A»T. IX. - POURRITURE DES BOIS ABATTUS OU MIS E.\ OEUVRE
Il existe une masse prodigieuse de champignons produisant des pourritures le plus souvent inconnues, dans les bois abattus ou mis en œuvre. Nous n'en citerons cependant que rteux, particulièrement dommageables : le Slereum purpurenm, Fr. , et le AJerulius lacrymans, Schum.
^\ Slereum purpureum [i). — H se développe en été sur la découpe des bois tronçonnés, qui séjournent longtemps a proximitedes usines, principalement sur les troncesde hêtre ou il cause des dégiits considérables.
Il est facile de s'apercevoir du mal, car la pourriture débute par l'apparition, sur la section de tronçonnement, de croûtes purpurines ou lilas, se transformant plus tard en champignons de 4 centimètres environ de diamètre, en forme de coquille, à rebords incurvés 'fig. 124, PI. VIII). Peu à peu,
(1) D'Aneois oi Jdbaihtiili, Revue det Eaux et Forêts, juin 1890. Mathet. — Exploitation des bois. I. 13
ces champignons se groupent, s'imbriquent et recouvrent toute la section de la tronce.
Le bois de luHre, attaqué par le Stereum purpureum. se décolore pâlit et prend une teinte dun blanc jaunâtre oarac- S.q«;fen même temps qu'il se décolore il devient loger, friable et perd toute valeur comme bois d mdustne.
Lfclécomposition de billes de 4 mètres s'opère avec une très Vande rapidité (en moins d'un an, à Darney, ou M . d Arbois de JubainviUe en a fait la constatation;.
Pour se prémunir contre les attaques de ce champignon . fautXbiter le hêtre encore vert, ne pas tronçonner les pun^s lur les chantiers, et au besoin recouvrir dune couche de
«ÏTeSrt^t- - C'est le Champignon des
'^Z^o^TclTRU considérables,, depuis que WmploTe tort et à travers, pour la charpente, des bois a 1 on emploie provenance, qui se-
Stïo ; selm nr;L la fabrication Se la pAte à papier, ïï d"we?oppant primitivement sur les charpentes résineuses U gagne ensuite les parquets de chêne, les boiseries, même
PI VlÏ prend une coloration brune ; en même temps, .1 se !or8e d'eau, devient tendre, peu fendillé, et se laisse couper Se du beurre. Si on laisse sécher un fragment de ce .oS n se débite, par des fentes orthogonales m une série TpeHt'cubes étigés. Le bois envahi par le Polyporùs ««toraZqni offre h peu près la même teinte brune, se fend îu cônralc, de foçon toujours irrégulière princ.pale- „J .Sns le sens longitudinal. 11 est donc facile de distin- ^Tr lesTcllroL inictés par l'un ou l'autre de ces para-
"^'lo Merulius lacrymans ne se propage pas seulement de nik-e de bois à pièce de bois ; on le voit aussi ramper, dans es Ze.JZ forme de lames feutrées, de cordons et de toiles anné;uses, sur les mursetles dalles humides, a la recherche (l'une proie ligneuse.
Les réceptacles de ce champignon sont formés par des plaques de 10 à 50 centimètres, charnues, spongieuses, humides, d'abord blanches comme de la craie, ensuite jonquille, puis brun rouillé, avec une large bordure floconneuse et blanche. Ces plaques sont relevées de plis alvéolés, dentés, jaunes, rosés et bruns. La surface hyméniale porte une quantité/?ro(//yiewje de spores d'un jaune orange, conservant très longtemps leur faculté germinative et donnant naissance h (les nuages de poussière brune.
Ces spores disséminées par l'eau, les souris, les rats, les passants, etc., tombant sur des bois poreux et humides, germent en produisant des filaments déliés, qui s'insinuent à travers la masse ligneuse, se répandent à l'intérieur des cellules et sécrètent des toxines destructrices de la matière ligneuse. Les hyphes portent des boucles, qui, à défaut d'autres caract(*res. permettent de reconnaître le Merulius dans les bois envahis depuis peu. Tantôt elles circulent isolément dans la masse du bois, tantôt elles se réunissent en feutrages gris et luisants, tantôt enfin elles s'étalent à la surface des charpentes, les couvrent de voiles blancs et aranéeux, de cordons grisâtres et de peaux laineuses, laissant tous exsuder de larges gouttelettes d'eau.
Le mvcélium du Merulius est très vivace. Il résiste pendant longtemps môme à l'intérieur de pièces superficiellement desséchées et ne présentant plus aucune trace apparente d'infection.
En vertu des dispositions de l'art. 1782 du code civil, les entrepreneurs et architectes sont civilement responsables, pendant un délai de garantie de dix ans, des accidents causés par leur négligence. On s'est donc demandé si l'on pouvait reconnaître, lors de la livraison, qu'un bois est atteint par le Merulius lacrymans, A cette question, on doit répondre par la négative. Ni le pouvoir polarisant du bois attaqué, différent de celui du bois sain, ni les indications du réactif de Ncssler ne peuvent donner une certitude à cet égard. En revanche, les juges chargés de la recherche des responsabilités devront s'enquérir, avant tout, de l'origine et de la qualité des bois.
Seront présumés responsables a priori, les entrepreneurs et architectes qui auront employé dans leurs constructions.
19fi
(les bois résineux ayant crû hors de leur station naturelle ou présentant moins de 15 couches (T accroissement au décimètre couvert.
Ce premier examen effectué, on verra s'il y a ou non, des vices de construction. Il est démontré que le voisinage ou le contact de matières alcalines sont indispensables au développement des spores du Merulius lacrymans. Sera donc considéré comme vice de construction, l'emploi, comme nialériaux de remplissage, de cendres, escarbilles, scories et autres substances humides pouvant dégager de l'ammoniaque. De môme, l'encastrement des bois dans des murs de pierres poreuses accessibles à l'humidité, le séquestre des pièces dans une atmosphère chaude, humide, non renouvelée, engageront la responsabilité des constructeurs.
En cas d'invasion par le Merulius dans une construction, il faut tout d'abord la purger des bois avariés, puis ouvrir des soupiraux dans les caves, pratiquer des prises d'air sous les planchers, en un mot aérer largement, partout où le mal s'est déclaré.
Comme préservatif, on a conseillé l'emploi de différents antiseptiques. Les meilleurs sont à base de créosote : le CarboHneum et YAnlinonnine, Ce dernier produit est une dissolution savonneuse d'orthodinitro-crésol-potassium. Rappelons qu'en Russie, où ce parasite exerce d'immenses ravages dans les constructions en bois, on badigeonne simplement les charpentes avec un lait de chaux, opération parfaitement justilîée, les spores du Merulius étant détruites par la chaux.