‹ Traité du bégaiement et des moyens de le guérirChapitre 11 sur 23 · MARCHE, DURÉE, TERMINAISON · texte numérisé non relu

MARCHE, DURÉE, TERMINAISON

Le bégaiement peut exister d’une manière continue ou intermitt ente. Il y a des bèguesqui parlent constamment mal, quelles que soientles circonstances au milieu desquelles ils se trouvent. Il y en a d’autres au contraire qui parlent bien dans certains instants, et qui, dans d’autres, on ne sait souvent pour quelles raisons, s’expriment avec une difficulté plus ou moins grande. Cette dernière espèce est le bégaiement intermittent. Quelquefois le retour de la difficulté de la parole est déterminé par un certain nombre de circonstances qui peuvent également exagérer momentanément le bésaiement continu, circonstances qui peuvent augmenter le bégaiement continu , ou déterminer la reproduction du bégaiement intermittent. En nous occupant de l’étiologie, nous avons exposé ces circonstances ; je les rappellerai ici sommairement. Ge sont toutes les émotions morales, les sensations vives, le plaisir, le chagrin, la colère, l'amour, la frayeur , les passions exaltées, la présence d’un public nombreux, la pensée de l’infériorité que l’on a dans une discussion, la conversation avec des hommes éminents, qui, comme on dit, en imposent; l'ivresse, et bien d’autres ; une course précipitée, des exercices violents ; un état de maladie, agissent souvent dans le même sens.

Le bégaiement est une affection tellement singulière, et tellement capricieuse qu’elle échappe en quelque sorte , à une description dans laquelle on voudrait faire rentrer tous les cas qui ont été observés. Chacun d’eux a en quelquesorte une physionomie propre etune expression symptomatique particulière, qui fait que le bégaiement d’unindividu ne ressemble pas exactement à celui detel autre, ce qui rend impossible toute statisti-

que à cet égard. Il est un fait partieulier que je vais citer pour démontrer tout ce que cette affection offre de singulier, c’est que les mêmes causes que nous venons de voir reproduire le bégaiement intermittent ou augmenter celui qui est continu, peuvent, dans d’autres circonstances, ou chez d’autres bègues, faire disparaître momentanément la difficulté de parler; on voit alors ceux qui sont sous l'influence de ces émotions, de ces passions et de ces sensations, s'exprimer avec une facilité qui étonne ceux qui les connaissent , puis retomber ensuite et parler aussi mal qu'auparavant.

Le même bègue peut présenter des différences assez grandes d’un moment à l’autre dans sa difficulté de parler ; elle varie sous le rapport de son intensité comme sous celui de son expression symptomatique, sans que rien puisse expliquer ces singulières variations.

Le bégaiement est une affection qui dure souvent toute la vie; mais assez fréquemment aussi on le voit diminuer et même s’'éteindre complétement avec les progrès de l’âge. Lorsque | cela arrive, l’époque de la vie à laquelle il disparaît est assez variable ; chez quelques-uns, c’est à l’époque de la puberté ; ce fait esttoutefois assez rare, et la difficulté de la paroleaugmente plutôt à cet âge, au lieu de diminuer. De 15 à 30 ans, le bégaiement est en général au maximum. C’est à partir de ce dernier âge, lorsque la fougue de la jeunesse commence à se passer et que les idées sont plus calmes, qu’on le voit tendre à disparaître, et diminuer quelquefois progressivement jusqu’à cesser même à peu près complétement ; ons’aperçoit cependant presque toujours, à uue certaine hésitation, de la difficulté de parler dont ont été affectées ces personnes à une autre époque de leur vie, dans un assez grand nombre de cas ; et, comme je l’ai dit, le bégaiement ne cesse jamais.

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