‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 3)Chapitre 45 sur 107 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DEFAUTS PHYSIQUES

Art. I«'. — ANOMALIES DE CROISSANCE.

Nous classons sous cette rubrique un certain nombre de défauts affectant la structure générale du bois sain, et influant plus ou moins sur sa solidité, son débit et son emploi. Ces anomalies de croissance sont tantôt spécifiques et héréditaires, tantôt purement accidentelles.

A. Torsion des fibres. — Les fibres, au lieu d'être reetilignes et parallèles à Taxe de croissance, s'enroulent autour de cet axe en dessinant des hélices. Les bois qui présentent ce défaut sont dits à fibres torses. On trouve l'explication du phénomène dans ce que la périphérie de chaque couche s allongeant encore quand la région centrale a fini de croître, les fibres superficielles, plus longues que les fibres profondes, doivent nécessairement, pour se placer, s'enrouler autour de Taxe. Lorsque les racines traversent d'abord une couche de terrain peu perméable, puis rencontrent des fissures ou des couches meubles et riches, il y a ordinairement production de bois à fibres torses. Ce défaut paraît être héréditaire dans certaines forêts Marchiennes et Saint-Amand ; dans la plupart des autres, il est fortuit et sporadique.

L'enroulement des fibres se fait tantôt de gauche à droite, dans le sens du mouvement des aiguilles d'une montre, 'tiges dextrorses), tantôt de droite à gauche (tiges senotes). La torsion peut n'affecter que l'aubier, ou à la fois le cœur et

l'aubier ; elle est d'autant plus forte que les arbres sont gros et vigoureux.

Cette anomalie de croissance est très fréquente chez le chêne, le charme, le marronnier, le pin sylvestre et l'épicéa ; plus rare chez les érables, le tremble, l'aune et les saules. Chez le chêne, le charme, l'érable, le tremble, les saules, le marronnier, l'épicéa, l'enroulement se fait tantôt à droite, tantôt à gauche ; il se fait exclusivement à droite chez le pin sylvestre. D'une façon générale, l'angle de torsion à gauche est moindre quel'angle detorsionà droite. C'estpource motif que les épicéas senotes du Risoux peuvent être encore utilisés pour la fente. La torsion exagérée des fibres diminue sensiblement la valeur du bois. D'une part, en effet, les arbres qui présentent ce défaut sont impropres au sciage et à la fente ; d'autre part ils offrent dans les constructions, une faible résistance comme pièces d'assemblage. Cependant, pour certains usages, cette disposition anormale des fibres est sans inconvénients : tel est le cas du débit en traverses. Elle peut même offrir des avantages, soit qu'il s'agisse de faire travailler les pièces debout (poteaux), soit qu'on les utilise pour vis de pressoir, blocs d'enclume, pièces de fondations, pieux pour constructions hydrauliques, etc.

Le bois provenant des arbres à fibres torses, est lourd, compact, peu élastique, difficile à travailler, se déchirant et s'arrachant sous l'outil.

11 est facile de reconnaître ce défaut sur l'arbre debout, car l'écorce participe au mouvement en spirale des libres intérieures du bois. Si l'arbre est coupé et écorcé, les fentes de retrait, au lieu d'être parallèles à la direction de l'axe de croissance, sont toujours obliques par rapport à cet axe (fig. 31). Enfin, si la pièce est travaillée, les fibres sont coupées par les plans d'équarrissage, et les solutions de continuité sont très apparentes à la surface du bois.

Fig. 31.

DEFAUTS PHYSIQUES

Fig. 32.

B. Croissance madrée. — Nous avons vu que, chez certains végétaux exotiques, les fibres, au lieu de rester parallèles, s'emmêlent à la façon des brins d'une chevelure. Cette structure enchevêtrée s'observe aussi :

normalement dans le bois de racines de nos arbres indigènes et anormalement dans le bois de tige de nos principales essences feuillues, "hêtre, chêne, frêne, orme et érable.

Dans ce dernier cas, tantôt elle est liée, comme chez le hêtre, à la déviation des fibres de la souche, et alors elle ne se maintient qu'à une petite distance du sol, apparaissant au dehors sous forme de ixmrrelets annulaires de lécorce; tantôt elle provient d'une irrégularité de croissance sur les différentes faces de l'arbre, auquel cas elle donne naissance à la structure ondulée, si commune chez le frêne et les érables.

En débitant suivant AB (fig. 32; un tronc de frêne présentant des couches ondulées, on obtient des planches ornées de dessins variés fig. 33 / qui font rechercher ces bois pour lebénisterie et la lutherie.

C. Bois ronceux. — Les lx)is ronceux ont les libres tordues et comme tressées; ils sont lourds, compacts, sans élasticité, difliciles à travailler, mais particulièrement résistants, surtout quand ils sont employés sous de faibles dimensions. Ils conviennent pour la machinerie et pour la fabri-

Fig. 33.

cation des pièces exposées au frottement et à l'usure. Les ébénistes en 4irent également bon parti en les nuançant au moyen de matières colorantes. Ils sont, par contre, peu estimés par les menuisiers et les entrepreneurs de constructions civiles.

D'une part, en effet, ils perdent par l'équarrissage une partie de leur force. D'autre part, la surface des planches est toujours plus ou moins irrégulière, trouée et pelucheuse, car la scie et la varlope travaillant souvent au rebours du fil du bois, les fibres sont nécessairement déchirées et arrachées par places.

Ce défaut est fréquent chez les chênes des taillis sous futaie, les peupliers, les frênes et les ormes de routes et d'avenues. 11 provient, soit de ce que l'arbre a crû sur \ieilles souches, soit de ce qu'il a été périodiquement émondé ou élagué. Généralement, les tissus ronceux sont disséminés par places dans la portion haute du fut et au niveau de l'insertion des anciennes branches ; ils forment alors des marbrures éparses sur les faces de sciage, marbrures qui ne déprécient point les planches et les plateaux. D'autres fois, comme cela se produit chez la plupart des chênes de la forêt de Fontainebleau, le cœur lui-même est ronceux, auquel cas le fut, impropre à la fente et au sciage, perd considérablement de sa valeur.

D. Sphéroblastes. Loupes. Broussins. — On désigne sous le nom de Sphéroblastes, de pe- Fig. 34. tites sphères ligneuses

pouvant atteindre la grosseur d'un œuf et apparaissant fréquemment sur l'écorce des chênes et des hêtres [fig. 3-4). Ce sont des bourgeons dormants qui n'ont plus conservé d'adhérence avec le bois de la tige et qui se sont accrus par voie de développement endogène. Ils ne sont susceptibles d'aucun emploi.

Les loupes (fig. 35 ) sont le résultat de blessures et de pi»

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qùres d'insectes ; elles se produisent aussi consécutivement à l'action des ferments pathogènes. Les tissus qui les constituent ont une texture plus ou moins confuse ; parfois les fibres sont absolument enchevêtrées et comme nouées.

Ces loupes sont recherchées dans l'ébénisterie et la marqueterie, à cause du parcours irrégulier des éléments de leur bois. Elles sont débitées en tranches minces et colorées artificiellement. En France, les loupes sont surtout fréquentes chez le hêtre, le chêne, le bouleau, l'orme, l'aune, le tilleul et l'érable ; les conifères en présentent rarement.

La formation des broussins est liée à la production, dans les tissus ligneux de la souche ou du fut de certains arbres, d'une multitude de bourgeons adventifs, qui, ne pouvant se développer normalement, finissent par se lignifier, en produisant de nombreuses excroissances. Débités en minces feuillets, ces broussins donnent un

Fig. 36

Fig. 37.

beau bois de placage, tantôt richement nuancé, tantôt finement moucheté. Quant à la cause qui a provoqué l'évolution des bourgeons, on peut l'attribuer, soit à des incendies fréquents, soit à un abroutissement continu, soit même à des émondages et à des élagages répétés.

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En Algérie, les incendies et le pâturage, qui ont détruit les plus belles forêts de thuya, provoquent une hypertrophie volumineuse des souches de cette essence. Ces loupes de thuya, d'ailleurs très rares et fort belles, étaient recherchées autrefois pour la fabrication des meubles de fantaisie. Mais, comme pour trouver de beaux échantillons, il fallait détruire des cantons entiers, on a renoncé à cette exploitation. Aujourd'hui, les ébénistes emploient surtout les loupes du noisetier du Levant, dont la formation a sans doute môme origine. Les broussins de l'érable à sucre et du bouleau (fig. 36 et 37) fournissent également de beaux placages à l'industrie. Ceux du noyer, des ormes, du frêne, des érables, du buis, du hêtre et du charme sont moins appréciés. E. Extre-écorce. — Lorque deux ou plusieurs tiges ou

branches se greffent par approche, la soudure est rarement complète, et une lame d'écoree subsiste généralement entre les billes ; d'où le nom d'entre-écorce donné à ce défaut. L'entre-écorce peut être nette, saine et marquée seulement sur la découpe par un double cœur (fig. 38; ; ce n'en est pas moins une cause de rebut, prévue par la plupart des cahiers des charges. II est facile de voir, en effet, que la présence de ce double cœur diminue sensiblement la résistance de la pièce appelée à travailler comme poutre ou solive et nuit à son débit en sciages. Fréquemment d'ailleurs, Tentre-écorce est accompagnée de défauts plus graves. Le vent produit souvent l'éclatement des tiges et des branches jumelles ; tout au moins, il occasionne des frottements suivis de flux de sève : ce sont autant de portes ouvertes aux germes de la pourriture. Lors donc que l'on veut estimer un arbre formé par deux tiges jumelles (fig. 39:, il est indispensable de mesurer la section au-dessus de leur point d'attache, c'est-à-dire sui- \ant AB et CL), et de \érifier soigneusement la bille de pied, (jui sera toujours classée comme douteuse. Suivant les cas,

Fig. 38.

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on fait alors porter la réduction sur la longueur de Tune seulement ou des deux billes réunies.

F. Excentricité du cœur. — Ce défaut consiste en ce que Farbre étant mal centré (fig. 40), le cœur n'est pas situé exactement en son milieu. Ce défaut est surtout fréquent

Fig. ao.

Fig. 40.

en montagne chez les arbres résineux; il est dû à des causes variées, parmi lesquelles nous citerons simplement : la dissymétriede l'appareil des racines et des branches, Faction du vent et les courbures géotropiques. L'excentricité du cœur ne constitue pas, pour les pièces de charpente, une tare sérieuse, bien que le bois soit moins homogène, donc moins élastique et moins résistant. et que la mise en œuvre entraîne un déchet plus considérable. Mais, pour le débit en sciages, Fincon\énient est beaucoup plus important. D'une part, en effet, une trop grande excentricité gène beaucoup le débit sur quartiers, et permet difficilement de décœurer la pièce ; d'autre part, les planches provenant de tels arbres sont très exposées à se fendre et à se voiler.

L'excentricité du cœur existe dans toutes les grosses branches : elle est souvent accompagnée de défauts très gra- >os, tels que la gélivure et le rouge.

G. Irrégularités de croissa.\ce. — Les accroissements

successifs el annuels sont loin d'être réguliers. Leur épaisseur varie avec les alternatives sèches et pluvieuses des saisons, les gelées printanières, les invasions de chenilles et d'insectes, le traitement auquel la forêt est soumise. Les variations tenant au mode de traitement sont les plus importantes, parce qu'elles produisent des phases durables de ralentissement et d'activité dans la croissance, phases qui ont un retentissement marqué sur la qualité du bois.

Les arbres qui ont cru à l'état isolé ou en massif plein, présentent des accroissements remarquablement réguliers : le bois en est donc très homogène, par suite très apte à la fente et au sciage. Ceux qui ont cru tantôt en massif et antôt à l'état isolé, comme dans les futaies jardinées, les taillis sous futaie et furetés, offrent des accroissements alternativement larges et minces ; le bois hétérogène travaille inégalement : il est donc très exposé, une fois mis en œuvre, à se gercer, à se tourmenter et à se fendre ; par suite, il ne peut être employé sous de faibles épaisseurs, notamment pour le débit en tranchage et en minces feuillets.

Croissance* en. fUtcuCe,

jardùuSe. ou. tmJl4.r

fureté.

Croissance en. tcuZUs sous futaie*

Fig \0bis.

IL Colrbires des tiges. — Une courbure trop accentuée des tiges constitue un véritable défaut qui limite les emplois des bois. Les grumes destinées aux compagnies de che-

DÉFAUTS PHYSIQUES 109

mrns de fer doivent notamment présenter une rectitude parfaite sur des longueurs minima de 4 à 5 mètres. Les traverses, châssis, étais de mines,

grumes de grande Ion- ^ ^^^

gueur, bois de marine, etc., yS^ y ^^X.

comportent ordinairement / y^~ j ""^-v. >v

des tolérances de cour- \^ ] >v/

hure, soigneusement spéci- - -* * "B

liées aux cahiers des char- Fi8- 41.

ges.La courbure se mesure

au moyen de la flèche CD, perpendiculaire élevée vis-à-vis de la plus forte dépression sur la corde sous-tendue AB jusqu'à sa rencontre avec la surface concave de la pièce fiy. 41;. Il est rare que le commerce accepte des bois dont la flèche de courbure est supérieure à 0m, 15. Tantôt la courbure se manifeste dans un seul sens ; tantôt, au contraire, elle se produit dans deux sens opposés, auquel cas, le défaut est beaucoup plus grave [fig. 42).

A première vue, il paraît très facile de trouver dans nos taillis sous futaie, des pièces de chêne parfaitement droites sur 4 mètres et 5m,50de longueur, pour des découpes exigées de lm, 20 et de lra,(>0 de tour. En réalité, il ne faut pas compter sur un rendement en volume supérieur à 30 °/0. Ainsi, dans 100 mètres cubes d arbres abandonnés, on trouvera rarement plus de 30 à 35 mètres cubes satisfaisant pleinement aux conditions requises. Avant donc de soumissionner Fig. 42. pour la fourniture de bois droits, le commerce devra peser avec soin les difficultés de l'entreprise, inventorier soigneusement son matériel et tenir les prix en conséquence. Il est facile d écrémer un lot de chênes, mais difficile de placer ensuite le surplus.

En ce qui concerne le débit en sciages, il est bien évident que la courbure exagérée des pièces entraine un déchet dans le rendement. Pour le débit en plots, ce déchet peut ne point être considérable, mais il est toujours très grand pour le déhit en sciages avivés.

La courbure n'est avantageuse que pour certains bois de

no

marine et de batellerie, d'ailleurs de moins en moins demandés. Tels sont les bois courbants, qui présentent une courbure régulière et continue sans coude, ni jarret (varangues et allonges), et les bois courbes. Ceux-ci sont des pièces droites, qui, en un certain point de leur longueur, font un coude brusque sur une face et qui, sur l'autre face, présentent la forme d'un congé raccordant les deux parties (Jottereaux:. La région moyenne du congé se nomme collet. Les deux parties de la courbe sont désignées sous le nom de branches.

Art. II. — NŒUDS.

Les nœuds sont les points d'attache des branches sur le tronc. Au voisinage de ces nœuds, les fibres sont déviées de leur direction rectiligne, et, lors de la mise en œuvre, elles

se trouvent coupées plus ou moins obliquement (fig. 43 .

Il en résulte, pour ies charpentes, une moindre résistance à la flexion et, pour les sciages, des défauts analogues à ceux des bois ronceux. Tant que les nœuds restent petits et rares, le bois n'est pas déprécié ; mais dès qu'ils se montrent nombreux et que leur diamètre dépasse 4 centimètres, les arbres deviennent impropres à la fente et au sciage. Pour ce motif, les pointes ou surbilles, c'est-à-dire les parties du fut situées au-dessus de la couronne des branches basses, subissent une dépréciation énorme : ce ne sont plus que des bois de traverses ou de membrures, difficiles à écouler.

Les beaux bois étant généralement découpés au premier gros nœud, on voit que la proportion de bois de service dépend de la longueur du fût sous branches. Cette longueur varie avec l'essence, le régime et la révolution. Les résineux

Fig. 43.

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fournissent plus de bois d'oeuvre que les bois feuillus, et, parmi ces derniers, les arbres provenant des futaies en donnent beaucoup plus que les arbres crûs en taillis sous futaie ou a l'état isolé. Dans les taillis sous futaie, la qualité du sol, la durée de la révolution et l'âge des arbres jouent un très grand rôle. Cependant, on peut estimer comme il suit et pour le chêne, la proportion moyenne et relative du bois d'œuvre et du bois de chauffage dans nos forêts de l'Est et du Centre de la France :

Arbres

de taillis

I sons futaie

Arbres de futaie

Modernes de 50 à 60 ans. • .

(0*, 60 à i»,20) Anciens de grosseur moyenne.

(im^O à 2*)

Anciens très gros . . . • .

Massif clairière

| Massif convenablement éclairci Massif très serré . . .

Bom d'œOTr»

55 Vo

Boit de ebauffife

Lorsque la branche d'un arbre est encore vivante au moment de l'abatage, le nœud est formé de bois vert, à tissu très serré et très dur ; on dit alors qu'il est vif sain et adhèrent. D'autres fois, la branche est bien toujours en place, mais elle n'est plus vivante ; le nœud est formé par du bois mort, emprisonné dans les tissus vivants de la tige. Ce bois mort, en général vivement coloré et d'une dureté excessive, ne présente qu'une adhérence incomplète avec le bois vert. Alors même qu'ils sont sains, les nœuds noirs déprécient plus ou moins la valeur des pièces, suivant les usages auxquels on les destine.

Verts ou noirs, adhérents ou non, ces nœuds, qui proviennient de l'amputation de branches persistantes, sont toujours apparents. On peut donc facilement juger de leur importance, escompter le déchet qu'ils entraînent et approprier le débit à l'emplacement qu'ils occupent. II n'en est plus de môme des

nœuds recouverts, provenant de l'élagage naturel ; ceux-ci n'apparaissent qu'en ouvrant l'arbre.

Lorsqu'une branche subit un ralentissement de croissance, les tissus en végétation forment un bourrelet annulaire qui pèse fortement sur la base de cette branche et l'étrangle. Le rameau meurt donc petit à petit, et tombe plus ou moins vite, suivant l'espèce végétale considérée. Chez le peuplier et le tilleul, la décurtation s'opère rapidement, la branche tombe sans laisser de traces. Chez le chêne, le tremble, le hêtre et en général chez tous les feuillus, le dépérissement se fait beaucoup plus lentement, mais le recouvrement ne s'opère qu'après la disparition de l'écorce à la base du rameau. Par suite, le tissu vif s'applique exactement sur le tissu mort ; ce dernier forme un chicot étroitement emprisonné dans le bois sain, mais ne faisant pas corps avec lui.

Chez les résineux, l'atrophie du rameau est accompagnée de formation de bois rouge et d'épanchement de résine. Cette résine imprègne non seulement le bois, mais encore l'écorce, si bien que le rameau persiste longtemps sur le fût et ne se brise qu'à une certaine distance du tronc. Les nœuds formés par les bourrelets d'accroissement sont d'autant plus volumineux que la croissance de l'arbre est plus active. Il arrive que chez les épicéas très vigoureux, qui n'ont pas été maintenus en massif serré, les bourrelets de recouvrement prennent l'aspect de véritables mamelles. La branche morte, progressa ement englobée avec son fourreau d'écorce dans le bois vivant, provoque à son intérieur la formation d'une cheville, cheville qui, lors du débit en sciages, marbre la planche de noir, ou saute en laissant à sa place un trou ou une croche, tous défauts qui nuisent considérablement à la beauté et à la valeur des produits. Dans les travaux de menuiserie fine, on a soin de remplacer les nœuds noirs et non adhérents par des nœuds sains que l'on colle avec de la résine chaude.

11 est à remarquer que ces nœuds renfermés et provenant de l'élagage naturel se trouvent à une faible distance du centre. C'est une des raisons pour lesquelles on décœure les arbres destinés à des débits soignés.

Les nœuds sont tantôt alternés et spirales sur la tige (bois feuillus), tantôt disposés en verticilles ou en rosettes, for-

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mant une couronne autour du tronc {fig. 44). Cette dernière disposition s'observe chez les résineux et affaiblit considérablement la pièce dans tous les sens. Le plus sou vent, lorsqu'il s'agit de fournitures soignées, les cahiers des charges rebutent les pièces qui présentent sur la même section plus de 2 ou 3 nœuds non adhérents et offrant plus de 4 centimètres de diamè- Fig. 44.

tre.

Suivant la direction du débit Jes nœuds se présentent avec des dispositions variées sur la face de sciage. En section tangentielle , le nœud, coupé perpendiculairement à son axe, offre [fiff- 45) l'aspect d'une rondelle foncée, implantée dans la planche. Celle-ci perd, sinon en solidité, du moins en beauté. Et, comme les libres sont contournées au voisinage des nœuds, les anneaux de recouvrement, très tendres, se soulèvent sous le moindre effort, s'arrachent en Fig* 45' esquilles, et le nœud finit par former une bosse proéminente

Mathby. — Exploitation des boU. I. 8

ii la surface de la planche. Pour ce motif, les parquets noueux de sapin sont toujours plus ou moins éçailleux et relevés de nombreuses et désagréables aspérités.

Sur une section radiale, le nœud (fig. 46; se trouve tranché suivant son axe; il présente une partie de bois vif AB et une partie de bois mort BC.

La planche est donc comme partagée en deux, dans le

sens de sa largeur, par une cheville non adhérente de l>ois, ce qui lui enlève beaucoup de sa force de résistance et de flexion.

Comme c'est en grande partie sur la présence ou l'absence de nœuds qu'est basé le classement des sciages en catégories ouunités de vente, il importe d'éviter, par une bonne culture, un défaut (fui déprécie si fort la \aleur des produits tirés d'un arbre. Or, le seul moyen d'obtenir, dans les futaies résineuses, des fûts réguliers, bien droits et point noueux, c'est de maintenir les jeunes peuplements à l'état serré. Ce qu'on perd sur la quantité est longuement compensé par ce qu'on gagne sur la qualité.

Art. III. — FENTES.

Fi*. 4fi.

Nous réunissons sous cette appellation générale un certain nombre de défauts d'origine physique, tels que la gélivure, la roulure, la cadranure, les fentes du cœur et les gerçures. Tous ces défauts se traduisent par des fentes longitudinales ou circulaires, apparaissant tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur du bois.

A. Gélivure. — La gélivure est caractérisée par une fente

DEFAUTS PHÏS1QIKS

Rtù/ùnde fitibte retrait

Rjyùm, Je fort rustruit

Fig. 47.

longitudinale ouverte à l'intérieur du bois et dans Taxe d'un large rayon médullaire. Elle est produite par le retrait des couches ligneuses sous l'influence d'une déshydratation des tissus, occasionnée par le froid. Les couches externes, qui sont d'ailleurs les plus aqueuses, se déshydratent par un phénomène bien connu de plasmolyse, et se contractent comme sous l'effet de la sécheresse. Les couches internes, mieux garanties contre le froid et moins riches en eau, ne suivant pas ce mouvement de retrait, il en résulte nécessairement que la zone externe doit éclater et se fendre fig. 47). La fente se produit alors toujours sur les points de moindre résistance, c'est-à-dire dans l'épaisseur d'un rayon médullaire et dans une région où les accroissements sont les plus minces, par suite d'une excentricité de croissance. Pour ce dernier motif, les gélivures se montrent à tous les aspects, mais elles sont cependant plus fréquentes aux expositions Nord-Est et Sud- Ouest, qu'aux expositions Xord-Ouest et Sud-Est. Cela tient, d'une part, à ce que les grands froids sont généralement apportés par les vents du Nord-Est et à ce que, d'autre part, c'est au Sud-Ouest que les anneaux ligneux ont d'ordinaire la plus faible épaisseur dissymétrie de croissance causée par le vent;.

Les fentes de gélivure sont décelées extérieurement par une cote saillante formée par les bourrelets de recouvrement au nixeau de la blessure fig. 48 . Examinées sur une section transversale, ces fentes sont rarement rectilignes sur

Fig» 48.

Fig. 49.

tout leur parcours ; elles ont tendance à se briser au voisinage de certains anneaux, et se terminent par une ou plusieurs fentes en trait de Jupiter, s'avançant parfois jusqu'au

cœur (fig. 49). Cela tient à ce que chaque couche travaille comme si elle était seule, et à ce que la fente se prolonge en arrière de son point initial de formation, sans doute à la suite de l'ébranlement provoqué par l'éclatement de la zone externe. 11 est d'ailleurs facile de déterminer Tannée où s'est produite la gélivure. C'est ce qu'indiquent à la fois, la petite roulure située à la base de la fente et les lèvres en saillie du bourrelet de recouvrement. Les gélivures s'observent surtout au pied des arbres où elles peuvent monter jusqu'à 3-4 mètres, car c'est là que les couches ligneuses sont le moins homogènes; mais il en existe aussi sur le fût à des hauteurs plus grandes, et on en trouve jusque dans la couronne des chênes.

Tantôt la cote de la gélivure est fortement accusée : c'est l'indice que la gélivure est profonde et que le vide intérieur est considérable ; tantôt, au contraire, le fut ne présente qu'un léger sillon oblique {fig. 50), auquel cas la gélivure est superficielle, recouverte et peu large : c'est alors un accident sans importance pour la vie de l'arbre et son utilisation commerciale.

La gélivure est simple (fente unique) ou entrelardée (plusieurs fentes séparées par des filets de bois sain) ; elle peut aussi être sèche ou humide. Dans ce dernier cas, elle est ordinairement en relation avec un cœur

DÉFAUTS PHYSIQUES 117

étoile (ormes) ou une forte roulure (chênes) . Les gélivures entrelardées et humides sont les plus mauvaises, car elles sont accompagnées d'une nécrose partielle des tissus. L'eau amassée dans ces fissures, forme parfois à l'intérieur de l'arbre de véritables réservoirs d'où s'échappe un filet liquide, projeté à grande distance, lorsqu'on ouvre la côte d'un coup de marteau. Ce défaut est plus ou moins fréquent suivant les essences. Il est commun chez les chênes, les ormes, les érables, les noyers, les peupliers, le marronnier, le tilleul et le sapin ; plus rare chez le bouleau, l'orme, le pin sylvestre et l'épicéa ; très rare chez le hêtre et le tremble. En ce qui concerne les chênes, le chevelu est plus gélif que le rouvre ; ce dernier, spécialement dans ses variétés à petits glands, l'est plus que le pédoncule, et la forme ordinaire de ce dernier l'est encore plus que la forme tardive (chêne de juin de M. Gilardon i, Quercus tardissima, Simonkaï).

En ce qui a trait au mode de traitement, on peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, les arbres venus en massif sont moins exposés à la gélivure que ceux venus à l'état isolé ou de réserves sur taillis. En terrains peu profonds et imperméables 'argiles compactes, conglomérats, cailloutis. etc., on observe également plus de gélivures que dans les terrains profonds et perméables (alluvions modernes, sables argileux, etc.). Il en est de même dans les taillis clairières, entrecoupés de callunes, riches en bourdaine ; de même encore dans les taillis évidés de chêne pur et dans les futaies brusquement entr'ouvertes. Cela tient, dans tous les cas, à ce que le bois étant moins homogène prend des retraits inégaux.

Les arbres gélivés sont toujours sérieusement dépréciés. Ceux qui présentent 2 ou 3 côtes montant jusque dans les branches ne sont propres qu'au chauffage ; ceux qui n'offrent qu'une côte saillante donnent du merrain, des frises, des lattes et de médiocres pièces de construction. Débités en sciage, ils laissent un déchet souvent considérable, car il faut rebuter le plateau et les planches qui portent la gélivure.

Dans la pratique commerciale et forestière, ce défaut d'une gélivure entraine une diminution de valeur, variable avec la

grosseur des sujets et que l'on peut arbitrer comme suit chez le chêne :

/ nulle pour les arbres au-dessous de 0«,60 \

? de 1/4 » de 0«,62 à i« [de tour.

( de 1/3 » de 1™,02 et plus )

B. Roulure. — La roulure est une fente circulaire, occasionnée par le décollement de deux anneaux ligneux consécutifs. La fente s'étend tantôt sur tout le pourtour, tantôt sur une partie seulement du cylindre ligneux ; elle est donc totale ou partielle. Les roulures totales montent toujours très haut ; les roulures partielles sont généralement plus localisées, et s'observent soit dans les racines maîtresses, soit dans la partie basse du fut.

Ce défaut affecte principalement les bois nerveux comme le chêne, le frêne, l'orme, le noyer, le sapin et l'épicéa. Il est d'autant plus grave qu'on ne peut point le reconnaître sur les arbres vivants.

Tout effort mécanique tendant à ployer un arbre dont les anneaux ligneux ne sont pas réguliers et homogènes, favorise la production de roulures sur les points où l'effort est maximum, c'est-à-dire dans les racines d'abord, dans la partie basse du fût ensuite, au niveau des maîtresses branches enfin. Mais toutes ces roulures sont loin d'avoir la même importance au point de vue technique. On peut distinguer :

1° La roulure totale des résineux (sapin et épicéa'. — Lorsqu'un arbre passe brusquement de l'état serré à l'état isolé (futaies jardinées, futaies sur taillis des Alpes et de la région de Saint-Claude), à des cernes très étroits succèdent brusquement des cernes très larges. Le cylindre central et le cylindre extérieur subissant des efforts de flexion comme deux ressorts indépendants, il se produit un décollement dans toute la longueur du fût, entre le dernier anneau mince et le premier anneau large. Le cylindre central se détache alors facilement de son cylindre enveloppe. La tige creuse ne peut servir ni pour le sciage, ni pour les constructions. Si elle est de faible dimension, on l'utilise pour drains, corps de fontaines, etc. ; plus grosse, elle est débitée en cercles, bardeaux, etc., ou convertie en bois à papier.

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