PRÉFACE
Pour être médecin on n’est pas dispense pour cela de faire une prélace ; c’est une fièvre épidémique a laquelle aucun auteur ne peut échapper. Paraît-il un pauvre ouvrage , on demande de suite s’il a une pré-
face ? si elle est longue et bien faite ? car, aujourd’hui, la préface : c’est l’ouvrage. Celui que nous livrons aujourdhui au public, n’est pas destiné aux maîtres de l’art; car, comme le dit M. Tavernier (de Paris) , ce serait leur rendre ce qu’ils nous ont prêté en partie : nous le destinons principalement à ces jeunes étudiants en médecine, pour la partie médicale ; a cette foule de jeunes collégiens et a leurs professeurs , pour ce qui a rapport aux fonctions du cerveau , à l’intelligence enfin. Les uns et les autres y puiseront de salutaires et vrais avis ; ils s’habitueront a ne reconnaître que ce qui peut s’expliquer sans avoir besoin de recourir constamment a ces tours de force. Tout entiers a leurs pénibles travaux, ils n’ont ni le moyen ni la facilité de connaître ce qui préside a la fonction de rintelligence.
Nous leur offrons notre ouvrage avec d’autant plus de confiance, que pour l’anatomie, ils y trouveront l’autorité des plus célèbres médecins ; pour la réfutation de l’araclmoïdite , l’autorité de M. Begin sera invoquée ; celle de MM. Serres et Flourens, pour les fonctions de l’intelligence,
etc., etc. ; pour le mode d’agir des médicaments , nous avons consulté l’excellente matière médicale de M. Barbier d’Amiens ; nous avons , pour l’anatomie pathologique et notre classification , en partie imité M. le professeur Andral de la faculté de Paris ; pour ce qui a rapport a l’étude des causes et des symptômes des maladies cérébrales , nous n’avons consulté personne que l’observation , qui trompe rarement.
Nous avons cru rendre aux jeunes élèves en médecine , un bien grand service , en leur expliquant le mode d’agir des causes des maladies cérébrales , et comment agissaient ces causes pour produire les symptômes des lésions du cerveau. Cependant, comme nous sommes les premiers qui osons entreprendre un ouvrage de cette nature , nous demandons a nos lecteurs de l’indulgence pour nos essais ; si, aidé des bons avis qu’ils voudront nous donner, nous sommes appelé un jour a le publier de nouveau , nous espérons que les erreurs d’explications physiologiques que nous y développons , seront rectifiées , car, qu’il nous soit permis de le dire en passant, le plan a tracer d’un
ouvrage de médecine, est ce qu’il y a de plus difficile.
Au chapitre des fonctions du cerveau, nous avons fait tous 110s efforts pour nous mettre a la portée des opinions de quelques célébrités médicales de ce siècle ; mais une chose qui nous affecte, est le mépris que nous vouent tous ces spiritualistes , qui nous désapprouvent ; pourtant, comme la vérité doit se faire jour partout , nous avons cru devoir l’aider, afin de pouvoir secouer le bandeau que lui ont fixé si fortement tous ces hommes qui se disent partisants de la morale, tandis qu’ils la méprisent; car la morale, c’est la science du bien , comme le dit M. Mallet , et on ne peut légitimement arriver au bien sans la connaissance du vrai. Pense-t-on que nos antagonistes soient ce qu’ils disent ? non, le mensonge et la fourberie sont le résultat de leur système fantastique.
En entreprenant ce Traité des maladies du cerveau , notre seul but , comme ou vient de le voir, n’a pas été de nous restreindre dans la description des lésions de cet organe purement matériel, et de placer sous la voûte du crâne tout un système d éco-
nomie animale , sans montrer par quels rapports, par quel jeu de libres, comme dit Mallebranche , s’opèrent et s’enchaînent les phénomènes de la pensée.
Depuis bien des siècles se sont agitées en sens contraire autour de la boîte crânienne les utopies des penseurs, toutes les ambitions de la philosophie : une chute complète a toujours été le résultat de leurs peines , il en sera toujours ainsi , toutes les fois qu’un système ne reposera que sur des données du raisonnement qui est toujours faux dans une pareille matière ; et la , disons-le hardiment et a l’honneur de la science d’observation , où les recherches des penseurs ont échoué , nous croyons qu’il faut l’interrogation du scalpel qui résout tout ou presque tout.
Revenons a notre préface , car nous voulons nous justifier d’un crime dont on ne manquera pas de nous accuser d’après la lecture de notre ouvrage ; nous convenons pourtant que nous avons tort de professer si hautement nos opinions de matérialiste ! nous ferions bien mieux d’ètre hypocrites , de publier enfin le contraire de ce que nous
pensons ; c’est la le seul moyen de réussir et de se rendre digne de cette masse de faux spiritualistes dont la conduite est ce qu’il y a de plus scandaleux.
Si nous demandons aux philosophes qu’est-ce qu’un matérialiste ? ils répondront 1° que c’est un homme qui ne croit a rien ; en cela ils se trompent , car il croit a la vie actuelle et tache de la prolonger ; 2° qui méprise la religion ; c’est faux : la religion, il l’approuve , il la regarde comme la hase de la vraie morale ; sa religion favorite , a lui , est dans son cœur, il est compatissant, humain, et partage les souffrances des malheureux ; 5° que c’est un être qui désenchante la vie de plusieurs milliers d’individus qui pleurent sur la terre; voila, nous l’espérons , un raisonnement faux s’il en fut jamais. Comment un seul être , parmi tant de milliers d’hommes , en élevant la voix pour attribuer tout a la matière , serait capable d’ébranler leur croyance ? croyance qu’on dit être innée; s’il en est ainsi, il faut donc qu’elle soit bien laible. Les philosophes, en adressant ce reproche aux matérialistes, attaquent leur système sans s’en
apercevoir. Qui a dit que l’observateur ne croyait pas à un avenir ? Qui a dit qu’un autre avenir nous attendait? Ce sont deux questions que nous défions aux philosophes de résoudre. Un matérialiste encore, est plaint par ses antagonistes comme un insensé , ils lui reprochent de renoncer a un bonheur futur, réel ; le matérialiste , nous pensons , est plus vrai , parce qu’il raisonne sur ce qu’il voit et comprend ; tandis que le philosophe, lui, est des plus ridicules, en ce sens, qu’il est toujours dans le champ des hypothèses d’oii il ne sort jamais : c’est , disent-ils, en un mot , un malheureux qui ne croit pas a Y cime. Ah! voila le grand mot lâché , spiritualistes ! hommes insensés, plus insensés cent fois que l’idiot qui se croit empereur : vous doutez donc de la puissance du créateur de toutes choses , pour croire qu’il soit besoin d’un principe divin pour que l’homme existe et acquiert de l’intelligence, et enfin pour revivre en lui après la mort du matériel! Admettez-vous pour la plante un principe de même nature? non, n’est-ce pas ? Eh bien ! vous êtes absurdes alors , et nous ne vous en disons pas davan-
tage. Maintenant nous le demandons a ceux qui ont réfléchi sur ce que nous venons de dire : quelle est la cause la plus susceptible de vérité?
Pour nous, chétif narrateur, cependant partisan de la science d’observation , fuyant la compagnie de tous ceux qui doutent de l’existence d’un maître absolu, nous pensons , que le cerveau volumineux que nous possédons , nous distingue seul des autres êtres ; qu’il est l’organe de l’intelligence , le créateur des facultés les plus nobles et des principes vitaux indispensables à l’entretien de la vie ; car, si par la section d’un nerf qui se rend a un organe, on empêche la distribution du fluide nerveux de s’y faire, la mort s’en empare : cette règle ne souffre pas d’exceptions.
Maintenant on ne peut révoquer en doute que l’exercice de la pensée ne soit liée a l’intégrité du cerveau , et que , lorsqu’il est lésé ou a subi une modification, toutes les fonctions, depuis l’absorption jusqu’à 1 intellect le plus parfait, sont troublées.
Si , a notre tour, nous donnons une définition d’un philosophe , nous dirons que
c’est un être qui a un cerveau autrement organisé qu’un matérialiste , et qui a beaucoup de religion , qu’il se doue gratuitement d’un principe divin qu’il appelle ame , parce que son cerveau seul lui fait occuper le plus haut degré de l’échelle des êtres , qu’il a un raisonnement riche de subtilité et de paroles fausses : il vous dira autant de fois que vous voudrez l’entendre , que Y ame est une colombe , une créature divine , un principe céleste, qui, après la mort, quitte le cerveau , tissu purement matériel, pour aller habiter les voûtes aériennes, ou une flamme invisible, vous entendez, qui se volatiliserait dans l’espace pour attendre le jour où Dieu lui commanderait d’aller a la recherche des objets dont elle s’est servie a son passage sur terre, afin d’être jugée suivant ses œuvres.
Cette préface n’est pas , a proprement parler, une préface , c’est une exposition sommaire des motifs qui nous ont déterminé à publier l’ouvrage que nous fesons paraître aujourd’hui, ou encore une supplique pour obtenir un peu de bienveillance a la lecture de bien des phrases souvent répétées ; ainsi
donc , ceux qui croyaient trouver ici une préface se sont trompés, et s’ils veulent nous comprendre , nous les engageons a nous lire plusieurs fois , s’ils en ont le courage.
Depuis l’impression de cette première partie de notre ouvrage , nous avons été frappé très vivement des défauts qu’elle renferme ; nous n’avons pas donné assez d’étendue a certains articles ; on aura parfois de la peine a nous comprendre , attendu qu’on ne rencontre souvent que les premiers linéaments de ce que nous avons voulu dire .
Nous sommes certains a l’avance que notre ouvrage sera moqué par tous ces Zoiles littéraires et médicales qui ne font rien que du charlatanisme , qui blâment â tort et a travers tout ce qu’on fait. Il est vrai aussi que leur qualité , qu’ils ne doivent qu’a la fortune qui les a favorisés , leur donne le droit de mépriser cette classe de médecins, leurs inférieurs , la plupart très honorables , mais malheureusement trop peu honorés , qui font connaître leur talent en public ! Cependant si on se rappelait ces vieilles et vraies sentences : que tout ce qui reluit nest
pas or y qu’à bon vin il n’est pas besoin (V enseigne ; que cest à l’ouvrage qu’on connaît l’ouvrier , ils seraient vus comme ils le méritent, et alors toutes les productions seraient accueillies avec bonté et jugées avec franchise ; mais non ! vous déchirer dans l’ombre , vous mépriser sous le voile de l’anonyme , voila comme ils savent
vous juger !
Notre style n’est pas brillant , nous le savons, si nous n’avons pas fait mieux, c’est qu’il nous a été impossible ; nous ne dirons donc pas ici comme un auteur de médecine : « Nous n’avons pas visé à l’élégance (lu (( style , nous ne nous sommes servi que )) des expressions qui ont rendu le plus nct- » tement notre pensée , et toutes fleurs de » rhétorique seraient un contre sens. »
De telles paroles sentent trop le collège , et puis, nous n’en connaissons plus de ces fleurs collégiales. Le désir que nous avons d être utile a la science, doit être pour nous le meilleur avocat possible.
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