ANATOMIE PATHOLOGIQUE
par un acide. « Cette atrophie du cheveu, dit Lailler, explique sa fragilité. » Mais il est encore une autre cause de fragilité, c est l'inliltration au cheveu par les spores, infiltration parfois assez pénétrante pour dissocier les éléments constitutifs du derme. Cette infiltration est moins grande que dans la teigne tondante, d'oii fragilité plus grande et cassure plus ^facile des cheveux dans cette dernière atTection.
Il faut en effet ne pas oublier que, ainsi que l'a dit Baker, l'Achorion n'atteint le cheveu que secondairement. Le cheveu semble jouer, par rapport à sa végétation, le rôle que joue le tuteur pour les jeunes arbres. L'Achorion, dont les éléments sont réunis en masse compacte, sans racines étendues à la surface de la peau, a besoin du cheveu et de l infundibulum pilaire pour se maintenir et pour progresser. Il n'atteint le poil qu'au, bout d'un certain temps, et le poil devient pour lui une retraite sûre dans laquelle il résiste avec avantage aux agents de destruction (1).
Mais l'envahissement du cheveu par le champignon favique est chose certaine, comme l'ont bien montré Bazin, Lailler, Kaposi, contrairement aux assertions de Lebert, Wede, Ch. Robin, Gudden. Ainsi que nous avons pu le constater dans nombre de cas, cette pénétration est certaine, mais inconstante.
Le parasite, dans le poil, peut remonter très haut jusqu'à l'extrémité du poil, et il descend aussi tout d'abord vers la racine du poil.
Dans cette descente, certaines parties du poil sont respectées. Le parasite, par exemple, ne pénètre que rarement le bulbe, de même que la gaine externe du poil, le corps muqueux de Malpighi. Il respecte les cellules molles.
C'est en effet principalement dans l'écorce du poil que végète le champignon favique, mais le poil entier peut être envahi par le parasite, comme l'ont bien montré Kaposi, Lailler, Besnier et Balzer. L'on a écrit de longues pages sur les causes des altérations du poil dans le favus et de l'alopécie favique et les auteurs ont émis sur ce sujet les opinions les plus contradictoires. Nous ne fatiguerons pas le lecteur en discutant et relatant longuement ces diverses théories d'importance assez secondaire suivant nous. D'après nos recherches, ces différentes opinions contradictoires sont trop exclusives les unes des autres et toutes doivent être considérées comme jouant un rôle plus ou moins considérable dans l'étiologie de l'altération du poil favique et de l'alopécie favique.
Le poil, engainé dans le godet favique et respecté d'abord par le parasite, finit en effet par être envahi au bout d'un certain temps. Tout d'abord on
(1) Balzer, Recherches histologiques sur le favus et la trichophytie {Archives générales de médecine, octobre 1881).
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voit les tubes et les sporules progresser entre les cellules de la racine et dans les couches de l'enveloppe du poil. Le parasite peut pénétrer dans l'intérieur du poil en traversant directement la cuticule et en l'envahissant d'emblée, comme l'a montré Kaposi, contrairement à l'opinion de Hoffmann. Mais il est absolument certain que le champignon peut envahir le bulbe et que assez souvent, comme l'a montré Hoffmann, comme l'a montré Kaposi dans son excellente exposition de la théorie du détour, le champignon n'envahit l'intérieur du poil qu'après avoir pénétré dans l'inlundibulum jusqu'à la limite inférieure de la cuticule au-dessous de laquelle il passe pour germer ensuite devant l'épaisseur du poil. Pendant longtemps, ainsi que l'a vu Unna, le parasite s'arrête dans les cellules du bulbe pileux comme devant un mur. Mais, contrairement à ce qu'a dit Unna, le champignon peut finir par détruire cette barrière ; il franchit la gaine épithéliale interne du poil. A son contact, le derme finit par s'enflammer et s'ulcérer, les papilles du poil se détruisent et c'est en partie à ces ulcérations que sont dues les cicatrices que l'on observe après la guérison du favus. La destruction des papilles des poils et l'alopécie cicatricielle mettent un terme à l'évolution |du champignon, le parasite ne subsistant que dans le foyer folliculaire.
Dans des cas exceptionnels, le favus peut envahir les ongles. Comme le font observer avec raison Besnier et Doyon, dans leurs annotations à la traduction de Kaposi, cette rareté de l'onychomycose favique est très remarquable, le sillon unguéal étant durant de longues années tapissé de fragments de favus par l'action du grattage. Lailler a eu l'obligeance de nous prêter de très belles préparations de favus des ongles, dans lesquelles on voit les filaments de mycélium siéger dans la substance unguéale et dissocier les cellules de l'ongle.
Ces préparations, montrent bien que dans le favus unguéal les spores sont moins nombreuses, le mycélium au contraire plus abondant.
Comme l'a fait remarquer avec raison Henri Fournier (1), un fait à ne pas omettre est la survivance du favus des ongles au favus du cuir chevelu, sa persistance durant de longues années, après que la maladie du cuir chevelu est éteinte et oubliée.
J. Fabry (2) insiste également sur l'absence d'amas de spores au niveau de l'ongle favique. Il montre que les foyers d'éclosion du champignon sont le tissu unguéal entre les papilles du derme et les prolongements épithéliaux ; de là le champignon pénètre dans les couches supérieures de l'épi-
(1) H. Fournier, Étude sur la trichophijtie des ongles {Journal des maladies cutanées et syphilitiques, i'^ série, 1889, p. 3, note 1).
(2) J. Fabry, Ueber Onychomycosis favosa {Archiv fur Dermatologie und Syphilis, 1890).
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derme non kéi-alinisé. Dans les lamelles cornées de l'ongle, il n'y a pas de rdaments; il n'y a pas de terrain qni convienne au lavas dans les couches cornées de l'ongle. Le champignon, d'après Fahry, ncpénétrerait nidans les papilles, ni dans le derme. Il végète surtout entre les papilles et les prolongements interpapillaires du corps de IMalpighi. Aussi comprend-on que la masse épaisse du réseau filamenteux, séj)arant ainsi les couches épithéliales des vaisseaux papillaires, amène une modification plus ou moins prononcée de l'ongle.
Nos connaissances sur l'histologie du favus des muqueuses sont presque nulles, car l'on peut dh'e d'une façon générale que le favus n'envahit jamais les muqueuses. Dans un cas présenté à la Société de médecine de Vienne [i) par Kaposi et Kundrat, à l'autopsie d'un malade atteint de favus généralisé de la peau, du service de Kaposi, l'on put constater au voisinage du pylore un infiltrat de la dimension d'une pièce de deux francs, recouvert d'une eschare diplithéritique. Un examen histologique attentif fit voir qu'il s'agissait bien d'un cas de favus de l'estomac, car, dans les masses d'exsudat. on constatait la présence de mycéliums faviques analogues à ceux que l'on observe sur la peau. Au niveau des points enllammés et érodés de l'intestin, on ne trouva pas le champignon favique, sans doute, d'après les auteurs, parce que les champignons étaient exposés à l'action des liquides intestinaux. 11 s'agissait bien dans ce cas, d'après les professeurs Kaposi et Kundrat, d'une gastro-entérite faveuse. Ce fait est absolument extraordinaire, car jusque-là l'on n'avait jamais trouvé de favus de l'estomac, môme chez les animaux. L'on peut d'ailleurs se demander à la rigueur si, dans ce cas, les champignons trouvés dans l'estomac étaient bien les champignons du favus, ou si l'on n'était pas en présence d'une autre variété de Mucédinées. En tous cas, il est regrettable que la démonstration al)solue de la nature favique de ce champignon n'ait pas été appuyée par des cultures et des inoculations expérimentales.
Nous avons décrit le champignon favique dans son aspect et dans ses rapports avec les tissus au milieu desquels il se développe. 11 nous faut maintenant l'étudier au point de vue de sa nature, de son développement et de sa fructification. Nous aurons incidemment à dire quelques mots de son origine.
Jusqu'au jour oii les frères Tulasne en France (1831), puis bientôt Ber-
(1) Kaposi et Kundrat, Favus généralisé, Favus de rintestinet de l'estomac (Wiener mcd. Wochenschrift, 1884, p. 1287-1467).
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keley en Angleterre et de Bary en Allemagne, eurent transformé complètement les idées régnantes en mycologie en fondant la théorie du polymorphisme des champignons, l'Achorion Schônleinii fut considéré comme une espèce absolument distincte, ne présentant aucun rapport, ne pouvant être confondue avec le Trichopliyton tonsurans, les Pénicillés, etc., etc., et autres champignons des moisissures.
Mais quand ilfut démontré que beaucoup de formes déterminées, regardées comme caractéristiques d'autant d'espèces de champignons, n'étaient souvent que des transformations d'une même espèce ; quand il fut prouvé qu'un champignon peut revêtir jusqu'à trois ou quatre formes fécondes, ces formes dépendant du milieu de culture, un certain nombre de dermatologistes voulurent assimiler les champignons parasites de la peau aux moisissures végétant en dehors de l'organisme humain. En outre des dermatologistes considérèrent l'Achorion et le Tricliophyton comme des variétés de fructification d'une même espèce.
L'on vit alors en 1834 Hebra considérer le Penicillum comme le champignon originel, pouvant, suivant les conditions spéciales de végétation, déterminer le favus ou l'herpès, ou tous les deux, lorsqu'ils se développent sur la surface cutanée. L'on vit Lôwe considérer au contraire l'Aspergillus comme le champignon pouvant produire le favus ou une forme sporifère particulière de celui-ci, le ïrichophyton tonsurans. Pick, Tilbury Fox, admirent l'identité du Tricliophyton et de l'Achorion Schônleinii. Hallier, reprenant dans des travaux qui eurent un grand retentissement, les essais de cultures tentés autrefois par Remak, crut observer la transformation de l'Achorion en Penicillum glaucum.. Baumgarten confirma les recherches de Hallier. Hoffmann fit au contraire dériver le champignon favique du mucor. Dans ses premiers travaux, Grawitz combattit également la spécificité des formes végétales correspondant aux différentes teignes et les fit, lui aussi, provenir d'une seule et même espèce végétale.
Dans une série de travaux fondés sur des expériences de culture, sur des inoculations pratiquées chez les animaux, Grawitz combattit également la spécificité des formes végétales correspondant aux différentes teignes et les fit, lui aussi, provenir d'une seule et même espèce végétale, qui n'était plus ni l'Aspergillus, ni le Penicillum, ni le Mucor, mais l'Oidium lactis.
Dans une troisième série de travaux basés sur des inoculations pratiquées chez les animaux, Grawitz conclut que les champignons de la teigne et du favus, non seulement étaient identiques entre eux, mais encore étaient identiques aussi au champignon du muguet, au champignon du pityriasis versicolor, enfin que toutes ces espèces pathologiques n'étaient elless
CULTURE ET DÉVELOPPEMENT
mêmes que des modifications morphologiques d'un champignon vulgaire, rOidium lactis, lequel lui-même était identique au Mycoderma vini (1).
Mais les résultats si contradictoires obtenus par ces différents expérimentateurs d'une part, et d'autre part ce fait que les inoculations souvent répétées chez les animaux et sur l'homme, des divers champignons des teignes, n'ont jamais reproduit que l'espèce végétale inoculée, que l'inoculation des croûtes faviques n'a jamais reproduit que le favus, que l'inoculation de la teigne tondante n'a jamais reproduit que le Trichophyton tonsurans (Kôbner, Peyritsch, Mac Gall Anderson, Rollet, Gailleton et Gigard, etc.) auraient dû mettre en garde les expérimentateurs précités, auxquels on pourrait donner le nom d'identistes.
C'est ce que comprirent Kobner et Peyritsch qui continuèrent à démontrer que l'Achorion et que le Trichophyton constituaient bien, comme on l'avait admis jusque-là, deux espèces distinctes l'une de l'autre et n'ayant aucun rapport avec les moisissures, contrairement à l'opinion défendue par l'école de liebra.
En effet ces résultats contradictoires devaient faire supposer que ces prétendus champignons originels : Penicillum, Aspergillus, Oidium, n'étaient que le résultat de productions accidentelles ou de germes étrangers introduits comme impuretés dans la culture. A cette époque, en eiîet, la technique employée pour les cultures était mauvaise. Les cultures n'étaient pas complètement à l'abri de l'envahissement de tout germe extérieur.
L'application à ces recherches de la méthode de cultures pures créée par Pasteur, que Koch perfectionna par sa méthode de cultures sur milieux solides, permit enfm de placer de nouveau la question sur un terrain réellement scientifique.
Que vit-on alors ? On en revint au point de départ, et les recherches de Duclaux, de Nauwerch, Bœr, les récentes recherches de Gra^Yit';, de Verujsky, Pick, Kral, Elsenberg, vinrent démontrer que l'Achorion Schonleinii constituait une espèce distincte, ne pouvant en aucune façon être considérée comme une forme de fructification du trichophyton, de l'oïdium, du pénicillium, du mucor, etc., etc.
La cryptogamie scientifique venait donc vérifier ce que depuis longtemps avaient démontré la clinique et les inoculations expérimentales : la, teigne faveuse est une maladie spéciale déterminée par un champignon spécial, l'Achorion Schonleinii.
Abordons maintenant l'étude des cultures de ce champignon.
En janvier 1886, Grawitz (2) revient en grande partie sur ses premières
(1) Grawitz, Archives de Virchow, 1887, LXXVII et 1881, LXXXL
(2) Grawitz, Société de médecine de Berlin, 6 janvier 1886.