I. — Procédés naturels de séchage
Lorsque des planches fraîchement débitées séjournent en piles mortes, c'est-à-dire sont superposées aplat les unes aux autres, on voit bientôt les premiers échantillons situés en haut des tas se voiler, se fendre longitudinalement sur toute leur longueur, alors que ceux situés à l'intérieur s'échauffent vers les surfaces en contact, se couvrent de taches rouge<\tres,et exhalent une forte odeur de fermentation quand an les dépile ; si même ces conditions mauvaises se prolongent, les champignons apparaissent, se propagent entre les planches et occasionnent la pourriture.
a) Procédé des charpentiers et menuisiers. — Le procédé de séchage le plus primitif consiste à empiler les bois par longueurs parallèles, sur des tasseaux de 5 à 7 millimètres d'épaisseur, de les couvrir avec des dosses sans valeur, puis de les laisser sécher pendant trois années environ dans un lieu sec, bien aéré et situé au nord, à l'abri du soleil.
b) Procédé des scieurs. — Au lieu d'empiler les planches et les douelles aussitôt après qu'elles sont tombées du fer, on les laisse séjourner de champ ou en tas dans un coin de l'usine ; elles se recouvrent alors d'une patine noirâtre, et sont vendues, l'été suivant, comme bois vieux, aux commissionnaires trop pressés.
ci Procédés par immersion, arrosage ou flottage. — Depuis très longtemps, on a reconnu que le flottage hâte la dessiccation du bois et avance l'époque de sa mise en œuvre. De plus, les planches et les charpentes flottées se tourmentent et se déjettent beaucoup moins que les autres. Par contre, le flottage altère la couleur du grain et provoque souvent dans
le bois, des taches brunes qui le déprécient pour certains ouvrages.
Après un séjour prolongé dans l'eau, le chêne prend la teinte uniforme du vieux chêne (bois gris) et perd l'éclat, le brillant de sa maille : il ne peut donc plus être utilisé par Fébénisterie et la menuiserie d'art.
Le meilleur moyen de sécher rapidement des voliges, feuillets, planches, etc., est de les immerger plus ou moins longtemps, suivant la saison, dans de l'eau courante ou dormante mais alors fréquemment renouvelée. Cette dernière précaution est indispensable pour conserver au bois une couleur claire.
On empile ensuite sur lattes, de préférence dans un hangar. Les feuillets sèchent très rapidement. Il faut en moyenne 8 jours d'immersion et 15 jours d'empilage à l'air. Les planches épaisses et les plateaux exigent une immersion prolongée.
On doit disposer les rangées de sciages, de façon que l'air circule facilement entre les piles espacées de quelques centimètres les unes des autres. De plus, il faut avoir soin que les lattes portant les échantillons, débordent aux extrémités afin de prévenir les fentes.
Dans les scieries hydrauliques où l'on a l'eau à volonté, il est facile d'aménager de grandes fosses, divisées en compartiments où Ton immerge les divers échantillons de bois pendant plusieurs mois avant l'empilage. On peut aussi étendre les planches à plat sur du gazon et les arroser en pluie plusieurs fois par jour avec une pompe, en ayant soin de les retourner à chaque opération. Ce moyen réussit bien, mais il a l'inconvénient de coûter cher et de tacher souvent le chêne.
Lorsque l'eau est rare ou qu'on débite sur le parterre même (le la coupe, il serait préférable, au lieu d'empiler à bloc comme on le fait, de placer les planches de champ, en les appuyant les unes sur les autres et en laissant entre elles un léger intervalle. L'eau des pluies s'écoulerait ainsi sur les sciages et remplacerait l'arrosage. De plus, la disposition même des planches préviendrait beaucoup de gerçures et de fentes. Après quelques mois de séjour dans cette situation (plus ou moins, suivant la fréquence des pluies), les sciages sont suffisamment lavés et ressuyés pour être emmenés dans Mathbt. — Exploitation des bois. I. iô
les chantiers, et mis, sans crainte d'échauffure, en piles carrées où la dessiccation complète s'opère en moins d'un an et demi.
IL — Procédés artificiels de séchage.
A. Etuvage. — L'étuvage a pour but d'enlever au bois son eau séveuse, de coaguler les matières albuminoïdes qu'il renferme, de le rendre moins hygrométrique, moins fermentescible et de hâter sa dessiccation. De plus, les bois étuvéssont peu exposés à la pourriture et aux attaques des insectes vermoulure, ; ils sont enlin faciles à façonner et ils ne travaillent plus une fois mis en œuvre. On peut donc traiter ainsi avec avantage les parquets et sciages de toute nature destinés à la menuiserie et à l'ébénisterie, tels que planches, frises» feuillets, panneaux de chêne, hêtre, érable, cerisier, platane, noyer. Parfois même l'étuvage donne au bois une coloration agréable ; c'est ce qui arrive pour le platane prenant, à la suite de cette opération, une teinte rosée du plus gracieux effet.
Sous l'influence de la vapeur d'eau, et à une température supérieure à 30°, le bois est ramolli, distendu, et la sève, mélangée à la vapeur, est entraînée par l'eau qui se condense dans l'appareil. Dans les scieries, cette vapeur est fournie par le générateur, soit directement, soit par voie d'échappement.
Les bois tombant de la scie sont portés dans un autoclave constitué par des cylindres en tôle ou des chambres voûtées en maçonnerie de briques, pouvant avoir : largeur 2"MîO à 2"\70, longueur 4 à 5 mètres, hauteur sous clé 2m,(H). Le seuil de la porte d'entrée, qui se ferme hermétiquement au moyen d'un volet formant tampon, est élevé de 0nl,40 environ au-dessus du sol ; à l'intérieur, des solives supportent les hois à étuver, disposés au même niveau que le seuil. La partie inférieure est constituée par un réservoir étanche où Ton fait arriver la vapeur du générateur par un tuyau de prise ou en utilisant la vapeur d'échappement à l'aide d'un aéro-condenseur Fouché. Les liquides provenant de la condensation se ramassent dans cette fosse d'où ils peuvent être évacués au
moyen d'un robinet purgeur. Une petite cheminée est percée dans la voûte et munie d'un tampon pour permettre à la vapeur de s'échapper lorsque la pression est trop forte et donne un courant d'air lorsqu'on décharge l'appareil. Suivant les besoins, on peut installer cote à cote deux compartiments semblables, de façon que l'un des deux soit toujours en marche quand on charge ou on décharge l'autre.
Les planches sont empilées à bloc, les unes sur les autres, et soigneusement alignées. La partie supérieure et les bouts qui dépassent sont recouverts de dosseaux sans valeur.
Apres avoir hermétiquement fermé toutes les issues, on fait arrher la vapeur par en bas, au moyen d'un tube percé d'orifices constituant autant de jets différents. Cette vapeur se répand dans l'autoclave, pénètre le bois, le purge de sa sève et retombe en eau dans le bassin inférieur. Dès que la pression est assez forte, on ferme le robinet de prise pendant 4 à 5 heures, puis, avant de l'ouvrir à nouveau, on ô\aeue les liquides de condensation. Ceux-ci, épais et bruns au début, s'éclaircissent au fur et à mesure que l'opération s'avance.
Lorsqu'ils ne présentent plus aucune coloration, ce qui se produit au bout de 4 à 5 jours, létuvage est complet. On ouvre alors la porte et la cheminée, pour activer la circulation de l'air et ressuyer un peu les bois ; on laisse le bloc se refroidir entièrement, et on dépile. De deux choses lune, ou bien les bois sont portés de l'étuve dans un séchoir à air chaud, ou bien les planches sont rangées debout sur des sous-traits, appuyées en haut sur une perche horizontale et séparées par des tasseaux de 3 à \ centimètres d'épaisseur. On couvre à l'aide d'un toit provisoire et on abrite, au moyen d'une volige de rebut, la planche du dessus des mises. On laisse debout un mois l'été, deux à trois mois rimer, puis on empile.
Ce procédé vaut mieux que l'empilage direct en plein air, au sortir de l'étuve, et le séchage pendant \ ou 5 mois avant la livraison.
Pour obtenir une belle teinte claire, quelques scieurs recommandent d'arroser les planches en pluie avec une pompe avant l'empilage, afin d'enlever la poussière ferrugineuse et
superficielle qui les recouvre. On laisse sécher, on empile sur doubles lattes, par beau temps, la rive hors cœur au soleil, en faisant des appels d'air tous les 10 mètres,
On voit par là qu'avec le simple étuvage, on peut obtenir, en 4 ou 5 mois, dès bois aussi secs qu'après 2 à 3 ans d'empilage en plein air.
Cependant, l'étuvage ne présente pas que des avantages ; comme toutes choses, il a son bon et son mauvais côté. Tout d'abord il enlève au chêne sa couleur naturelle et lui donne une teinte grise uniforme. Il ne faut donc pas étuver les bois bien maillés, destinés à Tébénisterie de luxe. De plus, les bois mal étuvés sont souvent tachés, cas fréquent pour les frises qui renferment beaucoup d'aubier. Enfin, les bois noueux, à fibres torses, tranchées, ceux qui renferment des cœurs ouverts ou sinueux, sautent tous à l'étuve et donnent un déchet considérable. C'est pour ce motif que la réception des bois à wagons est si attentive.
Les étuves d'une trop grande capacité, surtout en hauteur, fonctionnent mal.
Il est préférable de n'étuver que 10 à 12 mètres cubes à la fois. Une étuve simple revient à 1 000 francs environ ; une étuve double à 2000 francs.
La dépense de vapeur peut être considérée comme nulle, si le générateur est assez puissant pour fournir la vapeur pendant l'arrêt des machines, c'est-à-dire lo matin, à midi et le soir. Pour éviter les taches et les éclats, il vaut mieux étuver à basse température, c'est-à-dire entre 30 et 40 degrés. On arrive facilement à ce résultat, en réglant le poids du tampon qui ferme la cheminée d'évaporation, ou, si l'on aime mieux, celui du couvercle de la soupape de sûreté. Il suffit de connaître la pression exercée au centimètre carré par la vapeur d'eau aux diverses températures, qui est de 0,072 kil. à 40°. Si donc la cheminée a une section de 300 centimètres carrés, le poids du tampon devra être de 0,072 x 300 = 21 kilos 600.
La main d'oeuvre pour introduire les bois, les empiler et les extraire peut être évaluée à 3 francs par mètre cube. Le bénéfice qui résulte d'un gain de deux années au moins sur le séchage, l'économie des vastes hangars nécessaires pour
l'empilage des bois verts, compensent et au-delà les frais d'installation et les manipulations supplémentaires occasionnés par l'étuvage ; aussi l'installation d'une étuve est-elle le complément indispensable à l'outillage d'une scierie moderne.
B. Séchoirs. — Quand on ne dispose pas d'un générateur pour fournir la vapeur nécessaire à l'étuvage, quand on veut conserver au bois sa couleur naturelle, amener au finissage certains articles de boissellerie fabriqués en bois frais : sabots fumés, pelles à grains, attelles de colliers, vaisselle, etc., ou obtenir enfin la dessiccation progressive et complète de bois de prix, on fait usage de séchoirs. Les types en sont nombreux.
a Séchoirs à calorifère à feu nu. — On sait que les bâtons de bois vert, chauffés assez fortement pour griller et détacher Féeorce, acquièrent une qualité et une dureté exceptionnelles.
C'est cequiarrive pour les manches d'outils et les fourches, qu'on passe au feu pour les redresser ou les mettre en forme.
Dans certaines forêts de hêtres, on confectionne sur la coupe même, des sabots, des pelles à bois, des jougs à bœufs, des attelles de colliers et autres ustensiles. Façonnés avec le bois fraîchement abattu, les objets sont placés pendant quelques jours, au-dessus d'un petit feu entretenu avec des copeaux, exposés ainsi à la fumée. En outre d'une dessiccation, il y a imprégnation du bois par les principes créosotes contenus dans la fumée.
Pour fabriquer plus vite par des procédés mécaniques, l'industrie a été conduite à r n,
répéter en grand dans des séchoirs, ce qui se fait en petit dans la forêt, c'est-àdire à dessécher ses bois de boissellerie, de menuiserie et de charronnage au moyen des fumées épaisses et chargées de
vapeurs humides, qui Se Fig. 140. — (D'après le Journal du
dégagentdela sciure verte. commerce des bois).
La ligure 140 représente un séchoir à foyer direct de cette nature. H se compose d'une chambre A en briques de
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