CHAPITRE IV
TERALTEMENT DU BÉGAKEMENT.
Dès l’antiquité la plus reculée il a été question du bégaiement et des moyens de le guérir. Qni ne connaît l’histoire de Démosthènes, et quel est le bègue qui n’a peut-être essayé le moyen vulgaire à l’aide duquel on dit qu’il a fait disparaître son infirmité. Gependant il règne encore une assez grande incertitude sur la cure de cette affection, et les tentatives nombreuses et répétées qu’on a faites depuis l’orateur athénien jusqu’à nos jours, n’ont abouti qu’à laisser dans la science deux méthodes, qui datent encore de peu d’années, et à l’aide desquelles cependant on a guéri quelques bègues.
Avant d'examiner ces tentatives et ces méthodes, on peut établir que de tous temps des individus affectés de bégaiement sont parvenus à se guérir eux-mêmes. Ces guérisons ont été en général obtenues sous l’influence de certaines conditions morales que présentaient de telles personnes, et les moyens qu’ils avaient imaginés pour les opérer n’avaient jamais été constitués en modes de traitements, ou si l’on veut en meéthodes, et étendus ainsi à un certain nombre de bègues. Ges conditions morales dont je viens de parler, et sur lesquelles je m’étendrai plus loin, sont les suivantes : un caractère décidé, une volonté forte et persévérante, le désir et le besoin de faire disparaître le vice de la parole pour se faire un nom, une carrière, une fortune. Sans la réunion de ces trois conditions générales, je ne pense pas qu'aucune personne ait pu se guérir elle-même. Bien plus, je suis porté à penser que les
méthodes préconisées contre le bégaiement n’eussent point réussi sans elles, dans les cas où elles ont été suivies de succès.
De quelle manière les personnes dont je parlais tout à l'heure sont-elles parvenues à se guérir elles-mêmes ? Quels moyens, quels procédés ont-elles employés pour y arriver ? Nous sommes loin de pouvoir répondre à cette question; car parmi ces personnes, les unes n'ont employé ces procédés que pour elles, et il est probable que la plupart eussent été très-embarrassées, s’il eût fallu exposer de quelle manière elles avaient obtenu ce résultat. Les autres l’ont transmis par tradition, et la plupart de ces traditions se sont perdues ; voici celles qui nous restent, et on verra que plusieurs des personnes qui se sont occupées de la cure du bésaiement en ont tiré un parti avantageux.
Les moyens que la tradition ancienne et moderne nous enseigne avoir réussi, sont les suivants,
Plusieurs individus se sont guéris en ralentissant beaucoup leur manière de parler, en parlant plus lentement si l’on veut.
D’autres ont employé la déclamation.
D’autres Le chant et la parole en mesure.
Ces moyens, exigeaient de la partde ceux qui lesemployaient, les conditions morales dont j'ai parlé, et sur lesquelles je dois revenir. | |
Quelques exemples, choisis parmi un grand nombre, prouveront ce que je viens d’avancer. D’après Plutarque, il est incontestable que c’est à ses nombreux exercices de déclamation, bien plutôt qu'aux cailloux qu’il mettait dans sa bouche, que Démosthènes dut la guérison de son bépaiement, et qu'il eut besoin pour cela de faire de nombreux et pénibles efforts. Je ne règarde pas cependant les cailloux qu’il mettait dans la bouche comme lui ayant été inutiles ; il est probable qu'ils ont
servi à mettre un obstacle à la rapidité de la parole et à le
faire prononcer beaucoup moins vite.
Un jeune avocat, dont M Dupuytren dirigeait Le traitement,
s’astreignit à parler pendant lonytemps dans un ton analogue aux récitatifs de nos opéras ; il parvint bientôt à s’énoncer plus clairement qu’il n’osait l’espérer.
M. Thénard m’a raconté qu’en 1812 il avait eu un secrétaire, qui vit encore maintenant et habite la province, qui s’était guéri lui.même du bégaiement, 10 ansauparavant (1802), en s’exercant à parler en chantant et en marquant la mesure.
Je connais particulièrement un jeune chanteur, fort distingué, qui est affligé d’un bégaiement assez fort, sur lequel Ja méthode de M. Colombat a complétement échoué. Il à débuté sur notre première scène lyrique, et chante maintenant ayec grand succès en Angleterre, sans éprouver jamais la moindre hésitation, tandis qu’il bégaie beaucoup dans la conversation particulière.
De tels exemples pourraient être pan nl id et tous reconnaissent pour origine ce fait bien connu, que l’on ne bégaie pas en chantant ; on peut même en conclure que la plupart de ceux qui sesont guéris eux-mêmes, l’ont fait en modulant lépérement leur voix eten marquant la mesure. Ces exemples toutefois sont rares, et il a fallu aux bègues qui ont réussi une volonté bien ferme et ue persévérance bien grande pour arriver là.
Ces faits étant bien compris du lecteur, nous examinerons de la manière suivante les moyens divers qu’on a successivement préconisé contre le bégaiement. Dans une première partie nous exposerons un certain nombre de méthodesquine sont pas généralement employées, ou que nous pensons ne pas devoir rester dans la science. En terminant cet exposé, nous parlerons incidemment et le plus brièvement possible de la section des muscles génio-glosses.
- Dansune seconde partie, nous exposerons les deux métho-
dés connués, qui, dans l’état actuel de la science, et avant qu’il eut été question de la méthode Jourdañt, étaient employées pour guérir les bègues.
Enfin, dans une troisième et dernière partie, nous examinerons la méthode Jourdant, et les raisons qui doivent engager la plupart des médecins à lui donner la préférence.