biologique du champignon l'avique étudié au moyen de cultures pures de ce champignon.
Mais la question est devenue plus complexe, récemment, depuis que Quincke (1) a essayé de démontrer qu'il existerait dans les cultures de croûtes et poils faviques, au moins trois champignons différents, qui peu-
Fig. IC. Fig. 17. Fig. 18.
Culture de l'Achorion Schôiileinii (d'après F. J. Pick et Kriil).
vent déterminer la maladie désignée sous le nom de favus, et que l'auteur désigne provisoirement par les lettres a, j3, y.
Plus tard Quincke admit que les champignons [3, y» étaient identiques, déterminaient le favus du cuir chevelu, tandis que son champignon a donnerait lieu à l'herpès circiné favique (favus herpeticus).
Cette opinion de Quincke, des travaux duquel il nous est impossible de donner ici une analyse détaillée, fut d'ailleurs combattue par F. Pick (2) pour différentes raisons dont la plus importante est que, en cultivant des
(1) Quincke, Ueber Favus pilzen {Archiv fiir ExpérimenteUe Pathologie und Pliarmacologie, 1886, n° l et 2).
(2) F. Pick, Ueber Favus {Prager medicinische Wochenschr,, 1887).
FAVUS.
particules de godets favique, Pick a toujours obtenu des cultures pures d'un seul et unique champignon. P. Antown (1), Elsenbei^g (2), Fabry (3) s'élevèrent également contre cette opinion de Quincke. Il en fut de même de Kràl (4), élève de Pick, dans sa belle communication sur le favus, laite en 1890 au Congrès international des sciences médicales. L'opinion de Quincke semble ne plus être admise.
Aussi, comme l'a bien dit en 1891 Pick (3), dans son très important mémoire sur le favus, faut-il admettre sans aucun doute, qu'il n'existe qu'une seule et unique espèce de champignon favique, qu'il n'y a aucune distinction mycologique à faire enti-e le favus du cuir chevelu et celui du corps; que la recherche mycologique a démontré que le même micro organisme a toujours été retrouvé à l'état de pureté dans les cultures, et a reproduit chez des individus divers les mêmes résultats (que la culture ait été obtenue en cultivant du favus de la tête ou du favus du corps).
Mibelli (6) est arrivé à des conclusions identiques : il a montré également l'unicité du champignon favique qui est le même microorganisnie que celui qui a été décrit par Krâl et Pick, Dubreuilh et Marianelli (7).
Si le favus varie tant d'aspect en passant du cuir chevelu dans la peau, il faut en rechercher la cause dans la structure particulière de celle-ci, et dans le nombre et la qualité de spores situées sur le même point.
Notons en passant que l'on a constaté souvent que les inoculations faites avec des cultures étaient plus faciles et plus rapides que les inoculations faites directement.
En résumé, les dermatologistes ont d'abord dit avec raison que le favus constituait un champignon spécial distinct du champignon de la trichophytie. L'on a voulu soutenir ensuite (Grawitz) que favus et trichophyton
(1) A. Aiitown, Boppelle Infection mil Favus vulgaris iind Favus hcrpeticus {MonalsJi. fur pralit. Dermatologie, 1889).
(2) Elsenberg, Ueber den Fâvus pilz {Archiv f. Derm. und Syphilis, 1889). — Veber den Faviispilz bei favus herpeticus [Archiv f. Derm. iind Syphilis, 1890).
(3) Fabry, Klinisches und Etiologisches ùber Favus [Archiv f. Derm. und syphilis, 1889).
(4) Kral, Ueber den Favus Erreger [Congrès internat, dessciences médicales. Berlin, 1890). ' (5)Pick, Untersuchungen iiber Favus [Archiv f. Derm. und Syphil. 1891).
(6) Mibelli, Recherches cliniques et mycologiques sur le favus. — Communication faite à la section de dermato-sypbiligraphie da 14'' Congrès de l'association de médecine italienne. Milan, 1891.
(7) Dubreuilh et Marianelli, Deux cas d'onychomycose favique [Journal de médec. de Bordeaux, 1890).
FAVUS DES ANIMAUX.
constituaient deux variétés du même champignon. Cette opinion erronée une fois rejetéc^ l'on a continué à obscurcir la question en disant qu'il fallait décrire dans le favus des formes végétales distinctes correspondant aux variétés cliniques du favus.
Après ce long détour, on en est revenu au point de départ, et les recherches de Duclaux, Verujsky, Pick et Kral, Elsenberg, Fabry, Mibelli, Dubreuilhet Marianelli, etc., etc., ont montré que toutes les variétés cliniques du favus ressortissaient à un seul et unique cliampignon : le ch;iiupignon favique.
En somme il est certain que les unicistes ont raison quand ils déclarent qu'une seule espèce de champignon existe dans le favus. Mais il est possible qu'il faille distinguer diverses formes dans le champignon favique, formes dépendant de la culture différente du champignon dans des milieux différents. Toutefois ce ne sont que des formes d'un même champignon et non des espèces entièrement différentes, comme ont voulu les considérer certains pluricistes.
L'étude du favus chez les animaux est très intéressante. Outre son importance scientifique, elle explique certains faits de contagion favique chez l'homme et peut-être la fréquence bien plus grande du favus à la campagne que dans les villes. Mais cette question nous entraînerait trop loin et nous renvoyons le lecteur que ce sujet intéresse, à la thèse du
Feulard (1).
Les auteurs ne semblent d'ailleurs pas bien d'accord sur cette question. En 1881, en effet, Mégnin étudie de nouveau avec soin le favus que Millier, Gerlach,et d'autres ont observé en 1838 sur la crête et les caroncules du coq et de la poule, et à qui ils donnent le nom d'Epidermophyton gallina?. Mais il le considère comme spécifiquement distinct de l'Achorion Schonleinii.
En 1890, dans le Journal des connaissances ?néclicales, Mégnin (2) revient sur cette distinction.
Au contraire Neumann (de Toulouse), conckit à l'identité du favus des poules et de celui de l'homme.
Il semblerait donc résulter des expériences de Neumann, que la poule
(1) Feulard, Teignes et teigneux. Tlièse de Paris, 188G.
(2) Mégnin, Différence spécifique entre le champignon de la teigne des poules et de la teigne faveuse démontrée par les cultures (Journal des connaissances médicales, 1890, p. 100).
FAVUS.
doit, coinnie le chien, le lapin, le chat, les rats, les souris, etc., etc., être envisagée comme l'une des sources du favus humain (1).
Notons en terminant que pour Draper, Anderson, Quincke, l'école de Lyon (2) les Muridés (souris et rats) sont le premier terrain animal vivant sur lequel croît le champignon encore inconnu qui produit le favus. D'après Busquet, sur ces animaux, il commence à modifier ses appareils mycéliens et engendre la forme qui correspond à la forme mycrophyte a de Quincke, très semblable à la forme Achorion Arloini de Busquet.
Ce ne serait, dit Busquet, qu'après ce premier acclimatement sur la matière animale vivante qu'il se répandrait dans la série des vertébrés, sur le chat, le chien, comme l'avait si bien montré Saint-Cyr en 1869, le lapin, le cheval, le bœuf, la poule et l'homme.
Dans ce passage d'un animal à l'autre, le champignon change d'aspect et après un séjour plus ou moins prolongé sur le nouveau milieu vivant où il se trouve, il prendrait une forme distincte. C'est ainsi qu'on a rencontré sur la souris la forme microphyte a de Quincke, très semblable à l'Achorion Arloini; sur la poule la forme Epidermophyton gallinae (Mégnin) ; sur l'homme la forme Achorion Schônleinii (Remak).
Nul doute, ajoute Busquet, que lorsque le favus sera mieux connu chez les autres animaux, on ne trouve d'autres formes analogues aux précédentes.
Dans ce passage à travers les milieux les plus variés, le protéiforme champignon du favus prend des aspects différents suivant le terrain sur lequel il végète ou les conditions dans lesquelles il se trouve. C'est cette diversité de formes que prend le champignon favique, formes dont il faut avoir soin de ne pas faire des espèces distinctes (car le favus est un, au point de vue du champignon) qui a été et est encore l'origine d'interminables discussions entre les unicistes et les pluricistes (3).
(1) Neumann (de Toulouse), Société de biologie, avril 1886. — Traité des maladies parasitaires non microbiennes des animaux domestiques.
(2) Voir le travail de G. Busquet. — De l'origine muridienne du favus [Annales de dermatologie, 1892).
(3) L'article Favus était depuis longtemps terminé et mis en feuilles, quand est paru un important mémoire de M. le docteur Sabrazès {Sur le favus de l'homme, de la poule et du chien, Bordeaux, 1893), travail que nous ne saurions trop recommander au lecteur, et où l'auteur conclut à la pluralité des champignons faviques, tout en faisant des restrictions relativement au nombre des espèces.