‹ Traité du bégaiement et des moyens de le guérirChapitre 5 sur 23 · DE LA VOIX SIMPLE · texte numérisé non relu

DE LA VOIX SIMPLE

‘ L'étude de la formation de la voix et de son mécanisme

a engendré un certain nonbre de théories, ingénieuses pour la plupart et présentant presque toujours quelques points vrais. Avant d’exposer les principales de ces théories , nous devons établir quelles sont les conditions nécessaires pour la production de la voix.

Pour bien comprendre ces conditions, et pour les établir avec quelque certitude , on doit examiner quelqu'un qui force sa voix, un chanteur par exemple , et on peut constater ce que MM. Richerand et Bérard ont bien exprimé dans leur Physiologie :

« Du moment où l’on se dispose à produire un son , on fait «une inspiration brusque et assez forte , de telle sorte qu’en « voyant cette inspiration on peut deviner qu’une personne va

«parler; alors l’air est chassé de la poitrine par uneexpiration « active, circonstance qui la distingue de l’expiration ordinaire, « ce qui fait que l’action de parler finit par devenir fatigante.

Cette condition est en effet la première et la plus importante: il est incontestable que tout son, quelque peu prolongé qu’il doive être , est toujours précédé d’une inspiration et qu'il ne peut s’accomplir que pendant l'expiration qui, comme on le voit, est indispensable à sa production. Ilest presque inutile d'ajouter que c’est à travers la glotte que cet air expiré doit passer pour produire le son.

La glotte, en raison des muscles qui font mouvoir directe-

ment ou indirectement les cordes vocales (inférieures) et les cartilages arythénoïdes, est susceptible d’éprouver des varia. tions dans sa forme, sa largeur et sa longueur. Les cordes vocales sont susceptibles d’être tendues ou relächées, et possèdent la propriété d’entrer en vibration. La possibilité de ces vibrations, souvent mise en doute, a été admise et démontrée par MM. Magendie, Malgaigne, et récemment par Muller. i

Voilà les trois conditions fondamentalement nécessaires pour la production de la voix. Examinons maintenant rapidement les principales théories qui en ont été données.

D'après Galien, on pourrait comparer le larynx à une flûte dont le tuyau seraït constitué par la trachée et dont la glotte serait l’embouchure.Cette théorie est trop évidemment fausse pour qu’il soit même besoin de la discuter ; car la trachée ou le tuyau précéderait l'embouchure au lieu de le suivre.

Fabrice d'Aquapendente cümpara aussi l'organe vocal à une flûte. Mais il eut soin de représenter le tuyau par toutes les parties qui s'étendent de la partie supérieure de la glotte à l'ouverture buccale.

Dodart crut voir dans l’organe vocal un cor. La glotte répondait aux lèvres du joueur, et le corps de l’instrument était re-

présenté par la partie qui s’étend de la glotte à la bouche. Dodart ne ünt pascompte, dans sa théorie, du raccourcissement et de l’allongement du conduit vocal qui résulte des mouvements d’ascension et d’abaissement du larynx. Cette théorie est maintenant oubliée. |

Ferrein compara les cordes vocales aux cordes d’un violon, les cartilages arythénoïdes aux chevilles capables de tendre ou de détendre les cordes, de manière à leur faire produire des sons aigus ou graves, et l’air passant sur les cordes vocales à un archet capable de les faire vibrer. Cette théorie contre laquelle on s’éleva avec une certaine force et à laquelle, dans un de nos meilleurs ouvrages de physiologie ( Richerand et Bérard), on reproche d’avoir comparé à des cordes vibrantes les ligaments glottiques qui ne sont nisecs, ni tendus, ni isolés, et de n’avoir tenu aucun compte des mouvements de l'organe vocal et des changements qui en résultent dans la trachéeartère, le pharynx et la bouche, n’est cependant pas aussi éloignée de la vérité qu’on a bien voulu le dire, et nous verrons plus bas, en exposant le résumé succinct des belles expériences de Muller,'que cette comparaison pourrait être justifiée sous plusieurs rapports.

Cuvier compara le larynx âàuneflüte; ae cette théorie leson est produit à l’instantoù l'air traverse la glotte. L’élévation du larynx qui s'effectue pour la production des sons aigus peut être assimilée à l’effet produit par les doigts qui bouchent les trous pour raccourcir le tuyau, et le rétrécissement successif de l’ouverture buccale à ce qui se prodnit quand on bouche progressivement l'extrémité d’untuyau à l’autrebout duquelon produit un son; c’est-à-dire que le son devient de plus en plus grave , et que, quand l’extrémité est tout-à-fait bouchée, il est à une octave plus bas que primitivement; enfin les fosses nasales pourraient être comparées aux trous les plus élevés de la flûte.

Avec ces donnéeson ne peut rendre compte de tous les tons

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possibles de la voix; Guvier cherchait alors à les expliquer endisant qu’ilexiste un certain nombre de tons fondamentaux en rapport avec la longueur et les divers changements du tuyau vocal; puis que ces tons fondamentaux étaient susceptibles d’étre harmonisés et de donner lieu à des tons intermédiaires aux premiers. Cela constitue une série d’hypothèses plus ou moins ingénieuses il est vrai, mais qui n’ont pour base aucune expérience. Parmi plusieurs objections faites à cette théorie,il en est une de M. Dutrochet à laquelle il était impossible de répondre : ce fut la suivante : si un ton aigu avait pour pénérateur un ton grave qui s’est harmonisé, le larynx devrait être dans les deux cas à la même hauteur; or il n’en est rien, ilest plus haut pour lestons aigus, plus bas pour les tons graves.

Les sons, d’après M. Dutrochet, sont produits par les cordes vocales qui entrent en vibration par suite de l’action et du passage de l’air. Les différences de tons sont produites par la tension différente des cordes vocales.

D’après MM. Biot et Magendie,on peut comparer le larynx à un instrument à anches; le son ou les vibrations des anches sont produites par la colonne d’air qui se brise contre elles pendant qu’elles s’éloignent et se rapprochent alternativement de manière à venir au contact soit de l’anche opposée, s’il y en a deux, comme dans le basson, soit du support de l’anche unique de la clarinette. Plusieurs objections peuvent être faites à cette théorie qui est séduisante : d’abord dans le larynx les anches ne sont libres que par un de leurs bords au lieu de l'être par trois; la tension et la dureté des cordes vocales varie à chaque instant, tandis qu’elles sont toujours les mêmes dans les anches ordinaires. L’épiglotte, selon M. Magendie, fait l’office des soupapes molles et mobiles de certains tuyaux d'orgue, dont l’inclinaison proportionnelle à l’intensité du courant d'air est destinée à modérer l’élévation du ton à mesure que le son prend dela force. M.Savart objecta à cette théorie,que les lèvres

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dés cordes vocalesne se touchent pas quandelles vibrent eomme celles des anches ordinaires et que le courant d’air n’était pointassez fort pourfaire vibrer les cordes vocales, qu’on pouvait comparer à des anches courtes et épaisses.

M. Savart compara le larynx à un appeau. Voici comment MM. Richerand et Bérard, dans leur Physiologie, exposent en peu de phrases la théorie ingénieuse de cet illustre savant « Qu'on imagine dit-il, un noyau de pêche percé sur a deux faces opposées : si on souffle par une des ouvertures, « l'air s'échappe par l’autre , entraînant une partie de l’air de « la caisse; le reste est plus raréfié , l'air extérieur yrentre , «et de ces courants résulte la formation de sons. Dans « l’homme les cordes vocales supérieures et inférieures sont les « deux ouvertures de l'appeau, et les ventricules du larynx re- « présentent l’intérieur de la caisse analogue à la cavité du « noyau de pêche. Le degré de force du courant d'air, si l’ap-

« peau est très-allongé, n’a que peu d'influence sur le change- « ment des sons; mais il en prend une considérable si le tuyau « est court. Les sons seront encore plus grandement modifiés si « l’on fait arriver à l'appeau l’air par un porte-vent à parois « molles, élastiques, ét pouvant varier dans ses diamètres trans- « verses: or C’est précisément ce que nous présente la trachée-ar- « tère. Si les parois de la caïsse sont molles etélastiques au lieu « d’être solides, elles détermineront encore des modifications « étendues dans le son. Si enfin à l’autre ouverture de l’ap- « peau on adapte un tuyau vocal dont les parois sont également « élastiques et susceptibles de différents degrés de resserre- « ment ou d’élargissement, on arrivera à produire des sons qui « pourront être variés à l'infini pour la force et pour le ton, et « dont la qualité sera d'autant meilleure qu'il y aura un rap- « port mieux calculé entre la caisse où le son s’engendre , le « tuyau vocal et le porte-vent.

Dans cette théorie on tient compte de l'influence du portevent, des cordes vocales, des ventricules du larynx, de la glotte

supériéure, toutes choses d tance avant lui. | cé |

Muller, dans sa Physiologie du système nerveux, a présenté l'exposé des nombreuses recherches qu’il a faites sur l’organe de la voix, et en voici le résumé en quelques mots:

« Des expériences faites sur le larynx artificiel à languettes « membraneuses et de celles sur le larynx humain lui-même, « dont les résultats s'accordent parfaitement ensemble quant « aux points essentiels, il suit que l’organe vocal de l’hommé «est une anche à deux lèvres membraneuses et élastiques.» C’est à peu près l’opinion de MM. Biot , Cagniard de Latour, Magendie, Malgaigne et même de Ferrein. Muller n’a trouvé aucune différence essentielle entre les‘sons de poitrine et ceux de fausset; ces derniers sont dus à des conditions particulières qu'il est inutile d'exposer ici. Nous adoptons, du reste, pleinement les Opiniohs de Muller, toutes basées sur des expériences et des faits précis.

Telles sont les seules notions que nous croyons devoir donner sur les causes de la production de la voix ou du son ; ce sont celles que nous pourrons avoir besoin d’'invoquer par la suite. Exposons maintenant nos remarques sur les ri dire qui accompagnent la production du son. |

Ün individu qui dort et qu’on vient à examiner pristnte une succession régulière et non interrompue , constituée par les phénomènes suivants: inspiration, dilatation!de la poitrine qui en est le résultat, puis expiration. Ces mouvements sont automatiques , il n’en a point conscience. L'air qui sort est doué d’une certaine force, car en approchant de la bouthe de cet individu qui dort, on sent son haleine, suivant l’expression vulgaire, ou bien en appliquant un miroir au-devant de la cavité buccale, on le voit se ternir. Nous avons supposé l’individu dormañt, parce qu’on peut examiner avec plus de soin cette série de phénomènes; mais la même chose a lieu exactement quand il est éveillé. Supposez maintenant que l’on fasse

produire un son vocal à cet individu; voici ce qu’on observe. Il commence par faire une inspiration à la suite de laquelle la poitrine se dilate ; il y a ensuite un temps d arrêt très-court, et qu’on ne remarquerait point si on n’y faisait attention; puis, au moment où l’expiration devrait commencer s’il n’y avait pas de son produit , ce son commence à sortir , et il continue ainsi jusqu'à ce que tout l’air qui aurait dû être expiré ait été employé à la formation du son ; alors, ou cet individu s’arrête, ou il fait une nouvelle inspiration pour commencer un nouveau son, et ainsi de suite. Notons deux faits importants dans ce que nous venons d’exposer: 1° le retour de la poitrine a son état normal , et son affaissement lent et suecessif à mesure que le son est énus; 2° l'emploi de l’air, qui aurait dü être expiré simplement, à la formation du son. Que ce soit l’air qui vibre en passant sur les cordes vocales, ou qui les fasse vibrer par son passage, cela est indifférent pour nous; mais ce que nous ne saurions trop faire remarquer, c’est que lorsqu'on parle l'expiration cesse d’être visible et qu’il n’y a plus de courant d’air (expiré) appréciable pour l’observateur; cet air s'épanouit en quelque sorte et rien n’annonce sa sortie , car il ne ternit plus la'glace ou bien n’y dépose qu’une très-légère couche d'humidité quand le son est prolongé, tandis que lorsqu’yne personne fait sortir l'air par une expiration même simple, cette glace est immédiatement couverte d’une couche notable d’humidité. Nous pensons avoir fait comprendre ce point délicat, qui non seulement avait été négligé jusqu'alors, mais encore dont il n’avait jamais été fait mention dans les travaux publiés sur la voix.

Pour mieux faire saisir notre pensée ; nous résumerons ainsi qu’il suit, et dans un langage moins scientifique, ce que nous venons de développer, en disant que dans la formation des sons, l’air qui vient d’être inspiré et qui dilate la poitrine, au lieu d’être expirésimplement, est ménagé et sort avec une lenteur plus grande, en rapport avec la durée et l'intensité de

ce son. Il est par conséquent employé en son pur et simple et nullement en souflle (air expiré), qui'cesse alors d’être appréciable. | |

Nous devons cependant faire observer que si, par une cause quelconque, et peut-être on pourrait la reproduireexpérimentalement, la quantité d’air qui sort des poumons était plus considérable qu’il ne fallait pour la formation des sons, ilne nuirait cependant en rien à cette formation qui se ferait tout aussi bien, et alors on pourrait constater la sortie d’air expiré simplement en même temps que du son, ou comme on dirait vulgairement, sortie simultanée de son et de souffle. Cette. supposition peut paraître ici inutile et même futile; maisil est loin d’en être ainsi. Nous la verrons tout à l'heure se réaliser dans la production du bégaiement ; aussi ne saurions-nous trop y insister.

Telle est la voix ou plutôt le son produit.Queile est la modification qu’il éprouve pour former la parole? c’est ce que nous allons examiner.

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