‹ Traité du cerveau, de ses fonctions, des causes, des symptômes, du diagnostic, du prognostic, et du traitement de ses maladies, etcChapitre 26 sur 28 · MANIE · texte numérisé non relu

MANIE

4Ü La manie, ce troisième degré d’une lésion de l’innervation , qu’on pourrait définir une exagération universelle de toutes les affections et passions de l’individu , est caractérisée par un délire général , des sensations et des idées rapides , confuses , sans suite , le plus souvent avec exaltation , agitation, accompagnées de menaces, de chants, de supplication et de fureur : la sensibilité est pervertie , l’attention ne peut être arrêtée un instant sur un objet, elle passe avec promptitude à un autre ; les idées sont on ne peut plus originales et bizarres. Nous ne nous occuperons pas des différents degrés de la manie.

L’individu atteint de manie , offre souvent à rire au vulgaire sans pitié , parce que dans une conversation qui paraît d’abord assez sensée , il va parler de sa fortune, de sa famille, de sa puissance , de

sa misère , de ses chevaux, du ciel, de sa cave, etc., et cela dans un instant. Cette mobilité des ide'es est une grande preuve de la fausseté des impressions sensitives et des facultés qui en dépendent. Cette exubérance d’idées disparates chez les maniaques , dépend d’une perversion , d’un trouble dans la fonction sécrétoire du fluide électro-animal , qui donne aux différents points du cerveau une susceptibilité tout-à-fait morbide et exaltée ; car, lorsque les impressions extérieures ou intérieures font sensations sur le cerveau, il en résulte la production d’une foule d’idées plus ou moins incohérentes, d’où nous pouvons conclure que l’imagination du maniaque est lésée, ainsique son jugement , ou du moins paraît l'être, puisque les actes sont conséquents aux idées qu’il témoigne, c’est-à-dire qu’il ne marche pas lorsqu’il croit avoir les membres cassés, ou se refuse de manger lorsqu’il croit les aliments empoisonnés, etc. On voit ici que les conséquences déduites par son imagination troublée , sont raisonnables à ses yeux et ne leur obéit que parce qu’il croit à leur réalité. Le maniaque est donc le jouet des sensations qui résultent des nombreuses impressions qui l’assiègent. Pour nous résumer, nous dirons que les différentes parties du cerveau doivent infailliblement être surexcitées a un très haut degré pour qu’il en découle d aussi fausses et d aussi promptes sensations; que cette exagération vitale de tous les points du cerveau ne peut leur

venir que d’une augmentation de la somme ordinairc du fluide innervatif , sans lequel elles ne pourraient remplir aucune des fonctions nobles qui sont confiées à chacune d’elles. Nous n’en dirons pas davantage ici sur l’apparition de ce symptôme, attendu qu’on s en rend aisément compte.

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