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CHAPITRE PREMIER

INDUSTRIE DU SABOTAGE

Essences employées.

Les essences utilisées dans l'industrie du sabotage sont : le bouleau, le hêtre, Taune, le noyer, le pin sylvestre, le saule blanc et le peuplier noir. Le bouleau donne des sabots légers, chauds en hiver, frais en été, solides et résistants : la Bresse n'en consomme guère d'autres. Les sabots d'aune et de saule sont encore plus légers et plus doux au pied, mais ils s'usent rapidement ; ceux de hotre sont cassants et froids en hiver. Le noyer donne des sabots de luxe, élégants et d'une durée prolongée ; le pin sylvestre, des sabots communs, lourds, mais excellents pour affronter l'humidité et la neige : c'est la chaussure par excellence du Plateau Central. Les sabots de peuplier noir conviennent aux mariniers et à ceux qui ont à marcher sur des surfaces humides et glissantes.

Fabrication.

On fabrique les sabots avec des rondins ou des quartiers provenant de la fente des grosses biiches (fig. 246). La longueur des sabots varie de 0'",15 à 0"»,35 ; leur largeur, de 0"^,06 àO'",15; leur hauteur, de 0«»,06 àO'",13. Les bois.

ODUSTRIE DU SABOTAGE

découpés à la longueur d'emploi, avec une scie à deux mains {fig. 247), sont ébauchés sur un billot {/ig, 248) à Taide d'une hache de forme particulière {fig. 249), de façon à leur' donner la forme représentée par la figure 250. Puis,

Fig. 246. — Bûche. Fig. 247. — Scie.

Fig. 248.

Fig. 249. — Hache.

Fig. 250.

Bûche dégrossie.

Fouvrier passe Tébauche à un compagnon qui la cale fortement dans les entailles d'un banc grossier (fig, 251) et qui creuse d'abord au-dessus du talon avec une vriUe {fig. 252), puis à l'intérieur avec des cuillers de différentes grosseurs {fig. 253). Cette opération est délicate. Il faut, en effet, que l'intérieur du sabot s'adapte bien au pied ; qu'il soit en conséquence plus large en certains points que sur d'autres ; il faut, en outre, ne point percer le sabot ni lui laisser trop de bois inutile pour l'alourdir. Les aspérités provenant du jeu

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. Fig. 252. — Vrille.

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Fig. 253. — Cuiller. Fig.254.— Boaloir. Fig. 255. — Ronanne.

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Fig. 256. — Paroir.

Fig. 257.

INDUSTRIE DU SABOTAGE

des cuillers sont enlevées : sur la semelle avec le boutoir {fig. 254), sur la voûte avec la rouanne (fig, 255). La surface extérieure est finie avec un parôir {fig, 256 et 257), sorte de

Fig. 259. — Grattoir.

Fîg. 258. — Rflcloir.

Pig. 260. -- Grattoir.

long couteau attaché par une boucle à un banc ; puis Tintérieur est poli avec un râcloir (fig. 258), l'extérieur avec un grattoir (fig. 259 et 260).

Débit,

Les bois sont sciés en billons de 0°»,28 à 0'^,33 pour les sabots ordinaires d'hommes et de femmes ; ces billons sont ensuite fendus en deux, suivant un diamètre, àTaide d'une hache ou d'un fendoir {fig, 261). Selon la grosseur des bûches, chaque demicylindre ainsi obtenu donne un ou deux sabots. Le quartier affranchi mesure 0",14 à 0°»,15 de largeur, 0'",09 à 0™,10 de hauteur. Les billons ayant un diamètre au plus égal à 0™,17 ne donnent que des sabots d'enfants ; par contre, on tire : 2 sabots d'hommes ou de femmes dans les billes de 0"\18 à 0™,20 de diamètre ; 3 dans celles de 0'",26 à 0"",30 ; 4 dans celles de 0"*,40 à 0"\45. On utilise rarement des arbres plus gros. Les croquis figures 262, 263 et 264 indiquent l'épure du débit.

Le débit le plus avantageux est celui que donne la fente en deux des billons de 0»,18 à 0^,20 de diamètre (sabots

Fig. 261.

Fendoir.

LES PETITES INDUSTRIES FORESTIERES

d'hommes), ou de ceux de 0",14 à O^JS (sabots d'enfants) : le déchet n'est alors que de 10 à 11 7o en volume apparent.

Fjg. 262.

Fig. 264.

Ce déchet s'élève à 12 7o par la fente en 3, à 13-15 Vo par la fente en 4. Les sabots d'enfants sont souvent pris dans des quartiers trop noueux pour des sabots d'hommes : le sabotier enlève alors le nœud, soit sur la longueur, soit sur la largeur.

Le tronçonnement et l'écartèlement varient beaucoup suivant les régions, les dimensions des arbres et les essences.

S'il s'agit par exemple de gros hêtres mesurant 1"*,80 de tour [fig, 205 , le sabotier fend tout d'abord sa bille suivant

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le diamètre AB, puis il prend à partir du point B, avec un compas courbe, des longueurs BC, CD, DE, BF, FG, GH égales à 0™,25, et fend suivant les rayons OC,OD, OE, OF, OGet OH. Il obtient ainsi 6 secteurs qu'il refend suivant B'C, CD', DE', B'E', E'G', G'H . Chacun des quartiers EE'DD' fournira 2 sabots d'hommes ; le surplus, écartelé à nouveau suivant les lignes E'D', WC\ C'B\ B'E', E'G', G'H^ fournira encore 6 sabots d'hommes ou de femmes. Enfin, les deux secteurs restant AOH et AOE, débités de la môme façon, donneront 2 sabots d'hommes et 2 sabots de femmes ou d'enfants, soit 22 gros sabots au total. Dans les parties voisines du cœur, on pourra généralement trouver aussi quelques sabots d'enfants.

En général, les premiers sabots, les plus grands, sont fabriqués dans les grosses tronces voisines de la souche. Ceuxlà chausseront les pieds robustes des travailleurs, qui dès l'aube s'en vont aux ateliers par la pluie et le vent. Dans les tronces moyennes sont taillées les chaussures des femmes : le sabot solide, toujours en mouvement, de la ménagère, et le sabot plus léger et plus coquet de la jeune fille. A mesure qu'on arrive au dernier tiers du fût, les billes se raccourcissent ; on y taille les sabots du pâtre et de l'écolier. Les dernières billes sont réservées pour les cotillons, c'est-à-dire pour les sabots des petits enfants.

Rendement, façon et prix de vente.

Un bouleau de O^jSO de tour à 1°>,30 du sol, de 8 mètres de hauteur propre au service (découpe à 0n»,50), fournit environ 40 sabots valant 37 francs. En moyenne, 1 mètre cube réel donne 120 à 125 paires de sabots couverts pour hommes, 175 à 185 paires de sabots découverts pour femmes ou jeunes filles. Un ouvrier et un compagnon peuvent aisément fabriquer 20 paires par jour ; en comptant la journée à 4 francs, le prix de façon d'une paire de sabots revient à 0 fr. 40. Les prix de vente en gros sont de :

12 fr. la douzaine de paires d'hommes 11 fr. » de femmes

10 fr. » d*e ifanU.

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Un mètre cube réel donne donc pour 110 francs de produits qui ont coûté 48 francs de fabrication. La différence, soit 62 francs, représente le bénéfice du sabotier et la valeur du bois au chantier. Si le bouleau ne vaut que 22 à 25 francs le mètre cube réel sur pied, et si Tabatage et le transport s'élèvent à 8 ou 9 francs, il reste encore au sabotier un bénéfice de 28 à 31 francs, supérieur à la valeur des bois. On s'explique aisément par là Timportance de cette essence dans les pays où fleurit l'industrie du sabotage.

Un pin sylvestre de 0",60 à 0™,70 de tour à 1"»,30 du sol, de 6 à 7 mètres de hauteur propre au service, fournit environ 2U sabots d'hommes, valant 9 francs la douzaine, soit aa total 15 francs. Un mètre cube grume donne en moyenne 12 douzaines de paires assorties de sabots pour hommes, femmes et enfants, qui valent 96 francs^ à raison de 8 francs la douzaine. La façon se montant à 0 fr. 35 la paire, soit à 50 fr. 40, il reste 45 fr. 60 pour le bénéfice du sabotier et la valeur des bois au chantier. Le mètre cube sur pied n'est donc pas payé plus de 22 à 23 francs. Aussi, les arbres qui ont plus de 0°*,70 de tour à 1"*,30 du sol trouvent-ils un débit plus avantageux en planches et madriers.

Un hêtre de 15 à 16 mètres de haut, de 1 m^e de circonférence à la découpe, ne donne guère que 10 à 12 douzaines de sabots, valant 8 francs Tune, soit en moyenne 88 francs. Un mètre cube grume donne 10 douzaines de paires assorties de sabots, d'une valeur de 80 francs. Déduisant 48 francs de façon, il reste 40 francs pour le bénéfice du sabotier et la valeur des bois à Tatelier, ce qui laisse au bois debout une valeur de 16 à 20 francs.

Les l 000 kilos de bois de noyer fournissent en moyenne 110 paires de sabots, valant à peu près 187 francs. Déduisant 50 francs de façon, on trouve que le bénéfice du sabotier et la valeur des bois rendus se montent à 137 francs, ce qui laisse de 96 à 100 francs pour le prix des bois sur pied.

Barils en bois de saule et de tamarix.

Avec le saule et le tamarix, on fabrique de petits barils fort légers, ayant 0«",22 à 0'",40 de long, 0«,16 à 0"*,24 de

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diamètre et 18 à 20 millimètres d'épaisseur. Le corps est fait d'un seul morceau taillé en rond {fig, 266;. L'extérieur est façonné à la plane, l'intérieur creusé avec des cuillers, tous outils de sabotiers.

Lç fond est taillé suivant le diamètre du baril mesuré au jable quand le bois est bieo sec. Ijcs bords sont chanfreinés. L'intérieur du baril va en s'évasant depuis le jable jusqu'au bord ; par suite, on force le fond pour le faire entrer dans cette partie évasée, puis on met fond et baril dans l'eau bouillante ; le bois s'attendrit et se dilate, on force le fond à entrer dans le jable. En se desséchant, le baril se resserre et le fond reste solidement fixé.

Pour cette fabrication, il faut des arbres sans nœuds, de 0°>,50 à 0™,75 de tour au petit bout.

Fig. 266.

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