‹ Traité du cerveau, de ses fonctions, des causes, des symptômes, du diagnostic, du prognostic, et du traitement de ses maladies, etcChapitre 27 sur 28 · DÉMENCE · texte numérisé non relu

DÉMENCE

- 5° La démence , ce 4e degré d’une lésion de l’innervation, sera par nous définie: une atonie du cerveau due à la pénurie ou à la diminution du principe vital nécessaire à l’accomplissement des fonctions cérébrales ; les fonctions végétatives peuvent s'exécuter convenablement , car le plus souvent les seules sensations que l’individu en démence puisse encore percevoir, sont relatives aux aliments. L’attention est absolument nulle chez lui , puisqu’il n’est impressionné par aucune sensation ayant trait aux facultés intellectuelles ou animales; si parfois quelques fonctions morales paraissent devoir être accomplies , elles s’éteignent aussitôt , plusieurs sc succèdent sans jamais pouvoir être exécutées; parfois encore il paraît quelques idées , mais elles sont sans suite, bizarres , preuve que l’homme ne peut rien juger ni comparer.

Les cerveaux de ces individus ont une analogie des plus frappantes avec ceux d’un enfant et d’un vieillard ; chez le premier, d’un côté, l’organisation cérébrale n’est pas encore complètement achevée

pour que le fluide vital soit fourni en assez grande quantité pour être employé aux fonctions intellectuelles ; de l’autre , celui qui est secrete , est dépensé en entier par l’énergie des autres fonctions qui travaillent avec force à la nutrition et au développement de toutes les parties du corps.

Chez le vieillard, le centre vivifiant, fatigué du travail qu’il a eu à effectuer pendant long-temps , a usé toute son activité et toute son énergie , sa tâche est terminée , si on peut ainsi s’exprimer, et on conçoit que cet état peut bien être rapproché de celui d’un homme en démence.

Lorsque la démence est le résultat de diverses causes qui ont agi d’une manière directe sur le cerveau , comme les chagrins, la frayeur, etc,, on remarque quelquefois une mobilité extraordinaire dans les traits de la face : les mouvements sont continus ainsi que la versatilité , quoique sans suite dans les paroles. Ici les impressions laissent sur le cerveau affaibli, dos traces sans ordre , confuses, de là, ce babil ennuyeux et ce mouvement perpétuel des traits de la face et des membres.

Lorsqu’au contraire, la démence est l’effet de l’âge chez les personnes très nerveuses ou qui ont dépensé trop énergiquement la somme de vie qui leur était assignée par leur organisation , la face, reprend presque tous les traits qui caractérisent l’enfance ; on ne remarque plus aucune expression dans la physionomie ; tous les actes qu il exécute

rappellent de plus en plus cet âge heureux que chacun de nous regrette , parce qu’ alors aucune passion ne vient troubler ces jours si beaux.

Quelque soit la cause primitive, déterminante de symptôme , c’est toujours le manque d éneigie du centre cérébral , du principe vital qui nous en explique l’apparition , ce symptôme peut être regardé avec raison comme une paralysie cérébrale , puisqu’il annonce une paralysie plus ou moins complète du cerveau.

Nous regrettons bien vivement que le plan de notre ouvrage nous empêche de traiter de cet autre symptôme , de X idiotie enfin , que nous définirons : i° un défaut de développement des facultés intellectuelles ; 2° l’absence de tout ce qui caractérise l’homme moral et intellectuel ; 3° la possibilité pourtant , de vivre d’une façon végétative et automatique ; mais comme il dépend le plus souvent d’une lésion de la forme du cerveau , nous renvoyons le lecteur au paragraphe où nous aAons dû nous en occuper.

6° Le somnambulisme ne sera par nous placé au rang des lésions de l’innervation , qu’autant qu’il se répétera souvent; nous le définirons donc un état du cerveau qui permet a 1 homme , sans cessti de dormir, de se lever, marcher, et de résoudre de difficiles problèmes. Ici nous ne devons nous occuper que de. chercher la cause de cette vcdlt locale de certains points du cerveau et son mode d’agir

pour la production de ces symptômes , car nous n’ajoutons pas foi à ces histoires des somnambules, à cette foule de détails merveilleux, enfantés par la ruse ou rapportés par des hommes qui les ont observés d’une façon peu rigoureuse.

C’est ici qu’il est essentiel de se rappeler le système de la localisation des facultés cérébrales, attendu que dans le somnambulisme comme dans les rêves ou les songes , toutes les facultés cérébrales ne sont pas accomplies , ou pour mieux dire , ne sont pas éveillées. On sait , car nous l’avons déjà dit bien des fois, i° que la partie antérieure du cerveau paraît tenir sous sa dépendance les fonctions intellectuelles ; 2° que les parties latérales et postérieures sont le siège de nombreuses passions et des divers penchants naturels. Supposons un instant qu’il y ait lésion de l’innervation d’une des parties du cerveau , nécessairement la fonction qui lui correspond devra être surexcitée , et sera cause que l’individu aura le cerveau partiellement éveillé.

Cette explication , quelque courte qu’elle paraisse , démontre clairement que , si le somnambulisme s’accomplit à l’insu de l’individu , c’est que les points du centre cérébral affectés aux fonctions de juger et de raisonner, sont quelquefois dans un état d’inaction, comme étant plongés dans le sommeil , état qui les empêche d’avoir conscience des actes qu’accomplissent les portions cérébrales éveillées.

Ce que nous avançons est d’autant plus vrai que si on éveille l’individu pendant qu’il agit, il accueillera avec incrédulité le produit de son travail nocturne , car on sait qu’il est des poctes qui ont achevé dans cet état une pièce de vers qu’ils n’avaient pu finir dans l’état de veille ; preuve encore qu’il n’a pas conscience de sa position, c’est qu’il est défendu d’arrêter les accès en éveillant l’individu, lorsqu’il se trouve dans une situation dangereuse, sur un toit, au bord d’une fenêtre ou d’une rivière. Tous nos lecteurs connaissent l’histoire de ce somnambule qui traversait une rivière à la nage : ses amis eurent l’imprudence de l’éveiller en l’appelant par son nom , il fut tellement épouvanté qu’il se noya.

7° 1 .es convulsions. Comme nous nous somincs déjà occupés plusieurs fois de ce symptôme , nous dirons seulement ici qu’elles sont ducs à une lésion de l’innervation qui est distribuée avec profusion sur certains points du corps accessibles à nos yeux, car on donne le nom de spasmes à la contraction morbide des plans musculaires de la vie végétative , on a nommé éclampsie les convulsions qui ont lieu chez les enfants à l’époque de la dentition , et chez les femmes , vers la fin de la grossesse ; chez ces dernières , la cause doit en être trouvée dans la surexcitation du cerveau à cette époque de la grossesse ; chez les enfants qui ont la tête volumineuse, les facultés intellectuelles hâtives et qui sont d’une

mobilité extraordinaire , on en trouvera la cause aussi dans l’énergie cérébrale d’où découle une plus forte somme de fluide électro-animal.

Nous n’en dirons pas davantage ici de ce symptôme dû à une lésion primitive de l’innervation, car nous nous [sommes étendus assez longuement lorsque nous avons traité d’une lésion de la circulation, soit en plus , soit en moins , c’est-à-dire que dans le premier cas , c’est l’abondance du sang qui leur donne naissance , tandis que dans le second , comme il y a moins de sang pour faire équilibre au système cérébral, ce dernier devient prédominant et s'exalte. Ce que nous avançons ici se rencontre très souvent pendant ou après une saignée, parce qu’alors le fluide sanguin cesse de faire équilibre au fluide nerveux.

8° Les crampes sont une preuve évidente d’une surabondante quantité de fluide électro-animal qui est envoyé à plusieurs muscles du corps , d’où résulte une contraction subite , passagère et involontaire de ces memes muscles ; lorsque les crampes surviennent aux doigts et sans cause connue * comme on le dit , on trouve l’explication de leur apparition dans la grande irritabilité du système nerveux qui fournit à tous les muscles plus de fluide vital qu’ils n’en ont besoin ; il est envoyé à ces organes par saccades et avec une promptitude surprenante. Le lluidc vital est tellement bien la cause de l’apparition de ces symptômes, qu’une personne

très nerveuse et qui y est très exposée , s’en met à l’abri en serrant les membres avec une jarretière , de façon que la marche du fluide vital soit entravée.

9° La catalepsie est un symptôme qui démontre d’une manière bien positive , une lésion du fluide vital annoncée par la privation du sentiment et du mouvement, une abolition des fonctions sensitives et intellectuelles , le ralentissement du pouls et de la respiration , d’où résulte nécessairement une diminution de la chaleur animale ; d après 1 exposé des symptômes qui annoncent cette lésion de 1 innervation , il est facile de reconnaître que toutes les parties de la machine jouissent d’une faible énergie dont la cause est la diminution du fluide électro-animal. Tous les points du corps ont leur somme de principe vital tellement diminuée , que les membres prennent toutes les attitudes que leur permettent et les lois de la mécanique et leur structure anatomique.

La lésion de l’innervation , en moins , est si bien la cause de la facilité qu’ont les membres de conserver la position qu’on leur donne , que si l’accès surprend l’individu lorsqu’il riait ou pleurait, pendant qu’il dure il a l’air de rire et de pleurer encore; ce qui s’explique par l’impossibilité dans laquelle sont les muscles antagonistes de ceux qui donnent naissance à ces actes de pouvoir effacer les traits qui les caractérisent. Nous défions qu’on réfute

cette explication. M. Petetin, de Lyon, raconte une histoire de la catalepsie hystérique que nous regarderons comme une fable qui ressemble à celles des magnétiseurs : ainsi donc , nous n’y ajouterons pas foi puisqu’il rapporte que les sens de la vue, de l’ouïe , du goût , de l’odorat , du toucher , étaient transportés à l’extrémité des doigts , des orteils ou au creux de l’estomac. Il paraît que si en appliquant un doigt sur le creux de l’estomac on fesait une question mentale , elle y répondait de suite !!!

io° Le tétanos sera par nous divisé en tétanos primitif et en tétanos consécutif ; le premier, qui sera aussi appelé idiopathique , est le plus commun; le second qui est une suite des blessures , est ainsi appelé , parce qu’il se déclare parfois un mois ou plus , après l’accident. Ce symptôme consiste toujours dans une raideur ou dans une immobilité du tronc et des membres , et il annonce une perversion dans la sécrétion du fluide électro-animal qui est fourni en trop grande abondance à toutes les parties où on remarque une raideur tétanique. Puisqu’on sait que l'anatomie pathologique fournit peu de lumières sur la nature du tétanos , il faudra donc qu’on adopte nos explications et les lésions vitales que nous lui assignons , que nous avons déduites de l’étude des causes et de l’observation clinique.

ii° L 'hystérie, symptôme que nous regardons comme étant dû à une lésion de l’innervation ,

peut être provoqué sympathiquement par l’utérus et notamment par les nombreux plexus qu’on rencontre dans l’abdomen : ce qui prouve que cette partie des organes génitaux n’en est pas le siège exclusif, c’est qu’on la observée chez des hommes. Nous dirons donc ici que c’est un état du cerveau qui distribue avec profusion à tous les points du corps, une plus grande somme de vie, d’où naissent les nombreux signes qui la caractérisent. Après l’accès, le malade est dans un abattement extrême , sa vie paraît dépensée , il est obligé de la recouvrer par le repos. Chez le cataleptique , au contraire , après l’accès où bien certainement la vitalité n’a pas été prodiguée , il est gai , sans fatigue le plus souvent ; il y a exaltation de l’esprit , des sens , etc.

12° La chorée, appelée danse saint*Guy , parce qu’en Allemagne les personnes qui étaient atteintes de cette affection bizarre , allaient danser nuit et jour dans la chapelle Saint-Guy, pour s’en guérir. Nous définirons ce symptôme : une lésion de l’innervation qui met les membres frappés de celte perturbation vitale , dans l’impossibilité de remplir leurs fonctions d’une manière régulière. On remarque dans ce symptôme un mélange de paralysie et de convulsions ; les muscles extenseurs semblent être ceux atteints de convulsions, tandis que les fléchisseurs seraient comme frappés de paralysie , à un faible degré il est vrai ; car si l’individu veut marcher, il traîne la jambe comme si elle était paraly-

sec , la main n’cxécute que des mouvements involontaires et insolites ; et lorsqu’il veut boire , sa main ne peut être portée à sa bouche sans que plusieurs contractions involontaires et ridicules l’en éloignent. Nous voyons donc encore ici la lésion du lluide vital nous rendre compte de l’apparition de ce symptôme , bien que dans le même organe il soit en plus ou en moins en même temps.

Nous croyons qu’il est inutile de décrire les symptômes qu’on pourrait observer du côté des autres appareils organiques dans les lésions de l’innervation , attendu qu’ils ne sont que secondaires et que nous en avons précédemment déjà décrit plusieurs.

Nous terminons cette première partie de notre ouvrage par le chapitre des symptômes des maladies cérébrales , l’autre partie commencera par l’étude de leur diagnostic et pronostic.

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