‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois;Chapitre 104 sur 194 · UO · texte numérisé non relu

UO

De 3 à 10

Les prix ci-dessas so comptent par fraction indiTii>e de *25 CHntitnôlrei.

Ils s'appliquent ft des scies dont rdpaîssenr ne dépasse pas 13 dixièmes de millimètre.

L*épaisseur doit être en rapport avec le diamètre des poulies : trop forte, elle provoque la rupture des lames ; trop faible, elle cause leur torsion. En général, ces épaisseurs varient de 6 à 13 dixièmes de millimètre, pour des diamètres allant de ©".BO à 2 mètres.

Pour les scies employées au débit des bois en grume, au dédoublage des madriers et des plateaux, on peut régler la largeur maxima au 1/18 du diamètre des poulies. Ainsi, une largeur de 60 millimètres convient pour des poulies de 1",10 de diamètre, une largeur de 70 millimètres pour des poulies de 1°,25.

l'outillage 345

Pour le sciage des bois en grume, pour le dédoublage des madriers et des plateaux, on adopte des dentures à gencives {fig. 142 j quand il s'agit de bois durs, des dentures à cro-

Fiff. 142.

chels {fig, 143) quand il s'agit de bois tendres. L'écartement des dents varie de 15 à 25 millimètres; on peut adopter 22 millimètres comme bonne dimension moyenne. En tout

Fig. 143.

état de cause, cet écartement devra être d'autant plus grand, que les bois à scier seront plus gros et plus tendres. Pour des peupliers de 1 mètre de diamètre, il pourra même dépasser 30 à 35 millimètres.

Pour que la scie fonctionne bien, il faut qu en se mouvant le ruban reste exactement appliqué sur les poulies. Cela ne se produit qu'autant que la voie est donnée à la dent seule, sur moitié seulement de sa longueur. Si la voie s'étend à une partie de la lame, il en résulte des vibrations, des déformations, des chocs, qui peuvent causer la rupture du ruban.

La voie se donne à la main. On saisit la scie dans la mordache d'un banc d'affût (Jig. 144), en ne laissant dépasser que la pointe des dents, puis, avec un léger marteau et par l'intermédiaire d'un poinçon que l'ouvrier tient de la main gauche, on frappe sur les dents de manière à les courber légèrement.

LES SCIAGES

Le tourne-à-gauche a l'inconvénient de produire des sillons sur les lames minces et de les tordre ; on ne doit remployer que pour des scies larges et épaisses.

Fig. 144.

La voie peut aussi se donner mécaniquement et automatiquement par la machine à affûter ; cependant, pour les petites dents et les lames à métaux durs, il vaut mieux opérer à la main.

Pendant le travail, on reconnaît que la voie est mal donnée, quand la lame entraîne le bois de côté et le noircit en sciant. La partie noircie indique que la voie est insuffisante de ce côté ; on peut y remédier un peu par la direction imprimée aux guides, mais le sciage n'est jamais régulier.

La voie se donne tous les 5 ou G affûts ; elle est plus lorte pour les bois tendres et chanvreux que pour les bois durs ; elle varie des 2/3 aux 3/4 de l'épaisseur de la lame. Avec de

Fîg. 145.

rig. 146.

longs rubans, il est difficile de donner une voie régulière sur toute la longueur de la scie. Aussi, on tend de plus en plus à remplacer la voie ordinaire par Yaplalissage des dents. Cet

L OUTILLAGE

aplatissage se fait mécaniquement, après laffûtage, au moyen d'un appareil d'invention américaine {fig. 145). 11 se compose d'un excentrique manœuvré à la main au moyen d'un levier / et agissant sur une vis en acier r, qui comprime et écrase la dent à la façon d'une enclume. Le levier se déplaçant tou* jours de la même quantité, les dents sont écrasées d'une manière uniforme, comme l'indique la figure 146. Une lime montée sur une poignée p régularise ensuite la largeur de l'écrasement suivant la nature du bois à travailler. Les tiges coudées / et t' servent à régler la course du levier et l'emplacement de l'appareil sur la lame. On peut aussi se servir des appareils à écraser et à rectifier de la maison Panhard et Levassor, qui coûtent, le premier 140 francs, le second 105 fr. Grâce à ce dispositif, la voie est donnée sur chaque dent, et chaque dent écrasée travaille comme deux dents dévoyées parles procédés ordinaires. lien résulte que Ton peut donner au bois une avance beaucoup plus rapide et augmenter considérablement le débit de la scie.

Quels que soient les soins donnés aux lames, celles-ci sont sujettes à se briser; il faut alors les rebraser. Voici comment on opère :

Les deux extrémités de la lame à souder sont coupées bien correctemenf, puis limées sur le plat de manière à enlever la rouille et autres corps étrangers qui pourraient empêcher la prise de la

Fig. 147.

Fig. 148.

brasure. Ces deux extrémités sont ensuite superposées bien en alignement avec un recouvrement qui varie de 10 à 15 millimètres, selon les largeurs de lames, et de manière que les dents se correspondent ; puis, afin qu'elles ne se dérangent pas, elles sont fixées avec deux ligatures en fil de fer, comme le montre la figure 147.

LES SCIAGES

Pour les lames un peu larges, il convient de courber les parties à hraser, afin que les bords extrêmes s'appliquent bien Fun sur Tautre et qu'au contraire les bords latéraux n'arrivent à s'appliquer que par le serrage du fihde fer qui les relie. L'expérience indique le degré de courbure à donner.

On garnit ensuite les bords du recouvrement de fil de laiton qu'on enroule en quantité convenable {fig, 148; ; c*est ce fil de laiton qui, en fondant, produit la soudure.

Pour faciliter ces opérations, on maintient la lame avec des étaux à main sur une bride en fer, pincée dans un étau d'ajusteur (fig. 149).

La lame ainsi préparée, on recouvre le fil de laiton d'une couche de borax délayé dans l'eau, puis on la porte à la forge Panhard et Levassor. Celle-ci est à deux vents, munie d'un très petit foyer, car

Fig. 149.

il convient de ne chauffer la scie qu'à l'endroit de la brasure. La forge étant allumée et le charbon de bois bien incandescent, on pose la lame sur la table de la forge et on la maintient en position avec deux poids, comme cela est indiqué figure 150. On recouvre ensuite la brasure de charbon et l'on souffle ; on s'assure que le charbon brûle également et remplit bien le foyer ; puis, quand on voit la flamme prendre une teinte jaune verdâtre, c'est que le laiton enire en fusion; on cesse alors de souffler. Après avoir attendu un petit instant, on enlève la lame et on la laisse refroidir à l'air : le brasage proprement dit est fait.

L OUTILLAGE

La lame est ensuite fixée sur une bride en bois (pg. loi); puis, après avoir enlevé au burin et à la lime, le fil de fer qui en altachait

Fig. 150. Fig. 151.

les extrémités, on procède à l'amincissement de la brasure, car en

Fig. 152.

cet endroit la lame a une épaisseur double [fig. 152); cette cpéra-

Fig. 153.

lion se fait à la lime, la figure lo3 montrant les parties hachées à

. Fig, 154.

enlever. Enfin, on termine par un redressage au marteau et au tas à planeret par un polissage (/?</• li)4).

35U LES SCIAGES

Le brasage peut aassi se faire avec une pince spéciale, dite pince à braser (fig. 155). La lame, préparée comme il a été dit plus haut, est fixée sur la bride en fer de la figure 14 i, puis serrée à Tendroit de la brasure avec la pince préalablement chauffée au blanc sur

une forge ordinaire. La chaleur se communique au laiton et le fait fondre. Ce moyen qui semble plus simple, n'est employé que pour des lames étroites ; il ne réussit pas toujours, et au bout de quelques opérations la pince est brûlée.

Oa emploie également des appareils spéciaux à braser. Ce procédé exige moins de préparation que le brasage à la forge : il est plus rapide et plus économique.

Après avoir nettoyé les surfaces à braser, il suffît de placer sur l'appareil les deux parties de la lame appliquées l'une sur l'autre et de les maintenir en place au moyen de vis de serrage. Des rainures tracées sur la table de lappareil permettent de disposer les extrémités de façon à assurer la rectitude de la lame.

Entre les deux extrémités de la lame préalablement enduite de borax délayé dans de l'eau, on introduit une bande de soudure d'argent ou de cuivre de la grandeur des parties de la lame qui se recouvrent, on place ensuite au-dessus et au-dessous de la partie à braser des fers chauffés au rouge, et on presse modérément le tout au moyeu de la vis de serrage. La soudure fond au bout d'un instant et dès que les fers sont presque refroidis, la brasure est faite. On desserre la vis, on enlève la lame, et, après l'avoir laissé refroidir complètement, on procède à l'amincissement de la brasure, comme il a été expliqué plus haut.

Avec la brasure de cuivre, il faut chauffer davantage les fers qu'avec celle d'argent.

Les différents appareils Panhard et Levassor décrits ci-dessus valent :

Les bancs d'affût avec vis de tension et mordache : 100 à 300 francs suivant dimensions variant de 0°»,60 à 1™,50 de diamètre ; les mordaches 25 à 70 francs ; les machines automatiques à affûter et à donner la voie : 1.300 à 1.400 francs; la forge et ses accessoires : 120 à 225 francs ; les pinces à braser : 18 à 25 francs; l'appareil à braser : 120 francs ; la soudure d'argent : 175 francs le kilogramme.

Enfin, on construit depuis quelques années pour les chantiers maritimes, les ateliers de construction de wagons, etc., des scies horizontales à ruban, qui débitent les arbres en grume avec une rapidité merveilleuse ; les vitesses d'avancement s'élèvent jusqu'à

6 mètres à la minute dans le sciage de chênes ayant 0~,60 de diamètre. Ci-contre (fig, 156) le modèle de la maison Kircbner, dont le prix est de 12.000 à 17.000 francs. Ces machines demandent une force de 30 chevaux ; elles font 380 tours à la minute.

Fig. 156. — Grande scie à ruban horizontale, volants de l°i,800 de diam., largeur inaxima du trait li°,400.

D. Scies circulaires. — Malgré leur danger et le grand déchet qu'elles entraînent, les scies circulaires sont très employées : dans les scieries volantes, pour le débit des grumes ; dans les scieries fixes, pour Téquarrissage des traverses et des châssis, le débit des frises, le délignage et le dressage des planches, lattes, madriers, plateaux, bois de caisses, etc. Elles se composent essentiellement d'un disque d'acier, denté sur sa circonférence, monté perpendiculairement sur un axe de rotation horizontal et se mouvant devant une table qu'il traverse et sur laquelle glisse le bois à débiter. Le diamètre du disque varie entre O^jSO et 1"*,50. Les dimensions les plus usuelles sont données ci-dessous avec les épaisseurs des lames et les nombres de tours par minute :

Diamètre . • . • • 0<»,50 Epaisseur de la lame. 2mm,40 Nombre de tours . . 2.000

O'nJO

0ni,90

ln»,10

3min

4aun,20

LES SCIAGES

Quand ravancement se fait dans le sens des fibres, la vitesse des dents à la circonférence s'élève uniformément à 52-56 mètres à la seconde.

La denture des scies circulaires varie avec le travail que

Fig. 157.

Ton veut effectuer et la grosseur des bois à débiter. La forme «° i {fig, < 57) convient pour les petites lames et pour le sciage des petits bois; la forme n"2 peut s'adapter à tous les débits ;

la forme n** 3 est spéciale au sciage en bout ou en travers ; la forme n° A est employée pour le sciage des gros bois d'essence tendre, comme les peupliers.

Les scies américaines Simonds Snssfeld,Lorsch et C'*') ont des dents à profil très différent de celui de nos scies fran(;aises. Les

figures 158 et 159 représentent des dentures américaines, appropriées aux sciages en travers et en long. Ces scies

L OUTILLAGE

fournissent un tr^s beau travail, et la surface de coupe est aussi unie qu'après ral)otage.

En général, les disques des scies circulaires sont renforcés au centre sur une largeur égale au i/G du diamètre ; il en résulte que l'épaisseur maxima des pièces à débiter est donnée par lexpression : ^ (D — -^ j. Avec une scie de 1"\50 de

diamètre, on ne peut donc débiter des pièces d'une épaisseur supérieure à 0*",(>3.

Pour le débit des bois en grume, les pièces sont placées sur des chariots dont l'aménage se fait, tantôt à la main, par poussée directe ou par l'intermédiaire d'une crémaillère, tantôt automatiquement, par cylindres verticaux ou horizontaux.

Les scies circulaires à chariot coûtent :

Avec bâti et chariot en bois :

Âyancement à la main 500 à 6C0 fr.

» par câble et manivelle .... 600 à 800 »

» par crémaillère et manivelle . . 1.000 à 1.100 »

» automatique 1.000 à 1.250 »

Avec bâti et chariot en fer :

Avancement à la main 2 000 à 2.100 fr.

» par c&ble et manivelle .... 2.200 k 2.400 *

» par crémaillère et manivelle . . 2.400 à 2.500 »

» automatique 2.(500 à 2.800 »

Les formes des scies circulaires varient à Tinfini : on en construit pour les sciages de précision, le délignage, le débit des planches de largeur, le tronçonnage des grumes, le sciage des pavés, la fabrication des feuillures et des laites, le bouvetage des lames de parquet, les travaux de menuiserie, etc.

Les scies circulaires à débiter les lattes sont très avantageuses dans les grandes usines ; elles permettent, en effet, de refendre en une seule fois des planches ordinaires, des dosses ou d'autres déchets, en un grand nombre de lattes de largeur donnée; elles coûtent 1.300 à 1.1K)0 francs chez Kirchner ; 2.650 francs chez Panhard et Levassor.

Mathey. — Exploitation des bois. H. 23

354 LES SCIAGES

Les scies à balancier sont avantageuses quand on a de grandes quantités de bois à couper à des longueurs fixes. Prix : 430 à 500 francs.

Affûtage des scies mécaniques. — L'affûtage des scies mécaniques peut se faire à la main on mécaniquement. L'affûtage à la main est dispendieux ; il s'exécute, soit à Taide de limes, soit à laide de meules à émeri. Ces dernières sont absolument indispensables pour le défonç^ge et Taffûtage des scies alternatives ou circulaires. Le modèle de la maison Panhard et Levassor s'installe facilement sur un établi ou contre un poteau; sa valeur est de 50 francs. Il faut à peine 1/2 cheval-vapeur pour le mettre en mouvement ; sa vitesse moyenne de rotation ne doit pas dépasser 1.200 tours par minute. Pour les scies circttlaires à crochets, la partie courbe seule doit s*affûter à la meule, la partie droite se termine à la lime. Pour les scies alternatives à gencives, l'affûtage ne peut se faire qu'à la lime. C'est une des raisons pour lesquelles on n'emploie plus guère que des dentures à crochets. Les scies circulaires peuvent servir jusqu'à ce que leur diamètre soit réduit d'un quart.

Les meules à émeri donnent naissance à un dégagement de poussières siliceuses, très nuisibles à la santé des ouvriers ; on leur adjoint généralement des aspirateurs qui éliminent les poussières (système Sturtevant), ou des protecteurs mobiles en tôle ondulée (système Mayer et Schmidt). Ces derniers sont d*un prix minime et conviennent bien pour les petites scieries.

L'affûtage des scies à ruban est délicat. Quand on opère à la main, on tend la scie sur un banc d'affût spécial, et l'on pince dans une mordache la partie sur laquelle on fait agir la lime. Pour les dents mariées et à gencives, on se sert du tiers-point à angles arrondis ; pour celles à crochets, on emploie la lime olive dans le dessous de la dent, le tiers-point dans le dessus. Il faut avoir soin d'appuyer la lime dans le fond des dents, car c'est toujours là que les criques ont une tendance à apparaître. Ces criques sont d'abord imperceptibles, et si Faffûtage ne les enlève pas alors qu'elles ne sont pas dangereuses, elles prennent assez vite de l'importance et une rupture peut se produire en marche. Des affûts légers et répétés valent mieux que des affûts énergiques, faits trop rarement.

Quand une scie à gencives a été affûtée un certain nombre de fois avec le tiers-point, sa denture est modifiée, comme l'indique le côté droit de la fig. 160 ; une gencive s'est formée entre les dents; on la fait disparaître avec le casse-gencives.

Dans les dentures à crochets, au lieu de défoncer le fond de la dent avec la lime olive, il est plus avantageux et plus expédilif de se servir du touret figure 101.

A égalité de mordant, les scies affûtées automatiquement nécessitent moins de voie que celles affûtées à la main, d'où résulte une notable économie de bois. Les modèles d'affûteuses mécaniques

L OUTILLAIT

sont très nombreux ; chaque maison possède le sien. Le type Kirchner représenté figure 162, est d'origine américaine ; il convient pour les scies à ruban et alternatives. L'affûtage se fait à Taide d'une meule fixée dans un cadre pouvant se baisser ou se monter au moyen de deux vis. Ce cadre se meut dans une glissière inclinable à volonté, suivant le genre de deuts à affûter. Le réglage du mouvement

Fig. 160.

du chariot qui porte la meule, s'effectue à l'aide de trois vis indépendantes les unes des autres. Ces trois vis correspondent aux trois particularités caractérisant chaque denture des lames de scies à ruban: forme de la dent, profondeur, écartement. Au moyen du jeu de ces trois vis, on obtient toutes les formes et toutes les dimensions de dentures. L'affûtage de la dent fini, la meule se lève auto-

Fig. 161.

Fig. 162.

maliquement. La commande se fait par transmission intermédiaire, placée sur la machine. Cette même transmission donne le mouvement à la lame, qui avance dent par dent, à Taide d'un système d'engrenages réglables suivant la denture. La poussière est enlevée par un aspirateur qu'actionne la transmission intermédiaire. Force : 1/2 cheval-vapeur. Prix : 600 francs.

LES SCIAGES

Cette machine afTûte les lames de 8 à 175 millimètres de largeur,

u à 25 millimètres de profondeur de dents, 5 à 50 millimètres d'écartement de dents.

Le modèle figure 163 est employé pour raffûtage des scies alternatives et circulaires. Avec remploi d'une poulie à cône, la meule à émeri, d'un diamètre de 0"»,30, peut être usée jusqu'à moitié. Les scies alternatives sont montées sur un support manœuvré à Taide d'un grand volant. Les scies circulaires doivent avoir un diamètre de 1™,20 au maximum. Force 1-4 chevaux. Prix : 750 fr.

Les afîûteuses pour scies p. ^^.^ à ruban de la maison Pan-

hard et Levassor donnent

la voie en même temps ; elles valent 1.300 à 1.400 francs ; leur

fonctionnement est irréprochable.

Art. IV. — LES SCIERIES AMÉRICAINES ET LEUR OUTILLAGE (*).

En raison de la cherté de la main-d'œuvre, les Américains ont cherché à substituer partout le travail de la machine à celui de Thomme. Après Tabatage et le tronçonnage, les grumes sont tirées au voisinage immédiat d'une voie ferrée volante, au moyen de treuils actionnés par la vapeur. Ces chemins de fer forestiers sont établis très sommairement. Les rails reposent sur des traverses placées à même sur le sol, sans adjonction de ballast. Les locomotives sont montées sur deux boggies dont les roues sont actionnées par des engrenages calés sur un arbre que meut un moteur vertical placé sur le côté du châssis. Les wagons fig. 164) comprennent seulement deux boggies supportant un châssis

(*) M. J. OuDET. — Revue de Mécanique, juillet et octobre 1905, avril 1906.

réduit à deux traverses et à une flèche d'assemblage. Des ranehers maintiennent les tronces solidement attachées avec des chaînes. Grâce à ces dispositifs, les trains peuvent passer dans des courbes à très petit rayon et circuler, sans dérailler, sur des voies irrégulièrement nivelées.

Fig. 164.

d'j A leur arrivée dans les scieries, les bois sont déchargés le long d'un plan incliné, d'où ils roulent dans un étang, véritable chantier à grumes. Ils restent ainsi à flotter jusqu'au moment du débit, ce qui en facilite la conservation et le dessévage. Des ouvriers armés de gaffes, les trient ensuite facilement suivant leur grosseur et les poussent vers une des extrémités de l'étang où se trouve un convéyeur, ou montecharges. Il est à noter, en effet, que, pour simplifier les manipulations, les scieries américaines, construites en bois, ont leur plancher sensiblement plus élevé que le niveau du terrain.

Les convéyeurs prennent les bois dans l'étang à grumes et les amènent à la hauteur du chariot de la scie ; ils sont formés par une chaîne sans fin, passant sur une poulie immergée dans l'eau et dont l'un des brins circule au milieu d^un che-

Fig. IGô.

min de glissement placé sur un plan incliné et composé de fortes poutres de bois garnies de bandes de fer. Ces chaînes sont actionnées par des treuils à double engrenage ; elles sont formées (Jig. 165) d'anneaux en fer rond, avec griffes

en fonte rapportées de distance en distance sur les maillons. Ce sont ces griffes qui, mordant dans Taubier, entraînent les grumes le long du chemin de glissement.

b) Ainsi entraînées, les tronces finissent par arriver au bout de leur course ; elles sont alors déposées sur une sorte de palier dessinant Taréte de deux plans inclinés qui aboutissent aux chariots de deux scies à ruban, placées symétriquement par rapport à l'axe du convéyeur. Là, elles sont basculées à l'aide de leviers mus par le piston d'un cylindre à vapeur, puis elles roulent sur l'un ou l'autre des plans inclinés garnis de rails en fer^ Le basculeur se compose essentiellement [fig, 166) d'un arbre de fort diamètre établi

Fig. 166.

au-dessous du brin supérieur du convéyeur et portant deux ou trois paires de griffes destinées à soulever les tronces d'un côté ou de l'autre, suivant le sens dans lequel on admet la vapeur dans un cylindre oscillant, qui commande le mouvement de l'arbre porte-griffes à l'aide d'un levier articulé à la tige du piston. Suivant le poids des arbres à soulever, le diamètre des cylindres varie de 250 à 350 millimètres.

c) Pour ne pas gêner le mouvement du chariot et ne pas encombrer la voie sur laquelle il se déplace, on arrête les tronces un peu en avant de lui, au moyen do butées os-

L OUTILLAGE

cillantes, calées sur un arbre horizontal, et que Ton manœuvre, soit à la main, soit à la vapeur (fig. 167). Dans ce dernier exemple, le cran est à l'arrêt ; il suffit d'admettre la vapeur au-dessous du piston pour faire basculer simultanément les branches des V qui retiennent les Ironces et libérer la dernière qui roule ainsi d'elle-même sur le chariot. Ce

Fig. 167.

mouvement de bascule enlranie les autres branches des V ; celles-ci se relèvent, viennent buter contre les tronces suivantes et les empêchent de descendre. Si on admet alors la vapeur à la partie supérieure du cylindre, le V revient à sa première position, emprisonnant entre ses branches la première tronce qui suit celle qu'on vient de lâcher.

LES SCIAGES

d) Pour retourner les grumes sur le cliariol, on se sert de l'appareil figuré sur la gauche de la figure iGG ; il se compose essentiellement d'une forte barre verticale, formée de deux fers plats entre lesquels sont rivées des dents en acier. Cette barre est guidée à la partie supérieure de sa course par un cadre en fer de même largeur qu'elle, et actionnée par les tiges de deux pistons se mouvant dans des cylindres verticaux, qui peuvent osciller légèrement sur leur base autour d'axes perpendiculaires au plan de figure. Suivant la façon dont on admet la vapeur dans l'un ou l'autre cylindre, on communique à la barre à griffes divers mouvements au moyen desquels on retourne facilement les grumes sur le chariot, de façon à leur donner la position la plus favorable pour le sciage.

Fiff. 168.

Guidées simplement par des presse-étoupes assez longues, les tiges des pistons sont sujettes à se forcer. Afin de remédier à cet inconvénient, l'extrémité de la tige du piston de gauche s'articule à une bielle très longue, fixée en un point sur lequel se trouve partiellement reporté l'effort de la flexion.

Dans les scieries actionnées par des chutes d'eau, on emploie, pour charger les tronces sur le chariot et pour les retourner, des treuils fixés à la charpente des scieries. Sur ces treuils fig, 108; placés au-dessus du chariot, s'enroulent des chaînes terminées par un crochet qui mord dans le bois et sert à le retourner. L'arbre de commande porte deux cônes en carton comprimé, pouvant entraîner un autre cône en fonte, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. L'appareil

L OUTILLAGE

se manœuvre à l'aide d'un levier normalement maintenu par sa pesanteur dans la position de débrayage.

Il est superflu de faire remarquer que ces divers appareils entraînent une consommation considérable de vapeur.

Fîg. 169.

e) Les chariots américains, dont la commande est entièrement indépendante de celle de la scie, sont très robustes pour pouvoir résister au choc des grumes qui roulent des plans inclinés, aux retournements, aux manipulations rapides et brutales auxquelles ils sont soumis.

Fig. 170.

Le bâti du chariot comprend essentiellement fig. 169) un fort cadre en bois muni de traverses, raidi par une croix de Saint-André et par des tirants traversant le châssis, les uns dans sa longueur, les autres dans sa largeur. Le chariot est porté sur des roues disposées dans le voisinage immédiat dos

LES SCIAGES

Fig. 171

traverses supportant les tronces et calées sur des essieux tournant dans des boîtes boulonnées au-dessous des longrines du châssis. Comme l'indique la figure Ï70, Tune des roues a sa jante en forme de V, l'autre possède une jante plate ; elles roulent sur des rails Brunel ijig. 171}.

L'ensemble du chariot est porté par 4 ou '5 essieux. Les roues à gorge servent, non seulement de support, mais encore de guide, pour assurer lalignement du chariot avec la face de la lame.

Sur ce chariot sont solidement boulonnées deux traverses en acier moulé supportant deux pièces mobiles sur les traverses. Ces pièces mobiles comprennent, d'une part, les arrêts ou chiens, contre lesquels buttent les grumes, d'autre part, les griffes qui s'enfoncent dans le bois et le maintiennent sur le chariot.

La figure 172 montre la disposition des traverses solidement boulonnées sur le châssis du chariot. En A se trouve

l'axe qui donne le mouvement d'avance aux chiens. Ceux-ci se composent essentiellement de deux flasques en fonte ou en acier moulé, venues ensemble de fonderie, et comprenant entre elles le mécanisme servant au mouvement indépendant des chiens. La face supérieure des traverses et la face antérieure des chiens sont recouvertes de bandes d'acier laminé, destinées à prévenir leur usure. Enlin, l'extrémité des traverses porte une saillie venue de fonte avec la traverse, en forme de proue, qui a pour but d'écarter les obstacles que le chariot peut rencontrer dans sa marche.

Les chiens peuvent être animés de deux mouvements : l'un agissant simultanément sur tous ceux d'un même cha-

Fig. 172.

l/ôUTILLAGE 363

riot, Tautre particulier à chacun d'eux. Le levier D (fig. 173) sert à mouvoir les chiens indépendamment les uns des autres, le levier E à serrer les griffes. Le mouvement particulier est nécessaire pour rapprocher les chiens très près de la grume dans les parties courbes de cette dernière et pour permettre l'action des griffes qui n'ont que très peu de saillie en dehors de la face du chien. Le mouvement d'ensemble,

Fig. 173.

très rapide, est assuré par un arbre régnant sur toute la longueur du chariot et portant autant de pignons qu'il y a de chiens ; chacun de ces pignons engrène avec une crémaillère placée sous chacun des chiens. Ces crémaillères ne sont pas fixées aux chiens d'une manière invariable, mais elles sont portées dans des rainures pratiquées dans les traverses et reliées par une bille à l'extrémité inférieure du levier D.

Ce dernier peut être maintenu en diverses positions à l'aide d'un doigt s'engageant dans des trous pratiqués dans une bande de fer boulonnée sur une pièce demi-circulaire, solidaire avec le chariot.

La manœuvre des chiens est la suivante. Si, laissant l'arbre A immobile, on imprime un mouvement au levier D, la crémaillère étant fixe par suite de l'immobilité du pignon calé sur l'arbre, le chien correspondant avancera seul et pourra s'arrêter dans diverses positions correspondant à la situation sur la bande de fer des trous qui servent au loge-

LES SCIAGES

ment du doigt d*arrêt du levier. Si on laisse au contraire le levier immobile et si on fait tourner Tarhre A, tous les chiens avancent simultanément de la même quantité. Ce mouvement d'ensemble, qui correspond à l'épaisseur des -échantillons à débiter, est représenté dans la figure 174, où A désigne l'arbre sur lequel sont fixés les pignons en prise avec les crémaillères des chiens, et B le levier à l'aide duquel on manœuvre simultanément les chiens. Ce levier B est luimême fixé à un arbre sur lequel est calé un plateau en fonte D, auquel sont articulées deux bielles portant des cliquets en prise avec la roue à rochets E.

Fig. 174.

Chaque mouvement du levier B détermine ainsi la rotation de la roue E dans le sens de l'avance des chiens vers la lame des scies.

Le levier B doit être manœuvré à fond de course entre deux butées, dont l'une est fixe, l'autre mobile. Cette dernière est constituée par un doigt en prise avec une crémaillière. En plaçant la bulée mobile à différents crans, on fait avancer la roue à rochets d'un certain nombre de dents. Pour éviter tout jeu dans les rochets, le plateau D est en deux pièces : celle de gauche est calée sur larbre ; celle de droite est simplement enfilée à frottement dur sur l'arbre. On rend ces deux pièces solidaires à l'aide de deux vis à tète carrée. L'arbre A porte, en outre, des pignons qui engrènent

avec les crémaillères. Enfin un autre petit pignon est en prise avec une roue dentée à couronne dont la circonférence est divisée en mesures linéaires. Grâce à cette disposition, Touvrier qui manœuvre le levier B voit ainsi à chaque instant la longueur dont il a fait avancer les chiens.

Fil?. 175.

Pour le mouvement de retour en arrière, Tarbre A porte un fort ressort en spirale (Jig. 175), enroulé autour de lui et disposé de façon que Tavance des chiens augmente sa tension, plus encore un tambour sur lequel serre la lame d*un

Fig. 176.

frein à bande. Ce frein, normalement serré, laisse se produire le mouvement d'avance des chiens, mais il s'oppose à leur retour. Quand le sciage de la grume est achevé, il suffit de soulever le levier B pour desserrer le frein ; le ressort enroulé autour de l'arbre A se débande et ramène les

LES SCIAGES

différents chiens en arrière. La manœuvre est donc presque instantanée.

Les griffes {fig, 176) servant à fixer les bois sur le chariot sont au nombre de 12, disposées : 6 pour s'enfoncer dans le bois de haut en bas, 6 pour s'enfoncer de bas en haut. Ce sont des pièces en acier forgé, articulées sur des pivots que porte la flasque servant de support à tout le mécanisme de serrage ; elles sont commandées par un levier. La grume étant poussée contre les chiens, il suffît d'appuyer sur les leviers pour faire pénétrer les griffes dans le bois. Là encore, la manœuvre est aussi simple que facile.

Pour scier de longs bois, les Américains ajoutent simplement une rallonge aux chariots ordinaires. L'assemblage du chariot et de la rallonge se fait automatiquement au moyen du dispositif représenté par la figure 177. L'arbre A se 1er-

mine par un embrayage à deux griffes venant en prise' avec un appareil similaire, porté par la rallonge. Les parties mâles se terminent par des montures en V qui glissent Tune sur l'autre et facilitent l'embrayage. Enfin la liaison des longrines du chariot s'opère à l'aide de griffes articulées, maintenues par des ressorts. Le désaccouplcment s'opère instantanément aussi par la manœuvre d'un levier qui soulève les griffes.

Afin d'éviter le frottement de la lame sur les tronces dans le mouvement arrière du chariot, on adapte souvent à ce der-

L OUTILLAGE

nier un dispositif permettant de repousser la grume sur le côté pendant la course arrière. Ce dispositif est (ixé aux deux essieux extrêmes ; il se compose d'une sorte d'embrayage à griffes, à dents hélicoïdales.

Enfin, des heurtoirs sont placés aux extrémités de la course du chariot pour amortir les chocs dus à son brusque arrêt.

En dehors du système de griiïes figuré ci-dessus, il en existe beaucoup d'autres. L'un d'eux mérite une attention spéciale : c'est celui qui est usité pour le débit sur mailles.

Fig. 179.

dont M. Oudet a relevé une épure généralement suivie en Amérique (voir figure 178". Pour ce mode de débit, on emploie des griffes mobiles /ï^. 171) que Ton rabat quand il s'agit d'obtenir des traits à 45''. in seul mouvement du levier qui les commande suffit pour maintenir la pièce à débiter.

f) L'avance du chariot se fait généralement à l'aide d'un cylindre de 200 à 300 millimètres de diamètre, poussé par la vapeur {fig^ 180 . Ce cylindre, formé de plusieurs sections de tuyaux en fonte, assemblés à l'aide de brides, se prolonge sous toute la longueur du chariot. 11 est solidement l)oulonné en son milieu à la charpente du plancher de la scierie. Les

LES SCIAGES

extrémités sont portées dans des guides qui lui permettent de se dilater. Un piston fixé à une tige formée d'un tube creux et articulée au chariot par son extrémité libre, sert à entraîner ce dernier. Afin d'éviter le forcement de la tige du piston,

Fjg. 170.

celle-ci porte à son extrémité une rotule permettant à la tige de prendre une certaine inclinaison. La vapeur est admise à Tune ou à l'autre extrémité du chariot par le jeu de deux soupapes équilibrées, placées dans le voisinage immédiat des

Fig. 180.

terminaisons du cylindre. Ces deux soupapes sont commandéesjpar un seul levier situé (fig, 181) à portée de la main du scieur qui se lient à hauteur de la lame de scie.

En dehors de la simplicité de sa construction et de Tab-

L OUTILLAGE

sence de tout mécanisme, ce mode d'avancement possède une grande souplesse permettant de faire varier la vitesse du chariot par le simple jeu dun levier. Par contre, il a l'inconvénient d'absorber une grosse quantité de vapeur.

Fig. 181.

g) Les scieries américaines ne comportent que deux genres de scies : les scies circulaires et les scies à ruban ; on ne trouve presque pas de scies alternatives.

En ce qui concerne les scies circulaires, les constructeurs américains ont accru leur puissance en disposant, comme rindique la figure 182, deux scies l'une au-dessus de l'autre, ce qui augmente considérablement la hauteur du trait de scie et permet de débiter de très gros arbres. Il est à remarquer que, dans la disposition précédente, la scie supérieure tourne en sens inverse de la scie inférieure, mais que, par un dispositif ingénieux des courroies, elle prend son mouvement sur l'arbre de cette dernière. Ce qui frappe encore dans les scies circulaires américaines, c'est la solidité avec laquelle elles sont construites. Les arbres, les coussinets, les poulies de commande ont des dimensions que nous ne sommes pas habitués à rencontrer chez nous. De plus, les scies de grand diamètre sont pourvues, au-dessous du point où elles sor-

Mathey. — Exploitation des bois. II.

tent des bancs, de guides qui s'écartent ou se rapprochent, se déplacent à droite ou à gauche, à Taide de simples \is et d'écrous. On trouvera ces dispositifs ligures dans la belle étude de M. Oudet.

Fig. 182.

D'invention française, les scies à ruban sont employées en Amérique sur une vaste échelle ; mais leurs dimensions sont notablement supérieures aux nôtres. Les grands modèles ont des poulies de 3 mètres de diamètre, des lames de 350 millimètres de largeur ; elles peuvent scier des billes de ^'".SO de diamètre et pèsent jusqu'à 17 tonnes.

Toutes ces scies se composent essentiellement d'un fort bûti en fonte reposant par deux patins sur deux poutres de gros équarrissage. Sur ce bâti sont boulonnées les chaises qui portent les paliers de l'arbre inférieur et la colonne qui porte le chariot et la poulie supérieure. La poulie-volant inférieure, en fonte, est toujours beaucoup plus lourde que la

L OUTILLAGE

poulie supérieure ; elle agit comme volant et, par sa graride force vive, maintient la lame sous tension dans la partie qui coupe le bois. La poulie-volant supérieure esta jante et moyeu en fonte, avec rayons en fer rond ; on la fait aussi légère que possible, pour alléger la charge considérable que supportent les paliers supérieurs du fait de la tension de la lame. Les paliers de la poulie porte-lame supérieure sont souvent rafraîchis par une circulation d'eau. Les coussinets supérieurs

Fig. 183.

peuvent être légèrement déplacés pour donner assez de saillie à la denture de la lame. Les paliers de la poulie-volant supérieure sont exactement symétriques par rapport au plan médian, ce qui permet de retourner Tarbre et la poulie bout pour bout dès que le côté de la poulie, voisin de la denture, commence à s'user.

Les guides supérieurs se composent ifig. 183) de deux pièces en fonte, garnies intérieurement de régule, et serrées

LES SCIAGES

par un boulon de collier sur un gros tourillon en fonte. La pièce en fonte qui porte ces guides n'est pas solidaire du

Fig. 184.

bras qui la tient, et le choc, toujours possible,[,de la grume contre les guides, n'a d'autre effet que de;délacher ces derniers, comme le représente la figure. Il va sans dire que ces

I/OUTILLAGE 373

guides supérieurs doivent toujours être placés le plus près possible de Tendroit où la scie attaque le bois. Les guides inférieurs sont Gxés sur le bâti de la scie ; ils sont constitués par des galets servant de butée à la lame, quand celle-ci reçoit une poussée considérable tendant à la faire sortir de la jante des poulies.

Dans les grands modèles tout récents de la maison Allis (fig. 184), l'ensemble des poulies porte-lames et du mécanisme de tension est porté par un biUi glissant sur deux colonnes verticales et équilibré par une caisse chargée de ferraille, qui fait contre-poids. La montée et la descente de l'ensemble s'obtiennent au moyen d'une vis actionnée mécaniquement. La suppression des guides permet l'emploi de lames coupant des deux cotés, d'où suit la possibilité de débiter une planche à chaque course et d'augmenter considérablement la production.

Les lames des scies à rubans américaines sont, non seulement très larges, mais encore très épaisses. Cette épaisseur est voisine de 2 millimètres. Les dents sont espacées et assez profondes, ce qui est indispensable pour favoriser le dégagement de la sciure et obtenir de grandes vitesses de sciage. La figure 185 donne, d'après M. Oudet, une forme de dents convenant particulièrement au débit du chêne.

Fig. 185.

L'écartement des dents y est de 46 millimètres, la profondeur de IC millimètres. Les lames prêtes à emploi et non placées sur les poulies, doivent présenter la disposition <[ue montre la figure 186, c'est-à-dire que l'ouvrier tenant la lame a la main, doit voir un certain jour entre cette lame et une règle droite qu'il présente, comme l'indique la figure précitée. Cette forme est nécessaire pour que le bord de la scie soit bien tendu. La voie se donne en écrasant la dent, comme nous l'avons indiqué gage 346. De celte manière, les

LES SCIAGES

deux côtés d'une même ["dent concourent simultanément à donner la largeur au'trait\le scie. Xes lames s'usent alors moins vite ; leur travaiKest aussi [dus considérable.

Fig. 18Ô.

L'affûtage se fait entièrement à la meule et à la machine. On donne aux lames une forme telle que leurs bords une fois en place soient plus tendus que leur milieu, delà s'obtient, soit à l'aide d'un martelage qui allonge le milieu de la lame, soit au moyen d'un laminoir spécial fig. lU? portant deux galets en acier trempé, dont le profil légèrement circulaire ne porte que sur une très pclilc partie de la lame. Un embrayage à griffes, commandé par un levier, permet d'arrêter immédiatement le laminage. Un écrou, manœuvré à l'aide d'un levier L, rapproche plus ou moins les deux galets, augmentant ou diminuant la pression sur les lames. Enfin, des machines spéciales permettent de refouler automatiquement la denture.

hj Indépendamment de ces scies à débiter, les Américains font encore grand usage de scies à refendre, de scies à lames de parquet et de scies à tronçonner. On trouvera ces différentes machines décrites et figurées dans le travail de

l'outillage 375

M. Oudet. Elles sont composées d'un plus ou moins grand nombre de lames de scies circulaires, montées sur un arbre unique, et animées de mouvements particuliers et d'ensemble. Ces machines ont une production énorme, mais elles consomment beaucoup de vapeur et donnent lieu à une perte considérable de bois. Pour ces motifs, elles ne conviennent pas à nos scieries françaises-.

Fi-. 187.

i] Ce court résumé de Tétudede M. Oudet montre à quel point les Américains ont su développer et perfectionner leur outillage mécanique. A notre époque où la main-d'œuvre s'élève sans cesse, où les responsabilités en cas d'accidents sont si dures pour les scieurs, on ne saurait se désintéresser de ces questions d'outillage, toutes d'actualité. Il est du devoir et de l'intérêt de nos constructeurs d'entrer résolument dans la voie tracée par les Américains, s'ils veulent conserver le bon renom de leur fabrication et ne point éloigner leur clientèle.

Page 1