‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois; (volume 3)Chapitre 67 sur 107 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

FLOTTAGE

Art. I*. — FLOTTAGE PAR FLOTTE OU RADEAU.

Dans certains pays de montagne, les bois sont transportés par eau, puis entreposés sur divers points où le consomma* teur vient s'approvisionner. Les ports sont des espaces de quelques ares de terrain, dont la berge accédant à la rivière est taillée en pente douce (8 à 15 %), pavée ou garnie de semelles en bois. C'est sur ce glacis mesurant 3 à \ mètres de largeur, que se confectionnent les flottes. La disposition de ces dernières varie suivant qu'il s'agit du transport de planches ou de bois en grume.

À. Flottage des planches. — Les planches une fois amenées sur le port, on forme une tronce avec 7 ou 8 d'entre elles de mêmes dimensions, qu'on serre fortement avec une hart ifig. 220;. Pour prévenir le glissement de cette dernière, les 2 planches supérieure et inférieure sont légèrement entaillées ou « cranées » sur . les arêtes. Rapprochant ensuite 7 à 8

^eTnmc?t,ir6 tronces, on les assemble au moyen d'une traverse de 0m,10 de diamètre, de 2m,30 de longueur, placée sur les ligatures des tronces et reliée avec les bouts de chaque hart, laissés exprès assez longs.

Elévation.

Plan.

La réunion de ces tronces constitue un bosset, qu'on lance à l'eau après l'avoir décalé. L'assemblage de plusieurs bossets forme la flotte. Celle-ci peut contenir 28 à 30 bossets de 3m,50 à 4 mètres de long.

Chaque bosset est attaché par deux liens situés au tiers et aux deux tiers de sa longueur, et relié au suivant par deux planches (les troisième et quatrième dans les troisième et cinquième tronces) qui s'avancent sur les tronces correspondantes du bosset précédent. Les planches sur lesquelles reposent ces prolonges, et ces prolonges elles-mêmes, sont trouées et reliées par une forte hart à laquelle on laisse assez 'de jeu pour permettre un mouvement d'articulation d'un bosset sur l'autre. Ces 4 planches sont, en outre, percées en avant •de la première traverse et munies d'une cheville plus haute •que la traverse contre laquelle elle s'appuie, de façon à résister à l'effort de traction des bossets les uns sur les autres.

Grâce à cette disposition ingénieuse qu'indique la figure 221, la tête de chaque bosset est légèrement relevée ; -elle ne peut donc toucher le fond de la rivière, ni heurter

Fig. 221, — 1. Coupe en long d'une partie de flotte ; — 2. Plan.

-contre les pierres roulantes, racines et autres obstacles, qui en tapissent le fond et pourraient amener la rupture de la flotte.

La tète du premier bosset, très exposée aux chocs de fond, est relevée par une sorte de pliant formé de 3 planches superposées, placées dans l'intervalle du lor au 2e bosset, arcboutées en avant et fixées par un fort lien à la tête du premier bosset qui se trouve ainsi soulevé.

Pour préserver la flotte des dégradations latérales, trois

FLOTTAGE

planches du milieu des tronces marginales sont dégagées de la 2° ligature et débordent en ce point; de toute leur largeur. Elles protègent ainsi la tête du bosset suivant, par leur saillie de 0m,25 à 0m,30. Ce sont les ailes de la flotte (fig. 222).

Fig. 222.

B. Flottage des grumes. — Les radeaux de bois en grume peuvent se faire d'après les mêmes procédés, en assemblant, par des traverses, des harts ou des chaînes, plusieurs pièces de bois que Ton prend à peu près de même longueur pour en former un train. La largeur du train dépend de celle de la rivière. Les trains sont attachés les uns aux autres en liant deux pièces correspondantes par des harts ou des chaînes. On prévient les chocs de rive, en faisant saillir deux pièces latérales de chaque train sur la tête du suivant, de façon que cette tête se trouve en quelque sorte emboîtée dans ces pièces. Enfin, pour activer le mouvement du radeau ralenti par les frottements, les chocs de fond ou les tournants brusques, on place en tête les trains les plus courts et en queue les plus longs. Le radeau se termine souvent par une seule pièce.

Pour diriger la marche du radeau, on se sert quelquefois

Matbby. — Exploitation des bois. I.

d'une sorte de gouvernail consistant en une longue perche dont le gros bout est attaché à la tête du premier train, avec point d'appui sur la tête du second. On gouverne en manœuvrant le petit bout de cette perche.

Pour arrêter le radeau ou la flotte, on li\e à la queue de chaque bosset ou de chaque train, un c<lble de 3 à 4 mètres de long, formé de plusieurs harts tordues ensemble et auquel est attaché un robuste pieu. Lorsqu'on veut s'arrêter, un ouvrier saute à terre, enfonce le pieu dans le sol en se portant en avant, et le retient des deux mains. Il faut souvent recommencer l'opération plusieurs fois avant d'obtenir l'arrêt désiré. On démarre en arrachant le pieu qui est jeté sur la flotte.

Trois hommes suffisent pour la conduite d'une flotte avant de 70 à 100 mètres de long, 2m ,30 à 2m,50 de largeur, 0°\25 à 0m,30 d'épaisseur. La vitesse de transport est subordonnée à l'état des eaux ; elle peut varier entre 3 et 6 kilomètres à l'heure. Ce mode de transport est très économique et pourrait rendre de grands services dans nos colonies.

Le tirant d'eau nécessaire à la marche d'une flotte est de 0'",20 à 0,n,25 au minimum. S'il est supérieur à celui de la maigre profondeur du cours d'eau, on peut facilement v remédier par quelques travaux peu importants, notamment par des retenues ou des éclusées. Un peu avant la mise en marche des flottes, on ferme les barrages et écluses. Ceux-ci sont ensuite successivement ouverts lorsque la flotte n'est plus qu'à quelques cents mètres de chacun d'eux. Sa marche se fait ainsi sans interruption autre que les fausses manœuvres.

L'entretien des cours d'eau sur lesquels se fait le flottage consiste simplement à ouvrir chaque année des passes de flottage dans les hauts bancs de gravier au moyen d'épis, à fermer quelques faux bras, et à créer un lit mineur sur les principales plages.

C. Prix Dr krêt. — Le port de Saint-Jean de Losne expédie à Lyon et sur le canal du Centre, des bois flottés provenantde l'Allemagne et du littoral du canal du Rhône au Rhin. Chàlonsur Saône et MAcon reçoivent également des bois flottés provenant du Doubs.

Le taux du fret s'établit comme suit :

FLOTTAGR

Mode

transport

Essences

Parcours

Distame

kilométrique

Prix par tonae

parcours par entier kilométra

S t- Jean de Losne

Chêne. . <

à Beaucaire . .

14 fr.

| St-Jean de Losne

Radeaux. i

à Lyon . . .

St-Jean de Losne

7 fr.

\ Sapin. .

| à Beaucaire. .

5 fr.

| St-Jean de Losne à Lyon . . .

Art IL — FLOTTAGE A BUCHES PERDUES (i).

Le flottage à bûches perdues se pratique sur les ruisseaux et rivières non navigables et pour le bois de feu seulement, il consiste à abandonner les bûches au lil de l'eau. II ne peut évidemment s'appliquer qu'aux régions supérieures des ruisseaux, où la pente est considérable, la largeur du lit assez faible et la vitesse des eaux très grande. Lorsque ces conditions ne sont pas naturellement remplies, on y remédie au moyen d'éclusées ou lachures, qui ne sont autre chose que des crues artificielles, créées par le lancement, au moment du départ des bois, d'eaux accumulées dans une retenue située à l'amont do point de départ. Ces retenues sont constituées par des étangs naturels ou des réservoirs artificiels, parfois même par de simples barrages.

Pour que le flottage soit possible, il faut que la pente moyenne du ruisseau soit comprise entre 20 et 40 millimètres par mètre, que la hauteur du flot atteigne au moins 0,n,20 à 0m,30, que sa vitesse soit de 3 à A kilomètres par heure.

Le flottage se fait généralement en automne (région du Morvan\ vers le 1er novembre, parfois aussi au printemps, après la fonte des neiges /région des hautes montagnes;. Il comporte le plus souvent deux flots : le premier se faisant

(1) Du flottage à bûches perdues dans la région du Morvan. Maïoteh, Annales des Ponts et ehaussêes, septembre 1901. — Les bois indigènes et étrangers.

sur les affluents de la rivière flottable; le second, sur là rivière elle-même.

Après leur exploitation, les bois, découpes en bûches marchandes, sont conduits sur des ports que Ton a soin de multiplier le long des ruisseaux. Là, ils sont marqués du marteau du propriétaire, puis mis une première fois à l'eau. En arrivant à la rivière principale, il sont tirés et réempilés sur les rives, en attendant le flot général qui doit les emporter plus loin.

L'opération du flottage proprement dit comprend les manœuvres de détail suivantes :

i° Le jettage aux ports de départ. — Il doit se faire avec mesure, suivant l'état des lieux et de manière à éviter des embâcles. Si les eaux sont fortes on peut jeter d'une façon continue. Dans le cas contraire, il faut procéd'er à l'aide de petites courues, obtenues en vidant successivement des étangs ou en ouvrant des barrages de retenue.

Les bûches ont toujours tendance à s'aligner le long des rives, où la vitesse de l'eau est faible, pour former des Aordures. Celles-ci sont d'autant plus larges que les eaux sont basses. L'écoulement du flot n'arrive même à être régulier qu'après la formation de ces bordures. Des équipes d'ouvriers armées de gaffes légères du pied, veillent à régulariser le dépôt des bûches de rives, qui arrivent facilement à constituer une sorte de chenal, favorable à l'écoulement du flot. Lorsque le gros de l'écoulage s'est produit, ils réjettent les bordures vers le milieu de la rivière, en commençant par l'amont, de manière à former l'arrière du flot.

Ces mêmes ouvriers sont chargés de prévenir les embâcles, le déversement des bûches sur les terres riveraines, les engorgements au passage des ponts, vannes et pertuis. Ilspréviennent ainsi les inondations des propriétés riveraines et les indemnités pour les dommages qui en seraient la conséquence.

2° Le triage. — Les bois arriv es aux ports sont retenus par des barrages de formes variées, appelés râteliers en montagne. Dans le Morvan, on emploie des arrêts ou al Ingres, sortes de barrages mobiles, formés de planches que supportent des pieux étrésillonnés avec des contre-fiches. Les bûches

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arrivant au fil de l'eau s'engagent au hasard de la dérive dans les angles compris entre le barrage et la berge. Ce procédé permet le fonctionnement d'un grand nombre de chantiers à la fois.

3° L'empilage ou mise en tas. — Les bûches, retirées de l'eau, sont triées d'après les marques de leurs différents propriétaires, et empilées perpendiculairement à l'axe de la rivière. Dans le Morvan, l'empilage est soumis aux règles minutieuses de l'Ordonnance de 1672, et le mesurage se fait au décastère (arrêté du 3 nivôse an VII\

Les bûches amenées par le flot, doivent avoir une longueur de 3 pieds 6 pouces 'lro,l 1,. Il faut donc, pour former un décastère, une pile de 3 mètres de hauteur sur 3 mètres de couche. Chaque pile doit contenir lin nombre exact de décastères,donc avoir pour longueur 3, 6, 9, 12, 15... mètres, c'est- . à-dire être exprimée en fonction d'un multiple de 3 mètres. Lorsque la configuration du terrain le permet, cette longueur doit être portée à 30 mètres.

Les piles sont terminées à leurs deux extrémités par des grillons, c'est-à-dire par des portions de piles où les bûches sont empilées par lits croisés perpendiculairement les uns aux autres. On laisse entre les piles un passage de 0m,60 de largeur. Pour faciliter le chargement des bois sur bateau, on peut n'empiler que sur lm,50 de hauteur. Dans ce cas, la longueur de couche correspondant à un décastère est de 6 mètres.

4° Repêchage des bois canards. — Les bois canards sont ceux qui ne peuvent flotter parce qu'ils touchent au fond de l'eau. Le repêchage de ces bûches se fait, dans le Morvan, conformément aux instructions de l'Ordonnance de 1672, c'est-àdire dans les quarante jours qui suivent le passage du grand flot. Ces bois canards sont empilés en grillons le long des propriétés riveraines, sans que les propriétaires puissent réclamer d'indemnités pour ce fait. Ce sont des bois de qualité inférieure, vendus à part, qui restent à sécher tout l'été le long des rives et qui sont jetés à l'eau à l'arrière-garde du flot de l'année suivante.

En cas de négligence par les marchands de bois dans la repèche des bois canards, les propriétaires riverains de

l'Yonne peuvent procéder eux-mêmes à cette opération après le délai de 40 jours, à charge de laisser le bois sur les bonis de la rivière.

Ce repêchage leur est payé à dire d'experts par les marchands de bois, en raison de la valeur des terres occupées et du temps de l'occupation. Il leur est défendu d'enlever et de s'approprier les bois à peine de .perdre leur action en remboursement pour le repêchage et d'une condamnation à la restitution du quintuple de la valeur des bois enlevés que les marchands peuvent faire rechercher (Ordonnance de 1(572 .

5° Sous-détail des frais de transport. — A. Flottage sir l'Yosne.

Embarquement du flot 0 fr. 05 à 0 fr. 10 par stère

Ecoulement du flot 0 fr. 23

Tirage, tricage et empilage. ... 0fr.58

Eaux des étangs 0 fr. 33

Total .... i fr. 19 à 1 fr. 24.

La distance moyenne du transport étant de 09 kilomètres,

le prix du transport par stère et par kilomètre ressort à

1 fr. 20

— ôjj — = 0 fr. 0133, et le prix de revient par tonne à

0 fr. 0266.

B. Flottage sur la cure.

Embarquement du flot 0 fr. 15

Ecoulement du flot 0 fr. 64

Tirage, tri cage et empilage 0 ir. 52

Frais dtYers 0 fr. 65

Total 1 fr. 96 par aie**.

La distance du transport est de 74 kilomètres, la durée du flot est de 30 jours.

Le prix du transport par stère et par kilomètre revient à 0 fr. 0356.

C'est là un prix presque double de celui indiqué pour la Haute- Yonne. Il s'explique :

1° Par la plus grande difficulté du flottage dans le lit si* nueux et parsemé de rochers qu'offre la Cure. Le parcours

FLOTTAGE

de la voie étant moins facile, le nombre des ouvriers nécessaires à la marche du flot doit être plus considérable ;

2° Par les indemnités plus fortes que le flottage paye aux propriétaires de moulins ;

3° Par l'importance que prennent les frais généraux lorsqu'ils portent sur un cube restreint de bois. En même temps que le prix est plus élevé, la vitesse est moindre ; ces deux quantités varient, en effet, forcément en raison inverse dans le cas du flottage, puisque les frais de la traction proprement dits sont nuls, et que les dépenses sont proportionnelles à la durée du voyage du flot.

Sur les ports de' départ, les bois de l'Yonne valent environ 90 francs et ceux de la Cure 80 francs le décastère ; après flottage, ces mômes bois valent en moyenne 100 francs sur les ports d'arrivée.

De ces derniers ports, les bois des régions morvandelles gagnent directement Paris toujours par voie d'eau, mais tantôt par trains comprenant habituellement 23 décastères, tantôt par bateaux, contenant de 30 à 35 décastères.

Les trains, à peu près complètement abandonnés pour les bateaux, se composaient d'un certain nombre de coupons \ formés de bûches et de rondins quand le bois était sec, comprenant en outre des barriques vides quand le bois était fondrier.

Chaque coupon était maintenu par deux perches placées longitudinalement dessus et deux autres dessous. Trois ou quatre de ces coupons, réunis avec des perches transversales, formaient un groupe, et quatre ou cinq de ces groupes, attachés ensemble, constituaient un train, que Ton manœuvrait avec deux avirons de tête et deux de queue. Chaque coupon avait ordinairement 12 pieds de long, chaque grand train 216. Leur largeur variait de 10 à 14 pieds suivant le nombre de coupons juxtaposés de front, et leur épaisseur de 18 à 22 pouces. La mise en train et la conduite à Paris coûtaient en moyenne 28 francs le décastère.

Par bateaux, le fret est seulement de 18 francs le décastère au port de Bercy, de 20 francs aux ports des Invalides ou de Grenelle. Ainsi s'explique la disparition des trains*

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