POUR LA RÉCOLTE DE LA RÉSIISE ET DE SA DISPOSITION SUR LES
CARRES. — De trop petits pots ne sont pas à conseiller, car il faut beaucoup de temps pour disposer autour des arbres les vases supplémentaires, nécessaires pour recueillir toute la résine au moment du plus grand écoulement, soit en mai et en juin. Le changement des pots pleins et des pots vides demande également une certaine main-d'œuvre. Instruit par Texpérience, le D'^ Herty conseille d'adopter pour les pots les dimensions suivantes :
Largeur au sommet 5,5 pouces
» fond 3 »
Hauteur , 7 »
» du rebord 2 »
Trou du clou 1/2 »
(Centre placé à 1 2 pouce du »- oui met du rebord)
Epaisseur des parois lutéi'ales 1 '4 >»
Pour faciliter le nettoyage de ces pots, le même auteur recommande de donner une forme ovale à l'intérieur du fond.
Le pot étant suspendu par un clou sur un des côtés du centre de la carre, la résine qui coule du bec de la gouttière tombe prés de la paroi à une dislance suffisamment grande de l'orifice de ce trou. Ce dernier point est important, car si les pots sont remplis d'eau de pluie, la résine fraîche, étant plus légère que ce liquide, forme un cercle à sa surface. Quand ce disque flottant a accru ses dimensions, il vient en contact de la paroi du vase, et si ce dernier n'est pas bien placé, il s'y ancre avant de s'échapper par rorilîce du clou. Si la résine cesse de couler, le cercle ne s'élargit pas et il finit par couler en paquet au fond du vase, le poids spécifique (le la résine s'accroissant constamment. Chaque gout-
M.vTiiEY. — Exploitation des bois. II. . »»0
telette de résine qui s'enforfce fait écouler une goutte d'eau a travers rorifice du trou, lorsque le vase est à peu près plein. Quand la carre ^ cessé de surler, la résine qui se trouve au fond du pot est protégée contre Tévaporation par Teau situer' en dessus.
Les pots doivent être en grès. Il faut avoir soin de nettoyer par flambage leur intérieur avant de s'en servir.
Les gouttières sont en fer-blanc galvanisé n* 28 ; on peut cependant se servir aussi de feuilles n" 29, larges de 2 pouces, que Ton coupe suivant besoins, en longueurs de 6 à 12 pouces, à l'aide de grands ciseaux d'étameurs. Une fois coupées aux longueurs usuelles, ces gouttières sont pliées par le milieu sous un angle de 120*, au moyen du
Fig. 403.
couvercle de la boîte ifig. 403 qui sert à les porter. Les lamelles engagées dans la rainure ai sont recourbées en ouvrant le couvercle de la boîte, dont la face interne vient s'appliquer sur b c. L'angle d'inclinaison abc est égal à liO^ En une minute, on peut préparer ainsi de 20 à 25 gouttières. La façon dont on doit disposer ces gouttières n'est pas toujours facile. Si la résine était toujours liquide, on pourrait prévoir aisément comment se fera Técoulement et disposer les lames en conséquence. Mais les aspérités de la carre, les grattages consécutifs, la solidification de paquets de résine, changent le cours du flux. Pour recueillir entière-
ESSENCES ET RESINES
ment ce dernier, il est nécessaire de prendre les précautions suivantes :
1° La gouttière doit passer sous le bois sur toute la largeur de la carre; autrement il y aurait une fuite derrière elle ;
2^ Les gouttières haute et basse doivent être à un pouce au moins du centre de la carre pour que le grattage n'obture pas le canal central d'écoulement ;
:î^ La gouttière supérieure doit s'arrêter au centre de la carre et ne pas dépasser ce centre de plus d*un quart de pouce ;
4* La saillie de la gouttière inférieure au delà du centre de la carre, saillie qui forme une sorte de bec, est essentielle pour faciliter l'écoulement et la récolte complète de la résine ;
5" Les deux gouttières doivent être placées exactement au centre de la carre.
E. Outils utilisés pour le gesamage. — La hache représentée figure 393 sert à pratiquer sur les carres les parements plats destinés à recevoir les gouttières. C'est la forme utilisée par tous les résiniers.
Les haches larges, à tranchant de 12 pouces (fiff. 398), ont des manches courts, adaptés pour droitiers et pour gauchers. Sur les carres déjà vieilles, on a reconnu que ces haches, primitivement à un seul biseau, font un mauvais travail. Le côté droit donne bien une coupe unie, mais le biseau donne, au contraire, une coupe grossière ; la gouttière ne tient pas solidement dans la fente ainsi formée. L'emploi d'une hache large, taillée en biseau sur ses deux faces, remédie à cet inconvénient. Dans la fente ainsi formée, la i?outtiere est toujours fortement coincée. S'il s'agit d'arbre non encore gemmé, la hache à biseau simple fait dans l'aubier frais une coupe suffisamment nette pour assurer la fixation des gouttières pendant la récolte d'une première année. Deux hommes peuvent faire facilement 3.000 carres par jour avec cette large hache.
Quant on se sert de la hache large, il faut avoir soin de ne tourner que très légèrement sa tête vers le bas, autrement la moitié intérieure de la gouttière a trop de pente, et, lors de la formation du barras, îa résine d'une (aille fraîche se perd
sur le bord inférieur. La griffe (fig. 394 et 404) ^st loulil par excellence du résinier. Il n'en a pas besoin d'autre. Elle lui sert en effet à pousser les gouttières dans leurs fentes, a enfoncer les clous qui supportent les pots, à scarifier les carres, à enlever les gouttières, etc.
Fig. 404.
F. Technique du gemmâge dans la méthode Herty. — La taille basse se fait comme il a été dit page 781 (voir fig. iOd et 404). La gouttière supérieure est placée à environ 3 pouce< de la surface à scarifier {fig, 408), ce qui est suflisant pour le passage de la griffe, sans risquer de se blesser sur le tranchant aigu des gouttières. 11 faut seulement avoir soin de tailler peu tout d'abord. On revient ensuite approfondir la carre sans crainte de déranger les appareils. L'inclinaison des gouttières permet d'ailleurs de se servir de la griffe a\ec une entière quiétude, sans que son manche très lourd vienne briser les pots, c'est ce qu'indiquent bien les figures.
La plus grande difliculté consiste à ne point envoyer dans les vases les copeaux de bois et d'écorce arrachés par la griffe. Les ouvriers résinrers ont constaté qu'en donnant un grand coup de griffe, surtout au sommet, les fragments d'écorce et de bois se trouvaient projetés en dehors des pots.
La taille haute, au moyen d'une griffe à manche fig, 405 , se fait sans difficulté' aucune, comme l'indique la gravure.
ESSENCES ET RESINES
L'instrument passe facilement au-dessus de la gouttière ; les fragments d'écoree et de bois sont projetés bien en arrière des vases qui n'ont même pas besoin d'être écumes au moment de la récolte. On ne gemme que les arbres mesurant au minimum 0'",25 de diamètre.
Pour vider les pots, on se sert d'une lame d'acier, qu'on peut faire avec celle d'une vieille scie, et qui mesure 0 pouces de long, 2 pouces de large à l'extrémité inférieure
Fig. 405.
et 4 à l'extrémité supérieure. Cette lame est fixée à l'extrémité d'un manche en bois. Dans le cas d'un pot k fond ovale, le bord inférieur du videur doit être légèrement arrondi pour s'y adapter.
Avant d'ôter le pot, on enlève avec la lame du videur le dépôt accumulé sur les gouttières et on le verse dans le vase, puis on détache le pot de son clou et on en vide le contenu dans un seau {/ig. 406). Les ouvriers ont reconnu qu'il suffit de ne pas changer la disposition de la main pour pouvoir ensuite accrocher facilement de nouveau le pot à son clou.
"Avec de mauvais vases à fond plat, un ouvrier peut réciter de 2 à 3 barils de 163 litres par jour de travail. Avec iIlvases à fond ovale, la dépense s'élève seulement à i fr. 7n par baril.
A la fin de la saison de taille, il est nécessaire, avant «J.* récolter le galipot, d'enlever les appareils servant à récoller la résine. Pour ce faire, on vide d'abord les pots, puis on les pose sur le sol à côté des carres. On enlève ensuite k^ gouttières et les clous.
Fig. 40G.
Chaque gouttière, après avoir été nettoyée, est placée à terre vis-à-vis de la carre à laquelle elle appartient. Si 1*^^ appareils doivent servir pour le gemmage d'un autre arbns les gouttières sont réunies dans des boîtes et empilées sur des points convenablement choisis. Un moment, on avf^it pensé pouvoir retirer les gouttières des carres au moyen de boulines, mais ce fut impossible. Sur les carres élevée:, on se sert d'un marteau muni d'une encoche (/ig. 407}. Apres avoir placé la pince sur la gouttière, on enlève cette derniorc en tirant vite à soi. 11 est rare que la gouttière se plie élaat
ESSENCES ET RESINES
tirée ainsi. Pour les gouttières situées sur des carres de 1 ou 2 ans, on se sert d'une paire de][fortes tenailles, du modèle de celles avec lesquelles on enlève les clous des fers des chevaux. Les mâchoires de Toulil se placent au milieu de la gouttière et le plus près possible du bois. Avec un faible tirage, on enlève facilement ces gouttières qui ne sont jamais pliées par ce procédé. Les clous sont retirés^avec le même outil.
Fig 407.
L'enlèvement des gouttières et des clous sur les carres de première année nécessite une dépense de 10 fr. 50 par 1/2 récolte de 5.000 arbres, la journée d'ouvrier étant payée sur le pied de 0 fr. 50 l'heure. Sur les arbres mis en production depuis 1 et 2 ans, ce travail se fait à bien meilleur compte en employant les enfants ; on estime que la réduction atteint 50 Vo.
Le coût total des appareils est estime à 80 dollars par 00 hectares.
Aussitôt après renlèvement des pots, des gouttières et des clous, on procède à la récolte du galipot, c'est-à-dire au raclage des carres. Ce travail n'offre rien de particulier; le galipot est reçu dans des boîtes. Dans le Box-system, la boîte à raclures peut être engagée dans la cavité située sous la carre. Dans le système Herty, on modifie légèrement la forme de la boîte, comme l'indique la figure i09. Deu\ bandes de bois sont clouées contre les pieds de la boîte el se prolongent de 6 pouces en avant d'elle. On fixe sur ces bandes une forte pièce de toile, bien tendue du côte de la
Fig. 408.
Fig. 409.
boîte, mais laissée lâche à dessin de l'autre côté. Quand la boîte est placée contre l'arbre, la toile s'adapte exactement sur la surface de la carre et prévient toute déperdition de résine.
Le raclage des carres provenant de's montées de 3 oa 4 ans est beaucoup plus facile que celui des carres provenant des premières montées, car la surface à racler est alors plus petite. Il faut remarquer qu'on obtienl plus de galipol avec le Box-system qu'avec le procédé des pots, mais ce galipot est beaucoup moins riche en résine dans le premier que dans le second cas.
ESSENCES ET RESINES 793
G. Rendement. — Les pins des Etats du Sud, actuellement soumis à la pratique du gemmage, sont le Longleaf pines (pinus paluslris) et le Cuban pines {pinus heterophylla). Une récolte comprenant le produit de 10.000 arbres donne en moyenne 50 barils du poids de 110 kilos chacun, de résine crue. Un baril de résine crue peut fournir environ 50 litres d'essence de térébenthine et 127 à 149 kilos de matière sèche. D'après ces données, on voit que le rendement moyen par arbre est d'environ 5 lit. 5 de résine par an.
Art. VIII. — GEMMAGE DU PIN SYLVESTUE.
Le pin sylvestre est gemmé en Russie, dans les gouvernements d'Arkhangel et de Vologda, en vue de la récolte directe de la résine et de la distillation ultérieure du bois et des souches. Tout récemment on a proposé de gemmer aussi le pin sylvestre en Sologne.
A n'envisager que la composition des gemmes, l'opération est parfaitement justifiée, car ces produits sont d'excellente qualité, comme en font foi les analyses faites au laboratoire de chimie analytique de la Société des Agriculteurs de France.
Des résines fraîches de pin sylvestre de Sologne, conservées en vases clos, ont donné jusqu'à 27 Vo de terpènes ; d'autres, provenant de récoltes anciennes et conservées en vases ouverts, ont accusé la composition suivante :
Essence (Terpènes) 19.16
Colophane 80,15
Eau traces
Matières étrangères 0,71
Si l'on compare ces résultats à l'analyse de la résine des Landes donnée par Rabaté et qui est de :
Essence (Terpènes) 18
Colophane 70
Eau 10
Impuretés solides ,
««*«^ITS ICCESSOUES
- r. . n.;;;i;n>7; ^""^ ^'"^^ ^-^"^^ '^ I-- =^>lvestre que .b.
î.:--"J'd:";,!:|iS:'™^;'^" P'" ^>lves.re offre, dan. 1,
î.-:- . .:h: 1?:; , ."^'"^'' verticalement sont piL a,f. •• '-'••^.etd.u.r.^part ace que la résine frai, 1.-.
qui surle des carres, ne s m.ul.
f«> facilement a la surface du U>.>.
el >^'oi'noréiionnepres«|ueau>>iini
en iH.uchant les orifices des can.iu\ resiiufcres. sous l'influence .lui),.
Ui-s^^ température, et spwiaj^m, .,; pendant les nuits" un peu froides.
«oa ti^-nt a la forte proportion.!i'<>K.|.han^ .,uV.l]p renferme en di^.
^•lulion dùns des huiles très v-Ia-
llK'S.
A. I'r.n EI.É RISSE DE fiEJ(!li,.l
On résine k^ pins sylvestres .,mi Mnt au ,>iaj-;,„„„ „» 70 j^ ,^^^^ ^^
I -.'»du s.,1 et au minmum l moire do tour au collet. Le aemmaio o'nsiste dans lenlevemenl de IViv.r.^ de larl.re. en comme.uan.
r-ir le bas. sur une hauteur \ariaD!
J^- "^wO a I nuire. Cet twnvni.ni.
pnWon.çe p^^ndant 5 ans sur la ra,-.m.> «Kiuieur. donne finalement a la carr^ une hauteur totale de :.-.:{u a. -.- 7(i IVur ,|ue .vite nuiiilation ne pr.>^ '
■' '-l-.... on ;,iwdun ...l'''-"" Pv''" """■' '"""édiaie d^ ^••"1 '. - " "" 7 '' r'^^'' ' ''^'''- généralement au ••'•:-- .lu-l.; Z ' ''^^""^'^ '^'■?^ «ie 4 a:, ce.ti-
.roiss.ncedu ;. '"' """■""'• " ^^'^""e de là que la ''- ^--- ou l .;. i.ï":"! ^^^' ^'^-P'e>e.nent amMee^ sauf
•'^•"•'"" '-^ d.uv ou trois premières années qui suivent
ESSENCES ET RESINES
1 ecorçage, on récolle le galipot qui s'est solidifié à la surface de Tarbre pour la préparation de la colophane et de l'essence de térébenthine. Cette amasse se fait une seule fois, en automne ; la résine est grattée et reçue dans un sac.
Dans la dernière année du résinage, on enlève la courroie. L'arbre meurt alors aussitôt et on l'abat durant le cours de rhiver qui suit. La partie gemmée de la li,s:e est transportée aux goudronneries et façonnée en bûches de dimensions convenables. Le surplus de l'arbre donne du bois de chauffage ou des sciages servant à la fabrication de fûts destinés à l'emmagasinage du goudron.
Les amasses provenant du grattage renferment environ 20 7o de copeaux de bois enlevé par la racle. Dix mètres cubes de pin donnent 80 à 130 kilos de galipot. Ce dernier fournit, à son tour, 8 à 10 % d'essence de térébenthine, 50 % de colophane et 30 y^, de croules. Ces croûtes convenablement traitées laissent encore, à la distillation, 2 à 3 7o de térébenthine rouge et 80 7o de brais.
B. Gemuage i»e Sologne. — Les essais de gemmage, entrepris par le Comité central agricole de la Sologne, sur l'initiative hardie de MM. de Larnage et de Cumont, sont intéressants à plus d'un litre. Ils montrent d'une part que le gemmage du pin sylvestre est à la grande rigueur possible en éologne ; d'autre part, ils fournissent des renseignements précieux sur le rendement. Ainsi, un pin sylvestre de 0™,47 de circonférence, choisi parmi les sujets les plus fail)les d'un peuplement de 34 ans et gemmé à mort par deux carres de 0'",08 de largeur sur 0'",()0 de hauteur, a fourni, du 27 avril au 27 septembre, en 15 amasses, 150 centimètres cubes seulement de résine. Les amasses de juillet et de septembre onl été les plus fructueuses. Un autre pin de 40 ans et de l'",07 de tour, gemmé à vie par une seule carre, a donné dans le
Fk^ 411.
79(i PRODUITS ACCESSOIRES
môme espace de temps, 365 centim(>tres cubes de résine, soit un peu moins de 1/5 de litre. Les plus forles amasses ont été faites en juillet et en août.
De ces faits et de Texposé qui précède, il est permis de conclure : 1** Qu'il y aura économie et avantage à gemmer à mort les pins d'éclaircie par le procédé russe et dans un délai de 5 ans ; i"* que Ton pourra gemmer, par la méthode Hugues, les pins de place, dès qu'ils auront au minimum 1"SI0 de tour à 1 mètre du sol. Ainsi que le fait fort justement remarquer M. de Larnage, il y aura vraisemblablement intérêt : 1" à diminuer le plus possible l'étendue de la carre, afin de restreindre la surface d'évaporation et de permettre l'écoulement plus rapide de la résine ; 2** à raviver souvent les carres ; 3" à rapprocher autant que faire se pourra les pots des surfaces fraîchement scarifiées. Effectué dans ces conditions, il est possible que le gemmage du pin sylvestre donne d'aussi bons résultats que celui du pin maritime, sa résine étant plus riche en terpènes.
Art. IX. — GEMMAGE DU PIN D'ALEP.
De mon court séjour en Algérie, j'emportais la conviction certaine et raisonnée que le gemmage du pin d'Alep devait fournir à notre colonie d'immenses ressources, par la production directe de la gemme d'abord, par l'utilisation ultérieure des pins gemmés pour la fabrication du goudron et de ses dérivés ensuite. Cette conviction, je l'exprimais en 1902 dans une étude inédite, qui fut communiquée au Gouvernement général. J'ai le plaisir de constater que les idées émises dans cette étude au sujet du gemmage du pin d'Alep ont déjà reçu un commencement d'application dans l'Oranie. J'espère que les données qui précèdent et celles qui suivent ne seront pas sans utilité pour les forestiers algériens.
La quantité considérable de résine renfermée dans le bois du pin d'Alep justifie amplement l'opération du gemmage. Si les premiers essais n'ont pas donné tout ce qu'on pouvait en attendre sous le rapport de la quantité de gemme récoltée, cela tient à ce que les gros canaux résinifères étant très espacés
ESSErSCES ET RESLNES 797
les uns des autres, les carres de faible étendue, établies par le procédé français, ne peuvent en trancher qu'un nombre très limité, ce qui donne au surlage une faible activité. Les procédés américains, que nous avons tenu à exposer en détail, remédient justement à cet inconvénient, et donnent de larges surfaces de scarification, prêtant à une production de gemme beaucoup plus considérable. Ce sont donc eux qu'il faut employer en Algérie à Texclusion de tous autres.
Cela est d'autant plus commandé que le bois du pin d'Alep n'ayant qu'une valeur très faible, il n'est pas nécessaire de veiller aussi près que dans les Landes et dans la Sologne à une bonne conservation des arbres. Du reste, il n'y a pas de raison pour que ces méthodes, confiées à des noirs en Amérique, ne donnent pas de bons résultats avec la main-d'œuvre indigène en Algérie. Enfin, le gemmage donnera le jour à une autre industrie, le goudronnage, qui est très prospère en Russie, et dont nous donnons plus loin les procédés et la technique.
Art. X. — GEMMAGE DU THUYA.
Le4huya, si commun en Algérie, n'est pas seulement précieux par son bois incorruptible, par ses feuilles et jeunes rameaux si goûtés du bétail, il fournit encore par distillation un goudron qui n'est pas sans valeur. Est-il nécessaire, comme on le fait aujourd'hui, de ne distiller que du bois mort, ce qui est une prime aux délits f Je ne le crois pas. 11 semble môme possible de doubler les produits à retirer de celte essence et de gemmer les perches un peu grosses, ayant 0™,40 et plus de tour, perches qui seront, môme vertes, aptes à fournir de l'excellent goudron. L'écorce brune, finement gerçurée, présente en elîet de nombreux canaux résinifères dans les compartiments du liber secondaire. Il s'ensuit que sur les souches fraîchement exploitées (Jig, M2), il se forme, à la limite de l'écorce et du bois, un bourrelet solidifié aa d'une résine translucide et très belle, qui n'est autre que de la sandaraque. Cette résine s'étend sur la zone génératrice qu'elle protège du dessèchement ; elle contribue
ainsi puissamment à exalter la propension de l'espèce à rejeter de souche. Pour la récolter en quantité très appréciable,
il suffirait d'ouvrir de petites carres de 2 à 3 centimètres de largeur sur l'",50 k 2 mètres de hauteur avec une griffe coupante, puis de récolter avec un râcloir la résine solidifiée, que Ton recueillerait dans de petites corbeilles. Limitée à 2 ou 3 brins, l'opération serait sans danger pour la cépée ; elle permettrait de fureter pour le goudronnage les perches ainsi gemmées, tout en procurant un supplément de vigueur aux plus belles lances qui resteraient indemnes de toute mutilation. Telle est lai méthode de gemmage qui me paraît pouvoir être appliquée sans difficulté au thuva.
Fig. 412
Art. XI — INFIXENCE DU RÉSINAf.E SUl\ LES ARBRES.
Le résinage des pins n'entraîne aucune altération du cœur qui conserve son poids, sa résistance et sa durée. C'est ce (fu'a mis en évidence l'américain Gomberq, en soumettant à des épreuves directes et variées des pins gemmés et non gemmés. L'aubier, d'où provient toute la résine extraite, aurait par contre d'après cet auteur, une moindre durée.
Au point de vue physiologique, le résinage offre plus de iîravilé. Stogert et Seyffert ont montré que les cônes el les semences de pins gemmés sont plus petits que ceux des pins non gemmes, et que les plantules des premiers sont moins robustes que celles des seconds. 11 en résulterait à la longue une dégénérescence de l'espèce.
D'après Nordlinger, le bois résiné serait plus lourd que celui qui ne l'a pas été ; par contre, les fibres seraient plus cassantes.