‹ Traité du bégaiement et des moyens de le guérirChapitre 13 sur 23 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Il est évident, et je n’aurais même pas eu besoin de le dire, que le bégaiement est une affection qui ne compromet en aucune manière la santé et la vie des personnes qui en sont affectées. Quant à prévoir sa curabilité, c’est une chose bien difficile, qu’on ne peut souvent décider que par l'application d’une ou plusieurs méthodes de traitement, et qui exige, chez la personne qu’on veut guérir, la réunion d’un certain nombre de qualités morales dont j'aurai bientôt occasion de m'occuper. Je ne puis donc rien établir relativement à la curabilité ou l’incurabilité de cette affection, je dirai seulement ici d’une manière générale, qu’il y a malheureusement

quelques cas qui sont tout-à-fait incurables , et nous verrons plus loin lesquels.

DE L'INFLUENCE DU BÉGAIEMENT SUR LE MORAL DES INDIVIDUS QUI EN SONT AFFECTÉS.

Avant d'exposer lés traitements divers qu’on a successivement conseillés contre le bégaiement , et celui que je regarde commele plus convenable, je dois traiter cette question que je juge comme très-importante , et qui est loin d’être indifférente pour la guérison de cette affection. Examinons-la avec soin.

L'influence dont je veux parler est réelle, incontestable, et ue s'exerce pas toujours de la même mamière. Voici, à cet égard, les pricipaux cas qui peuvent se présenter.

Chez un certain nombre de sujets, dont. l'intelligence est médiocrement développée et qui ne sont pas placés dans une sphère sociale un peu élevée, le bégaiement n’exerce aucune influence. De tels individus ne paraissent pas quelquefois

mèmese douter qu'ils bégaient. Pour eux c’est une habitude tellement enracinée qu’ils se croient dans un état normal, et qu'ils ne peuvent s’imaginer qu’elle les fasse remarquer, car 1ls n’y pensent pas eux-mêmes. Si de tels individus sont des ouyriers, des artisans, ils exercent l’état qu’ils préfèrent, et ne s’inquiètentien aucune manière de leur difficulté de parler. S'ils sont plus élevés dans la société, ils choisissent une carrière dans laquelle ils n’aient pas besoin de parler, ils se font artistes, s’ils ont la vocation, ils travaillent dans des bureaux, des administrations, etc., etc., et mènent doucement leur vie. Chez d’autres individus dont l'intelligence est vive, dévelop- /pée, et qui appartiennent à une classe plus élevée de la société, il n’en est plus de même; et surtout s'ils sont impressionnables, leur malheureuseaffection exerce une influence fâcheuse et souvent déplorable sur toute leur vie. Au collége ils sont le jouet, la risée de leurs camarades, ce qui détermine quelquefois chez eux un changement dans le caractère. Ils deviennent sombres, taciturnes, mélancoliques. Ces enfants sont craintifs, timides, ils craignent de parler, ils évitent de causer avec leurs camarades. Leurs maïtres les négligent, parce qu'ils ne peuvent répondre à leurs questions, et à moins d’une vive intelligence, et d’une grande aptitude au travail, ils ne font presque rien. Sortis du collége, de nouvelles difficultés se présentent : ils ont conservé une grande timidité, de la défiance d'eux-mêmes, circonstances qui, loin de diminuer leur difficulté de parler, tendent au contraire à l’augmenter; ils fuyent la société, ou s’ils y vont, évitent d’y parler. Le choix d’une carrière est une grave affaire pour eux et pour leurs parents, et pour peu que leur bégaiement soit un peu prononcé, ils sont obligés de renoncer aux carrières libérales, où ils auraient pu déployer leur intelligence, pour en embrasser une secondaire, ou biert ils vont cacher dans quelques bureaux leur malheureux vice de langage. | Tous ne sont pas de même. Quelques bègues aussi vifs peut-

être et aussi intelligents qne ceux‘ dont je viens de parler, s’identifient tellement avec leur défaut, qu’ils finissent par l'oublier complétement. Il n’exerce alors aucune influence sur leur vie, sur leur caractère, leurs habitudes, et tout au plus s’ils s’en aperçoivent, lorsque quelques moqueries accueillent leurs paroles. Il est toutefois des circonstances dans leur vie qui sont pour eux un écueil, et où 1ls ont quelquefois d’amères déceptions par les échecs qu’ils éprouvent, mais une fois qu'ils ont atteint leur but, et que cette époqueest passée, ils oublient plus que jamais leur vice de parole, à moins toutefois qu’il ne vienne mettre un obstacle à leur avancement dans la carrière qu’ils ont choisie ou à leur entrée dans une nouvelle,

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