‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 3)Chapitre 46 sur 107 · Mauvaises roulures · texte numérisé non relu

Mauvaises roulures

2° La roulure totale des feuillus. — Fréquente chez les réserves de taillis sous futaie, et toujours située proche du cœur ou dans les couches larges qui succèdent au premier isolement [fig. 5 i ; , elle porte quelquefois le nom de roulure du baliveau.

C'est un vice très grave, qui monte dans tout le fût. Les arbres ainsi roulés sont généralement fendus en merrain. On ne peut débiter en sciages qu'après avoir décœuré.

3° Les roulures partielles du fûL — Elles se produisent dans les sept ou huit années qui suivent l'isolement des arbres, affectant un caractère de gravité variable suivant leur position. Plus elles sont nombreuses et éloignées du cœur, et plus il y a de chances pour qu'elles ne pénètrent pas très haut.

fig. 52/. Il suffit alors, pour purger la pièce, d'enlever au pied une bille de jnerrain. Mais, s'il n'y a qu'une large roulure se propageant à l'entour d'un seul anneau (Jig. 5i;, il existe de fortes présomptions pour que le vice aille loin. Il faut alors examiner attentivement les nœuds

Fig. 52. — Roulures disparaissant après éboutage.

et la découpe. De deux choses Tune : ou bien la roulure sort extérieurement par le petit bout, et la pièce ne peut donner que du merrain ; ou bien elle reste incluse, et l'on peut espérer tirer une bille de sciage, en éboutant successive-

ment de bas en haut. Il est d'ailleurs préférable de sectionner légèrement au-dessus de la roulure, car celle-ci se prolonge toujours un petf plus loin que les dernières traces apparentes et se montre à nouveau dans le bois débité, si la découpe est insuffisante.

4° Les roulures des racines, — Toutes les fortes roulures de la tige apparaissent sur la section des racines ; mais il est des roulures de racines qui ne pénètrent pas dans le fût. Telles sont notamment les roulures semi-circulaires superposées les unes aux autres par groupe de 3-4. Pour affranchir la pièce de toute fente, il suffit alors d'ébouter à 0m,30 ou 0m,40 de la culée.

5° Les roulures de branches. — Elles apparaissent sur la section ravalée des nœuds et sont souvent en communication avec une roulure de la tige, ce qui rend le défaut difficile à purger. Lorsqu'elles ne se montrent pas sur la découpe, le défaut n'est grave qu'autant qu'il est associé à un commencement de pourriture, et, suivant sa position, la fente monte ou descend [fig. 53; sur une hauteur variant de 0m,30 à 0m,50.

(J° Les roulures-gélivures. — Les gélivures sont presque toujours accompagnées de roulures partielles chez les réserves de taillis sous futaie, où les anneauv ligneux sont peu homogènes et peu adhérents. Ces deux défauts réunis rendent les tronces impropres au sciage et entraînent un déchet plus considérable dans le débit en merrain, le seul qui puisse leur être appliqué.

7° Enfin, des roulures légères sont encore produites par des entre-écorces, des coups de marteau, des frottures ou des blessures, mais elles ne montent pas à plus de 0m,50 de la culée. Ce sont des accidents sans importance dans le débit.

En résumé, la roulure est presque toujours un défaut séries , beaucoup trop fréquent chez les chênes de nos forêts traitées en taillis sous futaie, défaut qui entraîne une grande perte de matière quel que soit le mode de débit adopté : par-

Fig. 53.

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quet, lattes ou merrain. S'il est impossible de reconnaître la roulure sur les arbres debout, il est cependant notoire qu'elle est infiniment plus répandue dans les forêts mal abritées et pauvres en réserves, que dans celles qui sont bien défendues par une réserve nombreuse, poussée jusqu'à l'étalé.. Il est d'observation courante, que de gros chênes épars dans les taillis sont ordinairement roulés dans une proportion de 7 à 8 dixièmes, tandis que cette proportion s'abaisse à 2 ou 3 dixièmes au plus, dans des conditions identiques, lorsque le balivage a été généreux. Cela tient évidemment à la cause principale et déterminante des roulures, qui est l'effort exercé par le vent sur les réserves. Par suite, en balivant serré, non seulement on enrichit la forêt, maison améliore encore le matériel en croissance. Par suite aussi, le commerce devra se montrer méfiant dans les coupes claires, mais confiant dans les coupes serrées.

Sous la condition qu'elles ne seront pas liées par un chevillage, on peut employer sans trop d'inconvénient les pièces roulées dans les charpentes intérieures, à l'abri de l'humidité, en forçant leurs dimensions.

Parmi tous les malandres, la roulure est certainement celle qui prête le plus à contestation, lors de la livraison des bois en grume. A défaut d'accord amiable sur la valeur des bois roulés, il est d'usage défaire subir une diminution de 1 mètre de longueur par chaque roulure et de cuber la pièce sur la longueur ainsi réduite.

C. Fentes d'insolation. — Avec Ilartig, on peut rattacher à l'effet de l'insolation, de petites fentes en forme de bouclier écussonné {fig, 54), imitant les roulures dues aux blessures et qui sont le résultat d'exfoliations locales de l'écorce.

Ce défaut s'observe principalement chez le hêtre, le charme et le chêne ; il ne nuit pas à la résistance des pièces de charpente, mais il abaisse beaucoup la valeur des sciages, et rend le bois impropre à la fente.

D. Cadra.nl re. — Chez tous les vieux arbres dont le cœur a subi un commencement de décomposition organique, le bois des parties centrales change de couleur, noircit ou s'irrise de teintes fauves et, en même temps, devient cassant et friable.

Aussi, sous l'influence des tensions qui s'opèrent mécaniquement dans la masse intérieure du bois, il se produit de larges fentes partant du canal médullaire et s'irradiant vers la circonférence comme les lignes horaires d'un cadran fig. 5i toPl. 1).

De plus, la masse environnante est craquelée. Tel est le vice très grave, connu sous le nom de cadranure etderoalure cadranée. qui affecte principalement le chêne et le

Fig. 54.

noyer. Ce vice caché est tantôt une conséquence naturelle de l'âge, tantôt le résultat ultime de la maladie du rouge. A la longue, le bois cadrané est débité par les fentes secondaires en feuillets qui s'arrachent sous le moindre effort ; la cadranure est alors dite feuilletée.

Les fentes se propageant dans toute la longueur du fût, les arbres atteints de cadranure ne sont bons qu'au chauffage. Il est à noter que ce bois de feu est léger, tandis que celui provenant des arbres gélivés est toujours très lourd.

E. Cœir étoile. — Ce défaut se manifeste chez les arbres de tout Age. Les ormes et les résineux y sont particulièrement sujets. C'est la fente de forêt des Allemands, d'origine incertaine.

Le cœur parfaitement sain est traversé par une fente diamétrale unique résineux, chêne) ou par deux fentes en croix (orme qui affectent tout le fût (fig. 55\ Ces fentes ont ceci de particulier qu'elles peuvent changer de direction en se propageant dans l'arbre, ou disparaître en certains points pour se montrer à nouveau sur d'autres. • .

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On les dit concordantes quand elles se trouvent situées dans un plan passant par Taxe, et discordantes lorsqu'elles sont comprises dans deux plans perpendiculaires. Dans le premier cas, on se débarrasse facilement du défaut en faisant passer la scie dans la fente : le déchet est insignifiant. Dans le second cas, toutes les planches du cœur sont fendues et dépréciées : il faut alors décœurer la pièce préalablement au sciage.

Le cœur étoile ne s'agrandissant pas sensiblement avec l'âge, la dépréciation subie par les pièces atteintes de ce défaut varie avec leurs dimensions ; on peut l'arbitrer assez exactement à :

Fig. 55.

J/î pour les arbres de 1° et au-dessous,

lm,02 à i*»,40, \ de tour,

au-dessus de 1=»,42

Nous avons dit que l'origine de ce défaut était inconnue. En fait, il parait lié à la nature du sol et à un ébranlement ou à un choc subi par les arbres. Les ormes qui ont crû très rapidement dans leur jeune âge et plus lentement ensuite sont très exposés à la fente du cœur. Il en est notamment ainsi dans toutes les forêts où un diluvium peu profond repose sur un sous-sol de cailloutis serré et filtrant.

F. Trous d'abatage. — Ce sont des trous qui se produisent dans la région du cœur, au moment de l'abatage à culée blanche. Entraînés par leur poids, les arbres tombent avant que le pivot n'ait été complètement coupé. 11 en résulte un arrachement occasionnant la formation de trous peu profonds. On évite cet accident en exploitant à culée noire les arbres de prix ou en poussant le trait de scie au-delà du cœur de tt à li centimètres avant d'entamer l'autre côté du fut. Les trous d'abatage entraînent une réduction de longueur qui ne dépasse pas 20 a 30 centimètres.

G. Fentes d'abatage. — Lorsqu'un arbre est très penché, il tombe d'ordinaire bien avant que le trait de scie n'ait pénétré

Fig. 56.

assez profondément dans le fût ; il en résulte, non pas seulement un trou d'abatage, mais une fente qui peut se prolonger sur une longueur de 3 à 4 mètres. L'arbre est perdu pour le sciage. On remédie à ce danger en ouvrant avec la hache, aussi bas que possible et du côté où le fût penche, une forte entaille allant jusqu'au cœur. On attaque ensuite du côté opposé avec la scie, en soutenant avec des cales, de façon à retarder la chute de l'arbre.

Chez les sujets à cime bifurquée, il existe toujours une forte entre-écorce, et si, en tombant, larbre porte à faux sur Tune des branches de la cime, il se fend par le milieu {fig. 56), quelle que soit sa grosseur.

Des chênes de 3 mètres de tour, valant au bas mot 400 francs, peuvent ainsi perdre les 8/10 de leur valeur. Quand il s'agit d'arbres de choix, un marchand sérieux ne doit jamais hésiter, dans ces cas d'ailleurs fréquents, à faire ébrancher l'arbre sur pied. Dépensât-il 7 ou 8 francs pour cela qu'il y aurait encore bénéfice.

II. Fentes de torsion. — Ce défaut très grave n'apparaît guère que dans les futaies feuillues, chez des arbres fourchus. Le vent agissant sur Tune des branches tord l'arbre, comme un simple lien façonné à la main. Il se produit des fentes caractéristiques sur toute la longueur du fût, fentes qui descendent comme les spires d'un tire-bouchon et qui ne sont pas sans analogie avec celles engendrées par la gélivure. L'arbre n'est bon qu'au chauffage.

I. Fentes d'éclair. — Arbres foudroyés. — En tombant sur un arbre, le tonnerre peut le partager entièrement en deux, l'écorcer, l'écorcher par places, lui enlever des esquilles plus ou moins volumineuses, auquel cas l'arbre rougit et ne tarde pas à périr sur pied, perdant toute valeur industrielle. Mais, d'autres fois, il ne laisse sur l'écorce qu'un léger sillon tantôt rectiligne, tantôt plus ou moins hélicoïdal,

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sillon qui se recouvre promptement et qu'on ne saurait confondre, en raison de sa hauteur, avec une gélivure. Si le sillon reste cantonné dans l'aubier, ce qu'il est facile de vérifier même sur l'arbre debout, ce dernier continue à prospérer vigoureusement et son bois est apte à tous les usages ; mais, si la fente pénètre jusqu'au cœur, l'arbre est mauvais; il se fend aussitôt après l'abatage et ne donne que du bois de

feu.

J. Les gerçures. — Elles se forment sous l'influence de la dessiccation superficielle des tissus, sur les bois écorcés, ronds ou équarris. Elles sont d'autant plus nombreuses, larges et profondes, que le bois est raide et que l'écorçage a été retardé. Pour ce motif, il vaut mieux écorcer en hiver, de suite après l'abatage, qu'au printemps et surtoutqu'enété. En outre, lorsque les arbres doivent être passés à la scie, il est préférable de les livrer en grume que de leur faire subir un équarrissage, si léger soit-il. Dans les deux cas, les inévitables gerçures du retrait entraînent un déchet qui n'est pas moindre de 5 % et 4ui atteint souvent 10 °/0 du volume brut.

Lorsqu'on emploie à l'extérieur des pièces gercées, il est bon de les mastiquer. En ce faisant, on les préserve des germes de la pourriture, et on empêche les fentes de s'agrandir.

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