Influence du lieu d'origine et de la station
Loi. — Toutes choses égales par rapport au sol, il y a un climat et 2^71 5^2// qui réalise les conditions optima donnant au bois de chaque essence forestière son maximum de pesanteur spécifique, de dureté, d'élasticité, de cohésion, etc., c'est-à-dire son maximum d'utilité. Ce climat est la station naturelle de Fessence considérée. Quand cette station naturelle dessine une bande ou une zone de pays, c'est au mi-
co>stiti;tion des bois
lieu de cette zone que le bois est le meilleur ; c'est au centre, si Taire dessine une circonférence.
En ce moment où Fexotisme sévit avec rage dans le monde forestier, il est bon d'éclairer le public sur la valeur des produits qu'on lui livre, produits que le commerce, à juste titre méfiant, achète bon marché, mais qu'il revend le plus cher possible à une clientèle ignorante. C'est le consommateur qui pave, en somme, les frais de l'aventure.
Examinons donc comment se comportent, au point de vue de la valeur des bois, quelques essences dans leurs stations naturelles et artificielles. Et, pour cela, reportons-nous au diagramme ci-dessous du D' Gaver :
Station artificielle IIK, plus froide que la station naturelle.
( ir\ plus froide que Voptimum.
Station naturelle } l, Optimum.
{ ir, plus chaude que Voptimum.
Station artificielle III^, plus chaude que la station naturelle.
Si la loi énoncée plus haut est \raic pour chaque essence, le poids du bois doit décroître de I à II, puis de II à III. En même temps la largeur des cernes doit devenir plus grande ou plus petite.
Faits. — 1** En Allemagne, l'aire du chone s'étend sur IK, sauf, cependant, dans les plaines du Rhin, où le climat est voisin de ro/?//m?^m. Parla culture, cette essence a été introduite jusque dans IIF. D'une façon générale, la largeur des cernes croît avec la chaleur, et les accroissements diminuent régulièrement de III^ à IIK. Voyons comment varie le poids spécifique. Dans le Spessart 'IV], le bois de chêne adulte, dCvSséché à l'air libre, a une pesanteur spécifique de 50. Dans les plaines du Rhin, ce même poids spécifique atteint 74.
2® Le mélèze a été introduit depuis plus d'un siècle, dans 11^ en Allemagne, et dans MF en Danemark. Dans ces deux stations artificielles, la croissance est extraordinairemenl ra-
PROPRIÉTÉS PHYSIQl'ES, MÉCAMQIKS ET CHIMIQUES 45
pide, mais le bois est plus léger. Son poids spécifique n'y est que de 45, alors qu'il atteint 80 dans sa station naturelle. 3<* L'épicéa, dans sa station naturelle (I et IP), a une pesanteur spécifique de 45 ; introduit dans III^, son poids s'abaisse 51 38 et 41. Dans les forêts alpestres de fin (IFj, le poids spécifique varie entre 40 et 42, c'est-à-dire qu'il est toujours inférieur au chiffre trouvé pour la station naturelle. En France, l'épicéa cultivé dans III^ est encore plus léger et plus mou ; son bois, cassant comme verre, n'est propre qu'à la confection de la pâte à papier.
4*> Les chênes blancs d'Amérique ont dans le Sud, c'est-àdire dans leur station opiima, une pesanteur spécifique de 89, et les chênes noirs, de 75. Dans le Nord, les chênes blancs n'ont plus qu'un poids spécifique de 77, et les noirs, de 70.
Ces observations ont un intérêt énorme au point de vue de l'utilisation industrielle des bois, la résistance à la pression et à la rupture étant fonction de la pesanteur spécifique.
Toutes les autres propriétés des lx)is sont d'ailleurs plus ou moins affectées par une transplantation de l'essence en dehors de son habitat. Qui ne sait que l'Eucalyptus donne, en Australie, des traverses de chemins de fer durant de 30 à 40 ans sans préparation, et que ce même bois ne résiste pas plus de 10 à 12 ans en Algérie, dans des conditions similaires ? Qui ne sait que le pin sylvestre de l'Yonne est à ce point détestable que, débité en chevrons et en lattes, on ne saurait fixer sur lui une couverture d'ardoises? Qui ne sait (|ue notre sapin, descendu à de trop basses altitudes, donne un bois chanvreux, sans élasticité et sans force, à telles enseignes que le commerce jurassien, qui écoule en Algérie ses l)ois inférieurs, s'est discrédité dans notre colonie ? Qui ne sait enfin, dans un autre ordre d'idées, que le pin maritime, gemmable dans les Landes, ne l'est plus en Sologne et en Corse ; que les acacias australiens, précieux producteurs de gomme et de tanin dans leur pays d'origine, n'ont donné, en Algérie, que des produits inférieurs ?
11 faut donc se garder des fols entraînements et se pénétrer de l'idée que les essences introduites ne pourront jamais concurrencer sérieusement les nôtres. Le pin Weymouth, qui est réputé le meilleur bois de l'Amérique, passe à juste
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titre pour être le plus mauvais d'Europe. Quie ponvocs-ivous, dès lors, ^t^tendre des Pitms resinosa, jP« B^nkdama^ P. rigida.P. ponderosa, «dont le hois est moins âj)prédé que celui du Weyiiaouth dang leur pays d origiae ? Pease4<Mi pouvoir parvenir à améliorer avec le temps et par une bonne culture le bois des mauvaises esp(x*es introduites ? Ce serait; nourrir une singulière illusion^ attendu qu*il faudrait voir d abord si l'on peut, par ce moyen, changer quoi que ce soi! à la nature de nos bois indigènes et spécialement rendre bons les mauvais.
En résume, ce que nous a\ons de mieux à faire, c'est de continuer à cultiver le chcne, le frêne, 1 orme dans les plaines, le hêtre dans les coteaux pierreux, le sapin et Tépicéa dans les montagnes, en suivant le plus possible les indications de la nature. A cette condition seulement nous obtiendrons les meilleurs et les plus utiles produits du soi- Que si néanmoins, pour des raisons particulières, on est forcé d'employer certaines espî^ces en dehors de leur station naturelle, il \ aura toujours lieu de se montrer prudent dans tutilisaiion de leur bois.