DE L'INDULGENCE DES QUARANTE-HEURES
Les désordres si communs dans les jours qui précédent immédiatement la sainte Quarantaine, ont toujours affligé l'Eglise, excité le zèle des pasteurs, et désolé les âmes pieuses. Saint Charles-Borromée fit des mandements et des lettres pastorales pour les détruire, établit, dans son cinquième concile, les prières publiques dites alors des Trente-Heures , et en recommanda fortement la pratique. Le cardinal Palaote , archevêque de Bologne, digne émule de saint Charles, établit la même pratique dans les monastères et les églises paroissiales de son diocèse, pour les trois jours de la Quinquagésime, avec sermon et indulgence. D'autres évèques firent la même chose. Cette dévotion se propagea rapidement. Elle est maintenant en usage dans une grande partie des royaumes catholiques, notamment dans les villes et les communautés religieuses , sous le nom de Prières des Quarante- Heures.
L'auteur de la Raccolta dit que ces prières durent quarante heures, en mémoire des quarante heures que le corps de Notre-Seigneur est resté dans le tombeau ; qu'elles ont commencé à Milan, en 1534, se sont étendues dans les autres villes d'Italie , furent introduites à Rome par saint Philippe de Néri, en 15-48 , et rendues perpétuelles, par Clément VIII, en vertu d'une bulle solennelle du '25 novembre 1592, commençant par ces mots : Graves et diuturnœ.
Les prières des Quarante-IIeures s'ouvrent à Home le
dimanche de l'Avent, dans la chapelle du palais apostolique, et passent sans interruption d'une église dans une autre jusqu'à la fin de l'année, selon l'ordre établi.
Il existe, en outre, une pieuse association d'Adorateurs du Saint-Sacrement, auxquels Pie VII a accordé beaucoup d'indulgences et de privilèges spirituels.
Benoît XIV, roulant favoriser cette pieuse institution, accorda par sa bulle Inter cœtera benè multa, du 1er janvier 1748, pour tous les états de l'Église, l'indulgence plénière à ceux qui se confesseraient, communieraient et visiteraient le Saint-Sacrement , exposé à la vénération publique pendant trois jours de la semaine de la Septuagésime , delà Sexagésime, ou de la Quinquagésime , immédiatement avant le jour des Cendres.
Clément XIII étendit cette indulgence à toutes les églises du monde chrétien où le Saint-Sacrement serait publiquement exposé pendant trois jours, ou dans l'une des trois semaines qui précèdent le carême, ou un jour dans chacune d'elles, ou seulement le jeudi de la Sexagésime , appelé vulgairement le jcudi-yras : cette concession est du 28 juillet 1765. M. de Joufïroy Gonssans, évèque du Mans, permit, le 16 février 1786, que cette indulgence fût publiée et mise à exécution dans toutes les églises de son diocèse où le Saint-Sacrement serait ex- , avec sa permission spéciale, les trois jours du carnaval.
Tout évèque peut en faire autant dans les lieux où cette pièce ne serait point encore publiée, et par conséquent procurera tous les fidèles de son diocèse le moyen de gagner l'indulgence plénière dans ces jours de scandales.
Il y a, en outre, dix ans et dix quarantaines d'indulgence pour chaque fois qu'on visite le Saint-Sacrement ainsi exposé, d'après un bref de Paul V , du 10 mai 1606. 11 y a sept ans et sept quarantaines seulement pendant le jubile de l'année sainte, par concession de Benoit XIII , le 2 mai 172o. Pie VII, par un rescrk du 12 mai 1817, a rendu ces diverses indulgences applicables aux âmes du
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purgatoire , et a déclaré privilégiés pour ces jours-là to les autels des églises où se fiait l'exposition.
Ce sont donc les évéques qui instituent les Quarante- Heures dans les églises de leurs diocèses : parla même ils peuvent les supprimer quand ils le jugent convenable. S'ils n'accordaient que verbalement la permission d'exposer le Saint-Sacrement, il n'y aurait rien à craindre pour la validité de l'indulgence : car l'indulgence ne vient pas deux; elle est attachée à l'institution même. Cependant il est plus conforme aux règles d'une bonne administration de faire cette concession par un écrit authentique , qui reste dans les archives de la Fabrique, et est, à perpétuité, le titre légitime de la fondation des Quarante-Heures,
l,c QuESiior*. — Est-il nécessaire que le Saint- Sacrement soit exposé pendant quarante heures entières!
Nous ne le croyons pas, car ni Benoît XIV, ni Clément Xlll n'exigent cette condition ; ils demandent seulement, l'un et l'autre, l'exposition pendant trois jours : or, il n'est pas nécessaire que le Saint-Sacrement soit expose exactement pendant quarante heures pour que les paroles des deux Pontifes soient vérifiées; il suffit qu'il le soit moralement pendant les trois journées, selon le langage ordinaire des hommes. Or, s'il est exposé chaque jour depuis six ou sept heures du matin jusqu'à cinq ou six heures du soir , c'est bien moralement pendant trois jours. Si, au contraire., il n'était exposé que le matin, ou que le soir , ou que pendant les offices, on ne pourrait pas dire raisonnablement qu'il a été exposé pendant trois jours.
2° Question. — Est-il nécessaire t pour gagner l'indulgence, d'aller prier, chacun des trois jours, devant le Saint- Sacrement ?
Benoit XIV le dit positivement dans sa constitution Inter cœtera l. Clément Xlll le suppose également :
1 Curandum à vobis est [Episcopis) ut in unâ aut in pluribus» eccle-
néanmoins , lorsque le Saint-Sacrement n'est exposé que le jeudi de la Sexagésime, il accorde la même indulgence, et n'exige qu'une visite faite avec dévotion l.
On peut se confesser quelques jours d'avance, pourvu qu'on le fasse avec l'intention de gagner l'indulgence, et qu'on communie l'un des trois jours. Il n'est pas nécessaire de communier dans l'église où les Quarante-lleures «ont établies, puisque les deux pontifes dont nous avons parlé n'en disent rien.
On n'exige pas non plus l'assistance à l'office qui se fait ordinairement matin et soir devant le Saint-Sacrement. Cet office même n'est point nécessaire. Les curés cependant ne doivent point y manquer; autrement, ils iraient contre la pratique universelle et contre les intentions de leurs évoques. Il est aussi d'usage qu'ils fassent euxmémesou fassent faire par d'autres, ces jours-là, des instructions à la messe et aux vêpres. En tous cas, ils doivent donner la bénédiction le soir avec le Saint-Sacrement : Benoit XIV le prescrit.