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CHAPITRE IV

Le goudron est un des produits de la distillation sèche du bois. On peut l'obtenir, soit par le procédé des fosses, soit par le procédé des fours. Le goudron des fosses est plus riche en térébenthine, partant plus liquide, meilleur, et d'un prix plus élevé, (jue celui provenant des fours. Par contre, le rendement est moindre dans les fosses que dans les fours.

A. Procédés des fosses. — a Meules des Landes. — Employé dans les Landes pour distiller le pin maritime, ce système ne donne que du charbon de bois et des goudrons. Les meules diiïèrent à peine de celles à charbon. Seule, la sole est modiliée. Elle se compose d'une surface concave en maçonnerie ABCD [fig, 113), dessinant une sorte d'entonnoir. Un canal ECBF conduit le liquide condensé jusque dans une fosse extérieure G, où on le recueille. Les bûches ayant 1 mètre à i^jSO de longueur, 10 à 25 centimètres de tour, sont empilées à la façon ordinaire, en meules hémisphériques contenant iO à 50 stères de bois. La couverture formée de fraisil et de terreau, a une épaisseur de 25 à 30 centimètres.

L'allumage et la cuisson se font comme pour le charbon de bois. Après 00 heures de cuisson, on commence à recueillir le goudron. Le soutirage s'elTectue de 0 en 0 heures. Quand l'écoulement du goudron a cessé, on pousse le feu pour achever la carbonisation du bois. Avec des pins maritimes préalablement gemmés, le rendement mo\en es^t de 10 à 20 7o J©

goudron et de 25 à 30 7o àe charbon. Ce dernier est loujour? très léger.

b) Fosses des Charentes, — A peu près complètement abandonnée maintenant, la fosse des Charentes avait environ 30 mètres cubes de capacité ; son orifice était complètement fermé au moyen d'un chapeau en tôle ; le fond de la fosse était mis directement en communication, par des tuyaux en terre, avec des fûts destinés à recueillir le goudron. Huit évents, communiquant avec Tair et que Ton pouvait fermer à volonté, permettaient de régler Taérage et la combustion. L'alhimage se faisait par une cheminée centrale.

Fig. 413.

Le rendement en goudron et en acide pyroligneux était d'environ 18 à 20 Yo» celui en charbon de 20 Vq.

c) Fosses de la Vaga, — Les fosses russes de la Vaga sont disposées pour recevoir 100 à 150 mètres cubes de bois et de souches de pin sylvestre gemmé. Le fond des fosses est recouvert d'écorce fraîche d'épicéa, arrachée à des arbres sur pied. Le goudron qui s'amasse sur la sole est dirii^é, à Taide d'un tube en bois, dans des fûts destinés à l'expédition. Dix mètres cubes de bois et de souches donnent environ î57 kilos de goudron qui valent 13 francs, rendus à une gare ou à un port d'embarquement. La quantité de charbon produite est insigniKante.

B. Procédés des fours. — Les fosses à goudron donnant un faible rendement et constituant souvent des foyers dangereux d'incendie, on leur a presque partout substitué des fours, qui permettent une meilleure utilisation des bois et offrent plus de sécurité au point de vue du feu.

a) Pour arabe (*). — Le four à goudron arabe est utilisé pour la distillation des souches et des perches de thuya, de pin d'Alep, de genévriers de Phénicie et oxycèdre. Les indigènes distillent presque exclusivement des bois morts sur pied, dont le -goudron est meilleur que celui donné par les bois verts.

/5) Description de V appareil, — Il se compose essentiellement {fig. 414) d'une grande jarre placée au milieu d'un foyer, d'un conduit de dégagement et d'un récipient destiné à recevoir les produits de la distillation. La construction, qui ost en maçonnerie de pierres sèches et de terre, a, dans son ensemble, 4 mètres de long, 1™,50 de large et O^jGO de haut ; elle est complètement recouverte de terre, ou encore de perches garnies de feuillage ou de diss.

La jarre ou marmite, en poterie grossière de fabrication arabe, mesure en moyenne 0"*,01 d'épaisseur, 0'",60 de profondeur et 0°*, 40 de diamètre. Une ouverture circulaire, de i ou 3 centimètres de diamètre, ménagée au milieu de cette jarre, communique avec le conduit de dégagement ; trois ouvertures plus petites se trouvent de chaque côté de la jarre et mettent en communication la flamme du foyer avec le bois renfermé dans le vase.

Le foyer, qui a 1™,50 de largeur, est disposé de manière que la jarre soit placée en son milieu et entourée de tous côtés par les flammes.

Le conduit de dégagement a en moyenne : extérieurement, 2"*, 75 de long, sur 0™,50 de large et b'",40 de hauteur ; intérieurement 0'",20 de largeur, sur 0'",25 de hauteur.

Parfois, les dimensions sont plus réduites ; la longueur n'est alors que de 1 mètre à l'",r>0, et les faces intérieures de 15x20 centimètres.

(1) D'après les renseignements lournis par mon excellent ami, M. F. de la Rocheterie, et par MM. Boui'goin et Chnmba:d, mes anciens collaborateurs.

Mathey. — Exploitation des hois. H

Le récipient ou réservoir est tout simplement un trou

Plan 1 50.

Coupe suivant AB 1 50.

(^oupe suivant CD 1/25.

Elévation 150.

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Fig. 4H.

creusé en terre; il a O^.OO de profondeur et 0'',40 de diamètre. Les parois sont recouvertes de terre glaise.

Pendant la durée de la fabrication, ce récipient qui contient environ 60 litres, est hermétiquement fermé au moyen de plusieurs linges imbibés de goudron et recouverts de terre.

Le four est toujours construit dans des endroits humides, à proximité d'une source. Son prix de revient peut s'établir comme suit :

Valeur d'une jarre renfermant de ÀO h 59 litres 1 fr.

Coattruction du foyer, du canal et du réservoir, 2 journées à 2 fr.

ci 4 fr.

ToUl 5 fr.

/3) Fonctionnement de r appareil et technique de la distillation. — Les souches et le bois destinés à être distillés sont coupés en petits fragments, de 15 à 20 centimètres au plus, et placés dans la jarre dont le couvercle est ensuite soigneusement Juté avec de la terre glaise. Le goudronnier verse environ 10 litres d'eau dans le récipient, puis il allume les foyers qui se trouvent de chaque côté de la jarre et abandonne le four à lui-même. Sous Tinfluence de la chaleur du foyer, la distillation commence, et les produits volatils vont se condenser dans le récipient.

Il faut environ 7 heures pour ({ue la distillation soit complète. Au bout de 3 jours, quand on fait deux fournées par jour, Teau contenue dans le récipient est saturée de goudron.

La jarre contient une demi-charge à dos d'âne de bois, ce qui représente à peu près 1/20 de stère. Il faut donc 3 décislères de bois de genévrier de Phénicie sec pour saturer, dans la région de Djelfa, les 10 litres d'eau du récipient, ce qui donne trente-quatre litres de liqueur goudronneuse par stère de bois. Avant de la livrer au commerce, le fabricant ajoute encore 1/3 d'eau. Le prix du goudron varie d'une saison à l'autre ; \^ mahonne, qui représente environ 1/2 litre, vaut 0 fr. 15 à 0 fr. 30, en moyenne 0 fr. 20. Le stère de bois mort de genévrier de Phénicie rapporte ainsi 13 fr. 00 de goudron, ce qui est merveilleux.

A égalité de volume, le bois vert distillé donne deux fois plus de produits, mais le goudron obtenu est de qualilé inférieure.

7) Calcul du revenu net. — Des goudronnières de la ré gion d'Ammi-Moussa, alimentées avec des souches sèches de thuya, ont donné les résultats suivants :

100 kilogrammes de souches mortes ont fourni :

1^ 7 à 8 litres, soit en moyenne 7,5 litres de liqueur goudronneuse valant en moyenne 0 fr. 40 le litre, ci 3 fr. 00

2<> 20 kilogrammes de charbon, valant en moyenne 1 fr. 00

Soit au total 4 Ir. 00

Mais la distillation de ces 100 kilogrammes de bois sec a absorbé 225 kilogrammes de combustible (bois sec ou vert) ; d'où suit une dépense totale de -3^5 kilogrammes de bois, valant au maximum, 1 fr. les 100 kilogrammes, ci 3 fr. 25

La différence, ci 0 fr. 75

représente le bénéfice obtenu par la distillation. Si un slère (le bois sec de souches de thuya pèse 300 kilos, on voit que ce bénéfice s*élcve à 2 fr. 25 par slère.

En réalité, il est plus élevé encore. En elTet, pour transporter 350 kilos de bois à une distance moyenne de 10 kilomètres (soit 20 kilomètres aller et retour), il faudrait au moinsquatreânes, tandis qu'un seul transporte aisément, avec son propriétaire, le produit de trois journées de distillation, charbon non compris.

Chaque chantier de goudronueurs exige le concours de deux personnes : Tune surveille la goudronnière, l'autre Tapprousionne en combustible et en bois à distiller.

l) Emploi du goudron arabe, — Le goudron arabe sert à goudronner les peaux de bouc, utilisées pour la confection des outres ou guerbas, et à enduire les chameaux galeux, ainsi que les chèvres et les moutons qui viennent d'être tondus. Tous ces animaux sont goudronnés au moins une fois par an, et souvent plusieurs fois dans l'année, en cas de gale. 11 faut environ 4 litres de liqueur goudronneuse pour enduire complètement un chameau. Fabriciué sur une plus grande échelle, le goudron arabe trouverait de très nombreuses applications, spécialement pour les usages pharmaceutiques. On doit regretter que des méthodes de cultures appropriées, telles que le gemmage du pin d'Alep et du thuya, n'aient pas été depuis longtemps mises en application, ce qui permet-

trait de donner à la fabrication du goudron un essor considérable.

b) Fourneau employé en Russie, par la petite industrie^ pour la préparation du goudron (*). — La figure 415 repré-

F.jr. 415.

sente la vue d'ensemble d'un fourneau servant à la petite industrie, pour la fabrication du goudron avec les bois résineux gemmés. Les figures il() et 417 sont des coupes horizontale et verticale de ce fourneau; elles montrent qu'il se compose essentiellement d'une caisse intérieure A, en briques alvéolaires de glaise (fig. 410), à l'intérieur de laquelle on place le bois gemmé. Une autre -caisse B, en terre glaise également, enveloppe complètement la première. Entre ces deux caisses, se trouve un espace libre e servant pour le chauffage.

Des ouvertures b, ménagées à la base de l'enveloppe extérieure, permettent d'introduire le combustible, d'allumer le foyer et de régler la combustion. La sole, en entonnoir, est percée d'un trou central par où s'écoulent dans une fosse F, grâce à l'intermédiaire d'un tube en bois T, les produits de la condensation. Ce tube, représenté figure 419, repose par un bout sous le fond du four, de façon que le trou central de ce dernier communique avec le trou a' du tube.

(*) D'après des renseignements et documents obligeamment fournis par M. L. Jachnolf.

Ces fourneaux rustiques ont une capacité de 2,5 à 7 mètres cubes ; leur construction coûte de 100 à 200 francs. Des

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Fig. 416.

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Fig. 418.

monlants et des assemblages en bois sont dressés autour de l'enveloppe extérieure pour la consolider.

Fig. 419.

Une porte d sert à introduire le bois à distiller et à sortir le charbon produit.

EXTRACTION hV GOUDRON

La distillation demande 36 à 96 heures. Durant la période d'hiver, c'est-à-dire de janvier à avril, on fait en moyenne de 10 à 15 cuissons dans chaque fourneau.

Par ce procédé on obtient surtout une grande quantité de

goudron.

On adjoint généralement à ces fourneaux des réfrigérants, disposés comme l'indique la figure 420, pour condenser et recueillir l'essence de térébenthine. Les vapeurs sont reçues dans un tuyau de cuivre plongeant dans une cuve c remplie d'eau.

Fig. 420.

On obtient ainsi de la térébenthine très fortement colorée en jaune par des huiles brûlées. Cette térébenthine jaune, non rectifiée, n'est pas immédiatement livrée au commerce ; elle est envoyée dans les distilleries où elle est séparée du mélange de goudron qu'elle contient et transformée en térébenthine blanche.

c) Pelite usine russe pour la préparation des brais^ de la colophane et de tessence de térébenthine, — Les figures Mï, 422 et 423 représentent la vue extérieure, Je plan et réiévation de ces usines rustiques. Chacune d'elles se compose d'un hangar en troncs d'arbres assemblés, renfermant deux alambics D, généralement à double fond, surmontés d'un chapiteau C et disposés au-dessus d'un foyer en briques. D'un côté le chapiteau communique par le tube M avec le réfrigérant F ; de l'autre, le fond de l'alambic est relié par les tuyaux P et N avec une fosse O. L'installation complète

revient à 1.300 francs pour un seul alambic, à 2.C00 fr: ncs pour deux alambics. Ces usines servent aux usages suivan s:

Fig. 421.

a) Traitement du goudron des fours ou des fosses en vue de la préparation de i essence de térébenthine et de la poix. — Onverse dans Talambic environ 2. 500 kilos de goudron ; on ajoute 1 Yo ^^ son poids de chaux ; puis on fait cuire le mélange. Les produits volatils de la distillation se séparent dans

le réfrigérant et sont recueillis en K ; la masse fondue de la poix se rend dans la fosse O, d'où elle est puisée âpres un certain degré de refroidissement et mise dans des tonnes de

246 kilos chacune où elle achève de se solidifier. La térébenthine jaune ainsi obtenue doit ôlre distillée avant d'être livrée au commerce.

Seize cent quarante kilos de goudron donnent 1.066 kilos de poix et 361 kilos de térébenthine non rectifiée.

FJg. 423.

p) Traitement des résines de pin sylvestre en vue de la préparation de la colophane et de l'essence de térébenthine, — Le galipol provenant du gemmage des pins sylvestres est versé dans des alambics à double fond ; on le fait chauffer jusqu'à fonte totale.

La colophane liquide se décante à travers les copeaux et le double fond, et les produits volatils sont condensés dans le réfrigérant. Comme la poix, la colophane se vide dans la fosse O ; les croûtes qui restent dans Talambic sont enlevées et servent à la préparation du brai sec et du noir de fumée. La colophane obtenue est d'un rouge brun, parce qu'en chauffant à feu ouvert, on ne peut pas éviter une certaine élévation de température à laquelle la colophane brûle. Du reste, la résine provenant du galipot ayant séjourné longtemps sur l'arbre, est oxydée par l'oxygène de lair et colorée fortement parJes rûclures de bois et d'ccorce avec lesquelles elle se trouve nécessairement mélangée.

Seize cent trente-huit kilos de galipot donnent jusqu'à 820 kilos de colophane, 164 kilos d'essence de térébenthineet 492 kilos de croules. La quantité des croûtes dépend de la pureté de la résine ; ordinairement, elles représentent 30 % du poids de celte dernière. Tantôt on les brûle pour obtenir de la

PRODUITS AGGESSOJBES

suie ; tantôt on les réduit en poix après y avoir ajouté di> goudron. Dans ce dernier cas ces croûtes fournissent 80 7« de brais gras et 2 7o d'essence de térébenthine rouge.

Cette dernière se vend peu à l'état brut. Généralement, elle es^ brûlée pour obtenir du noir de fumée ou mélangée au goudron ordinaire pour en diminuer la densité.

7^ Rectification de Vessence jaune de térébenthine, — L'essence de térébenthine obtenue par le procédé des fours est mélangée d eau et de 1 1/2 ^ /^ de chaux, puis versée dans l'alambic. On chauffe jusqu'à ébullition et on recueille au sortir du réfrigérant une térébenthine vert pâle. Celle-ci, distillée une seconde fois, donne de la térébenthine l)lanche du commerce, avec une perte de 5 à 10 % de son poids.

d) Appareils spéciaux pour la rectification de la tcréhen* thine jaune, — De nombreux modèles d'appareils de reclilication sont employés en Russie ; nous ne citerons que les trois suivants, choisis parmi les plus simples.

a L'appareil ligure 42 i se compose essentiellement d'un bouilleur A destiné à la production de la vapeur. Ce bouilleur communique, par un tube B, avec une cuve à double fond C, dans laquelle on verse l'essence de térébenthine mélangée (le 1 1/2 Yo de chaux. Les vapeurs se rendent de là dans des

Flg. 424.

réfrigérants à air, formés par des barillets en bois C, où les huiles les plus lourdes se séparent et se condensent. Quant à l'essence de térébenthine, elle est entraînée par les vapeurs dans un serpentin de cuivre E, plongeant dans une cuve remplie d'eau où elle se liquéfie. Finalement, elle est reçue dans le baquet F. \.\\ appareil de ce genre revient à environ 425 francs.

EXTRACTIOIV DU CCHJDRO^

3) Dans une seconde disposition {fig. 425\ un afambic A, surmonté d'un chapiteau B, reçoit lessence de térébenthine mélangée d'eau et de chaux. Un tuyau en cuivre C conduit les vapeurs dans un barillet D divisé en 3 compartiments E par des cloisons percées de trous. C'est dans ce barillet que

l^:^j*yjg!^^^jJJij»M^^

Fig. 425.

se séparent leshuileslourdes. L'essence de léréhenthine, plus volatile, se rend dans le réfrigérant à eau G ; elle s'y liquéfie ot tombe dans le récipient K où on la recueille.

7 ) Le troisième dispositif fig. 42()) comprend un fourneau on bri{|ues A servant de foyer. Les (lammes issues de ce

Fig. 426.

fourneau s'échappent par les canaux do la cloison C et viennent chaufTer un tuyau en fer B fermé à l'une de ses extrémités et communiquant par l'autre avec une cuve à double fond D, dans laquelle on verse l'essence de térébenthine, préalablement additionnée d'eau et de chaux. Le bouilleur B entrant en jeu, les vapeurs sont entraînées d'abord dans un réfrigé-

rant à air F où se condensent les huiles lourdes, puis dar$ un réfrigérant à eau K où se liquéfie l'essence de léré}ï:*nthine.

Tels sont les appareils les plus simples, utilises par la petite industrie en Russie pour la fabrication du goudron et la distillation de l'essence de térébenthine, et qui me paraîtsent de prime abord pouvoir être implantés avec sucées en Algérie.

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