DU BOIS
On a beaucoup discuté sur l'époque la plus favorable à l'abatage des bois. Pline, Vitruve et les auteurs anciens préconisent la coupe d'hiver. Un règlement de la Table-demarbre, du 4 septembre 1601, défend de couper de la mi-mai à la mi-septembre. L'article 7 du titre II du livre 23 de l'Ordonnance pour les armées navales et arsenaux de marine, du 15 avril 1689, prohibe l'abatage en temps de sève. L'ordonnance de 1669 défend de rien abattre dans les forêts, entre le 15 avril et le 1er octobre. Héritière de ces traditions, l'Administration forestière ouvre ses forêts à la hache le 15 octobre et les ferme le 15 avril dans les taillis, le 15 mai dans les futaies. Ces pratiques, obligatoires dans les bois soumis au régime forestier, sont aussi suivies généralement par les particuliers.
On s'est demandé si cette saison d'abatage était bien la plus avantageuse sous le rapport de la durée des bois. Les forestiers du xviifl et du xviii° siècle, qui se sont surtout préoccupés de la question, sont d'avis différents. Duhamel penche pour l'exploitation en temps de sève, Hartig la rejette. Les expériences sont peu probantes de part et d'autre. Pour justifier l'abatage d'été on a invoqué l'exemple de quelques nations maritimes : c'est ainsi que les Anglais couperaient leur chêne
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au commencement de juin, les Hollandais et les Napolitains leurs bois résineux en juillet et en août. La marine ne paraît pas attribuer à l'époque de l'abatage une grande influence sur la durée des bois, et ses cahiers des charges n'imposent aucune condition à cet égard.
D'une façon générale, les bois exploités en hiver sont moftis que ceux exploités en été exposés à la vermoulure, aux taches, aux lentes, et la coupe d'été se justifie seulement pour les arbres à mettre immédiatement en œuvre, que l'on peut passer à l'étuve, ou écorcor sans danger sous un climat humide. Pour ce dernier motif, la coupe en temps de sève des bois résineux n'offre pas d'inconvénients. La résine exsudant du fut tend à le revêtir d'une enveloppe protectrice et isolante ; le bois se desséche plus complètement et prend un bel aspect nacré : il est donc plus léger, et son transport est plus facile, plus économique.
Pline, Théophraste, Palladius et Caton l'Ancien avaient, comme tous leurs contemporains, une foi robuste dans l'influence de la Lune sur la durée des bois. D'après eux, les arbres doivent être abattus pendant le décours de la Lune, si Ton veut que le bois soit de bonnes qualité et garde. Cette opinion était si généralement répandue au vm* siècle, qu'elle devint le sujet de prescriptions positives de la part de l'autorité. Auguste de Saint-IIilaire a retrouvé ces mêmes idées au Brésil. Duhamel en France, Burgsdorf en Allemagne ont fait quelques expériences qui tendent à infirmer l'opinion des Anciens. Enfin, Arago, dans sa célèbre notice de 1832, a détruit toutes les présomptions favorables aux influences lunaires. De nos jours, spécialement dans les massifs montagneux du Plateau Central, les bûcherons attribuent encore le noircissement des sapins à leur exploitation et écorçage pendant la première moitié du mois lunaire. Cela tiendrait-il à l'abondance des pluies et à l'humidité qui caractériseraient le temps de la lune croissante ?
Dans le midi de la France, les arbres abattus par vents chauds, sont fréquemment piqués. Dans le Centre et l'Est, il convient de ne point exploiter les sujets de choix pendant les fortes gelées, les arbres étant alors beaucoup plus exposés à éclater.
Le choix de la saison d'abatage n'offre guère qu'un intérêt théorique. En pratique, on exploite les bois quand on le peut, c'est-à-dire pendant le chômage des travailleurs des champs, soit pendant l'hiver et le printemps.
Art. II. — ABATAGE.
A. Abatage du taillis. — D'après l'article 27 du cahier des charges de l'Administration forestière, l'abatage doit être entièrement terminé le 15 avril qui suit l'adjudication pour les bois ordinaires, le 30 juin pour les bois à écorcer. Le moment de l'exploitation est déterminé, dans chaque localité et pour chaque coupe, par un permis d'exploiter délivré aux adjudicataires par le chef de service, sur la présentation des pièces exigées par le cahier des charges. Le commerce n'a pas intérêt à commencer l'abatage avant le 15 octobre, époque où la feuille commence à tomber.
Les délais accordés par le cahier des charges générales peuvent être modifiés par des clauses spéciales. L'abatage est prorogé : au 1er mai dans l'Aude, les Pyrénées-Orientales et le Tarn, au 15 mai ou au lprjuin dans les Basses-Pyrénées, les Hautes-Pyrénées et le Gers, au 1er mars de la 3° année qui suit l'adjudication en Corse.
Dans l'intérêt commun du vendeur et de l'acheteur, les rejets et perches du taillis doivent être exploités rez-terre et avec des instruments bien tranchants ; exception est faite cependant pour le hêtre qui doit généralement être coupé à 3 centimètres au-dessus de terre. II ne faut jamais craindre de couper trop bas, à condition de ne pas peser sur la perche et de ne pas éclater la souche, attendu que le sol et la couverture se tassant après l'hiver par suite de l'effet des pluies, de l'action du soleil et du piétinement, les étocs émergent toujours assez pour donner naissance à des rejets d'autant plus vigoureux et plus solidement assis, qu'ils partent de plus loin.
Les bois d'un décimètre de tour et au-dessus sont coupés à la hache ; les autres à la serpe. D'où, deux opérations bien distinctes : le débroussaillement, l'abatage proprement dit.
EXPLOITATION DES BOIS
Le débroussaillement ne donne généralement que des produits sans valeur, qui sont brûlés sur place par l'ouvrier. Plus un taillis est jeune et encombré de morts-bois, plus ce travail préliminaire est long et dispendieux pour l'adjudicataire. Les deux facteurs qui, à conditions égales de salaires, influent principalement sur le prix d'abatage sont, d'une part, l'état plus ou moins broussailleux du sous-étage : d'autre part, la longueur des perches du taillis.
Pour couper la cépée A (fig. 142) qui donne 4 bûches de chauffage, il faut sensiblement le môme temps que pour couper la cépée B qui en renferme 10. Les frais d'abatage sont entre
eux dans le rapport -j = ^~ Si clonc l'adjudicataire paye
0 05 x 5 Ofr. 05 pour abattre B,il devra payer -^— ^ = 0 fr. 125
pour abattre A, la façon s'ap- J •;; pliquant au stère empilé.
En général, l'exploitant ne tient pas un compte suffisant de ces deux facteurs : il pave trop cher les bois jeunes et courts et trop bon marché les bois vieux et longs.
Dans les vieux taillis de 40 ans et au-dessus, les frais de débroussaillement se réduisent à zéro ; ils atteignent 25 % de la valeur des bois sur pied dans les taillis âgés de 20 à 25 ans dans la montagne et de cette môme valeur dans les taillis de plaine, Agés de 20 à 25 ans.
La pénurie de bûcherons de profession se fait vivement sentir depuis plusieurs années. C'est à peine si l'on peut exploiter les coupes en temps voulu, et le travail d'abatage proprement dit est mal exécuté par des ouvriers novices ou d'occasion. Il en résulte dommage pour la foret, perte pour l'exploitant. Pour bien exploiter une cépée de taillis, le bûcheron doit enlever à la main les feuilles et la mousse qui
Fig. 142
couvrent la souche, damer la terre tout à l'entour avec la tète de sa cognée pour découvrir les principales racines latérales, puis les couper en s'avançant vers le cœur de la souche. Celle-ci s'enlève alors facilement, et chaque perche, en tombant, entraine avec elle une patte ou queute, qui, rognée à une longueur variable, vient grossir le tas des ételles d'abatage. Pour terminer l'opération, il n'y a plus alors, qu a parer l'étoc par quelques coups de hache donnés en montant ; c'est la coupe en talus, la meilleure.
Habituellement, les bois secs ou passés sont abandonnés aux bûcherons. Quant aux pattes et cjueules, racines et ételles d'abatage, elles sont mises en tas et partagées entre l'ouvrier et l'adjudicataire. Cette façon de procéder n'est pas sans entraîner de gros inconvénients. Le bûcheron est toujours tenté de rogner ses perches de plus en plus loin, de façon à augmenter ses tas. La découpe, primitivement à 10 centimètres, est maintenant poussée à 20 ou 30 centimètres.
De plus, les bûches sont rarement débitées à la longueur réglementaire, et l'ouvrier obtient ainsi de nombreux fauxbouts qui viennent encore grossir les déchets. On peut admettre qu'en moyenne et dans l'Est de la France, le déchet ainsi occasionné est d'environ 17 % du volume total : 233 stères de bois de feu ou de corde donnant 43 stères de rebuts, ételles et faux-bouts.
En règle coutumière, la longueur de la rognure ne doit pas dépasser la longueur de la circonférence prise au pied et Fépiétage à la scie doit se faire à mi-entaille.
La rareté croissante de la main-d'œuvre fait envisager la nécessité d'ici quelques années d'exploiter nos forêts à l'aide de machines-outils actionnées par le pétrole ou l'alcool. Jusqu'ici, le problème n'a pas encore reçu de solution pratique. Le temps n'est plus cependant, où les ordonnances prohibaient complètement l'emploi de la scie dans les exploitations. A tort, l'Instruction sur les bois de marine attribuait à cet instrument la désorganisation du bois à plus d'un pied de distance et la destruction de la faculté reproductrice des souches. Pareillement, l'art. 44, du titre XV de l'Ordonnance réglementaire de 1669 porte que « les bois de cépées ne seront abattus et coupés à la serpe ou à la scie, mais seulement Mathsy. — Exploitation des bois. I. 17
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à la cognée ; à peine, contre les marchands qui les exploitent de 100 livres d'amende et de confiscation de leurs marchandises et des outils des ouvriers ».
Or, les expériences de Duhamel, les nôtres effectuées dans les forêts de Vauluisant (Yonne), montrent que les brins sciés proprement repoussent parfaitement de souche et qu'il n'y a pas lieu ainsi de proscrire systématiquement l'usage de la scie en forêt.
B. Abatage de la futaie. — L'abatage des arbres se fait par des procédés différents, suivant qu'ils sont longs ou courts, que leur bois est plus ou moins précieux.
a) Abatage à la hache. — On pratique, d'abord du côté où Ton veut faire tomber l'arbre, une large entaille dépassant le coeur de la tige, puis une seconde du côté opposé (fig. 143, a). Entraîné par le poids de sa ramure, l'arbre tombe alors naturellement. Si l'entaille a été mal faite ou que la cime soit trop dissymétrique, on dirige la chute dans la direction convenable, à l'aide de cordes, ou de perches terminées par des crochets. La coupe doit être faite rez-terre, afin d'éviter une trop grande perte de matière ligneuse (fig. 143, b, c). Malgré toutes les précautions prises, la bille du pied est toujours raccourcie
Fig. 143, a, b, c.
d'une longueur égale à la hauteur de l'entaille. Cette hauteur dépend du diamètre de la tige. Chez les petits arbres de 0»,90 à lm,50 de tour, elle est d'environ 0m,30 ; chez ceux de 2 à 3 mètres de tour, elle atteint et dépasse 0m,50.
Ainsi sont abattus les peupliers, les résineux et les petits sur-taillis, tous bois très longs ou de peu de valeur.
Les ételles ou copeaux d'abatage sont ordinairement abandonnés aux ouvriers comme acompte sur leur salaire.
b) Abatage à la scie. — Après avoir légèrement égobelé l'arbre, c'est-à-dire après avoir rabattu à la hache l'empâtement du pied dû aux racines, on ouvre le trait de scie du coté opposé à la direction de chute et perpendiculairement à cette direction. Puis, afin de faciliter le jeu de la scie, on chasse fortement des coins en fer en arrière de la lame. A l'aide de ces coins, un bûcheron exercé dirige la chute avec «ne précision remarquable.
Ainsi sont abattus les hêtres, chênes, peupliers et résineux divers.
c} Abatage par extraction de souche. — Lorsque les arbres sont courts et d'une grande valeur: chênes, noyers, etc. on creuse autour de la tige une large excavation de 2 mètres environ de diamètre, de façon à découvrir les racines maitresses. On coupe ensuite à la cognée celles de ces dernières situées du côté où Ton veut diriger la chute, on sectionne le pivot en terre, puis on termine par l'ablation de la racine directement opposée à la direction de chute. Ce procédé peut être appliqué même dans les coupes marquées en délivrance : il suffit, en effet, de laisser intacte la racine qui porte l'empreinte du marteau.
Dans les forêts feuillues soumises au régime forestier, on ne laisse exploiterjpar extraction de souche, que les chênes mesurant au moins i",50 de tour. Dans les forêts particulières, cette limite est généralement abaissée à 1 mètre. Il serait sans inconvénient d'autoriser ce mode d'abatage pour tous les arbres ayant lm,20 de tour et plus.
Dans tous les cas, l'arrachage doit être effectué de façon à ne pas diminuer, par la coupe des racines, la grosseur de l'arbre.
à) Abatage mécanique. — Dans les grandes forêts de la Galicie, l'énergie électrique intervient dans Pabatage des arbres. L'appareil se compose d'une tarière animée d'un double mouvement de va-et-vient et de rotation, donné par un petit moteur électrique. Le tout est monté sur un chariot qui peut tourner autour d'un axe vertical et qu'on fixe au tronc de Tarbre. La mèche de l'outil décrit un arc de cercle et fait une saignée dans le tronc, agissant comme une machine à morlaiser le bois. Quand une passe est pratiquée, on avance
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l'outil pour approfondir la saignée, jusqu'à ce que celle-ci soit arrivée à la moitié du diamètre du tronc ; on met alors des cales pour empêcher la fente de se refermer, et on opère de même sur l'autre face, jusqu'à ce qu'il soit dangereux d'aller plus avant. On termine l'opération à la hache ou au passe-partout.
En Amérique, on se sert simplement de la vapeur pour actionner une scie portée sur un chariot, comme l'indique la figure 144. Gn\ce au système articulé reliant la scie à la bielle motrice et au support reposant sur une griffe enfoncée dans le fut de l'arbre, la section d'abatage est parfaitement nette.
e) Tronçonnement des arbre? sur pied. — Dans les futaies feuillues où les arbres relativement peu gros sont très éle-
Fig. 144.
vés, on tronçonne les tiges, encore sur pied, par billons de 6à 8 mètres de longueur, pour éviter qu'elles se brisent en tombant d'une seule pièce. L'ouvrier grimpe le long de l'arbre préalablement ébranché, puis, arrivé au niveau delà base du billon à détacher, il s'attache solidement avec une corde et coupe la tige à hauteur de ses épaules tfig. 145). La bille détachée sous l'impulsion qui lui est donnée tombe la pointe en bas et s'enfonce dans le sol où elle reste debout, à la façon d'un mat.
Nota. — Les principales précautions à prendre dans labatage sont :
1° De diriger, dans les terrains en pente, la chute du côte de l'amont, pour que lare décrit, par conséquent la vitesse acquise, soient les plus faibles possibles et que la tige ne soit pas exposée à se briser ;
2° De veiller à ce que l'arbre ne porte pas à faux en tom-
bant, ce qui s'obtiendra en dirigeant la chute sur une surface unie, ou bien en élaguant les grosses branches^ qui feraient éclater le fût.
Art. III. — FAÇONNAGE DES PRODUITS.
Pour voir clair dans les coupes, il est indispensable de faire ramasser les produits au fur et à mesure de leur «abatàge. C'est le but des articles 24, 25 et 26 du cahier des charges de l'Administration forestière. Bien que l'art. 24 ait maintenu la prescription relative au nettoiement du sol, cette pratique n'est plus guère admise dans les forêts de coteaux et de montagnes, et la réserve des buis, épines, morts-bois, etc., y est la plupart du temps impérative.
D'après l'art. 27 du cahier des charges de l'Administration forestière, le façonnage des ramiers et des branchages, l'empilage des bois de feu, doivent être terminés avant le 4or juin qui suit l'adjudication.
Ce délai est reporté au 15 juillet suivant pour les bois écorcés.
Chaque assortiment de bois doit être soigneusement empilé à part, au fur et à mesure du façonnage. Tout brin qui traîne est un brin perdu. Les gardes-ventes n'attachent ordinairement aucune importance à la manière dont les bois sont distribués et empilés par les ouvriers. C'est un grand tort : une coupe bien arrangée, comme un magasin bien tenu, séduit toujours l'acheteur, facilite et accélère le contrôle.
Fig. 145.
Art. IV. — VIDANGE.
A moins de clauses particulières, la vidange doit être terminée dans le délai d'un an à partir du 15 avril qui suit
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l'adjudication, pour les forêts soumises au régime forestier (art. 44 du cahier des charges). En règle générale, il est interdit de traîner les arbres dans les coupes et sur les chemins, interdit aussi de lancer les bois ou de les faire rouler sur les pentes (art. 42).
Les brindilles et autres rémanents des exploitations doivent être incinérés ou éparpillés sur le parquet des coupes. L'incinération est toujours dangereuse pour les arbres réservés ; elle n'est donc point à conseiller.
Art. V. — EMPLACEMENTS DES BARAQUES ET DES PLACES