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CHAPITRE V

D'après Peltenkofer, les gaz qui se dégagent pendant la distillation sèche du bois ont la composition suivante :

Hydrogène bicarboné. 7,93

Hydrogène protocarboné 20,32

Oxyde de carbone 23,21

Hydrogène 13,53

Acide carbonique 25,01

Le volume dégagé est d'environ 373 mètres cubes par 1.000 kilos de bois.

La composition des vapeurs condensables est très complexe ; elle comprend : 1" une couche supérieure, dans laquelle on trouve d'abord les carbures suivants : benzine, toluène, cumène, xylène, naphtaline, paraffine, puis une petite quantité de phénols, de créosote et un peu d'acide pyroligneux ; 2" une partie aqueuse renfermant beaucoup d'acides de la série grasse, acides Ibrmique, acétique, propionique, butyrique, valériani(|ue, caproïque, etc., de l'alcool méthylique, de petites quantités d'acétone et d'acétates de méthvie ; 3° une dernière couche d'huiles lourdes, gou-

(') A. Matuby. — Utilisation industrielle des produits d'une coupe detaillis sous futaie. — Bulletin de la Société foreslièra de Franche^Comlé et Belforf, juin 1900. — E. Payes. — L'Economiste, octobre 1900.

dronneuses, composées de carbures d'hydrogène et dune petite quantité de phénols et de créosote.

Si la température croît rapidement, la quantité de gaz est maxima; si elle croît leotement, on obtient le maximum de charbon et de vapeurs liquéfiables.

Les produits industriels retirés de la distillation du bois sont : I" le charbon; 2° Tacide acétique; 3** le méthylène: 4** des goudrons libres. Dans les meilleures conditions, 100 kilos de bois fournissent :

25 à 27 kilos de charbon

7 9 d*acide acétique

2 • de méthylène

3 » de goudrons libres ;

OU encore :

52 kilos de pyroligneux 3 > de goudrons libres 25 à 27 > de charbon.

D'après Petit, les bois à distiller peuvent être divisés en 3 groupes. I-e premier renferme le charme, le bouleau, le hêtre, le tilleul, le chêne, le frône, l'érable et Forme ; ces bois donnent à la distillation 35 à 43 % de leur poids brut d'une solution acide, telle que 1 kilogramme pourrait satuturcr 100 grammes de carbonate de potasse. Le deuxième comprend le marronnier d'Inde, le peuplier, le saule, Taune, donnant 24 à 33 •/, de la même solution. Le troisième esl formé par les bois résineux, genévrier, épicéa, pin, mélèze, sapin, etc., ne donnant que 17 à 23 Y^ de rendement.

L*àge et la provenance des bois ont aussi une grande importance sur le rendement. Les meilleurs sont les bois durs, âgés, qui ont poussé dans des terrains secs, caillouteux ou rocheux, et qui ont été abattus en hiver. Autant que possible il ne faut distiller que des bois secs, dépourvus d'humidité. Le chêne demande à être préalablement écorcé.

L'industrie de la distillation sèche du bois est beaucoup plus développée en Allemagne et en Amérique qu'en France. Cependant, les grandes usines de la banlieue parisienne, celles de Lyon, Saint-Fons, Ravières,Tarsul, des Grands Moulins, etc., consomment chaque année une grosse quantité de bois durs, essences chêne et hêtre.

Quand il s'agira de grandes exploitations de taillis, portant sur des forêts entières, les exploitants auront en général plus d avantages à livrer directement aux fabriques de produits chimiques qu'à écouler sur place leur bois de chauffage et à carboniser eux-mêmes leurs cordes de charbonnette. Ils éviteront ainsi d'encombrer le marché local et d'avilir les prix.

Les bois destinés aux usines de produits chimiques sont livrés dans la région parisienne en bûches de 1"*,14 de longueur, dans la région lyonnaise en bûches de l^jSS. La grosseur au petit bout varie de 0™,04 à 0'",14 de diamètre. Ces même usines prennent encore du rondinage de hêtre et de chêne écorcé, découpé en longueurs de charbonnette à la grosseur d'une pièce de un franc. Pour le gros bois, les prix oscillent entre 110 et 115 francs le décaslère, et pour le pelit bois entre 62 et (>5 francs le décastère pris sur les ports.

Les bois à distiller sont placés dans des cylindres de tôle pesant 4.000 kilos environ, que l'on introduit dans des fours en maçonnerie. Sur ces cylindres, on adapte un couvercle et un col de cygne qui aboutit à un serpentin servant de réfrigérant. Qn chauffe les cylindres par-dessous avec des ramilles et autres rémanents des exploitations. 11 se dégage tout d'abord de la vapeur d'eau provenant de l'humidité du bois. Quand cette vapeur est éliminée, on obtient un liquide rougeâtre qui est de l'acide pyroligneux. Au début de l'opération, le pyroligneux est louche ; on le dirige alors dans une cuve réservée à l'acide brun. Dès qu'il devient clair, on le dirige dans une cuve à gris direct. Ces liquides sont ensuite refoulés avec précaution dans des alambics que l'on remplit seulement jusqu'aux deux tiers. Les goudrons se déposant au fond des cuves, il faut avoir soin de ne pas vider entièrement ces dernières.

Pour la fabrication de l'alcool méthylique ou méthylène, on ajoute dans l'alambic une quantité de chaux calculée d'après le volume et le titre de l'acide, puis on met en marche l'agitateur. Quand le liquide est saturé, on met en feu et on distille. On recueille le premier liquide dans une cuve dite à flegmes de iêle. puis, quand il arrive laiteux, on le fait passer dans une autre cuve dite à flegmes de queue.

La distillation est arrêtée quand, après analyse du jet liquide, on constate qu'il ne contient plus d'alcool. On distille ensuite les flegmes pour en retirer Talcool. Les flegmes de tête sont toujours plus riches que les flegmes de queue.

Ce qui reste après évaporation des flegmes est concentré à feu nu ; il se fo^me des croûtes cristallines jaunes, qu'on en- •lève à la pelle, qu'on fait égoutter et qu'on sèche. L'acétate ainsi préparé a un aspect grisa Iro. L'acétate de chaux gris est obtenu en saturant le pyroligneux par la chaux après une première distillation, en évaporant et séchant le produit. On obtient de même l'acétate de soude en saturant le pyroligneux avec du carbonate de soude. L'acétate en neige est celui qui provient de cristaux absolument incolores, obtenus par des procédés spéciaux et en agitant les dissolutions pendant la cristallisation.

En versant l'acétate dans une grande casserole de fonte munie d'un agitateur, puis en chauffant graduellement, on recueille de 100 kilogrammes, (îO litres environ d'un liquide noirâtre, qui, étendu d'un tiers d'eau et distillé dans un alambic à vapeur, donne de Yacétone à 90**. La partie de télé, obtenue lors de la première distillation et rectifiée, donne de l'acétone pure, employée à la fabrication du chloroforme et de Viodo/orme.

Les dérivés de l'acétone sont nombreux. Ajoutée dans une proportion de 25 7o au méthylène ou alcool méthylique, l'acétone donne le méthylène type Régie, employé à la dénaturation des alcools. En agissant avec du chlorure de chaux sur la qualité la plus pure de ce produit, on fabrique du chloroforme. En prenant une solution étendue d'acétone additionnée elle-même d'une solution très étendue de soude caustique, en ajoutant de l'iode dissous dans de l'iodurc de sodium, on obtient un précipité d'iodoforme qu'on recueille et qu'on lave dans un filtre-presse, puis qu'on fait cristalliser* dans de Talcool.

U acide acétique s'obtient en décomposant du pyrolignile de chaux par des acides. L'acétate de chaux traité par de l'acide sulfurique régénère de l'acide acétique. Si on distille de l'acétate de chaux brun avec une certaine quantité d'acide chlorhydrique, on obtient V acide acétique des arts, très em-

ployé dans la préparation de la céruse. La fabrication de l'acide acétique pur du bois est si importante que l'industrie allemande, pourtant très développée, est loin de suffire à la consommation du pays. Une grande quantité de pyrolignite de chaux est importée de FAmérique du Nord et de la Russie • pour servir de matière première à l'industrie de l'acide acé- '■■- tique.

'i. Avec l'acide acétique industriel, on fabrique également

i"^ beaucoup à! acétate de cuivre (Verdet neutre) employé pour

le traitement des maladies de la vigne, des acétates de plomb

et d'alumine, des pyroUgnites de plomb et d'alumine, etc.

m- Le traitement des goudrons donne des phénols de gou-

èr dron de bois et des huiles d^ acétone, ces dernières très em-

Sîf: ployées par l'industrie des matières colorantes. Si on fait

passer une tonne de goudron de bois dans un alambic, on

ir obtient 340 à 350 litres distillés qu'on répartit en cinq ou six

itr bonbonnes. Les premières contiennent de l'alcool et de

[afi l'acide, les autres de l'acide seulement, celles de queue de la

\ t créosote brute. Cette dernière est redistillée ; on obtient

ijat ainsi de l'acide, puis de la créosote qu'on rectifie. Les deux

<:- tiers de cette créosote contiennent des phénols, des huiles

di;' neutres et des produits très oxydables.

Pour retirer les huiles neutres contenues dans la créosote ^ brute, on mélange cette dernière avec son volume de soude, on agite et on ajoute de l'eau. Les huiles neutres surnagent PJ-; et, quand le tout est bien reposé, on décante. Les huiles neuj,3rt très qui peuvent encore rester sont expulsées par ébullition. ^\it En décantant ce liquide on y ajoute peu à peu, en remuant, de j^ Facide chlorhydrique pour mettre les phénols en liberté ; ils j^; viennent alors surnager au-dessus du liquide formé par de •j^jjifj la créosote brute noire ; en distillant cette dernière, on obtient la créosote moyenne, qui rectifiée fournit le gaïacol et la créosote.

La déméthylation de la créosole ou du gaïacol par l'acide

^ chlorhydrique donne de \^ pyrocatéchine ou de Yhoncopyro-

p^r catéchine. On peut encore tirer de la vanilline du gaïacol.

jjj; Enfin, quelques usines françaises commencent à fabriquer

j^. d\x formol par oxydation directe du méthylène réalisée par

des procédés et au moyen d'appareils allemands.

Mâthey. — Exploitation des bois. II 52

.818 P«00V1TS ACSESSOlJtKS

Le charbon de bois, résidu de la dtstiUalioa des connieSt est écoulé dans les grandes villes ; le poussier et la crasse des cornues sont utilisés dans la fiabricatioft du noîr de fonderie et du charbon moulé : iis valent 2 fir. 50 à 3 franes les 100 kilos. La distillation d'une cornue dure ii heures; j i me. 50 de eharboanette (volume pkÎA i donae environ 3 sacs \ de charbon, ;

Gaz au bois. \

Le principe de la fabrication du gaz au bois est très simple : il consiste à eflfeetuer rapidement et à haute température la carbonisation des produits ligneux. Mais tandis que ce sont les bois durs <fui fournissent le plus de gaz liquéfiables, ce sont au contraire les bois tendres qui cooviennent le mieux à la fabrication du gaz d'éclairage. GeUe-ci comportait autrefois trois opérations distinctes : la cJistiilation, la condensation et réparation, cette dernière fort couteuse. M. Riche est parvenu à supprimer Tépuratioa à la chaux en renversant la distillation.

L'appareil se compose essentiellement d'une grande cornue verticale remplie de charbon de bois à s» partie inférieure et de bois à distiller à sa partie supérieure. Complètement formée à son extrémité supérieure, cette cornue est chauffée latéralement et de bas en haut par des gaz de combustion issus d'un foyer latéral pouvant brûler toutes sortes de combustibles : bois, sciures, copeaux, tannée, tourbe, coke, charbon. Le bois à distiller est exposé au rayonnement des parois intérieures de la cornue qui atteignent au plus la température du rouge ; il distille donc lentement et donne des i^az et des vapeurs qui, n'ayant aucune issue pour s'échapper par le haut, sont obligés de traverser l'épaisse couche de charbon portée au rouge incandescent et située i^n bas de la cornue. Dans ce passage, ils subissait d énergiques translorniations chimiques. Les produits condensables sont ramenés à rétat de gaz permanents et l'acide carbonique est partiollenient transformé en oxyde de carbone. On recueille dans un barillet les gaz épurés. Ceux-ci se rendent ensuite dans un gazomètre.

La richesse calorifique du gaz Riche est de 3.000 calories par mètre cube. Un kilogramme de bois distillé fournit 700 à 800 litres de gaz à 3.000 calories et laisse un résidu de 200 grammes de charbon de bois. Le prix de revient du gaz Riche varie de 3 à 6 centimes par mètre cube, suivant les usines.

Les Fours à gaz Riche, que nous ne saurions trop recommander, rendent à l'industrie des services inappréciables et sont utilisés, soit pour Téclairage, soit pour le chauffage. L'installation de grandes usines pour l'éclairage fait même ressortir à environ 6 francs le prix du stère de charbonnette (*).

(1) Al. Uathey. — Uécîatrage des petites villes industrielles siutées à proximité des fariu. — BaTfelin de fa Soeîété fore«tière de Franche- Comté et Belfort, mars 1901.

ADDENDA

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