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II. Cérémonies du Jubilé ordinaire à Rome

La publication du jubilé de l'année sainte se fait solennellement le jour de l'Ascension de l'année précédente , à la grande porte de la basilique Saint-Pierre , en latin seulement, et au son des trompettes , comme se publiait autrefois le jubilé des Juifs.

Cette même publication se fait de nouveau , en latin oien italien, aux portes du palais Quirinal , le quatrième dimauche de l'A vent , ou le troisième , si le quatrième est la veille de Noël.

La veille de Noël , avant les premières vêpres , le Pape entonne le \cni , creator dans la chapelle Sixtine , va processionuellement avec tout l'appareil possible a la porte sainte ' , sous le vestibule de l'église Saint-Pierre ,

* C'est une des portes de l'église de Saint-Pierre , qui n'est jamais rt«3 tme pendant l'année du jubilé: le reste du temps elle est inurée.

et monte sur un trône magnifique qu'on lui a préparé. L'hymne étant achevée , il reçoit des mains du grand pénitencier un marteau d'argent doré , va au mur qui ferme la porte , frappe par trois fois , toujours un peu plus fort , en chantant trois versets auxquels les chantres répondent; puis il remonte sur son trône , et fait signe qu'on démolisse le mur qui est déjà préparé d'avance à tomber. Alors il chante plusieurs versets et une oraison : pendant ce temps- là , les ouvriers enlèvent les pierres et les décombres : les péiiitenciers de la basilique, en aube et en chasuble , lavent les degrés et le pavé avec des éponges trempées dans de l'eau bénite , et les essuient avec des linges blancs. Ensuite le Pape se rapproche de la porte sainte , ayant une croix à la main , se met à genoux , fait sa prière, se relève , entonne le Te Deum , et entre le premier : i est suivi des cardinaux , d'un nombreux clergé , tantr gulier que séculier , et de toute la procession qui l'accompagne.

Pendant que cette cérémonie se fait à Saint-Pierre trois cardinaux ou autres ecclésiastiques , revêtus par le Pape de la dignité de ses légats ad hoc , vont faire la même chose à Saint-Jean-de-Latran , à Sainte-Marie- Majeure et à Saint-Paul. Cette dernière basilique ayant été réduite en cendres en 1 822 , Léon XII a désigné l'église de Sainte- Marie Transtevere , ou au-delà du Tibre , pour les stations au lieu de celle de Saint-Paul.

On ne connaît pas exactement les commencements de cette grande et magnifique cérémonie. Quelques-uns la font remonter fort haut. Le sentiment le plus commun est qu'Alexandre VI , qui la pratiqua à l'ouverture du jubilé de 1500 , en est l'instituteur.

La clôture du jubilé se fait aussi solennellement , le même jour de l'année suivante. Le Pape chante les premières vêpres de Noël dans l'église Saint-Pierre , puis en tonne une antienne qui commence par ces mots : Cum jucunditate exibitis. Les assistants sortent avec empressement par la porte sainte ; le Pape bénit les pierres et le ciment destinés à murer cette porte , prend du mortier

vec une (ruelle d'argent , en met au milieu, à droite et à nuche , et pose trois pierres, une au milieu , une à droite t l'autre à gauche. Le grand pénitencier met aussi du lortier par trois fois , et trois pierres. Quatre pénitenciers e Saint-Pierre, revêtus de chasubles, font la même chose, n renferme dans ce mur douze cassettes pleines de méailles d'or et d'argent pour transmettre le souvenir de ette cérémonie ; les maîtres maçons continuent l'ourage , ferment totalement l'ouverture et enchâssent une roix de cuivre dans le mur. La cérémonie se termine ar une bénédiction solennelle que le Pape dorme au ■pie.

Toutes ces choses s'observent en même temps dans les ■ois autres églises par trois cardinaux légats.

ARTICLE IL

DO JOBiLÉ ORDINAIRE DANS LES DIOCESES DE LA CHRÉTIENTÉ.

Les souverains Pontifes invitent tous les chrétiens à 1er visiter les tombeaux des Apôtres à Rome , pour y mimer leur foi et y gagner l'indulgence du jubilé; mais s n'ont jamais prétendu en faire un précepte. Ils se raon- ■èrent difficiles , il est vrai, dans un temps , à permettre a'on pût gagner l'indulgence du jubilé ailleurs qu'à ome. Cependant après que le jubilé , fixé par Urbain VI l'année 1B90 , fut passé , Boniface IX , qui avait succédé ce Pontife , donna une année d'indulgence , sous la ème forme que celle de Rome , à la ville de Cologne ; e sorte que les habitants de cette ville , et ceux qui y inrent pendant 1391 , visitèrent certaines églises déterlinces , y firent leur offrande , purent gagner la même idulgence plénière qui avait été attachée aux stations de ome.

L'année suivante , il accorda la même faveur à la ville i.igdcbourg , et ensuite il donna de semblables inwlgenres , pour quelques mois seulement . a plusieurs

autres villes de l'Allemagne , telles que Meissen et Prague , où il y eut un concours de peuple immense.

Après le jubilé célébré à Rome en 1450 , Nicolas Y accorda l'année suivante aux Polonais et aux Lithuaniens, sur la demande du cardinal Sbignée, évoque de Cracovie, l'indugence du jubilé , et dispensa du voyage de Rome , à condition de donner , à titre d'aumône, destinée à faire la guerre aux Turcs , la moitié de ce qu'il en aurait coûté pour les frais d'aller et de venir. Cette moitié fut réduite au quart , et produisit encore des sommes considérables.

Alexandre VI étendit le jubilé de 1500 , par une bulle du 20 novembre de cette même année , à tous les chrétiens éloignés de Rome , les exemptant de l'obligation d'y aller, à condition qu'ils paieraient, en compensation , une certaine somme pour aider à faire la guerre aux Turcs.

Depuis ce temps-là les souverains Pontifes ont accorde la même faveur aux églises étrangères à la ville de Rome sans exiger aucun émolument temporel : ils ont vouk éviter tout soupçon d'intérêt , et se conformer aux dispositions du concile de Trente , qui défend de faire des qnê tes ou de solliciter des aumônes à l'occasion des indul gences \

L'extension de ce jubilé doit être publiée dans les dio cèses par les propres évêques, selon la forme qu'ils jugen convenable , après avoir examiné la bulle , et reconnu soi authenticité ; car les conciles de Latran , de \7ienne et d« Trente n'ont point excepté le jubilé de la mesure qu'il ont prescrite pour les indulgences en général.

Il ne suffit donc pas d'avoir la certitude de science pri vée , que la bulle d'extension a été publiée à Rome;i faut attendre que l'évêque se prononce et manifeste se intentions : jusque-là on ne peut participer au jubilé. Te est du moins le sentiment commun , le mieux fondé et 1 seul qui puisse être suivi.

Néanmoins , dans les pays hérétiques et infidèles , les colonies et autres lieux où il n'y a point dévèque*

1 Sess. 21 , cliap. 9.

i sont les curés et les missionnaires qui reconnaissent mthenticité de la bulle et en font la publication. Les îlles même portent cette disposition : Et ipsis deficientiis, disent-elles, en parlant des ordinaires, per eosqui ibi iram animarum exercent , etc.

Le temps accordé pour la célébration du jubilé, dans s divers diocèses, est réglé par la bulle même de conmion : il faut donc l'examiner et s'y conformer. Be- )it XIV accorda six mois en 1751; Pie VI, six mois t 1776, et Léon XII a accordé six mois pour 1826, •mme on peut le voir dans sa bulle E&ultabat, du 25 démbre 1825.

Gestion. — Si le Pape vient à mourir avant l'expiration du temps fixé pour la durée du jubilé, peut- on continuer à le gagner ?

La mort d'Innocent IX, arrivée en 1591,, au milieu un jubilé qu'il avait accordé , donna lieu à une contro* rse à ce sujet. Parmi les théologiens, les uns disent te dans ce cas le jubilé subsiste toujours, et que les èques pourraient le publier dans leurs diocèses, même rès la mort du Pontife; d'autres prétendent au coudre qu'il expire avec celui par qui il a été accordé, de rte qu'à partir de ce moment, personne ne peut le ga er, lors même que la mort du Pape est ignorée. D'au- M enfin soutiennent que ceux qui ne connaissent pas core la mnrt du Pape, et remplissent de bonne foi les aditions prescrites, perçoivent le fruit de l'indulgence, est au moins certain qu'on ne doit avoir aucun doute r l'absolution des cas réservés et des censures, ni sur commutation des vœux; car une juridiction validement cordée subsiste jusqu'au moment où elle est validement voquée : or la révocation ne peut être valide , si elle 58t clairement manifestée. On ne doit donc avoir auinquiétude sur les actes de juridiction qui ont été

rcés jusque-la. Cette opinion , enseiguée par Collet l

Traité du Jubilé, p. 98.

es-

et par beaucoup d'autres théologiens ; nous paraît très fondée.

Quant aux indulgences, les a-t-on réellement gagnées jNous sommes portés à admettre une distinction : lorsqu' s'agit d'un jubile extraordinaire accordé pour une ca qui disparaît par la mort même du Pape, i) semble qu l'indulgence doit cesser aussi ; car alors elle serait sûdj cause : tel était le jubile d'Innocent IX , lequel avait poui objet d'obtenir à ce Pontife la grâce de bien gouvernei l'Eglise. On ne pouvait donc ni le publier, ni user des fa cultes qui y étaient attachées. Ce fut ainsi que les Jésuites de Padoue et de Milan répondirent à ce sujet. Ur évèque d'Italie reçut une semblable décision de Ronu dans cette même affaire, au rapport de Collet (page 97 ). Mai* s'il s'agissait du jubilé séculaire i ou d'un jubil. fondé sur une raison étrangère à la vie du Pape , n {.ensons qu'on pourrait le gagner, puisque le motif fon damental pour lequel il aurait été accordé subsisterai tout entier, et que môme il serait permis de le publie après que la mort du Pape serait connue.

ARTICLE III

LU JUBILÉ EXTU.'vORDIRAlRE.

Le jubilé extraordinaire est celui que les Papes accor dont, ou à tous les fidèles, pour quelques raisons géru raies, ou à certaines légions, pourries causes qui leu sont particulières.

Léon X accorda une indulgence de cette nature en 151 aux Polonais , pour les engager à se liguer contre 1< Turcs* il est le premier qui ait donné cette sorte d jubilé.

! III en publia une semblable à Rome, le 25 jui iei 15i6y pour implorer la miséricorde de Dieu dai lexeci des maux dont l'Église était accablée par l'hen sic, et obtenir d'heureux succès dans la guerre qu'il i croyait oblige de faire aux protestants, dont l'opiniâtre: ne cédait à aucune voie de persuasion.

DES lftDULGEr»CES. 275

lie IV étant parvenu avec beaucoup de peine à faire reprendre le concile de Trente, interrompu depuis huit uis, publia , le 15 novembre, un jubilé universel pour ubtenir l'assistance de l'Esprit-Saint à cette assemblée et l'heureuse issue de cette grande affaire l.

Sixte V , à son avènement au pontificat , donna un jubile universel, qui fut publié à Rome le 25 mai I080 , et devait cive gagne dans cette ville la semaine suivante ou la semaine d'après; et dans les autres parties du monde, !a première semaine qui suivrait la connaissance qu'on m aurait, ou la semaine d'après. Ainsi il n'y avait qu'un ttpace de quinze jours pour le gagner. La fin de ce jubilé était d'attirer sur le nouveau Pontife les bénédictions du ùiel pour le bon gouvernement de l'Eglise.

Les autres Papes, depuis Sixte V, ont presque tous iccordé , à leur avènement au pontificat, un jubilé exraordinaire et universel, dont la durée n'excédait pas juinze jours, pour obtenir le succès de l'administration )Ontiheale. On peut voir, dans le bullaire romain, les onstitutions Quod in omni vitâ , de Paul V, le 2o juin 606 ; Spiritus Domini, de Grégoire XV , le :26 mars 1620; Eternis rerum , d'Urbain VIII , le 22 octobre 1623. Ce ubilé était dans la forme des prières solennelles des Quaante-Heures : il n'y avait aussi que quinze jours pour le gagner.

11 est inutile de citer les bulles qu'ont données les aures Papes pour le même objet, lors de leur élévation sur a chaire de saint Pierre. Pie VI ayant été élu au comuenceiueiit de l'année 1776 , se contenta de publier le ubile séculaire , et n'en donna point de particulier pour on élection, lie VII et Léon XII n'en ont point donné son plus : le premier à cause des guerres de l'Italie, qui 1e lui permirent même pas de publier celui de 1800; et e second , parce qu'il était trop près de l'année sainte, "le VIII et Grégoire XVI ont accordé cette faveur. Paul V indiqua un jubilé universel, le 12 juin 1617,

1 Continuateur de Flcury , t. 31 , p. 499.

pour obtenir la cessation des maux dont l'Eglise était affligée : il accordait aux fidèles et aux confesseurs des privilèges particuliers touchant la juridiction , les censures et les vœux.

Urbain VIII publia un semblable jubilé pour les mêmes fins, le 12 novembre 1629, et accoida pareillement de grands privilèges aux confesseurs, en faveur des fidèles qui voudraient en profiter. Il prorogea le même jubilé l'année suivante , pour remercier Dieu d'avoir fait cesser une partie des fléaux dont on avait demandé à être délivré : il y eut encore deux autres prorogations, d'abord pour trois mois , puis pour deux mois [Const 109 et 111).

Clément XI accorda aussi deux jubilés extraordinaires, l'un en 1706, qui regardait spécialeiwent la France, et avait pour fin d'obtenir la paix entre les princes chrétiens, l'autre en 1715, pour faire échouer, par la protection divine, les projets hostiles et l'appareil formidable des Turcs contre la république de Venise.

Le cardinal Caprara , légat à latere, publia au nom du saint Père, le 9 avril 1802 , une indulgence plénière en forme de jubilé , qu'on pouvait gagner pendant trente jours , et cela pour remercier Dieu du rétablissement de la religion catholique en France après la révolution. Les peuples s'ébranlèrent de toutes parts : on les vit s'empresser de jouir de la faveur qui leur était offerte , et les nouveaux pasteurs recueillirent de grandes consolations dsttié leurs pénibles travaux.

Grégoire XVI a aussi accordé une indulgence plénière <?n forme de jubilé, avec plusieurs privilèges, par Lettres apostoliques du 22 février 1842, pour obtenir la paix des églises en Espagne.

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