‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 3)Chapitre 49 sur 107 · POURRITURES · texte numérisé non relu

POURRITURES

Les pourritures sont occasionnées par des champignons lignicoles. Parmi ces derniers, les uns ne s'attaquent qu'au bois mort : ce sont les saprophytes ; les autres, au contraire, ne se développent que dans le bois vert et sain : ce sont les parasites. Les premiers sont utiles aux forestiers, car ils contribuent puissamment à hâter l'élagage naturel ; les seconds leur sont toujours nuisibles, parce qu'ils causent de graves défauts dans le bois.

Dans tout champignon, il y a lieu de distinguer l'organe végétatif ou mycélium, endophyte et invisible, qui est l'agent de la décomposition des tissus ligneux, de l'organe reproducteur, généralement exophyte, et apparaissant sur le fût des arbres sous forme de chapeaux ou de consoles (Polyporês, Trametes)*i\e champignons proprement dits (Armillaria, etc.), de croûtes grisâtres (Slereum fruslulosum), de corpuscules noirs ou rouges, à peine gros comme une tête d'épingle (Nectria), etc.

Le mycélium est vivace et sa lente végétation contraste avec l'existence éphémère du champignon qui en provient et qui, trop souvent, est le seul et tardif indice de la décomposition intérieure. C'est d'ordinaire par les spores, petites sphères microscopiques naissant en quantité innombrable à l'extérieur ou à l'intérieur des organes de fructification, que se propagent les pourritures ; mais, pour que ces spores,

dispersées parle vent ou entraînées par les insectes, puissent germer et infecter le bois, il faut encore que l'arbre présente une blessure (plaie cTélagage, gouttière, frotture, piqûre d'insecte...) qui ait mis à nu les tissus ligneux et ouvert une porte d'entrée au parasite. Il faut, en outre, que l'arbre constitue un milieu de culture propice pour le champignon considéré. Toutes les forêts sont loin d'être également atteintes par les pourritures ; là encore, le sol joue un rôle considérable, primordial, dans la genèse et dans le développement de ces maladies.

Parfois, mais plus rarement, la propagation du germe de la pourriture ne se fait point par la spore à travers l'air, mais bien par le mycélium et dans le sol, par contact de racine à racine. Le mal gagne alors circulairement et de proche en proche (Rhizina undulala, Armillaria mellea, Polyporus annosus, etc.), donnant naissance aux maladies du rond.

On distingue pratiquement les différentes pourritures, par l'aspect que prend le bois consécutivement à l'attaque des champignons ; les plus communes sont les pourritures blanches, rouges et noires; il s'en trouve également de vertes et de bleues.

Art. I*. - POURRITURES BLANCHES.

1° Chêne. — Nous rattachons les principales pourritures blanches du chêne, observées par nous dans l'Est de la France, à quatre espèces de champignons, qui sont : le Polyporus Dryadeus, le Polyporus marginatus, le Polyporus igniarius et le Polyporus hispidus.

a) Le Polyporus Dryadeus, Fr. (fig. 78 bis, PL II) occasionne la pourriture blanche du pied, dite aussi pourriture de racine, excessivement fréquente dans certaines forêts de plaine à sous-sol imperméable, appartenant aux étages les plus variés : grès bigarrés argileux (Ban d'Escles, série de l'Etang Marchand) (1), conglomérats aquitaniens (Arceau, Magny, Belleneuve), cailloutis calcaires du pliocène (Izeure, Crimô-

(1) M. Bboiluabd, in litterit.

lois), chailles siliceuses oxfordiennes (Cuiseaux), argile à minerai de fer du pliocène (Citeaux pro parte), etc. C'est une des pourritures les plus répandues, s'attaquant aux sujets de toute grosseur et de tout âge, depuis le jeune moderne jusqu'à l'ancien de 3 mètres de tour et plus. Elle s'insinue dans l'arbre par les plaies de l'écorce, les blanchis du martelage, les frottures des roues sur les racines, la coupe des rejets adhérents par le pied aux arbres réservés. Elle est généralement invisible sur l'arbre debout, car le mycélium donne naissance à des appareils fugaces de fructification, qui ont disparu au moment de V estimation des coupes. Ces appareils de fructification sont toujours situés à une faible distance du sol.

Ce sont des chapeaux épais, sessiles, en forme de coussinets, larges de iO à 20 centimètres, recouverts d'une croûte mince, molle, produisant des gouttelettes olivâtres dans la jeunesse. La surface supérieure est mamelonnée, verruqueuse, d'un jaune rouille passant au brun noirâtre sur les aspérités, plutôt molle, humide et recouverte de feuilles mortes et de débris de toute nature enfoncés dans la masse ; la surface inférieure porte sur ses bords festonnés un large liseré d'un brun noirâtre, le surplus est d'un blanc jaunâtre. La chair est épaisse, d'un rouge brique. Ces chapeaux naissent en septembre, fructifient en octobre, et tombent en décomposition vers la fin de janvier, en répandant une forte odeur de tan.

Le bois envahi par les hyphes du Polyporus Dryadeus prend d'abord une coloration brunâtre, puis il se décompose rapidement en une substance molle, spongieuse, d'un jaune rougeàtre, présentant à son intérieur des cordons longitudinaux d'un blanc neigeux, semblables à de l'amiante, formés par des éléments cellulaires dissociés et transformés en cellulose (fig. 79, PL III). A la longue, la substance ligneuse, feutrée, tombe en poussière noirâtre, et le fut devient caverneux.

Cette pourriture est surtout rayonnante et centrale. Localisée d'abord dans les parties externes de l'aubier, elle gagne rapidement le cœur, et se propage suivant le fil du bois : lentement en haut et dans le fût ; plus rapidement en bas et dans les racines, ce qui expose les arbres à être renversés par le vent.

Idéfauts et Maladies des Bois.

Planche III.

Au point de vue technique et commercial, la pourriture blanche du pied est un vice de faible importance, spécialement lorsqu'il s'agit de longs chênes. Ce n'est qu'exceptionnellement et chez les très gros arbres entièrement caverneux, qu'il faut ébouter jusqu'à 2 mètres pour arriver au bois sain. Habituellement, la partie inutilisable a de 0m,60 à 4m,50 de hauteur. Dans la pratique et dans les sols les plus exposés aux ravages de ce parasite, on se prémunira suffisamment contre les pertes, en faisant subir une réduction de longueur de 1 mètre, à toutes les catégories de grosseurs. b) Le Polyporus marginalus, Pers. est plus rare, mais beaucoup plus dommageable que le précédent. Les organes de fructification sont formés par des chapeaux pérennes, habituellement en forme de console (fig. 80, PL III), naissant en automne et disparaissant dans le cours de l'hiver sous l'attaque de larves variées. La surface supérieure, zonée, mamelonnée, un peu verruqueuse et laissant exsuder dans sa jeunesse de petites gouttelettes d'eau, est recouverte d'une croûte ocracée, ferrugineuse, qui disparait ça et là, laissant voir une pellicule d'aspect rèsinoïde, tout à fait caractéristique. La surface inférieure porte sur son bord ondulé un liseré marginal d'abord jaune, puis brun rouge; le surplus varie du gris chamois au brun rouge. La chair est épaisse, absolument semblable à du liège.

Les spores germent dans les plaies profondes de l'aubier ; le mycélium se propage ensuite rapidement vers le cœur, produisant une pourriture blanche rayonnante et centrale. Le bois attaqué est transformé en une masse spongieuse, gorgée d'eau, d'un blanc d'amiante jaunissant à l'air, et dégageant à l'état frais une forte odeur de champignon.

La propagation des hyphes se fait aussi vite de bas en haut, que de haut en bas. Et même, la pourriture a plutôt tendance à monter^ contrairement à ce qui se produit chez le Polyporus Dryadeus. En 40 ans, le mal progresse de 1 mètre à im,25 en bas, de lm,50 à 2 mètres en haut, réduisant ainsi de 3 mètres la longueur de fût utilisable.

Nota. — Le Polyporus applanatus, Pers., très voisin du précédent, donne une pourriture blanche, analogue à celle décrite cidessus.

c) Le Polyporus igniarius, ou faux amadouvier, est répandu dans toutes les forêts françaises, spécialement dans les vieilles futaies de chêne rouvre, et dans les taillis sous futaie de plaine. C'est lui qui donne le pourri blanc des nœuds et des parties supérieures du fût. On le rencontre plus rarement dans les parties basses ou moyennes des tronces.

L'infection se produit par les plaies de la tige (élagages, bris de branches, frottures). Ce parasite attaque les chênes de 50 ans et plus. Il trahit sa présence sur les vieux arbres par ses chapeaux vivaces. Les trous de pics sont souvent symptomatiques de cette pourriture.

Les organes de fructification sont des chapeaux ligneux très durs, en forme de tubercules globuleux ou de sabots de cheval, de 6-20 centimètres de diamètre. La face supérieure, d'abord lisse et d'un brun velouté, finit par devenir grisâtre, puis noirâtre, et par se marquer de zones assez nettes ; elle est revêtue d'une cuticule très résistante, finissant par être fortement fendillée et crevassée. La face inférieure varie du brun jaunâtre au brun cannelle (fig. 81, PI. III).

Le premier degré d'infection du bois se manifeste par l'apparition de taches en forme de flammes d'un brun rougeâtre, flammes qui s'avancent en rayonnant du point d'attaque et en dessinant un coin irrégulier de 5-12 centimètres d'épaisseur. Les tissus primitivement atteints perdent progressivement leur matière intercellulaire et se réduisent en une masse légère, d'un blanc jaunâtre caractéristique, au milieu de laquelle les rayons médullaires plus résistants forment de véritables épaulements. Cette pourriture se distingue facilement de la précédente par l'absence, dans le bois, de cavités tissées de fils amiantiformes, et parla présence, dans la zone de passage des tissus sains aux tissus mortifiés, de veines d'un jaune brunâtre (fig. 83, PI. III). Elle est d'ailleurs moins rayonnante qu' 'embrassante et que filante, et, par là, se montre plus dangereuse au point de vue technique.

Sur une section transversale, faite au niveau d'un réceptacle {fig. 82, PI. III), c'est-à-dire dans la partie où le mal est le plus développé et le plus profond, cette pourriture blanche apparaît sous forme d'un éventail ou d'un croissant finissant carrément dans l'aubier sur les deux côtés opposés, et occu-

pant une largeur variant d'un peu moins de moitié au tiers de la circonférence. La flamme brune qui cerne le pourri blanc, très réduite sur les bords, s'avance en coin \ers le cœur qu'elle n'atteint presque jamais, au moins dans des conditions habituelles d'exploitation. Sur des sections de 0m.50 de diamètre, la partie altérée (pourri et flamme ne dépasse pas 20 centimètres de profondeur. On voit donc, qu'au niveau môme du champignon, une bonne partie du bois reste saine et peut être convertie en lattes, frises et merniin.

Sur une section longitudinale, la pourriture linit en coin dans les couches externes de l'aubier pour lequel le champignon a une prédilection marquée. Chez les arbres les plus anciennement contaminés que nous ayons observés, la hauteur du bois pourri, comptée à partir du chapeau, a sans cesse oscillé autour de 1 mètre à lm,20en dessous et de 0m.80 à 1 mètre en dessus. Par suite, en diminuant la hauteur du fût, à partir du dernier champignon observé, de 1 mètre, en haut et en bas, on aura la longueur du bois propre au service.

On remarquera que le mycélium se développant d'abord avec rapidité dans l'aubier, il provoque la mort de ce dernier sur un contour assez grand. En ces points, l'arbre cesse de croître, devient méplat ; il se forme une large gouttière bordée à droite et à gauche par deux bourrelets de recouvrement (fîg. 81, PI. III,. Cette gouttière n'existe que chez les sujets très anciennement attaqués ; sa présence suffit pour préciser la réduction à faire subir à l'arbre debout.

Lorsque la pourriture remonte dans le fut et rencontre une branche, elle se développe vigoureusement dans l'aubier, charme la branche et la fait périr ; mais le cœur reste sain pendant très longtemps. C'est le contraire qui se produit a\ elle Polyporus hïspidus.

En résumé, la pourriture blanche, ou mieux jaune, pnnoquée par le Polyporus igniarius, n'est pas aussi grave qu'on l'admet généralement ; il est même facile de se rendre compte du dommage qu'elle entraine, car elle est toujours décelée par les organes volumineux et persistants de fructification. Quant à sa vitesse de propagation, nous l'avons trouvée de *2

à 4 millimètres par an dans le sens du rayon, de 4 à 5 centimètres par an dans le sens des fibres ; c'est donc bien, comme nous l'avons fait déjà remarquer, une pourriture filante.

d) Polyporus hispidus. — Beaucoup moins répandu que les précédents, ce polypore donne une pourriture blanche qui se développe surtout dans les branches et dans les nœuds avec tendance à s'enkyster. Ce que le commerce désigne sous les noms d'œil de perdrix, de huppe, n'est pas autre chose que le résultat des attaques de ce parasite. Neuf fois sur dix, les trous de pics observés sur les branches de chêne sont en relation avec cette pourriture.

Les spores du Polyporus hispidus ne se développent que sur le bois de cœur, peut-être même exclusivement dans la moelle. La propagation de ce champignon se fait donc par des plaies profondes : élagage et bris de branches par exemple. Les réceptacles, rares en forêt, se trouvent fréquemment dans les jardins et les vergers, sur les poiriers, pommiers, noyers et mûriers. Ils sont constitués par des chapeaux épais, en forme de coussinets, larges de 10-20 centimètres, mous, spongieux à l'état jeune, devenant à la fin coriaces, subéreux et noirs. Leur face supérieure est couverte de poils courts et roux (Jig. 84, PL III).

La chair, d'abord bistrée fauve, devient ensuite d'un brun noirâtre.

Les hyphes commencent par colorer le bois en brun rouge. L'altération s'étend, mais avec une grande lenteur, radialement d'abord, longitudinalement ensuite. Les parties primitivement attaquées se transforment, au bout d'une douzaine d'années, en une masse tendre, friable, d'un blanc rosé à l'état frais, d'un blanc de céruse à l'état sec, toujours séparée des tissus sains par un étui de bois très fortement coloré en rouge brun. A la longue, le cœur se détruit entière- • ment, et l'arbre ou la branche deviennent creux. Les pics, les huppes, les torcols affectionnent particulièrement ces cavités pour faire leurs nids.

La vitesse de propagation dans le sens radial est d'environ 1 millimètre par an. Il est rare que le fût ou la branche soient cariés sur plus du 1/3 de leur diamètre. Cette vitesse est un peu plus grande dans le sens des fibres où elle marche

MALADIES PARASITAIRES lo7

à raison de 5-6 millimètres en haut et de 6-10 millimètres en bas et par an. En un demi-siècle, ce pourri blanc peut atteindre, dans une branche de chêne, environ 80 centimètres de Ion- «ueur totale, savoir 0»,30 au-dessus du point d attaque et Ô« 50 au-dessous. Dans le fût, il reste très longtemps pelotonné en boule à l'intérieur des tissus ronceux des nœuds. Il en résulte au point de vue pratique, que les trous de pics, fréquemment observés sur les branches de chênes vigoureux, ne nuisent ni à la longévité de ces arbres ni a l'utilisation rationnelle de leur bois; ce sont des accidents en somme négligeables.

2- Frêne, Noyer. — Erable.— Mûrier. — Marronnier, La pourriture blanche de toutes ces essences est généralement due au Polyporussquamosus, Huds. Les arbres attaqués sont plus ou moins caverneux ; ils portent a la base du fût des champignons groupés ou imbriques, de 20 a i» centimètres de largeur, aisément reconnaissables a leur surface claire, recouverte d'écaillés fibrilleuses foncées ; la chair de ces champignons est blanche, tendre d'abord, coriace ensuite, exhalant une douce odeur de miel.

C'est une pourriture rayonnante que nous avons surtout rencontrée chez le frêne et le noyer ; elle s'attaque de préférence aux arbres âgés et s'étend sur une hauteur de fut de 0-,90 à lm,50. Chez le marronnier, elle file beaucoup plus, entraînant souvent la perte de l'arbre tout entier.

3. Hétre. —La pourriture blanche du hêtre est causée par le véritable amadouvier Polyporus fomentarius, L. Ce champignon, fort heureusement rare dans nos forêts françaises, se reconnaît {fig. 85, PI. IV) à ses chapeaux dimidies, sillonnés-zonés, d'un gris pâle. La chair est molle, subéreuse, fauve rouillé ; la surface hyméniale porte des pores petits, blanchâtres, puis fauves.

Les spores disséminées par le vent et tombant sur une plaie profonde, germent et produisent un mycélium qui gagne immédiatement le cœur de l'arbre. Le bois altère prend d'abord une coloration d'un brun foncé, puis il pàht. hlanchit, se sillonne de fentes cadranées entre lesquelles s'étendent les hyphes feutrées du mycélium. A cet état, le bois a l'aspect et la consistance de l'amadou.

Cette pourriture centrale file avec une très grande rapidité, aussi» lorsqu'elle devient apparente extérieurement par l'éclosion des organes de fructification, l'arbre est presque totalement perdu ; on ne peut l'estimer que comme bois de feu.

4° Bouleau. — La pourriture rousse du bouleau doit être attribuée au Polyporus betulinus, B., champignon fréquent surtout dans les terrains crétacés, où le bouleau n'a qu'une médiocre vigueur (certaines parties de la forêt d'Othe, etc.;. Les organes de fructification (fig. 86, PL IV) apparaissent en août, et atteignent leur complet développement en novembre. Ce sont des chapeaux dimidiés, dont la surface supérieure présente la même coloration que l'écorce du bouleau et s'exfolie comme elle, laissant voir au-dessous, la chair d'un blanc neigeux, et dont la surface hyméniale varie du blanc au jaune verdâtre. Près de son point d'attache sur l'arbre, le réceptacle drésente toujours un crochet très caractéristiques. Les spores sont petites, hyalines ; elles germent sur les plaies superficielles du fut, donnant naissance à une pourriture embrassante et filante, qui détermine très rapidement la chute de la cime et occasionne de nombreux chandeliers dans les peuplements infectés.

Les arbres attaqués par le Polyporus betulinus sont en général peu vigoureux, souvent même dépérissants. Si le fut porte des champignons, il est prudent de n'estimer comme service, qu'une petite bille de pied, même de tout porter au feu ; si c'est un volis, examiner la cassure pour voir si elle porte des traces de cadranure ou de pourri roux. En cas d'affirmative, classer tout au feu pour plus de sûreté.

5° Sapin et épicéa. — La pourriture blanche causée par le Polyporus fulvus, Scop. est .très fréquente sur le sapin, dans le Jura, les Vosges et les Alpes ; elle l'est moins sur l'épicéa. C'est un champignon bien connu de tous les marchands de bois, qui se montre indistinctement sur toutes les parties du fût ; il se propage par des plaies, plus particulièrement par les plaies chancreuscs de la dorge ou du chaudron.

Les réceptacles fructifères, larges de 10 à 20 centimètres, apparaissent d'abord sous Corme de mamelons d'un brun

marron, puis ils se développent en forme de sabots de cheval fig. 87, PI. IV;. La surface supérieure est d'un brun noirâtre, zonée-sillonnée ; la surface hyménophore est d'un brun jaunâtre. La chair est zonée, fibreuse, d'un rouille foncé.

Ces organes fructifères persistent pendant de longues années, tantôt isolés, tantôt géminés et disposés les uns audessus des autres ; ils peuvent donc ainsi semer aux vents, durant plusieurs années consécutives, leurs spores cannelle, qui vont propager au loin l'infection.

Les premières traces de l'altération du bois consistent dans l'apparition de flammes d'un brun jaunâtre, d'abord éparses ,• puis conlluentes, mais gardant toujours leur dureté.

Petit à petit, sous le travail des hyphes, dont le lumen des trachéides est gorgé, les tissus ligneux, corrodés, perdent leur consistance, deviennent d'un jaune sale (fig. 88, PI. IV) et finalement d'un crème jaunâtre. A ce dernier état, les ongles s'enfoncent facilement dans la chair molle du bois.

Si Ton examine une section transversale, on voit qu'à la limite entre les tissus sains et les tissus pourris, existe une petite zone de bois colorée en brun rose. Cette coloration provient du liquide osmose, fourni par une tranche de bois très vivement teintée en noir et dont les contours festonnés, capricieux et irréguliers épousent généralement les sinuosités de la pourriture jaune crème.

Si, maintenant, on fend la rondelle d'un coup sec de marteau, le bois sain et le bois altéré depuis peu éclatent suivant une section nette ; mais un anneau se détache dans le bois pourri, laissant apercevoir la surface de contact entre deux couches annuelles. Cette surface se montre parsemée d'hiéroglvphes, de lignes d'un noir bleuâtre (fig. 8î), PI. IV , tout à fait caractéristiques : le bûcheron le moins expérimenté peut ainsi reconnaître cette pourriture à première vue. Ces hiéroglyphes sont en relation avec le liséré noirâtre qui festonne capricieusement la section transversale, et dont la forme explique le contour irrégulier sur cette dernière section.

La pourriture en question est essentiellement embrassante, c'est-à-dire qu'elle se développe vigoureusement en croissant face au point d'infection, gagnant et dépassant largement le cœur ; puis elle se propage en coin, montant rapidement dans

les tissus de la périphérie, mous et gorgés de sève. Sur une coupe longitudinale, elle affecte donc la forme présentée par la figure 90. Comme le bois pourri est sans consistance, il arrive

nécessairement un moment où l'arbre se brise suivant ab sous le poids de sa cime. Un grand nombre de chandelles de nos sapinières sont causées par cette pourriture.

Lorsque le champignon apparaît sur le fût, le mal est déjà ancien et profond, et la bille de bois altéré a une longueur de 2 à 4 mètres, moitié au-dessus, moitié au-dessous du réceptacle. Comme le mycélium tue les tissus de l'arbre qu'il ronge, la tige devient méplate sur une plus ou moins grande hauteur :

elle se creuse légèrement au niveau du point d'infection, et ce caractère suffit souvent à lui seul pour diagnostiquer sûrement le mal en l'absence de champignon ou de chancre. Dans les estimations, on devra diminuer de 1/10 le volume de tous les arbres champignonnés, dorgeux ou présentant un méplat fortement accusé sur une partie de la tige.

Pour se prémunir contre les attaques de ce parasite, il faut enlever comme chablis les arbres champignonnés, éliminer, au moment des éclaircies, tous les sapins chancreux.

Fig. 90.

Art. II. — POURRITURES ROUGES.

1° Chêne. — Nous nous bornerons à signaler les deux pourritures rouges du chêne les plus communes et les plus dangereuses, dues l'une au Stereum frustulosum> Fr., l'autre au Polyporus sulphureus, Fr.

a) Stereum frustulosum. — C'est ce champignon qui donne naissance à la grisette du chêne, si redoutée des marchands de bois. Elle se montre sur, tous les^sols, à l'exception cependant des terrains d'alluvions quaternaires, et

fauts et Maladies des Bois.

Planche N

frappe indistinctement les rouvres et les pédoncules. C'est une pourriture protée, essentiellement filante, qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître sur les arbres debout. Pratiquement, on peut distinguer la grisette du pied et la griselte du fût. La première est de beaucoup la moins dommageable, mais elle est pour ainsi dire impossible à deviner lors des estimations. Cependant, on peut s'attendre à la trouver très fréquente dans les coupes de futaie, où les arbres portent l'empreinte répétée des marteaux. La marque en réserve dans les futaies, dans les perchis sur souches en conversion, est essentiellement dommageable et entraine une perte de bois dont on se fait difficilement un compte exact.

La grisette du fût se propage par des plaies abreuvantes gouttières, branches éclatées ou brisées esquilleuses). On la reconnaît : soit à l'aspect de la plaie, c'est ce qui arrive lorsque celle-ci présente une couleur rouillée et laisse suinter un liquide noirâtre ; soit à l'aspect d'un chicot de bois mort, c'est ce qui se produit lorsque la surface est recouverte d'une croûte grisâtre, lépreuse, comme craquelée ; soit plus souvent, à la présence d'un groupe de trous de pics, dont Vun au moins pleure, en laissant sur le tronc une bavure noirâtre. Ce dernier indice est tout à fait caractéristique de la grisette du fut. Quelquefois, cependant, on ne s'aperçoit du vice qu'en ouvrant la pièce ou en sondant les nœuds.

Les appareils de fructification ne sont pas apparents comme chez les Polypores, et ils échappent presque toujours à une observation superficielle. Ils se montrent sur les chicots de branches mortes, sous forme de croûtes compactes, étalées, larges de 1/2 à 8 millimètres et ressemblant à des lichens crustacés [fig. 91).

Rien n'est variable comme l'altération produite par ce champignon, d'où les noms de grisette noire, grisette jaune, grisette blanche, grisette à chair de poule, flammes de grisette, qu'on lui donne suivant l'aspect présenté par le bois en voie de décomposition.

La première attaque se manifeste par un léger brunissement du bois qui apparaît, comme taché d'huile, sur une section transversale (fig. 92, PL IV). Ces taches se forment çà et là donnant naissance aux flammes de grisette, ainsi nommées Mathst. — Exploitation des bois. I. 11

parce qu'elles filent comme le feu. Ensuite, apparaissent dans les veines grasses et plus ou moins jaunies et brunies, des ponctuations blanches caractéristiques fgrisette à chair

Fig. 91.

de poule), qui promptement deviennent autant de cavités tapissées d'un revêtement blanc. Ces ponctuations, d'abord isolées, puis confluentes, se répartissent par plages ou par anneaux concentriques ; la couleur passe successivement du blanc au jaune orange, puis au noir {fig. 93, PL V).

A partir de ce moment, la décomposition marche à pas de géant. Les hyphes corrodent les cloisons cellulaires, la masse des tissus ligneux se transforme en une sorte de charpie blanche, épaulée par les larges rayons médullaires superficiellement altérés seulement, puis elle passe au brun chocolat, et tombe finalement en poussière charbonneuse, laissant l'arbre creusé de cavités irrégulières et noirâtres {fig. 94, PL V).

PlanclieV.

La grisette communique ordinairement au bois altéré une odeur fétide. D'abord localisée dans les nœuds, elle gagne rapidement le cœur de l'arbre, et file en descendant. Par contre, elle ne remonte pets* En tronçonnant à 20 ou 30 centimètres au-dessus du nœud, on trouve généralement le bois sain ; en revanche, la partie inférieure est longuement alté* rée.

La vitesse de propagation dans le «sens vertical varie de 6 à 10 centimètres par an. Dans une révolution de 30 ans, on peut donc perdre lm,80 à 3 mètres, soit en moyenne 2m,40 de bille.

On juge de la gravité du mal à l'aspect du nœud. Si l'intérieur est filamenteux, d'un brun chocolat, on éboutera à 3 mètres au-dessous ; s'il est ponctué de blanc ou de jaune orangé, on éboutera à 2 mètres; s'il est simplement flambé de taches huileuses, on peut espérer trouver le bois sain à 1 mètre.

Il est facile de voir à la façon dont se propage le mal, pourquoi les grisettes du pied sont moins dangereuses que les grisettes du fût. Comme le mycélium ne remonte pas, le travail de décomposition se trouve localisé sur une hauteur de 1 mètre à lm,50 ; il se produit alors une caverne au pied de l'arbre, caverne où l'on peut souvent passer la main. On dit alors que la grisette est sèche ou morte (fig. 94, PL \\. Dans ce cas, l'arbre est mur pour le marteau, mais la perte n'est pas considérable, le mal étant localisé.

Le bois griseté n'est propre qu'au feu. Débité en merrain, il ne garde pas le vin. Converti en planches et en charpentes, il s'altère rapidement, mémo employé avec précaution et dans des conditions d'abri favorables à sa conservation. C'est une non- valeur pour le commerce.

Le Stereum frustulosum est le plus redoutable parasite du chêne. Chaque année, il occasionne, dans nos forêts françaises, des pertes qui doivent atteindre près d'un million de francs.

b) Polyporus sulphureus. — Par sa fréquence dans nos forêts feuillues et les dégâts qu'il y occasionne, le Polyporus sulphureus ne le cède guère au Stereum frustulosum. C'est lui qui donne naissance à la pourriture rouge ordinaire du*

chêne, parfois qualifiée de rouge tendre, par opposition au rouge dur déjà décrit, et que les auteurs anciens (Anonyme, Instruction sur les Bois de marine ; Garraud, Etudes sur les Bois de construction) désignaient sous le nom de pourriture sèche, tabac d'Espagne, etc. Contrairement à ce qu'ont avancé les mycologues modernes, c'est accidentellement que ce parasite s'attaque à la partie supérieure du fût et s'introduit par une lésion de branches. Presque toujours, l'infection se produit dans le bas de la tige et consécutivement à une blessure profonde qui a mis le bois de cœur à nu, attaque du Nectria ditissima par exemple. C'est ordinairement dans la rosace de ce chancre, que se déposent et que germent les spores et les conidies du parasite. Les bois gras sont plus fréquemment envahis par cette pourriture, que les bois maigres, nerveux.

Les organes annuels de fructification se montrent de mai à novembre. Ils sont normalement constitués (fig. 95, PI. V) par des-masses épaisses, charnues, sessiles, d'un jaune soufre en dessous, d'un jaune doré en dessus. La chair est blanche, caséeuse ; elle dégage une odeur légèrement sulfureuse.

Tantôt ces chapeaux sont exophytes, tantôt et plus souvent ils sont inclus dans une petite caverne située au pied de l'arbre. Dans ce cas, il faut, pour les cueillir, engager la main dans la cavité. Les échantillons ainsi obtenus diffèrent sensiblement de la forme normale : ils sont plus ou moins aplatis, en raquette, et les tubes hyménophores sont en petit nombre, parfois même absents.

La première altération du bois se manifeste par une coloration d'un rouge brun clair, un peu analogue à celle des flammes de grisette, mais s'en distinguant néanmoins assez facilement par l'absence de tout aspect gras et huileux. Les hyphes du champignon se propageant rapidement dans l'intérieur des tissus, les épuisent et les dessèchent. Il se produit, principalement dans le sens rayonnant, de larges fentes, que le mycélium remplit, soit de croûtes blanches, en forme de peau de gant, soit de filaments très fins et cotonneux. Ces larges cordons blancs (fig. 9l>, PL V) suffisent pour distinguer à première vue la pourriture rouge du cœur rouge. A son dernier degré de décomposition, le bois très friable, s'écrase entre les doigts, et donne une poussière couleur cannelle, qui

ressembler du tabac d'Espagne. D'où le nom. sous lequel cette pourriture a été longtemps désignée dans le commerce.

Généralement, les arbres atteints de cette pourriture présentent au point d'infection, une légère excavation remplie de cette poudre si caractéristique, qui permet au praticien de reconnaître en tout temps cette maladie.

La pourriture du Polyporus sulphureus est essentiellement rayonnante. Les spores et les conidies ne germent que sur le bois parfait, et le mycélium ne se développe que dans le bois de cœur. En ce qui concerne la progression en hauteur, elle est moins rapide que celle de la grisette ; elle varie ordinairement entre 3 et 5 centimètres par an. Dans les conditions les plus habituelles, lorsque le vice se manifeste au pied de l'arbre par la présence d'une poudre cannelle, on peut affranchir la pièce en éboutantà une distance de la culée comprise entre 2 et 3 mètres. II ne faut pas marchander sur la longueur de cette découpe, car il suffit d'une petite parcelle de bois rouge restant dans la partie saine pour l'altérer ultérieurement. Le bois pourri est, d'ailleurs, impropre à tout usage.

Cette pourriture rouge est très répandue dans les taillis sous futaie et les perchis en conversion. Elle se propage non seulement d'arbre chancreux à arbre chancreux, mais encore de section fraîche à section fraîche. Lorsque deux arbres sont soudés, il faut ou bien les garder tous deux, ou bien les abattre ensemble, si Ton ne veut que le rouge envahisse le sujet réservé.

Les organes de fructification étant relativement très rares et souvent privés de tubes hyménophores, on peut se demander comment la propagation du Polyporus sulphureus peut s'effectuer aussi rapide* ment. Or, en examinant au microscope la poussière provenant du bois décomposé, on y observe de nombreux corpuscules elliptiques, isolés ou plus communément réunis comme deux grains de chapelet, plus réfringents et plus brillants que la masse d'entourage. Ce sont des conidies naissant par grappes sur les gros filaments mycéliens, et qui, transportées par le vent, la pluie et les insectes, ensemencent au loin le champignon. Leur rôle pressenti par Hartig a été mis en évidence par de Seynes.

Le Polyporus sulphureus engendre aussi la pourriture rouge du noyer, du peuplier, de l'aune, de l'acacia et des saules.

2° Sapin. — Les deux pourritures rouges du sapin, les plus fréquemment observées par nous dans les forêts françaises, sont dues : Tune au Polyporus vaporarius, Fries. l'autre au Trametes radiciperda, R. Hartig.

a) Polyporus vaporarius. — Ce parasite engendre une pourriture du pied (fig. 97), excessivement fréquente dans les forêts du Jura et du Doubs,où elle est connue sous les noms de pain (fèpice.

pourriture liège, etc. Cette maladie s'observe principalement chez les très gros arbres, et offre une frappante analogie de faciès et de développement, a\ec la pourriture rouge du chêne.

Les premières traces de l'altération du bois consistent en des flammes d'un jaune brun apparaissant d'abord isolément sur la section horizontale, puis formant ensuite comme une auréole à la pourriture proprement dite. Celleci se présente sous une teinte générale d'un jaune brun clair, rappelant bien sur une section transversale, l'aspect et la couleur d'une tranche de pain d'épice fraîchement .

coupée. Cette couleur se fonce et brunit sensiblement dans les régions les plus anciennement infectées, au voisinage de lames blanches, caractéristiques, s'étendant à la fois dans le sens radial et dans le sens circonférenciel {fig. 98, PI. V), lames qui ne sont autre chose que des amas feutrés de mycélium tapissant toutes les fentes du bois. En ouvrant ces fentes, on voit ces lames volumineuses, veloutées, ayant jusqu'à 5 millimètres d'épaisseur et ressemblant à des paquets de coton hydrophile.

L'altération se poursuivant à l'intérieur de l'arbre, le bois qui a conservé sa structure primitive avec ses couches d'automne et de printemps nettement tranchées, prend une colo-

ration d'un brun rouge très foncé (/fy.99, PI. \T ; il est alors léger comme du liège, tendre et facile à découper en tranches minces à l'état frais, plus dur, friable et d'aspect satiné à Tétat sec. Cette friabilité apparaît déjà dans le bois gris. Les fragments se pulvérisent aisément entre les doigts, donnant une poussière d'un jaune gris, qui rappelle celle du tabac d'Espagne. En examinant cette poussière au microscope, nous avons constaté qu'elle renferme de nombreux corpuscules ellipsoïdaux, qui ne sont autre chose que des conidies, c'està-dire des organes de reproduction et de dissémination du champignon. Ce fait, signalé pour la première fois, est très important, car il permet d'expliquer par quel mécanisme s'effectue la transmission du mal d'arbre en arbre. Il suffit, en effet, que cette poussière soit transportée par le vent, les insectes abondant dans le bois brun, les souris, les écureuils, sur une plaie du fût ou des racines, pour que ces conidies germent et infectent la plante. Indépendamment de ces conidies, le Polyporus vaporarius présente de véritables organes de fructification en forme de croûtes blanches, naissant entre Técorce et le bois pourri, et portant à la face inférieure des tubes hyménophores, très peu distincts et supportant des spores incolores et oblongues.

Ces différents caractères extérieurs permettront toujours au praticien de reconnaître facilement, sans l'aide d'aucun instrument, la pourriture due à ce parasite. Pour ceux qui voudront pousser plus loin l'analyse, ils tireront bon profit :

4° De l'examen des hyphes du mycélium formées de filaments gros et fins enchère très, les fins cloisonnés et munis de boucles apparaissant au microscope sous l'aspect de nodules brillants ;

2° De la façon dont ces hyphes se propagent à travers les tissus ligneux, utilisant d'abord les ponctuations aréolées où elles pénètrent par couples, perçant ensuite les parois de sculptures disposées comme les barreaux d'une échelle ;

3* De la recherche et de l'étude des conidiophores ramassés, globuleux, et des conidies éparses et abondantes dans le bois altéré et la poussière qui en provient, conidies dont la présence suffira à différencier le bois attaqué par le Polyporus vaporarius, de celui envahi par le Merulius iacrymans ;

4a Enfin, des altérations progressives subies par la matière ligneuse sous l'influence de l'humidité et des ferments sécrétés par .les hyphes, altérations dont le résultat ultime est l'imprégnation

des parois cellulaires par un liquide brunâtre, très avide d'eau et qui rend le bois friable. Il est à noter encore que le bois pourri se durcit en séchant, d'où le nom de pourri rouge dur, donné aussi à cette maladie.

Sur les arbres debout, ce vice très grave ne se reconnaît que lorsqu'il est déjà très avancé, soit à la poussière jaune qui s'échappe parfois d'une cavité située entre les racines, soit à la présence du tissu brun et liègeux qu'on découvre au pied du fût, en faisant sauter Técorce. A ce point de l'attaque, les arbres sont franchement dépérissants.

Comme l'indiquent les planches ci-jointes, cette pourriture est à la fois rayonnante et filante. Si elle apparaît sur la découpe du pied sous sa forme pain d'êpiee, il faut, pour affranchir, lever une bille de 2 à 4 mètres ; mais si Ton trouve du bois liègeux sous la scie, la pourriture monte au moins k 5 mètres. Et, comme il suffit d'une flamme mycélienne pour que la maladie se propage à l'intérieur des charpentes et les mine sourdement, on ne saurait apporter trop de soin à la découpe et à la réception des bois viciés. La moindre tache rousse, existant à l'extrémité d'une poutre déjà affranchie, doit être une cause de rebut.

La reproduction de ce parasite se fait surtout par des blessures aux racines ou au niveau du collet de l'arbre. Il semble que les spores ou les conidies aient besoin pour germer, des chaudes et humides effluves dégagées parle sol. Hartig admet également la possibilité d'une infection, de racine à racine. Ce serait facile à voir. En tous cas, la présence d'un sous-étage feuillu est le plus sûr préventif contre le développement de cette pourriture si commune et si redoutable.

b) Trametes radiciperda. — Cette pourriture, généralement dénommée Bouge tendre du sapin, est très commune dans presque toutes les forêts montagneuses de France, en particulier dans le Jura, le Doubs et les Alpes de Savoie. Elle sévit principalement sur les sols marneux. Son mode d'attaque offre une très grande analogie avec celui de la grisette du chêne. La première trace du mal consiste dans l'apparition, au cœur de l'arbre, de flammes teintant légère-

Défauts et Maladies des Bois.

Planche VI.

ment le bois d'automne en brun violacé. Puis, généralement dans la zone interne la plus poreuse du bois de printemps, on voit apparaître des ponctuations d'un jaune orangé très pale, où le tissu ligneux est comme rongé, et, après le passage de la scie, comme réduit en un son grossier. Le mal se propage, tantôt circulairement et en faisant tache d'huile, tantôt radialement, en poussant des prolongements digités, tantôt enfin annulairement et dans une seule couche d'accroissement poreuse et large. Les régions du cœur, à cernes minces et à bois d'automne abondant, résistent mieux que les régions moyennes, où les cernes sont larges et le bois mou. Il en résulte que, si le mal n'est pas très ancien, la pourriture forme des îlots, des plages, séparés par des épaulements de bois brun {fig. 100, PI. VI).

Peu à peu, cette pourriture envahit tout le cœur de l'arbre ; le bois pourri devient tendre, léger comme plume ; il s'arrache facilement par morceaux, s'émiette sous les doigts en longs et grêles filaments, puis tombe en poussière jaune. Une caverne conique se forme au cœur du sapin ; la couche de bois dur diminue de plus en plus, et il vient un moment où la pourriture gagne sur un côté, laissant la base du fût percée d'un trou où l'on peut engager le bras (fig. 101).

Il est à noter que, sur une section fraîche et venant d'être mordue par la scie, les teintes sont beaucoup plus accentuées, et le bois imprégné d'un liquide brun, qui entoure et auréole la pourriture proprement dite, revêt une couleur écorce de marron. Les taches farineuses incluses dans le bois, sont également plus sombres, et c'est seulement dans les îlots excentriques, que la couleur son, jaune blanc, jaune orangé, se netteté. Examiné au microscope sur une section transversale, le

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manifeste dans toute sa

bois brun violacé montre ses rayons médullaires fortement brunis, les lumens étroits des trachéides du bois d'automne bouchés et remplis par un liquide brunâtre, qui, peu à peu, pénétre les parois et dissout les matières incrustantes.

Sur une section radiale, ce même bois présente des taches noirâtres, puis des vacuoles ruisselantes du liquide brun, où le bois est réduit en sciure. Ce liquide se diffuse dans les tissus voisins, la cavité se dessèche et les parois sont tapissées d'un indûment en forme de voile aranéeux, d'abord jaune brun, puis jaune blanchâtre, constitué par des filaments mycéliens. Tout à l'entour, le bois est profondément altéré ; les membranes des trachéides sont progressivement corrodées, dissociées, effilochées {fig. 102), et il ne reste plus finalement, qu'une masse de cellulose dèchevètrée et jaune, pâlissant à l'air.

En détachant des anneaux de ce bois pourri, on voit sur la

Fig. 102.

surface, tantôt des efllorescences mycéliennes blanchâtres, tantôt des paquets d'indûment, tantôt enfin de gros cordonnets mycéliens, ramiliés en pattes d'oie, qui ressortent en relief comme des fils blancs, sur le fond jaune d'entourage.

Cette maladie frappe les arbres de tout âge ; elle est cependant plus commune sur les perches âgées de 80 à 100 ans. Quand elle se présente sous l'aspect de la planche figure 100, il suffit débouter à une distance de 1 mètre à lm,50 pour

atteindre le bois sain ; mais, quand la caverne du pied est formée, le mal embrasse une hauteur variant entre 3 et 4 mètres au moins.

Il est difficile de reconnaître cette pourriture sur les arbres debout, tant qu'il n'existe pas au pied de ca\erne décelée par la percussion. Cependant, les méplats de la tige constituent un indice rarement trompeur, alors surtout que la cime manifeste quelques traces de dépérissement.

Comme nous le montrerons plus loin pour l'épicéa, la propagation de ce parasite se fait dans le sol, par les racines. Ce point a une importance capitale dans la culture, car il montre d'une part, combien sont extravagantes et dangereuses les théories qui reposent sur l'élimination systématique du feuillu dans les sapinières et, d'autre part, combien sont aléatoires les plantations d'épicéa dans un sol infecté par les germes de ce parasite.

3° Epicéa. — Les principales pourritures de l'épicéa sont dues au Polyporus vaporarius, au Trametes radiciperda et au Trametes pini (Fries).

a Polyporus vaporarius. — Ce redoutable champignon cause la pourriture liège de l'épicéa, commune dans les forêts du Jura (Boujailles, Levier, Fuans, Gilley, etc.). Les caractères distinetifs de l'altération du bois sont les mêmes que pour le sapin, avec cettedifférence. cependant, que la formation du tissu brun, lié g eux, est beaucoup plus rapide ; la maladie file dans ce bois mou, à partir des racines, avec une \itesse prodigieuse et comme l'indique

la figure 103. En huit ou dix ans, la pourriture peut monter dans l'arbre jusqu'à 12 mètres de haut, en moyenne jusqu'à 6-8 mètres. Le garde Lanquetin, de Boujaillcs. de qui nous

Jfcfftj juin

Fig. 103.

tenons les meilleurs échantillons de pourritures résineuses, nous écrit avoir même vu un épicéa de 2 mètres de tour, de 30 mètres de longueur, pourri de la base à la tête, au point qu'on n'a pu en tirer un seul morceau de bois de service.

Sur les arbres debout, les signes apparents de la maladie consistent surtout dans le dépérissement de la cime. Il faut avoir soin de sonder au marteau le pied des épicéas dépérissants et d'enlever un éclat d'écorce. Si le bois brun apparaît, inutile d'estimer la pièce : elle est perdue et impropre à tout usage. Les fourmilières situées entre les racines sont également un bon indice d'altération intérieure.

b) Trametes radiciperda. — Cette pourriture rougè ?t circulaire du cœur se rencontre fréquemment dans les forêts jurassiennes (Levier, Courvières, etc.}, où elle sévit sur les sujets de tous ûges, depuis les perches de 70 à 80 ans, jusqu'aux arbres de 130 à 150 ans ; elle est plus rare en Savoie, où on l'observe surtout aux basses altitudes.

C'est une pourriture du pied, rayonnante et filante, qui se propage dans les sols fertiles et argilo-caleaires, et dans les peuplements issus de plantations, partout en un mot où les épicéas ont crû vigoureusement dans leur jeunesse, où, par conséquent, le cœur est surtout formé de bois de printemps mou et spongieux. Elle concourt singulièrement à limiter l'emploi de l'épicéa hors de sa station naturelle, sur les premier et deuxième plateaux jurassiques, (Toit Von a parfois systématiquement banni le hêtre.

Pour constater la cause du mal et récolter les appareils fructifères du champignon, il faut découvrir et arracher avec précaution quelques racines, principalement celles avoisinant une galerie de taupe ou un trou de souris. On y verra alors (fi g. 104; des plaques parfois volumineuses, étalant une surface hyméniale d'un blanc de neige, ou des sortes de consoles à surface stérile, tourmentée, brune, un peu soyeuse dans la jeunesse, dont les bords blanchissent avec l'âge. Puis, entre Técorce et le bois pourri, apparaissent de minces membranes mycéliennes, également blanches, qui se renflent légèrement dans les boutonnières de l'écorce.

La propagation de la maladie peut se faire ou bien souterrainement, par contact de racine malade à racine saine,

c'est ce qui explique le dépérissement des épicéas, par taches circulaires, ou bien encore par l'intermédiaire des spores échappées de l'hyménium, spores qui vont germer sur des racines blessées accidentellement par des rongeurs, après avoir été apportées, soit par les eaux des pluies, soit par les insectes, soit par les rongeurs eux-mêmes.

Il est évident que plus la racine attaquée sera grosse et le

Fig. 104.

point d'attaque proche du collet, plus aussi la pourriture se propagera rapidement dans le fût. Si l'infection se produit sur des radicelles, le mal gagne lentement lès grosses racines, puis le collet. Alors, il y a généralement plusieurs foyers distincts de pourriture {fig. 105) ; l'attaque se faisant plus près de la périphérie, dans des tissus plus résineux et

plus résistants, on constate que la progression du mal est

beaucoup ralentie.

La première trace de l'altération du bois consiste dans Tap-

rition de flammes d'un gris brun foncé tirant sur le lilas ; puis les tissus s'altèrent davantage, prennent une teinte jaune orangé très pâle ; enfin ils brunissent de nouveau dans les régions centrales les plus anciennement infectées.

Sur une section transver-

Ji V sale (fig. 106, PI. VI), on recon-

N^ naît immédiatement la bande à

contours irréguliers et sinueux du bois brun lilas, toujours dur et résistant ; puis le tissu orangé, mou, spongieux dont les fragments s'enlèvent à la main ; enfin le tissu du cœur, bruni superficiellement, et qui ne tarde pas à se fendre en se desséchant.

Il est à noter que les nœuds renfermés, formés de bois rouge particulièrement résistant, ne sont pas altérés; leur couleur claire tranche donc \ igoureusement sur la couleur foncée du bois pourri. La racine de ces nœuds, elle-même imprégnée de résine, reste à peu près indemne. On peut inférer de là, que les dommages causés par le Trametes radiciperda seraient singulièrement moindres, si ce parasite n'avait affaire qu'à des peuplements ayant crû lentement et dont les sujets présentent un bois fin et serré. L'état de massif plein est donc celui qui convient le mieux à l'épicéa, tant au point de vue de la qualité du bois, que de la santé des peuplements.

En poursuivant l'analyse et sur une section radiale [fig. 107, PI. VI), on observe, à la limite entre les tissus sains et les tissus malades, des plaques caractéristiques d'un brun excessivement foncé, disposées comme des rayons médullaires. Ces taches sont remplies d'un liquide brunâtre, dans lequel baignent des filaments mycéliens pelotonnés en

masse compacte. C'est le liquide de ces taches, qui, par os* mose, imprègne le bois sain, lui donne sa coloration brune en dissolvant le contenu des trachéides et qui surexcite l'activité des hyphes.

Immédiatement après ces taches et en liaison intime avec elles, apparaît le bois lilas pouvant avoir de 2 à 6 centimètres d'épaisseur, au sein duquel se produit l'altération fondamentale de la matière ligneuse. En recourant au microscope, on constate que les trachéides se sont petit à petit vidées de leur contenu ; que leurs parois sont criblées de perforations dues au cheminement latéral des gros cordonnets mycéliens, et que, sous l'influence du liquide qui les imprègne, les mêmes parois se gonflent, se déchevétrent en longs filaments, par perte de leurs matières incrustantes.

Le tissu suivant, pâli et orangé sur la section transversale, se montre, au contraire, d'un brun foncé sur la section radiale ; il a perdu toute consistance et s'est creusé de vacuoles lenticulaires et allongées. Déjà apparaissent, çà et là, de petites plaques blanches de cellulose à peu près pure, qui, plus loin, prennent l'aspect caractéristique de traînées d'un blanc soyeux d'amiante.

Les taches noires figurées par Hartig et représentées par cet auteur comme précédant l'apparition des membranes blanches soyeuses, n'existaient sur aucun de nos échantillons. C'est donc un caractère peu fixe, à écarter de la diagnose.

Par contre, sur un fragment de rondelle en mauvais état provenant de la forêt de Courvières et faisant partie d'un gracieux envoi de notre excellent camarade, M. Maurice Bouvet, on retrouve tous les symptômes de l'attaque décrite pour le sapin. Dans la masse profonde du tissu bruni et vigoureusement travaillé par des larves d'insectes, apparaissent des sillons radiaux digités, des fentes sillonnées longitudinalementde canaux vacuolaires imprégnés de liquide brun, puis des taches jaunâtres, farineuses, où le bois est en sciure, et qui sont si étroitement symptomatiques de la maladie [fig. 108, PL VI;. Une caverne profonde paraît exister au pied du sujet d'où provient la rondelle.

Les caractères extérieurs de la maladie sont : l'état des cimes dépérissantes, la présence de fourmilières entre les

racines et la formation de cavernes dans la partie basse des fûts, cavernes qu'indique toujours la percussion.

Quant à la hauteur de la pourriture, elle varie suivant l'aspect de la section d'abatage. S'il y a plusieurs points d'attaques et si le cœur est sain, le mal est localisé entre 1 et 2 mètres ; si l'attaque part du cœur et que le 1/3 environ de la rondelle soit pourri, le vice se poursuit sur une hauteur de 2 à 4 mètres ; si la pourriture occupe les 2/3 de la rondelle, il faut compter sur un déchet de 6 mètres au moins, et de 8 à 10 mètres s'il y a une caverne au pied de la tige.

c") Nœuds jaunes des arbres résineux. — Chez les arbres résineux de toutes essences, les nœuds noirs ne font que déparer la beauté et amoindrir la valeur des planches ; en revanche, les nœuds jaunes constituent un défaut sérieux, annonçant toujours un commencement de pourriture intérieure.

Si l'on pratique, en effet, une section transversale au niveau d'un de ces nœuds, on constate (fig. 109, PI. Vil) qu'en face de ce dernier, s'est développée vigoureusement une pourriture d'un jaune brun, d'abord embrassante, mais finissant par envahir la tige tout entière.

Prenant une rondelle de bois attaqué, et la brisant sur une pierre ou un angle quelconque, on voit la séparation se faire suivant un anneau qui délimite exactement les surfaces de contact entre deux couches annuelles. Sur le morceau extérieur, se trouve (fig. 110, PI. VII) la face arrondie du bois de printemps, ornée de très nombreuses sculptures blanchâtres, creuses, qui se détachent en noir sur le fond d'entourage. Au milieu de toutes ces dentelles, dirigées le plus souvent dans le sens transversal, se trouve un fil blanc, qui parait être comme la première ébauche d'une reprise de couturière au milieu d'un accroc. C'est un cordonnet mycélien qui chemine normalement aux couches, perce le bois dur d'automne dans la traversée des rayons médullaires, et s'épanouit dans le bois mou de printemps, sous forme de grêles filaments.

Dans la figure citée, les gros cordons mycéliens s'avancent jusqu'au cœur de la rondelle ; mais ce sont seulement les petites hyphes qui donnent au bois sa teinte jaune caractéristique. L'attaque se poursuit par la perforation des parois

fauts et Maladies des Bois.

no.

PlancheVIl.

des trachcides et la décomposition progressive de leur contenu et de leurs membranes. La partie la plus molle du bois de printemps est de plus en plus creusée, rongée/, les linéaments de la dentelle tombent, et, sur la section transversale, apparaissent des taches d'un blanc jaunâtre, d'abord isolées, puis confluentes, qui sont dues à la transformation de la substance ligneuse en cellulose. Les zones brunes de bois d'automne, plus résistantes, finissent par apparaître comme isolées les unes des autres par des cavités irrégulières, comme de véritables roulures.

A tous ces symptômes, on reconnaît l'attaque du Trametes fini, Hartig, pour la première fois signalé dans les forêts françaises. Les fructifications de ce champignon se montrent dans les nœuds des branches brisées, sous l'aspect de chapeaux dimidiés, ligneux, bruns, à bord ocracé, durs, sillonnés-zones. La chair est jaune rouillé, subéreuse. La surface hyméniale est veloutée, d'abord jaune, puis ocracée. La reproduction se fait par des spores brunes, ovoïdes.

Pour que les spores germent, il faut qu'elles rencontrent une lésion de branche fraîche et non recouverte de résine. La pourriture des nœuds épargne donc les jeunes arbres ayant moins de cinquante ans environ. D'abord rayonnante, elle file ensuite rapidement dans le corps de l'arbre, surtout en descendant, et occasionne un déchet souvent considérable.

Si l'attaque est récente, ce qu'on reconnaît au croissant jaune peu développé qui s'étend autour du nœud, il peut n'y avoir qu'une perte de 0m,50 de longueur ; mais, si la flamme jaune s'avance jusqu'au cœur, la bille perdue atteint au moins A mètres de long ; si elle le dépasse, le pourri s'étend jusqu'à 6 ou 7 mètres.

Le Trameles pini exerce de très grands ravages : dans le Jura, sur le sapin et l'épicéa ; dans les Alpes de Savoie (Maurienne), où tous les épicéas élagués sont rouges ; dans les Cévennes, sur le pin sylvestre.

Lors des estimations, il faut avoir l'œil sur les branches

brisées au ras du tronc et sur les plaies d'élagage. Si le nœud

porte un champignon, s'il y a un écoulement sur le fut, si

ï ecorce est détachée autour du nœud et que le bois gris ap-

Mathky. — Exploitation des bois. I. 12

paraisse, on peut être sûr de trouver la pourriture intérieure. Diminuer de 4 mètres en ce cas, la hauteur de service.

En guise de conclusion, répétons qu'il ne faut jamais élaguer les arbres résineux.

Art. III. — POURRITURES NOIRES, VERTES, ETC.

A. Pourritures noires. — a) Bois feuillus. — Chez le chêne, les pourritures noires sont dues, tantôt à une grisette morte donnant alors au bois qui entoure la caverne une couleur violacée très caractéristique, tantôt à la décomposition d'une vieille souche remplissant l'intérieur de la patte d'un terreau noirâtre, tantôt enfin à l'action d'un champignon saprophyte, connu sous le nom de Foie de veau. Langue de bœuf, et qui n'est autre chose que la Fistulina hepatica, Huds. (fig. 111, PI. VII). Dans ce dernier cas, avant de devenir noir, le bois prend une teinte rousse intermédiaire.

Toutes ces pourritures noires n'affectent que le pied des arbres ; elles sont très peu dangereuses, et se purgent avec une grande facilité. Il suffit, pour avoir la longueur de la découpe, d'errfbncer une canne dans la cavité creusée au pied de l'arbre, et de mesurer sa plus grande hauteur variant généralement entre 0m,40 et 0m,80.

b) Bois résineux. — On désigne dans le Jura, sous le nom de Besses, des résineux présentant des fourchures caractérisées par la présence de sillons ouverts sur le fût. Toutes ces fourchures sont accompagnées de pourriture noire, se développant dans le cœur et enlevant à l'arbre la plus grande partie de sa valeur commerciale. Cette pourriture se reconnaît au premier coup d'œil, non seulement à sa couleur, mais encore aux nombreuses fentes cadranées, qui sillonnent le bois pourri et s'irradient jusque dans le bois sain (fig. 112, PL VII;.

Si Ton examine au microscope une coupe de ce bois noir (fig. (43), on trouve les trachéides remplies d'un amas de sphéro-bactéries dont les zooglœes, en forme d'abord d'ampoules, puis de sphères, se rompent et disséminent leurs microcoques à l'intérieur des cellules. Ceux-ci épuisent rapidement le contenu des cavités cellulaires et s'attaquent ensuite aux parois, transformant la masse ligneuse tout

entière en une substance jaunâtre, qui s'ulmifie de plus en plusMet finit par tomber en poussière.

L'infection du bois par les bactéries provoquant la carie noire et la gangrène rousse des blessures, ne s'opère que dans des conditions de milieu très particulières. Il faut, en premier lieu, que les

Fig. 113.

tissus ligneux soient ramollis par l'action prolongée d'eaux chargées de microcoques, en second lieu, que l'oxygène puisse largement pénétrer dans les tissus en décomposition. Si ces deux conditions sont remplies, et c'est ce qui a lieu dans les Besses et les blessures ouvertes, la maladie progresse très rapidement; si, au contraire, les plaies se ferment, si l'atmosphère est confinée, et si l'humidité ne persiste pas (nœuds recouverts, blessures fermées, etc.), la marche du mal est beaucoup ralentie.

Ces quelques explications sont de nature à jeter un peu de lumière sur des faits jusqu'ici mal connus et inexpliqués.

B. Pourritures grises, vertes, bleues. — Sur les sapins et les épicéas abattus et écoreés en été, on voit souvent d'innombrables gouttelettes de résine exsuder de piqûres ^insectes variés. Dans toute la masse du bois perforé,

on trouve des rayures grises et noires, dues à l'attaque de différents Ceratostoma, petits champignons saprophytes, dont le mycélium pénètre dans les galeries creusées par les insectes.

La pourriture verte du bois d'érable est produite par le Nectria cinnabarina.

La couleur bleue de l'aubier du Pitchpin est due à un Ceratostoma. La tonalité bleu gris des résineux qui ont longtemps séjourné à l'humidité, est provoquée par Peziza œruginosa.

Toutes ces rayures et pourritures sont superficielles et n'entraînent pas un déchet appréciable lors de la mise en œuvre. Cependant, la coloration anormale d'un bois est toujours un indice de moindre durée, une cause de prompte altération ultérieure pour les pièces placées dans des conditions défavorables à leur conservation. Les Américains, qui inondent notre marché de mauvais parquets en aubier de pitchpin, se sont efforcés de démontrer que le bois bleu est préférable au bois normal. C'est possible, si l'on ne tient compte que de la résistance ; c'est faux et démenti par la pratique, si l'on envisage aussi la durée.

Art. IV. — ÉCOULEMENTS.

Sur le tronc d'un grand nombre d'arbres : chêne, orme, érable, marronnier, hôtre, etc., on voit s'écouler de blessures souvent superficielles, des liquides plus ou moins visqueux, dans lesquels flottent un grand nombre de bactéries et d'algues, dont le rôle et l'importance ont été étrangement grossis et méconnus par le professeur Crié. Malgré tout ce qui a été dit et écrit, ces écoulements ou flux sont sans influence sur la santé des arbres. Ce ne sont que des épiphénomènes, en relation avec des plaies traumatiques : blessures, gélivures, etc.

Les écoulements ferrifères, si communs sur les chênes, se produisent quand on enfonce des clous rouilles dans le fût, ou quand on entame le bois avec des serpes ou des marteaux également couverts de rouille.

Au point de vue commercial, les écoulements quiprovien-

nent de plaies nettes et superfici îlles n'ont aucune influence dommageable sur le débit en ch arpente ; ils se manifestent, sur les plateaux et les planches, par des taches ocreuses, qui pâlissent avec le temps et qui ne déprécient que légèrement la marchandise.

C'est en raison surtout des flux ferrifères, que l'administration forestière prohibe les flâchis effectués sur les arbres de réserve.

Art. V. — LES CHANCRES.

Les chancres sont des plaies profondes creusées dans le bois par des champignons ou des bactéries (?). Tous ont pour origine première une blessure ou une meurtrissure de Técorce produites par le choc des gréions, les piqûres d'insectes, etc. On distingue :

A. Chancre des arbres feuillus. — Ce vice frappe presque tous les arbres feuillus, plus particulièrement les pommiers, poiriers, cerisiers, tilleuls, hêtres, charmes et chênes. Il est du au Nectria dilissima, Tul., champignon dont les fructifications apparaissent en hiver sur les bords des anneaux du chancre, sous forme de petits points gros comme des têtes d'épingles et d'un rouge corail.

Cette maladie, sporadique dans les forêts de l'Est de la France, revêt un caractère épidémique dans les vallons et les combets gélifs et dans les taillis incendiés.

Le chancre débute par une altération de l'écorce qui brunit, meurt, se boursoufle et tombe, laissant apparaître, dans le bois sous-jacent, une plaie creusée en forme de rosace (fig. 114) et pouvant atteindre 0", 40 de hauteur sur 0",30 de largeur. Sur les vieux chênes, ce vice affecte presque toujours la partie basse du fût. Il est d'ailleurs d'autant plus dommageable au sujet qui le porte, que ce sujet est jeune.

Le chancre est par lui-même peu préjudiciable à la santé des arbres. Presque tous les chênes chancreux des taillis sous futaie ont la cime vivace. Au point de vue commercial, il n entraine aucun mécompte, s'il est exempt de pourriture rouge, ce dont il est facile de s'assurer. La partie inutilisable

est celle que Ton voit d'emblée. Sur la section, figure i 15, la ligne awjb représente la limite du déchet ; en c et d sont deux

points de pourri rouge (Polyporus sulphureus), gros comme la tête d'un clou.

Si Ton n'avait point à craindre l'attaque ultérieure du Rouge, on pourrait sans inconvénient réserver, dans les taillis pauvres en arbres, quelques chênes chancreux à l'état de modernes et d'anciens, à défaut d'autres sujets meilleurs.

D'après Berzezinski (C. — R.

A. S.t 20 mai 4902), le Xectria ditissima ne serait qu'un saprophyte se développant sur les tissus mortifiés du chancre. Ce dernier serait dû à des bactéries en forme de bâtonnets courts et divisés en deux globules géminés. Le chancre serait ainsi une ma-

Fig. 114.

Fig. 115.

ladie contagieuse, minant les arbres comme la tuberculose le corps humain, et pouvant être perpétuée par des greffons contaminés (?)•

B. Chancres des arbres résineux. — a) Sapin. — Le chancre du sapin est désigné sous le nom de chaudron dans les

Vosges, de dorge dans le Jura. Il est produit par Yœcidium elatinum, champignon à végétation alternante, qui exige, pour son complet développement, le concours de deux plantes différentes.

Les organes de fructification de ce champignon se montrent sur les balais de sorcière, sortes d'arbres en miniature, naissant sur des renflements du tronc et des branches, et dont les feuilles, pales et jaunâtres, sont caduques et éparses. Au commencement d'août, ces feuilles portent, sur leur face inférieure, deux rangées de petits points orangés. Ce sont des écidies, d'où s'échapperont, à la fin d'août, un nuage de spores elliptiques et granulées, spores impuissantes à transmettre le chancre de sapin à sapin, mais qui, tombant sur les feuilles de Stellaria nemorum, y germeront en produisant des taches jaunâtres. De ces tâches de rouille, sortiront de nouvelles spores (téleutospores) qui, sans action sur la plante qui les a nourries, s'en iront a leur tour propager sur le sapin les balais de sorcière des forestiers, fermant ainsi le cycle de l'évolution de Yœcidium elatinum (Dr Fischer).

Le premier indice de l'infection d'une tige se manifeste par un renflement caractéristique du tronc ou de la branche \fig. 116]. En ces points, l'écorce et le liber prennent une épaisseur exagérée, et les couches d'accroissement, plus larges que dans le bois sain, sont sinueuses, bouclées, inégales.

L'activité du cambium n'y est pas partout la même ; elle s affaiblit, puis cesse complètement çà et là. L'écorce, boursouflée, se fendille, tombe, mettant à nu le bois mort qui se trouve ainsi inclus (fig. 116, à) au milieu de la tumeur con* tinuant à s'accroître sur ses bords. Il s'ensuit que le chancre peut être entièrement en excroissance, ou bien, partie en renflement et partie en excavation.

Cette distinction est très importante dans la pratique, car les dorges en tonnelet sont généralement saines, et les dorges creuses presque toujours pourries.

Si l'on examine une section transversale faite dans une dorge <fig- 117, PL VII), on est immédiatement frappé par l'aspect nrogeâtre du bois et saisi par l'odeur acide et forte qui s'en dégage. On observe ensuite, à la limite entre le bois sec et le bois vert, une roulure annulaire, due à l'arrêt d'activité du cambium, puis de nombreuses plaques d'écorce, emprisonnées dans les méandres des accroissements et plus ou moins

laminées par la pression, enfin de larges taches de résine concrétionnée. Dans toute la région chaudronnée, le bois est plus dur, plus tannifère, plus chargé de résine, que dans les régions extérieures.

La dorge est rarement une cause de mort pour le sapin. Saine et fermée, elle ne nuit pas au itébit d'une manière ap-

Fig. 116.

préciable ; les planches sont cependant plus cassantes dans la partie rosée du bois. Ouverte, elle renferme toujours des traces de pourriture, dues, les unes au Polyporus fulvus, les autres à YHydnum cor allô ides. Il est fréquent, en effet, de trouver sur les plaies chancreuses, des réceptacles de ce champignon constitués par des rameaux striés, épaissis, fimbriés au sommet et ressemblant à des branches de corail d'un gris brun ou bistré. Dans ce dernier cas, la dorge entraîne la perte d'une bille dont la longueur varie entre 0m,50 et 3 mètres ; de plus, elle coupe la tronce en deux, donnant un bon plot de tète avec un plot de queue toujours déprécié, b) Mélèze. — Le chancre du mélèze est dû au Peziza XVilkommii, Hartig, champignon dont les fructifications apparaissent en. été sur Técorce crevassée des chancres, sous forme

de pustules blanches, grosses comme des têtes d'épingles. Il se montre sur toutes les parties de l'arbre, branches et tronc.

Ce parasite est très eotnmun dans les Mélézins des Alpes de Savoie (Chamonix, Les Houches, Saint-Gervais) ; il ne s'y montre pas dangereux, contrairement à ce qui arrive dans les régions de plaine. Sur les vieux arbres, il s'étale en rosace comme le nectria sur le chêne ; mais il ne pénètre pas aussi loin dans l'arbre et ne nuit ni à la vigueur du sujet, ni à son utilisation commerciale. Tout a l'entour, le bois est sain, très imprégné de résine et très dur. Cette résine doit contribuer puissamment à préserver les mélèzes chancreux de toute contamination ultérieure.

Autant donc il est sage et prévoyant de faire disparaître les sapins chaudronnés dans les éclaircies, autant il est prudent de réserver les mélèzes chancreux et bien venants dans les forêts clairiérées des hautes sommités.

Art- VI. — LES GUIS.

a) Viscutn album. — Le gui vit en parasite sur les essences suivantes : pommier, peuplier, poirier, sapin argenté, pins sylvestre et laricio (en Corse), hêtre, tilleul, alisier, aubépine, acacia, érable, saules blanc et pleureur, bouleau, charme, cornouiller mâle, noisetier, marronnier et chêne. Il recherche surtout les sols calcaires, et se montre très rarement dans les forêts feuillues. C'est donc un parasite des arbres isolés, de parcs, de jardins et d'avenues. Dans les futaies résineuses du Jura, des Vosges et du Plateau Central, il abonde souvent dans de vieux peuplements de sapin pectine, à une altitude inférieure à 1.000 mètres. Nous ne l'avons jamais observé sur l'épicéa. Par contre, le peuplier noir en recèle souvent des touffes innombrables.

Le gui se propage de branche en branche, d'arbre en arbre, par ses baies blanches et visqueuses, dont les grives sont friandes. Semées en hiver, ces baies germent en mai, et, la première année, s'enfoncent seulement jusqu'au bois ; les feuilles caulinaires n'apparaissent qu'à la fin de la troisième année. A partir de ce moment, le développement est régulier et rapide.

Si on enlève l'écorce d'une branche ou d'une tige envahie par le gui, on trouve, à la surface du bois, des veines vertes, cheminant à travers le liber, parallèlement à la direction delà branche ou de la tige. L'allongement annuel de cesrhizoïdes a été trouvé par Hartigde 0mm,75 sur le pin, et de lcm,7 sur le sapin. A l'extrémité de ces racines traçantes corticales, il se produit, tous les ans ou tous les deux ans, des racines secondaires ou crampons, qui traversent le cambium et pénètrent légèrement dans le bois. Ces crampons ne s'allongent pas comme des racines ; cependant, à mesure que les branches grossissent en produisant de nouvelles couches, la pointe du crampon s'éloigne du liber et parait s'enfoncer dans le bois.

La ligure 111$ montre, d'après Hartig, la pénétration du

iti

Fig. 118.

crampon du gui dans le sapin (a), le pin sylvestre (b) et le peuplier (c). Chez les essences, comme le sapin et le peuplier, où l'écorce reste lisse pendant de longues années sans

former de rhytidôme, les rhizoïdes peuvent vivre pendant très longtemps, ainsi que leurs crampons, et par suite s'allonger considérablement. Au contraire, chez les essences, comme les pins, où récorce morte est épaisse et abondante, les rhizoïdes enfermées dans le liber périssent de bonne heure avec ce dernier, leur allongement est limité, et les crampons paraissent isolés à l'intérieur du bois. 11 est à noter que ces crampons meurent à partir de leur extrémité, dès qu'ils sont englobés dans le bois parlait.

Etant principalement formés de tissus cellulaires très mous, les crampons du gui, une fois morts, se détruisent rapidement et laissent le bois percé d'une multitude de petits trous qui le rendent impropre au service. La figure 119 présente une planche de sapin atteinte de ce défaut désigné, dans le Jura, sous le nom de grain d'orge.

Au point de vue commercial, le gui n'est pas quantité négligeable ; U entraîne, chez le sapin, la perte d'une bille de 2 à 3 mètres de long, et, chez le peuplier, un déchet plus grand encore.

iliiiliilff////.

Fig. 119.

b) Loranthus europeus. — C'est un parasite du chêne qui est commun en Autriche et en Saxe, mais inconnu en France. U produit, sur les branches et les jeunes tiges, des excroissances volumineuses, et ses racines s'enfoncent dans le bois en y formant des crans caractéristiques {fig. 120, d'après Hartig).

c) Arceutobium oxycedri. — Parasite sur les genémers oxycèdre et de Phénicie, où il croit à la façon du Viscum album. Très rare en Algérie où nous ne l'avons pas rencontré dans les forêts du littoral oranais (Seddaoua, etc.), qui renferment cependant les plus beaux peuplements de genévriers de la colonie. Plus commun, diton, sur les Hauts-Plateaux de l'intérieur.

Art. VIL— SUR QUELQUES SIGNES EXTÉRIEURS DES MALADIES

A. Trous de pics. — Les pics sont pour les forestiers, des auxiliaires utiles et des indicateurs précieux. Grâce aux trous qu'ils creusent dans le bois, de nombreux vices cachés deviennent apparents, et l'on peut ainsi exploiter les arbres avant qu'ils n'aient perdu toute valeur marchande. L'examen de ces trous conduit très souvent du reste à la détermination du vice dont la pièce est atteinte ; elle permet en conséquence de lui faire subir une réduction convenable.

Si la présence des trous de pics est communément l'indice d'une altération profonde des arbres, il arrive cependant aussi qu'elle n'est symptomatique d'aucun défaut grave, nuisant à l'emploi commercial du bois. La première chose à faire est donc d'examiner attentivement, en cas de doute, les parcelles de bois détachées par l'oiseau et gisant au pied de l'arbre, pour voir si elles sont saines, ou au contraire, pourries et anormalement colorées.

Nous résumons ci-dessous, pour les principales essences, quelques indications pratiques ayant un certain intérêt pour les estimateurs.

plusieurs trous situés

1« Chêne

sur les différentes faces de l'arbre

les uns au-dessous des autres

l'un d'eux pleure

tous secs, poudre cannelle

champignons (

ou tige mé- <

plate (

ipas de cham- i pignon )

grisette.

c pourri rouge.

/ pourri blanc.

) du Polyporu* ( igniarius.

frotture ou gouttière recouvertes.

un seul trou situé

sur une branche oo un { nœud noir

pourri blanc de la moelle, dégât nul.

' sur un nœud \ , V1

recouvert j gwgrène de blessure.

2° Chez le hêtre, les trous de pics sont beaucoup moins caractéristiques que chez le chêne. D'une part, en effet, les plaies profondes sont suivies d'une désorganisation tellement rapide du bois qu'il n'est pas besoin d'autres indices pour juger de la gravité du mal. D'autre part, il est bien peu de nos hêtres isolés dans les taillis sous futaie, qui ne portent des trous de pics, frais ou anciens, alors même que leur bois est parfaitement sain. Si les arbres sont rares, ou si l'on a fait une part trop large à l'abandon, on voit le pic percer toutes les réserves, dans les trois ou quatre années qui suivent l'exploitation. Cela tient à ce que cet oiseau affectionne beaucoup le bois tendre de cette essence ; il lui arrive même ordinairement de creuser avec rage les plus petites branches mortes emprisonnées dans les tissus sains du fût, comme s'il voulait forer de nouveaux pièges pour attirer le* insectes.

En résumé, les trous de pics ne sont pas, à eux seuls, un critérium de l'altération du bois de hêtre. C'est surtout lorsqu'ils pleurent et qu'au-dessous d'eux l'écorce est maculée de noir, qu'on doit s'attendre à trouver dans la pièce de la pourriture s'étendant loin, ou de mauvaises infiltrations provenant de gouttières et donnant naissance au cœur rouge ou gris. Diminuer alors de 2 ou 3 mètres la longueur du bois d'oeuvre, suivant l'aspect de l'écorce et de la cime. Les

trous de pics situés au-dessous de nœuds recouverts d'élagage ou autres, sont d'un mauvais prosage.

3° Chez le tremble, les trous de pics sont ordinairement Tindicè du cœur noir (carie centrale), ou signifient plus simplement que le bois renferme des larves de la Saperde du peuplier. Dans ce dernier cas, déchet insignifiant.

4° Chez le bouleau, les trous de pics signalent des frottures recouvertes, le plus souvent peu dangereuses, entraînant la perte d'un billon de 0m,30 à 0m,50 de longueur.

5° Chez le frêne, ces mêmes trous indiquent des nœuds gâtés ou des gouttières recouvertes qui peuvent, suivant les forêts, descendre de 0m,50 à 2 mètres dans le fut. Estimer avec modération.

(J° Chez le sapin, les trous de pics sont caractéristiques, soit du pourri blanc du au Polyporus fulvus, soit d'anciennes frotturfcs recouvertes et pourries, soit enfin de nœuds vicieux et fortement atteints de pourriture.

Nota. — Les arbres dans lesquels nichent les pics sont toujours plus profondément altérés que les autres; ils portent plusieurs trous étages.

B. Trous entre racines. — Fontaines. — En sondant avec le manche du marteau, l'intervalle compris entre deux racines, on met souvent à découvert des trous qui paraissent s'enfoncer dans l'arbre. On ne peut reconnaître leur nature, qu'en y mettant la main, ce qui n'offre aucun danger. Si le trou remonte, l'arbre est creux (pourri blanc du Polyporus Dryadeus, grisette du pied, pourri rouge* ; si le trou descend carrément et file entre les racines, l'arbre est sain.

Les martes, les putois, les renards, les chats sauvages, etc.. se creusent parfois des terriers ou des abris sous les plus beaux arbres de nos forêts. On doit éviter d'en conclure que ces arbres sont nécessairement creux ; c'est le contraire qui généralement est vrai.

Qu'a-t-il donc ? demandons-nous souvent k un garde se préparant à jeter bas un chêne de belle venue. — Une fontaine ! — Gardez-le. — Sous le nom de fontaines, les gardes et les bûcherons désignent de petites cavités remplies d'eau au pied des chênes les plus vigoureux. C'est un indice sur

(pie l'arbre est sain. En effet, si la fontaine était en communication avec une cavité profonde ou avec du pourri, l'eau disparaîtrait promptement, au lieu qu'elle reste pendant les plus fortes chaleurs, servant de piscine et d'abreuvoir aux oiseaux. Ces trous sont généralement dus à des rejets du pied qui ont disparu et dont la section a été recouverte par les accroissements de l'arbre.

C. Coloration, chute et mort de l' écorce. — Les tonalités changeantes des écorces sont dues à des lichens très variés. Aucun caractère pratique et sur ne 'découle de l'examen des taches jaunes, blanches, grises, que présentent certaines régions des arbres, des chênes en particulier. On ne peut même rien inférer d'absolu d'après la blancheur et la rugosité de l'écorce, au point de vue de la vigueur du sujet : voir par exemple les pédoncules croissant sur les terrains humides, et comparer avec des rouvres de même âge, venus sur des sols drainés et argilo-siliceux.

L'exfoliation de la vieille écorce par plaques ou feuillets qui laisse apparaître au pied des chênes des taillis sous futaie, une nouvelle et jeune écorce couleur café au lait, relevée de nombreuses aspérités ou lenticelles tfig. 121), n'est ni

Fig. 121.

un vice, ni un défaut, ni même un signe que l'arbre entre dans son retour. Cette exfoliation doit être attribuée au froid du grand hiver 1879-80.

Sur les vieux chênes parvenus' à maturité, on observe parfois des décollements d'écorce au niveau du sol, et le bois est mis à nu comme dans la graille du hêtre. De prime abord, on pourrait croire l'arbre gravement endommagé. II n'en est rien, tant que la pourriture est absente. Deux chênes des bois communaux de Losne, situés sur des alluvions modernes de la Saône et mesurant 4 mètres de tour, offraient à leur base, de ces décollements d'écorce entre de puissantes racines. Abattus, ils se sont montrés parfaitement sains, et l'adjudicataire, M. Rollet, a réalisé sur leur vente (cuvelage de mines) un bénéfice immédiat de 600 francs.

Art. VIII. — ARBRES MORTS SUR PIED. — SÉCHONS.

Les arbres morts sur pied ont perdu la plus grande partie de leurs qualités comme bois d'oeuvre.

a) Feuillus. — En les débitant, on constate un affaiblissement de leur odeur naturelle ; le bois a une couleur terne, et les faces d'équarrissage sont parsemées de nombreuses fentes et de gerçures perpendiculaires à la direction des fibres. Ce sont des bois cassants, peu tenaces, peu durables, qui conviennent seulement pour la menuiserie et l'ébénisterie grossières.

Chez le chêne, l'altération est souvent beaucoup plus profonde ; le bois est rayé de jaune et de blanc, l'aubier transformé en une masse jaunâtre. C'est là une conséquence de l'attaque du Stereum hirsutum, Fries., champignon saprophyte dont les réceptacles, de formes très diverses {fig. 122. PI. VIII), naissent abondamment sur l'écorce des bois morts. Les arbres ainsi altérés ont perdu les trois quarts de leur valeur.

b) Résineux. — Les résineux morts sur pied, ou séchons, sont presque tous atteints d'un défaut désigné dans le Jura sous le nom d'échauffure (fig. 123, PI. VIII;. Sur le pourtour de ces arbres et sur une épaisseur de 3 à (J centimètres, le bois prend une coloration d'abord d'un jaune rosé, puis d'un

:a vjts et Maladies des Bois.

Planche VIII.

jaune brun. Ces taches un peu cunéiformes, à contours irréguliers et sinueux, sont prolongées dans le bois sain par des anneaux d'un bleu foncé pâlissant à l'air ; elles sont dues à Faction du mycélium brun d'une sphérelle, le Ceralostoma pViferum, Hartig, qui s'insinue et progresse dans le bois suivant les rayons médullaires.

Sur une section radiale, le bois apparaît coloré en jaune brun et la teinte va en décroissant de la périphérie au centre. Ce champignon microscopique passe de l'écorce dans le bois par l'intermédiaire de nombreuses galeries forées par des bostriches ; tous les bois échauffés étant en outre plus ou moins piqués.

Au point de vue commercial, l'échauffure constitue un grave défaut, car l'arbre est inutilisable comme bois de service sur toute sa hauteur et dans un anneau extérieur de 4 à 6 centimètres. Aussi, les séchons ne valent-ils que moitié des arbres verts. Il ne convient donc pas de faire sécher les bois sur pied avant de les abattre, comme on l'a encore proposé dernièrement..., après Buffon.

Art. IX. — POURRITURE DES BOIS ABATTUS OU MIS EN OEUVRE.

H existe une masse prodigieuse de champignons produisant des pourritures le plus souvent inconnues, dans les bois abattus ou mis en œuvre. Nous n'en citerons cependant que deux, particulièrement dommageables : le Stereum purpureum, Fr., et le Merulius lacrymans, Schum.

aï Stereum purpureum (i). — Il se développe en été sur la découpe des bois tronçonnés, qui séjournent longtemps à proximitédes usines, principalement sur les tronces de hêtre où il cause des dégâts considérables.

Il est facile de s'apercevoir du mal, car la pourriture débute par l'apparition, sur la section de tronçonnement, de croûtes purpurines ou lilas, se transformant plus tard en champignons de 4 centimètres environ de diamètre, en forme decoquille, à rebords incurvés [fig. 124, PI. VIII;. Peu à peu,

(1> D'Areois di JuBAinmLi, Bévue det Eaux et Forêts, juin 1890. Mathet. — Exploitation des bois. I. 13

ces champignons se groupent, s'imbriquent et recouvrent toute la section de la tronce.

Le bois de hêtre, attaqué par le Slereum purpureum. se décolore, pâlit et prend une teinte d'un blanc jaunâtre caractéristique ; en même temps qu'il se décolore, il devient léger, friable, et perd toute valeur comme bois d'industrie.

La décomposition de billes de A mètres s'opère avec une très grande rapidité (en moins d'un an. à Darney, où M. d'Arbois de Jubainville en a fait la constatation \

Pour se prémunir contre les attaques de ce champignon, il faut débiter le hêtre encore vert, ne pas tronçonner les pièces sur les chantiers, et au besoin recouvrir d'une couche de goudron les surfaces de section.

b) Mcrulius lacrymans. — C'est le Champignon des maisons, qui donne naissance à la pourriture sèche du bois. Inconnu en forêt, il se propage exclusivement dans les constructions où il cause des dégâts considérables, depuis que Ton emploie à tort et à travers, pour la charpente, des bois à peine secs, de toute origine et de toute provenance, qui seraient bons seulement pour la fabrication de la pâte à papier. Se développant primitivement sur les charpentes résineuses, il gagne ensuite les parquets de chêne, les boiseries, même les tapisseries et les meubles.

Le bois attaqué par les hyphes de ce champignon (fig. 125, PI. VIII} prend une coloration brune ; en même temps, il se gorge d'eau, devient tendre, peu fendillé, et se laisse couper comme du beurre. Si on laisse sécher un fragment de ce bois, il se débite, par des fentes orthogonales, en une série de petits cubes étages. Le bois envahi par le Polyporus vaporarius, qui offre à peu près la même teinte brune, se fend, au contraire, de façon toujours irrégulière, principalement dans le sens longitudinal. Il est donc facile de distinguer les échantillons infectés par l'un ou l'autre de ces parasites.

Le Merulius lacrymans ne se propage pas seulement de pièce de bois à pièce de bois ;onle voit aussi ramper, dans Jes caves, sous forme de lames feutrées, de cordons et de toiles aranéeuses, sur les murs et les dalles humides, à la recherche dune proie ligneuse.

MALADIES PABASITA1RE6 195

Les réceptacles de ce champignon sont formés par des plaques de 10 à 50 centimètres, charnues, spongieuses, humides, d'abord blanches comme de la craie, ensuite jonquille, puis brun rouillé, avec une large bordure floconneuse et blanche. Ces plaques sont relevées de plis alvéolés, dentés, jaunes, rosés et bruns. La surface hyméniale porte une quantité prodigieuse de spores d'un jaune orange, conservant très longtemps leur faculté germinative et donnant naissance à des nuages de poussière brune.

Ces spores disséminées par l'eau, les souris, les rats, les passants, etc., tombant sur des bois poreux et humides, germent en produisant des filaments déliés, qui s'insinuent à tra\ers la masse ligneuse, se répandent à l'intérieur des cellules et sécrètent des toxines destructrices de la matière ligneuse. Les hyphes portent des boucles, qui, à défaut d'autres caractères, permettent de reconnaître le Merulius dans les bois envahis depuis peu. Tantôt elles circulent isolément dans la masse du bois, tantôt elles se réunissent en feutrages gris et luisants, tantôt enfin elles s'étalent à la surlace des charpentes, les couvrent de voiles blancs et aranéeux, de cordons grisâtres et de peaux laineuses, laissant tous exsuder de larges gouttelettes d'eau.

Le mycélium du Merulius est très vivace. Il résiste pendant longtemps même à l'intérieur de pièces superficiellement desséchées et ne présentant plus aucune trace apparente d'infection.

En vertu des dispositions de l'art. 1782 du code civil, les entrepreneurs et architectes sont civilement responsables, pendant un délai de garantie de dix ans, des accidents causés par leur négligence. On s'est donc demandé si Ton pouvait reconnaître, lors de la livraison, qu'un bois est atteint par le Merulius lacrymans. A cette question, on doit répondre par la négative. Xi le pouvoir polarisant du bois attaqué, différent de celui du bois sain, ni les indications du réactif de Xessler ne peuvent donner une certitude à cet égard. En revanche, les juges chargés de la recherche des responsabilités devront s'enquérir, avant tout, de l'origine et de la qualité des bois.

Seront présumés responsables a priori, les entrepreneurs et architectes qui auront employé dans leurs constructions,

des bois résineux ayant crû hors de leur station naturelle ou présentant moins de 15 couches (F accroissement au décimètre couvert.

Ce premier examen effectué, on verra s'il y a ou non, des vices de construction. Il est démontré que le voisinage ou le contact de matières alcalines sont indispensables au dé\eloppement des spores du Alerulius lacrymans. Sera donc considéré comme vice de construction, l'emploi, comme matériaux de remplissage, de cendres, escarbilles, scories et autres substances humides pouvant dégager de l'ammoniaque. De môme, l'encastrement des bois dans des murs de pierres poreuses accessibles à l'humidité, le séquestre des pièces dans une atmosphère chaude, humide, non renouvelée, engageront la responsabilité des constructeurs.

En cas d'invasion par le Alerulius dans une construction, il faut tout d'abord la purger des bois avariés, puis ouvrir des soupiraux dans les caves, pratiquer des prises d'air sous les planchers, en un mot aérer largement, partout où le mal s'est déclaré.

Comme préservatif, on a conseillé l'emploi de différents antiseptiques. Les meilleurs sont à base de créosote : le Carbolineum et VAntinonnine. Ce dernier produit est une dissolution savonneuse d'orthodinitro-crésol-potassium. Rappelons qu'en Russie, où ce parasite exerce d'immenses ravages dans les constructions en bois, on badigeonne simplement les charpentes avec un lait de chaux, opération parfaitement justiliée, les spores du Alerulius étant détruites par la chaux.

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