INTRODUCTION
Le Cerveau , organe de l’intelligence , occupe la cavité du crâne dont les parois sont épaisses et résistantes ; leur protection est indispensable à l’harmonie de toutes les fonctions de l’e'conomie ; cependant toutes les fois qu’une cause extérieure agit avec force sur cette boîte osseuse , elle communique h toute la masse pulpeuse une secousse , une commotion, dont les suites sont toujours dangereuses. Il est à remarquer que , toutes les lésions produites par les causes qui sont placées hors de nous , sont plus susceptibles de guérisons que celles dues aux causes qui ont leur point de départ dans notre organisation ; en ce sens , que les premières peuvent le plus souvent ctre évitées et combattues avec succès , tandis que les secondes , agissant et existant toujours depuis long temps , doivent se
montrer plus rebelles aux moyens qu’on leur oppose.
Pour un bon observateur, la distinction d escauses en extérieures et en intérieures est facile. Nous pensons que , dans toutes celles qui ont leur siège hors de nous, on remarque toujours que le cerveau soumis à leur inlluence se congestionne plus facilement; tandis qu’aucontraire, le propre de l’influence de celles qui sont intérieures modifient l’innervation et le moral ; cependant des congestions ont aussi très souvent lieu ; il est bien facile de reconnaître la justesse de ce que nous avançons, en jetant un coup d’œil sur les personnes à constitutions nerveuse et débile, en un mot sur ces malheureux affectés de maladies chroniques des principaux viscères ; l’état de souffrance dans lequel se trouvent leurs organes , envoie au cerveau des impressions qui en troublent les fonctions, à chaque moment , ces excitations morbides sont perçues, et toutes les autres fonctions de l’économie souffrent, languissent: le cerveau reçoit encore de nouveau ces impressions insolites , c’est alors que toute la machine est ébranlée , que les désordres de l’intelligence se font remarquer et réclament l’éloignement de l'homme, de la société des autres hommes.
Etudier les causes qui développent les nombreuses maladies cérébrales, expliquer le mode d’agir de chacune d’elles , afin d’établir un bon mode de traitement, c’est entreprendre une tache
bien ardue , et rendre un grand service à l’art de guérir , car qu’il nous soit permis de le dire en passant, tout en décrivant très au long, toutes les nombreuses causes des maladies cérébrales , les auteurs qui s’en sont occupés ont toujours omis d’expliquer la manière dont elles modifient et troublent les fonctions du cerveau, et comment elles pouvaient le désorganiser ; c’était pourtant de cette manière qu’il fallait s’y prendre, afin d’être compris et de ne pas faire marcher la science des maladies de cet organe à reculons. Tous ont bien décrit des causes morbides cérébrales, intérieures, mais aucun d’eux n’a dit qu’ elles agissaient autrement que les extérieures , c est ce qui existe cependant ; cette division des causes des maladies cérébrales en extérieures et intérieures, est de la plus grande utilité pour établir un bon traitement; les unes demanderont le traitement antiphlogistique et les autres le repousseront. Dans le chapitre qui sera consacré à l’étude des nombreuses causes des maladies cérébrales , nous aurons soin de les placer d’après leur ordre de fréquence.
Nous comprendrons sous le nom générique de maladies cérébrales , toutes les lésions du cerveau, soit aigues, chroniques, soit inflammatoires , ou non, ou mieux soit qu’elles dépendent d’une lésion d innervation ou de circulation, soit enfin qu’elles résultent d’une lésion de nutrition ou de sécrétion; nous emploierons donc indistinctement les mots
phlogose , inflammation , pour designer la cércbriie ou la maladie du cerveau.
L’étude des symptômes a été suivant nous trop négligée , mal faite , ils ont été décrits avec trop de confusion , pour qu’il ne reste pas à celui qui voudra les observer, de quoi à redire; ce qu’on a généralement omis dans leur étude est la cause de leur apparition ; on s’est contenté de dire que dans telle maladie, on observait tels symptômes donnés ; jamais on est remonté à leur source ; en procédant de cette manière vicieuse on a souvent pris pour symptômes d’une maladie , ceux qui ne lui appartenaient pas du tout. Ce n’est pourtant que d’après leur connaissance exacte qu’ou peut espérer de créer une bonne méthode de traitement : si on ne connaît pas bien la cause de leur apparition , il est impossible de pouvoir s’entendre sur les moyens à opposer à une maladie cérébrale 5 car , suivant le dégré d’intensité de la maladie, ces indicateurs varieront. Dans l’étude des symptômes , on ne tient pas assez compte du tempérament et de l’idiosyncrasie de chaque individu ; en arrivant au lit du malade on ne cherche pas assez à s’enquérir de sa constitution et on ne tache pas de démêler ce qui dépend de la maladie , ce qui est habituel chez l’individu. Dans le chapitre consacré à l’étude des symptômes propres à chaque appareil , nous aurons soin d’insister sur cette remarque; nous n’oublierons pas , non plus , de faire connaître que tous
les symptômes dûs aux causes extérieures , seront des lésions d’abord de circulation , d’innervation , de secre'tion et plus tard de nutrition , tandis que ceux des causes intérieures appartiendront presque toujours primitivement à des lésions d’innervation, ensuite à des le'sions de nutrition, de sécrétion, rarement à des lésions de circulation , comme on pourrait le croire.
Loin de nous la pensée d’avoir l’idée de faire revivre la médecine des symptômes ; cependant nous dirons que le plus souvent c’est la seule rationnelle. A quelles lésions devra-t-on les rapporter? C’est ce que nous essayerons plus loin d’expliquer ; pour le moment , il suffit de savoir que la médecine des symptômes d’une maladie , obtient bien moins de succès que celle de leurs causes déterminantes , en ce qu’il est bien plus simple de modifier les dérangements et les viciations primitives de nos fonctions , que de rendre des parties désorganisées à leur état normal. Nous nous abstenons d’entrer dans de plus grands détails sur l’importance des symptômes des affections cérébrales , attendu que plus loin nous devons y consacrer un long chapitre , l’agent qui les a provoqués peut ne plus exister depuis bien longtemps , et eux ne pas cesser de se montrer ; ceci est. très-commun.
Quant au diagnostic , il se tirera de l’étude des causeset des symptômes des affections du cerveau ;
il se tirera encore des sympathies qui se montrent dans ces sortes de maladies sur tous les points de 1’économie. Qu’il nous soit permis de dire en passant que le cerveau tenant soussa dépendance toutes nos fonctions, lorsqu’il vient à s’irriter, elles se troublent et se pervertissent; les impressions qu’il reçoit sont insolites ; il en résulte un e'tat de malaise et de souffrances générales.
Pour le pronostic , on devra avoir égard encore bien davantage à cette distinction de causes en internes et externes ; de leur connaissance peut résulter un jugement exact seulement, de la maladie cérébrale. Bien certainement lorsqu’elle sera dûe à des impressions insolites internes, le pronostic ne sera pas aussi favorable que lorsqu’elle dépendra des agents extérieurs.
Le traitement des maladies cérébrales sera basé sur la connaissance des causes , des symptômes , et sur le genre de lésion qui prédomine. Si c’est la lésion de circulation, le traitement serasimple à suivre.
En passant, nous devons dire que la lésion sthénique de ce système donne lieu aussi à un ensemble de symptômes tout-à-fait caractéristiques qui sont la rougeur , le gonflement , la chaleur et la douleur. Malheureusement il ne nous est pas donné de pouvoir saisir ces différents signes dans le cerveau , la boîte osseuse nous voile ce qui s’y passe, mais aussi, la connaissance des symptômes secondaires que cette lésion provoque , nous porte à penser que
tout se passe comme à l’extérieur ; l'ouverture du crâne vient eu partie dissiper tous les doutes qui pourraient exister, en nous montrant la rougeur et le gonflement , les deux seuls signes qui persistent après la mort. Quant à la douleur et. à la chaleur , comme elles ne sont compatibles qu’avec la vie , elles ne peuvent exister.
Si la lésion de nutrition existe seule , ce qui est. plus rare, le traitement variera suivant qu’il y aura hypertrophie, atrophie, ramollissement, induration , ulcération ; si c’est, la lésion de sécrétion ou d’exalation , suivant qu’il y aura épanchement de sang ou de sérosité, il variera encore. Pour les lésions de l’innervation que malheureusement on ne rencontre que trop souvent, il y aura de grandes précautions à prendre pour le traitement à suivre ; à l’occasion des lésions de l’innervation , nous croyons pouvoir avancer, non d’après le raisonnement qui est souvent faux en médecine, mais bien d’après l’observation qui ne trompe jamais : que la plupart des lésions qu’on a regardées comme progrès à l’arachnoïde , n’était que des lésions de l’innervation qui précèdent toujours depuis long-temps celles du cerveau ou de la pie-mère qui le recouvre. Pour prouver la justesse de ce que nous avançons , nous allons rappeler quelques symptômes qu on regarde comme étant les symptômes primitifs de 1 cira chnoicl iie ; la plupart de ceux qui ont décrit les maladies de cette membrane, placent en
première ligne, l’exaltation des sens et des facultés intellectuelles , plus tard , leurs désordres ; bien certainement ils ont pris là des symptômes d’une lésion de l’innervation , pour des symptômes d’une lésion de la circulation ; si dans cette première période le malade succombe , on ne trouve aucune trace de désorganisation , ce qui ne serait certainement pas , si l’arachnoïde était irritée , ne fut-ce même que depuis quelques instants.
De cette funeste habitude d’attribuer tous ces symptômes d’exaltation des sens et de l’intelligence à une maladie de l’arachnoïde , est résulté bien souvent un insuccès du traitement employé pour se rendre maître d’une lésion qui n’existe pas. On a vu, dit-on, des désorganisations de l’arachnoïde, pour le moment nous ne nions rien , mais plus tard nous ferons voir qu’on a mal vu : toujours est-il qu’en attribuant à l’arachnoïde ce qui n'appartient qu’à l’innervation désordonnée , les médecins ont rendu un bien mauvais service à l’art de guérir. Nous dirons mieux , nous croyons qu’ils ont été plus souvent nuisibles qu’utiles, surtout quand on sait que dans toutes les prétendues névroses, les saignées sont funestes et produisent des secousses convulsives dont on ne se rend pas facilement maître. Nous savons bien qu’on va nous dire qu’à la suite des exaltations des fonctions cérébrales, et sans leur avoir opposé de traitement, le cerveau a été trouve à la mort congestionné : que diverses dé-
sorganisations y ont été remarquées ; à cela nous répondrons , que le cerveau , à la suite du trouble de ses fonctions dû à tant de causes, finit comme les autres viscères par se désorganiser: et que c’est prendre l’effet pour la cause
Depuis que l’anatomie pathologique éclaire de son flambeau l’art de guérir, nous sommes étonnés que les maladies du cerveau soient encore environnées de tant d’obscurités , ce qui ne peut certainement dépendre que de la mauvaise manière de procéder des observateurs qui veulent tout rallier à leur système et faire plier la nature devant lui; nous ne prendrons pour exemple que les plaques albumineuses ou gélatineuses qu’à la suite d’une prétendue arachnoïdite, on rencontre à la base du cerveau; quoi déplus simple que l’explication de la présence de cette matière, est-il besoinpour en rendre compte, d’admettre une maladie de cette membrane? non sans doute, puisqu’on sait que sous 1 influence d une irritation cérébrale , comme dans tous les autres organes , une plus grande quantité de liquide aqueux est sécrétée par la séreuse encéphalique , la fonction sécrétoire est à son summum d intensité , tandis que la fonction absorbante est quelquefois au-dessous de son état normal. Ce liquide séjournant plus long-temps dans la cavité arachnoidale, finit cependant par être absorbé; la vitalité de ces petits absorbants s’affaiblit de plus en plus : le liquide peut s’épaissir, et forme
ces
nappes membraneuses qui sont étendues sur la séreuse cérébrale , et rarement sur celle crânienne. Leur présence s’explique par un symptôme de lésion de circulation , le gonflement. Ce qui justifie notre raisonnement, c’est que ce produit de sécrétion se rencontre le plus souvent à la base du cerveau , et si on en trouve , comme on le dit, à sa face supérieure , c’est dans les lames du tissu cellulaire qui unit la membrane séreuse à la vasculaire encéphalique. Lorsque ces produits, que les auteurs appellent purulents, mais qu’il faudrait mieux appeler albumineux par défaut d’absorption , ne se rencontrent pas, on est bien certain de trouver la séreuse très sèche : la cause de cette sécheresse ne peut être due qu’à une suppression de l’exhalation naturelle, suite du gonflement de la masse cérébrale qui bouche et comprime les vaisseaux sécréteurs comme les absorbants Qu’on ne nous accuse pas d’accorder trop de confiance à tous les symptômes des causes mécaniques, car il nous serait plus agréable de pouvoir les expliquer autrement : mais la vérité s’y refuse, et force nous est donc de suivre la route qui nous paraît la plus directe.
Quelquefois la position cadavérique colore certaines parties du cerveau, et c’est toujours celles qui sont les plus déclives : on ne tient pas assez compte de cette injection bypostatique, d’où il résulte qu’on prend pour la suite d’une inflammation,
ce qui n ’est que le résultat de la stase cadavérique; toutes les causes qui empêchent le retour du sang du cerveau vers le cœur , peuvent encore en imposer, elles sont très- nombreuses : plus loin nous les décrirons avec beaucoup de détails ; pour le moment il nous a suffi de dire qu’il y en avait plusieurs.
Dans les sciences médicales comme dans toutes les autres , les deux extrêmes se touchent quelquefois: bien des auteurs n’accordent pas assez de confiance à certaines colorations qu’ils regardent tantôt comme coïncidant avec l’état naturel , et tantôt comme étant dues à la position du cadavre. Une pareille Iégéreté de la part du médecin dans l’examen, est on ne peut plus blâmable. Pour apporter l’importance vraie et non exagérée à l’état de l’organe cérébral après la mort, on doit se rappeler quelle a été la durée de la maladie , quelles sont les causes qui lui ont donné naissance , et quels ont été les symptômes et leur degré d’intensité; d’après cette connaissance exacte, on arrivera bien facilement à faire la part de la maladie et de la position cadavérique.
Le coup-d’œil général que nous venons de jeter sur les causes des maladies cérébrales , leurs symptômes, le diagnostic et le pronostic, le traitement et les caractères anatomiques, est pour faire connaître à l’avance, la marche que nous suivrons dans le cours de cet ouvrage.