CHAPITRE m
CONSTITUTION CHIMIQUE DU BOIS
Le bois fraîchement abattu et non écorcé renferme en
moyenne
40 <^/o d'eau hygrométrique, 1 ^/o de cendres, 59 o/o de principes élémentaires.
1. Eau. — La quantité d'eau hygroscopique varie avec l'essence, la nature des bois, et l'époque d'abatage. Schubler et Hartig ont trouvé pour des bois coupés en hiver :
Charme 18,6 Vo
Saule Marceau . . 26
Erable sycomore . . 27
Sorbier des Oiseleurs 28,3
Frêne 28,7
Bouleau 30,8
Alisier terminal . . 32,3
Chêne rouvre . . . 34,7
Chêne pédoncule . . 35,4
Epicéa 37,1
Marronnier. . . . 38,2
Vo
Pin sylvestre . . .
Hêtre
Aune ......
Tremble
Orme champêtre . .
Sapin
Tilleul à gr. feuilles.
Peuplier d'Italie . .
Mélèze d'Europe . .
Peuplier blanc. . .
Peuplier noir . . • .
Ce sont les vieilles tiges qui renferment le moins d'eau ; viennent ensuite les branches, puis les jeunes bois. Les bois abattus en saison morte contiennent environ 10 ®/o d'eau en moins que ceux abattus en temps de sève.
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2. Principes immédiats des plantes. — Au point de vue chimique, le bois se compose essentiellement de cellulose et de vasculose.
La cellulose a pour formule générale (C**H"0'®)" ; elle se divise en cellulose simple (C"H*®0*°)S soluble dans le réactif de Schweitzer, qui constitue la moelle, le tissu des jeunes cellules et une partie du parenchyme et des vaisseaux, puis en paracellulose (C"H'*0'®)', également soluble dans la même liqueur mais seulement après l'action des acides, qui forme le surplus du squelette Ugneux.
La vasculose a pour formule C''H**0*'* ; elle existe dans tous les tissus végétaux, mais en proportion variable suivant les essences. Frémy et Urbain ont trouvé les nombres suivants pour quelques espèces caractéristiques :
EHencei
VaaealoM
CelluloM
Peaplier. • . •
Chêne
Bois .
Ebèoe.
GaTac
Bois de itr
Ces résultats montrent qu'un bois est d'autant plus nerveux, solide et résistant qu'il contient davantage de vasculose. Celleci, d'ailleurs, est beaucoup plus abondante dans le cœur que dans l'aubier, dans les bois durs et denses que dans les bois tendres et résineux. De plus, cette vasculose, qui n'est pas autre chose que la matière incrustante des anciens auteurs, donne, par la distillation sèche, la majeure partie de l'esprit de bois et de l'acide pyroligneux. Payen a trouvé que l kilogramme de chêne rend 40 grammes d'acide acétique, tandis que le môme poids de peuplier n'en fournit que 36 grammes, et la cellulose pure 24 grammes.
La vasculose se décompose facilement sous l'action de lacide azotique, ou de l'oxygène de l'air. Par suite, le bois
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exposé aux intempéries perd peu à peu de sa consistance et de sa dureté. La disparition de la vasculose est donc une* source d>ltération du bois, en tout comparable à l'action des ferments or^janisés.
Les tissus végétaux, spécialement les .jeunes tissus, renferment des ferments solables ou diastases, qui sont les agents aoUfs de la> transformation des aliments des . plantes. • Citons Vamylasey qui change Tamidon en dextrine ; la pecfase, qui transforme la pectine cartilagineuse en acide pectique ; la pepsine, qui aide à la digestion de la chair animale (latex du figuier, suc brut du papayer) ; Vémulsine de Tàmàildier, du laurier-cerise, des alisiers et des sorbiers ; la saponasei'qm change Thuile en glycérine^ etc.
On peut plaeer au voisinage des d^astases les amides^ et en particulier Vasparagine, si répandue dans le suc cellulaire des jeunes pousses, dans celles de l'orme notamment; puis les alcalis organiques, très souvent doués de propriétés médicinales, qui les font rechercher par rindustrie, comme la quinine et la cinchonine, la. pipéridine, la caféine et la théobromine^ extraites des Quinquinas, des Poivriers, des Caféiers, des Thés et des Cacaoyers.
Les matières de réserve et d'excrétion abondent surtout dans les tissus plus âgés. V amidon G* (H*0^), retiré de la moelle du stipe de certains palmiers, fournit la fécule connue dans le commerce sous le nom de Sagou.
Les gommes sont exploitées dans les pays chauds ; elles proviennent surtout des acacias. Les espèces gummifères sont : au Sénégal, Acacia arabica, A. adstringens, A. fasciculata, A, Neboueb^ A. Sénégal, A. Seyal et A, Verek; en Mauritanie, Acacia Gummifera et A, tortilis ; en Arabie, A. Ehrenbergii, A, Seyal et A. tortilis; aux Indes, A, leucophlea et A. indica; en Australie, A. decurrens, A. homalophylla A. melanoxylon^.A, moUissima, A., pycnantha et A. Sophora; au Cap, Acacia capensiset A. horrida.
Les matières grasses, beurres et huiles végétales, sont fournies exclusivement par les fruits et leô'^rain^s de» végétaux variés. Le suif de Chine provient des, graines d'une Euphorbiacée, la StilUngia se^ bifera. Le beurre de la SénégambieproyieJitdu^péricarpe des fruits du Butyr.ospermum Parkii, et .le beurre du Japon, du péricarpe des fruits du Rhus succedaneum. L'huile d'olive provient des baies de l'olivier; l'huile dargau, des baies de Tar^anier (^Arg'aiiia sideroxy^ Ion); l'huile de palme,' des fruits 'd'un pakmierMde la Guinée [Eèxis guyanensis); l'huile de ricin, des graines ^ de diverses espèces de ricins; l'huile de noix, de la graine du. noyer; l'huile de faîne, de la graine du hêtre ; etc.
La glu provient d'une matière de réserve, ta tiscine, qùî se trouve dans les racines des viornes, l'écorce du houx,- l'enveioppe cellulaire et les fruits du gui.
Le camphre se trouve dans les parties jeunes de certains végétaux
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et s'obtient par voie de distillation. Le Dryobalanops camphdra donne le camphre de Bornéo, et le Cinnamomum camphorai le camphre du Japon. Le D'' Trabut a recommandé, sans grand succès d'ailleurs, la culture de cette dernière plante en Algérie.
Les corps sucrés comprennent les glucoses et saccharoses, les mannites du frêne et de Térable, la pinite des pins, la quercite des chênes, etc. Tons proviennent de la trançfonpatipn» sous rin(Ii}ÇKce . des basses températures, deramidon en dextrine,puis en sucre, et sont contenus dans la sève.
La sève du Negundo ûceroïdes est très riche en principes sucrés ; elle fait même, en Amérique, l'objet d'une exploitation industrielle suivie (sucre et miel d'érable). Par contre, la sève de nos érables* indigènes ne renferme que 5 7o de sucre ; celles du bouleau, du charme et du tilleul ne contiennent qu'à peine 2 7o de cette même substance ; il en résulte que leur extraction ne serait rémunératrice dans aucun cas.
Aux saccharoses, se rattachent les ghtcosides, qui sont des corps neutres ou faiblement acides, de composition toujours ternaire (carbone, hydrogène et oxygène), et qui comprennent notamment la salicine et la béluline, abondantes dans le bois et Técorce du bouleau et du saule, et utilisées en Russie dans la préparation des cuirs dits de Russie, puis enfîn les tanins, dont nous aurons à nous occuper plus loin.
Par ces derniers, on passe aux acides organiques existant dans les tissus ligneux, tantôt àl'état de dissolution séveuse, tantôt àTétat de combinaisons avec des bases minérales ou organiques. Les plus répandus sont l'acide gallique, (cœur du chêne et du châtaignier, feuilles de sumac et de busserole, cupules du chêne Vélani, graines du Manguier, gousses du Cœsalpiniaf etc.) ; Vacide acétique, obtenu industriellement par distillation en vase clos d'essences variées ; Vacide oxalique, généralement à l'état d'oxalate, et qu'on extrait de la sciure de bois.
Puis viennent des composés binaires ou carbures, exclusivement formés de carbone et d'hydrogène, qui donnent : 1<^ les essences ; 2* les résines, parmi lesquelles on peut citer: le benjoin, le styrax et le baume de Tolu, provenant des Styrax Benzoin, St. officinale et Myroxilium toluiferum ; 3* les caoutchoucs tirés tantôt de grands arbres comme les Ficus elastica (Indes), F, Vogeiii (Sénégal et Soudan) et Castilloa elastica (Amérique du Sud), tantôt d'arbustes comme le Kickscia elastica (Guinée), tantôt de lianes appartenant surtout aux Apocynées et aux Asclépiadées, genres Landolphia, Carpodinus et Calotropis (Sénégal, Soudan, Guinée, Madagascar) ; 4* les Gutta-perchas, comprenant : la Gutta de la Malaisie et de Bornéo, fournie par le Palanquium {Isonandra!) Gutta; le Balatadn
CONSTITUTION DES BOIS
Bas Orénoque, fourni parjune Sapotée, le Mimusops balata ; le Para du Brésil, fourni par de grandes et^superbes Euphorbiacées, comme les Hevea et les Siphonia; les laits'j)égétaux, parmi lesquels il faut citer le latex, du Brosimum utile (Amérique), Jatex comestible et possédant toutes les qualités du lait.
3. Alatières minérales.— Cendres. — En brûlant un végétal quelconque, on obtient toujours un résidu incombustible, ce sont les cendres, formé d'un grand nombre de corps simples, parmi lesquels on doit citer : le potassium, le sodium, le magnésium, le calcium, Taluminium, le fer, le manganèse, le chlore, le phosphore, le soufre et le silicium.
La teneur en cendres est très variable : les variations peuvent aller du simple au quadruple pour des essences différentes et du simple au double pour des espèces identiques, suivant la nature du sol et les conditions de la végétation.
Nous donnons ci-après le résultat des recherches de Malaguli et Durocher sur la composition chimique des cendres de quelques espèces forestières.
COMSTITUTIO.N CHIMIQUE DU BOIS
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^0 CO>STITUTION-0ES BOIS
Il suit de là, qu'on peut classer comme suit^par ordre d'importance, les éléments inorganiques entrant dans la composition des «ssences forestières :
( Chaux. . 56.73 «/,
Bases } Potasse et soude 16,81 »
( Autres oxydes 2.08 »
( Acide phosphorique 9.44 Vo
Acides J ^^jj^ sulfurique 2.50 »
Les différentes parties des arbres ne renferment pas des proportions équivalentes de cendres ; les feuilles et le chevelu des racines en contiennent le plus ; viennent ensuite Técorce, les branches, la tige et enfin les racines. La chaux et la silice se trouvent surtout dans Técorce, la potasse se localise plutôt dans les feuilles et dans le bois.
Des indications du tableau qui précède, il ressort encore que les cendres renferment à peu près 18 Vo de leur poids en sels solubles, principalement en sels de potasse. Avant que rindustrie fut parvenue à extraire économiquement la potasse, des sels de Stassfurt, du feldspath orthose et du salpêtre, on se servait des cendres végétales pour la fabrication du carbonate de potasse. Après incinération des bois, les cendres étaient lessivées ; le produit du lessivage était ensuite évaporé, calciné et raffiné. Le rendement en carbonate de potasse n*atteignant pas les deux milliènies du poids du bois, cette fabrication est à peu près partout abandonnée.