TRAITEMENT
Les
grandes épidémies , les grandes contagions, ont toujours ete 1 écueil de la médecine. La cause q 11 pese a ois sur les hommes est trop puissante;
«lie se joue de leur résistance, et ils ne parrienlient a en triompher ou à en atténuer les effets qu avec le temps , la science , et les efforts de populations nombreuses. ^
Le choiera ne fait pas exception à cette rèffle. Les remedes les plus divers lui ont été opposés; presque tous ont été trouvés tour à tour inutiles et impuissans. Ce serait presque faire le dénom-
rement de toute la matière médicale, que d’énumerer les moyens employés contre cette maladie.
Kien ne prouve mieux que cette thérapeutique a ete incertaine, infidèle, capricieuse. Qu’on se rappelle ce qu était le traitement des fièvres intermittentes avant la découverte de la propriété fébiifuge du quinquina. Sur chaque malade on essayait toutes sortes de moyens. On consultait les symptômes, les causes occasionelles , les forces , les habitudes. En un mot , on n’avait pour se guider que des indications fugitives , peu sûres. Car , là où le spécifique manque, il faut rentrer dans les généralités. C’est ce que nous voyons dans le choiera, l/n spécifique pareil au quinquina n’est pas trouvé, et nous sommes rejetés sur le terrain de la médecine des symptômes. Il faut avoir présent à l’esprit l’excellent aphorisme de Hufeland ;
Généralisez la maladie , individualisez le malade.
Pour généraliser la maladie, il faut considérer quelles sont les indications capitales à remplir dans une affection où l’on ne peut attaquer le mal dans son principe. Or, il est certain que le phénomène le plus menaçant du choiera est ce trouble apporté a la circulation. Il faut donc se hâter de remédier à ce désordre ; et les plus utiles moyens sont sans contredit d’une part les révulsions appliquées sur la peau, et la saignée. Le système nerveux paraît I
aussi affecté dans le choiera, et l’on a pu se flatter <jue l’opium triompherait de cet effet; mais il s’est montré trop infidèle pourtju on y place une grande confiance. Ce sont la les points les plus urgens , rappeler la chaleur et le sang à la périphérie, et soulaprle gros vaisseau et les organes internes opprimés par la concentration du san»-. ^
Voilà l’indication principale. Mais il y en a une foule d’autres fort importantes. C’est là qu’il faut individualiser. Alors, tantôt l’opium, tantôt l’éther etles excitans diffusibles, tantôt les sangsues, tantôt les potions anti-vomitives, l’eau de Seîtz le vin de Champagne, tantôt les excitans à l’intérieur,
1 huile de cajeput, l’alcohol, etc. , seront mis en usage avec utilité. Car il y a des évacuations à arrêter, des crampes à faire cesser, des forces à relever des sueurs à provoquer , la soif à étancher. Kien de tout ce que nous venons de dire ne constitue un spécifique, mais nul doute que l’emploi judicieux de ces divers moyens, leur combinaison appropriée aux différences individuelles l’insistance particulière sur l’un d’eux, ne sauvent un grand nombre de victimes. Sans doute, là où l’impression morbifique aura été trop puissante , où la const. ut.on détériorée n’offrira aucune ressource , le malade succombera; car nous n’avons pas un mede qui comme le quinquina, attaque le choiera corps a corps et dans son essence\ nous ne pouvons cornbattre que des symptômes , atténuer
que soit le choiera , cependant la nature n’ist oas complètement impuissante à le guérir ainsi rmp •ont prétendu quelque, n,édecf„rT Madras,
9û. seulemenUontmorts (.cinquième). On Irouvé auss. dans pins, eu, -s auteurs des exe.n .les de oès gueiisons .spontanées.
Ren,a,q„ons en outre que, plus on commence pro.nptement le tra.temeni , plus les chances de succès sont grandes. C’est de cette manière qu’on s exphque pourquoi la mortalité des lumitaux milita.res est mo.ndre que celle des hôpitaux civils. Ces soldats sont conduits dans les hôpitaux aux prem.ers symptômes qu’ils olîrent, tandis que les malades qu. appartiennent au civil ne viennent souvent chercher du secoui-s que lorsque le mal a déjà lait do grands pro<crès.
Les médecins qui ont eu à traiter le choiera ' ont tourne leur attention sur 'des indications dit'lerentes, suivant que tel ou tel symptôme a paru piedominant; et, guidés par ces points de vue, ils ont mis leur confiance principale dans tel ou tel médicament. C’est là ce qui a fait les différentes méthodes de traiter le choiera. Exposer la série des remèdes employés contre cette affection, ce serait se perdre dans un dédale, et jeter la plus grande confusion sur cette matière. Mais la distinction des méthodes nous permettra d’exposer avec simplicité et clarté ce qui a été fait dans la thérapeutique du choiera. On verra par là le point qui a frappé particulièrement le médecin, l’indication qu’il a eu le dessein de remplir; et ehacun sera en état de juger s il faut imiter son exemple ou modifier ses préceptes. Ces diverses méthodes ont beaucoup de points par lesquels elles se confondent; mais nous les caractérisez’onspar ce qu’elles ont de plus saillant,
Méthode antiphlogistique employée conjointement avec C opium et Le calomel.
Celte méthode est celle de la plupart des Anglais. M. Annesley indique les moyens suivons :
Saignée générale, plus ou moins abondante selon les forces du malade, son tempérament, l’époque avancée de la maladie. Plus elle est faite près du début du choiera , plus les effets sont avantageux. Si l’on peut la pratiquer dans le premier stade, avant que la circulation ait cessé au poignet, on sauvera 9 malades sur 10. Lorsque le sang, qui cou lait avec peine et qui était d’une couleur foncée, se met à couler librement et devient plus rouo-e^ on doit voir dans ce phénomène un augure trèsfavorable. On est souvent obligé, pour faire couler le sang, d’exercer desfriclions sur le bras, et de le tremper dans l’eau chaude.
M. Annesley condamne l’opium à hautes doses, mais il 1 associe le plus souvent au calomel, ainsi qu’il suit :
Calomel gr. xx.
Opium gr. ij.
On revient à ce moyen toutes les deux ou trois heures, suivant l’elTet qu’il a produit. M. 4nnesey pense que le calomel a la propriété de chancrer la nature de cette matière particulière au choiera que fournissent les intestins; et il pense que tant que la médication n’en a pas modifié les caractères , on n’a fait aucun progrès dans la cure du malade.
En môme temps il prescrivait la potion suivante : ^
Mixture camphrée , une once et demie;
Amoniaque liquide, trente-cinq gouttes;
î>irop d éther sulfurique , deux gros. — Mêlez.
Chaque dix ou douze minulcs on en prend une cuilleree à bouche.
Pour agir sur la peau , M. Annesley ordonne des frictions avec une llanelle sèche, les embrocations avec 1 huile de thérébentine , les sinapismes plutôt que les vésicatoires, parce que ces derniers agissent plus lentement; il accorde peu de confiance aux bains chauds.
Voici, au reste, comment il traitait les malades qui arrivaient à Chôpital de Madras. Aussitôt après leur entrée, une saignée, vingt grains de calomel et deux glains d’opium , frictions sur tout le corps avec la flanelle chaude ; embrocations avec riiuile de thérebenline , bouteilles chaudes aux pieds et aux mains. Si l’effet de ces moyens était avantageux , on revenait a 1 administration du calomel et de l’opium ; le malade pouvait être considéré comme sauvé. On administrait le lendemain un purgatif de calomel et d’aloës , et la convalescence commençait.
Mais si la saignée n’avait point eu un bon effet, si une chaleur brfilante se faisait sentir à l’ombilic, si la peau était froide, couverte d’une sueur froide, le pouls insensible, etc., on appliquait vingt ou trente sangsues sur le ventre. On renouvelait les frictions, et l’on prescrivait une nouvelle dose de calomel et d’opium. Quand les sangsues prennent bien , c’cst un bon signe, il faut les laisser tomber ; mais quelquefois elles prennent sans sucer; il faut les retirer, et l’on applique un sinapisme sur les piqûres.
Ce sont là les principaux élémens du traitement anglo-indien du choiera. Un peu plus, un peu moins de calomel en font toutes les variations.
2® Méthode anglaise modifiée.
En arrivant en Russie et en Allemagne, ce traitement s’est modifié ; le changement consiste dans un emploi beaucoup moins fréquent de l’opitun et du calomel, dans radmiiiistratioii plus active des bnins d’eau chaude ou de vapeur.
11 peut se résiiuier ainsi :
On commence par saigner le malade , et la quantité de sang à tirer se règle sur le temps qui s’est écoulé depuis le début de la maladie, d’après le pouls et la constitution du malade ; si le médecin est appelé tard, que le pouls ne soit plus sensible, et que le corps soit roide et froid, il faut d’abord faire frotter vigoureusement le malade avec des substances spiritueuses et aromatiques, lui faire prendre une infusion de mélisse ou de menthe ; et si ces moyens ne réussissent pas, on le met dans un bain où on continue à le frotter avec de la laine. Dès que le pouls, se relève un peu , on saigne le malade, même dans le bain.
Apres la saignée , on frictionne le malade avec des spiritueux, surtout le ventre et les extrémités.
I On continue ces frictions jusqu’à ce que le visage et
1 les bras se réchauffent; et si les pied;s restent î froids , on y applique des bouteilles chaudes.
' Quand on a réussi a réchaulfer le malade ,ou cesse ' d entretenir autour de lui des corps chauds , car I tout cela le gêne; on cesse également l’infusion chaude , et on lui donne quelque boisson froide et acidulée.
fout en frictionnant le malade, on lui applique, es sinapismes aux mollets. Si le malade vomit
beaucoup, on lui en met un sur la région épigastrique. * °
Après la saignée quand le corps se réchauffe
on donne une d&oction de racine de salen avec une m.xture d ac.de sulfurique , de teinture d’oplum et de sucre.
De cinq à quinze gouttes de teinture d'opium pour SIX onces de décoction de salep, et un scrupule a demi -once d'acide sulfurique.
bi le malade continue à beaucoup vomir malgré Je sinapisme sur l’épigastre, on met en ce point quelques sangsues. ^
Quant à la diarrhée, elle cesse ordinairement delle-meme; mais si elle affaiblit beaucoup le malade, on prescrira un lavement d’amidon avec cinq a quinze gouttes de teinture d’opium.
Un des symptômes qui tourmentent le plus les malades, c est la soif; aussi, dès que les évacuations alvines changent de nature, on peut supprimer les infusions, qui dégoûtent promptement les malades, et leur laisser boire de l’eau fraîche. Un morceau de glace que les malades laissent fondre dans leur bouche leur est fort agréable.
5“ Méthode rafraîchissante.
( Docteur Gotlheîl de Murawaa-Goslin. )
« Quitter la méthode irritante et diaphorétique usitee généralement, pour passer à la méthode rafraîchissante, ce paraît être une témérité. Si l’on réfléchit que la première est loin d’être heureuse dans ses résultats, on verra qu un pareil changement est chose permise, et je n’ai pas. hésité à'^le laire , n ayant pas etc content des résultats que m’a donnés la méthode irritante à Rogasen (duché de Posen). On est parti du principe que la nature est tout-a-lait passive dans le choiera , et l’on se trompe. Pour moi , toute l’indication est de seconder la nature dans ses eflorls pour ranimer la
imiqueuse intestinale, et, ce qui remplit le mien^ ce sont les sels rafraîchissans et l’eau froide. J’ai donc traité les malades, de concert avec mon ami Michalsen, d’après les simples moyens qui suivent ;
^ Sulfate de magnésie § j.
Carbonate de magnésie 5 j.
Emulsion de semence de pavot blanc. § vj.
Teinture d’opium 9 13.
Sirop simple 5 j.
« Toutes les heures ou toutes les deux heures une cuillerée à bouche. Le malade vomit rarement cette potion. Si cela arrive , on en donne une nouvelle cuillerée , qui ordinairement est gardée. Pour boisson, on prescrit l’eau froide j et des sinapismes sont appliqués sur les mains, les mollets et le ventre; quelquefois on pose des sangsues à l’épigastre.
O Par cette méthode , nous avons guéri au moins 60 malades qui étaient atteints du choiera exquis, et il reste, comme fait incontestable , que la méthode rafraîchissante est applicable aussi dans le choiera. »
4° Méthode diaphorétique et excitante.
Traitement employé par le docteur Romberg de Berlin , dans un hôpital , pour le choiera.
Immédiatement après leur entrée, les malades sont mis ckns un bain de 3o degrés Réaumur, aiguise par6 onces d’acide (acide muriatique et acide nitrique aa 5 üj ). Pendant les dix ou quinze minutes qu ils restent dans le bain , les extrémités, le os e as-ventre et la poitrine sont doucement Irottes par deux infirmiers; puis les malades sont enveloppes d une couverture de laine, et trans-- P rtesdans un ht. Deux sinapismes activés par
la teinture de cantharides, sont placés , l’un sur eptgastre, autre entre les deux épaules. Po"r tntit tenir p us long-temps la chaleur qui a été co,n.nun.quee au malade par le bain, et qui ,e dissipe comme dans nn corps inerte, et en même
ba3i’°'"’ P';'»» et les muscles, un
vapeur est donné au malade sous ses couvertures de laine. Puis on change les couver! ures humides, et, tout en évitant soignen.sement
des extrémités intérieures avec l’essence d’an-^éliqiie composée ; le meilleur moyen est de se sm vir de flanelle pour ces frictions. Elles sont très-an-réables au malade , et il faut les renouveler fréqSem-
Les moyens intérieurs sont dilFérens, suivant i état des malades. Si les évacuations durent et surtout SI elles sont violentes, M. RoiubergVait piendre la potion de Rivière, une cuillerée toutes es heures ; et s’il y a une grande prostration , il prescrit lo ou i 5 g. de tiquoris ammonii succinici, toutes les demi-heures ou toutes les heures, dans une infusion de menthe. Si la diarrliée prédomine, il ordonne l’acide muriatique.
Eau de fontaine 5 ij..
Acide muriatique 3
Gomme arabique , sirop ordinaire. . aa § j.
Toutes les deux heures une cuillerée à bouche. Quand la diarrhée et les vomissemens ont cessé, ou ne se montrent qu’à de longs intervalles, il em.ploie le camphre.
Eau de fontaine g ijj.
Camphre 5
Liq. amm. suce 5 ij.
Sirop ordinaire g j.
loutes les deux heures une cuillerée abouche-.
La conlîniiation de ce Irailement dépend du succès. Si dans trois ou quatre heures il n’y a point d’effet produit, il fait prendre un nouveau bain de vapeur; et si Je corps se refroidit encore , si Je pouls ne se relève pas, Je malade est remis dans Je bain chaud et acide ; l’on emploie de nouveau des rubélians actifs, on accroît aussi la dose de liqueur ammoniacale.
5“ Méthode où prédominent le bismuth et L’opium.
Remarque sur le irailemenl du choiera en Pologne, par le doclcur Goldberg de KalJsch.
« J’ai eu occasion d’observer cette maladie sous toutes les formes , m’étant trouvé médecin de l’hôpital militaire du choiera à Powazek , près de Varsovie , depuis le 28 juin jusqu’au 3o juillet, et ayant traité , dans cet intervalle , 864 malades, sur lesquels 2 14 sont morts. Envoyé plus tard dans la vaivodie de KaJisch, j’y ai traité encore des centaines de cholériques. A Powazek , mes malades étaient partagés en dix salles, ou plutôt baraques,
I et, dans chaque salle , je suivais un traitement dif- I lérent ; mais je vis bientôt que cette méthode était vicieuse; je commençai à individualiser le traite- ! ment, et ce fut avec succès. Dans la plupart des cas , cependant, j ai prescrit utilement le bismuth à petites doses , uni à l’opium. De 5i6 malades sur lesquels ce moyen a été employé, 84 seulement sont morts.
« Ma formule est :
Magist. bismuth. .
Opii puri
Sacchari albi. . .
« Faites six paquets, deux heures.
. . . gr. ij.
. . . gr. un quart.
• . . 3 fà.
en poudre, un toutes les
.Quand le vomissement et la diarrl.éc cd-daienl
I sans que la cba-
ieui se lit encore sentir, Je prescrivais :
Magist. bismuth irr vî
v^amphor gp
Sacchari albi g j.
« Six paquets , un toutes les deux heures.
« On fait pendant ce tenips-là des frictions conlinuelles sur les extrémités, avec de l ’alcohol chaud dans lequel on a fait bouillir de la moutarde. Je n ai vu aucun résultat utile de l’application des moxas. Des bains chauds, employés à temps , sont d un grand effet. Dès que le pouls commence à se faire sentir à la suite de la médication , c’est là Je moment favorable pour mettre le malade dans le bain. Employés plutôt, ils ont été constamment nuisibles. Quatre malades, mis dans le bain aussitôt après leur arrivée à l’hôpital , y sont morts en cinqà huit minutes, devant le docteur Antomarchi. 11 en arriva autant à plusieurs autres.
« Je prescris pour boisson une infusion de mélisse ou de menthe.
« Tel est le traitement que j’ai employé, et avec .succès, tanta Varsovie qu a K.alisch j mais souvent î ai dû le modifier, et j ai eu quelquefois recours aux saignées, plus souvent aux sangsues sur l’épigastre. » • ^
6° Méthode antispasmodique.
Au début du mal, infusion de tilleul et de sureau , ou meme un scrupule d’eau de laurier-cerise dans six onces d eau avec quinze ou vingt gouttes de teinture d opium , à prendre dans un jour. Une infusion de thé avec un peu de rhum a été aussi trouvée fort utile. Voilà pour le premier stade.
Quand la maladie parvint au second , M. Zachar^ médecin gallicien, employa avec un grand succès, et plusieurs autres médecins à son exemple , la prescription suivante :
% Tinct. ratanh. drachm. duas.
Aq. laur. ceras. drachm. unam.
Laud. liq. Syd. scrup, ununi.
Toutes les cinq, dix minutes 5, i5 gouttes.
On donne cette teinture dans une cuillerée d'une décoction de salep, ou deau de fleurs de sureau. Le vomissement et la diarrhée , sui'tout le premier, sont souvent arrêtés par là immédiatement , toujours apaisés en quelques heures, et l’on gagne ainsi du temps. Si la première dose est vomie, on en donne une autre. ’
; Ailleurs, on a eu recours à d’autres antispasmo-
I diques. On a prescrit avec succès la mixture de M
] Hope :
Acide nitrique , un gros.
Teinture d’opium, 4o gouttes. '
Mixture camphrée , une once.
Mais il arrive quelquefois que le camphre n’est pas supporte. Alors on a recours à l’infusion de serpentaire avec la liqueur d’Hoffmann , et quelquelois a une préparation très-usitée en Allemagne et qui se formule ainsi : ° ’
Infus. rad. serpentariœ ( une once de racine sur 8 onces d eau ).
Spir. nitrico-ætherei l
Pulv. gummi mimosæ
Une cuillerée à bouche toutes les heures.
‘“Wours la cl.a-
leur et les excitans extérieurs.
Quand la clialeiir el le pouls sont revenus , mais que les malades sont cruellement tourmenl^*s par des vomissemens convulsifs , riniile essentielle de camomille , dissoute dans réther sulfurique s’est
C est à cette méthode qu’il faut rapporter la pratique de M. Deville, médecin français, qui a eu beaucoup de succès dans les Indes-Orientales.
11 prescrivait 5o gouttes d’éther sulfurique dans un verre d’eau sucrée, à prendre d’heure en heure; quelquefois il y joignait l’opium.
7° Méthode par le froid.
Les Persans ont beaucoup employé cette méthode. Plusieurs médecins allemands l’ont essayée,, et l’ont louée. Voici une observation du docteur Casper, de Berlin, qui l’a plusieurs fois employée :
« L’ouvrier Jean John, âgé de 5i ans, vint le i8 novembre se présenter à l’hôpital. Avant mon arrivée , il fut saigné. A neuf heures. Je le trouvai dans l’état suivant : yeux vifs, visage à peine affaissé, peu livide; pouls mou, 96 pulsations; corpS' chaud. Le malade dit qu’il souffrait depuis huit jours de la diarrhée, <à laquelle les vomissemenS' s’étaient joints depuis la veille. La voix n’était pas,, à proprement parler , cholérique; il y avait deS' crampes dans les mollets. Les matières évacuéesavaient tous les caractères de la maladie. Le malade avait des bourdonriemens dans les oreilles, comme, presque tous les cholériques. La respira- ' lion était courte et peu profonde. Le cas paraissait : un choiera léger. On se contenta de prescrire des : embrocations chaudes sur l’abdornen.
« Mais à deux heures, tout avait empiré ; le ma- j lade portait le type du choiera le plus grave. Le .
I visage était affaissé , les yeux enfoncés , tournés en Laut. John n’avait plus sa connaissance, chose très-rare; il ne répondait que d’une voix sourde; la bouche n’avail que 21 degrés (Réauniur), le nez que 18. C’est, d’après mes expériences, la température ordinaire dans les choieras graves. Point de pouls aux extrémités , point de battemens de cœur perceptibles meme au stéthoscope, seulement frémissement des carotides. Les évacuations s’étaient arretées; les mains étaient plissées et bleues , et le malade ne sortait de son apathie que lorsque les crampes le tourmentaient. Enfin, une sueur abondante et chaude couvrait le tronc, ce qui est un des signes les plus défavorables.
« John fut mis dans un bain tiède, et on lui versa sur la tête, le dos et la poitrine, cinq sceaux d’eau froide, et, en outre , on lui vida sur le tronc, en forme de douche, huit grands pots d’eau froide.
! Ce moyen puissant ne produisit aucune réaction.
I Alors on le mit dans des couvertures de laine , et, tandis que les extrémités étaient couvertes de linges trempés dans un liquide très-chaud, on lui arrosait continuellement la tête et le tronc avec I de r eau à la glace.
« A huit heures du soir, un mieux très-sensi- ' ble s’était manifesté ; des vomissemens et des déjections énormes avaient eu lieu, et le pouls avait I recommence a se faire sentir., J^e malade était revenu a lui;, les bourdonnemens d’oreille, qu’il comparait au bruit d un marteau de forge , avaient presque cesse. La voix était redevenue distincte, quoique faible. Les douches froides furent continuées jusqu à onze heures.
« La nuit se passa tranquillement ; les vomissemens cessèrent, les selles changèrent de nature , et le pouls se releva si bien, que la conjonctive com-
mençant à rougir , je fis mettre douze sanes, front ; le corps était uniformément chaud
r»r»nr>nzi ottoÎi- j. / . , ’
quelque indication dans les cadavres vivans, qui , Irappes par le choiera asphyxiant , restent froids et sans pouls, dans un demi-sommeil, ce ne peut etre que de rétablir l'équilibre entre la circulation de la Peripherie et celle de l’intérieur, et d’enlever par un puissant excitant la congestion interne. Tout médecin a reconnu que les bains chauds ou de vapeur , que les îrritans, étaient bien insuffisans. L eau froide, est alors d’un grand secours. Je lais arroser le tronc des malades avec de l’eau ^ et jy joins, toutes les trois ou quatre heures, des douches également froides. Dans l’intervalle, des applications glacées sont faites sur la tête, la poitrine et le ventre, et je ne donne aux malades que de 1 eau froide à boire; en outre, des lavemens d eau froide avec le sel ou le vinaigre sont administrés. Cette médication doit être suivie avec persévérance. Si le pouls se relève, les affusions sont continuées avec de 1 eau tiede. Dans les cas graves, je ne fais plus pratiquer de saignées ; car cette operation n est qu un tourment de plus pour les
11 lesulte des observations de M, Gasper et de
celles de plusieurs autres médecins, que le froid est souvent utile, même dans les formes les plus dangereuses du choiera. Pour en retirer tout l’avantage que ce moyen peut fournir, il faut à la fois arroser le corps, en donner pour boisson, et la faire prendre en lavement.
8“ V omitifs.
II paraît singulier d’employer les émétiques dans une maladie qui , comme le choiera , a pour symptômes des vomissemens abondans. Cependant ils ont été essayés.
Plusieurs médecins de Bude ont employé l’ipécacuanha a dose vomitive, et la poudre de Dover à l’intérieur ; à l’extérieur des embrocations aromatiques , des frictions , des révulsions.
Mais ils recommandent (et là-dessus tous les médecins qui ont employé ce remède paraissent unanimes) de n’y avoir recours qu’au début de la maladie , et lorsqu il y a des signes de gastricité. Dans ces cas-la , il amoindrit la maladie , et donne au second stade un caractère particulier de bénignité.
Voici , au reste , la maniéré dont M. Draut , médecin de Vienne , a use de l’ipécacuanha :
« Au début, lorsqu il y a des symptômes gastriques, ou quand même, sans ces symptômes, les malades rapportent l’origiue de leur mal à un repas mal digéré, je prescris, tous les quarts-d’heure X, XV gr. de poudre d’ipécacuanha, jusqu’à ce que vomissement s’en suive. Quand le choiera n’a pas une grande intensité, il survient des évacuations critiques, et la guérison est opérée en 54 ou heures. J emploie encore ce moyen en l’absence meme des indications susdites, chez les sujets à constitution molle , à pléthore veineuse; mais, si
rien n’indique l’emploi de rip(!cacuanlia , fe donne un huiLieme ou un dciiii-grain de camphre toutes les demi-heures; ce imidicamenta l’avanta-^e (le soulager le pouls, de répandre de la chaleur sur le corps , et de favoriser la diaphorcse.
« ^uand la diarrhée cholérique s'établit le malade prend toutes les demi-heures une infusion de gr. de poudre dïpécacuanha dans six
(3nces de colature , avec addition de 6 , 12 gouttes de laudanum de Sydenham. En même temps, on
essaye, par tous les moyens, de réchauffer le malade.
«Si neanmoins la voix devient rauque, si les crampes et 1 anxiété précordiale augmentent, un sinapisme est placée sur Tépigastre. Ce moyen e(îhoue-t-il , j en viens à administrer le camphre a intervalles très-rapprochés ( un quart-d’heure , un demi-quart d’heure); j’augmente la dose, surtout si la maladie paraît s’approcher de son second stade. Le mapage soulage beaucoup les crampes. Les extrémités inférieures, quand elles se refroidissent, doivent être frottées avec des brosses trempees dans de l’alcohol camphré et chaud. Les sinapismes seront appliqués sur tout le lourdes jambes. Si les mains se refroidissent, si une sueur froide et visqueuse commence , on humecte le visage elles mains avec de l’alcoliol, et on les frotte comme les jambes; si l’intelligence se trouble, et qu en même temps les évacuations alvines se ralentissent, je fais frotter le derrière des oreilles et le dos avec 1 ammoniaque pure , réappliquer des. sinapismes sur le ventre , la poitrine et les jambes, et on ne les enlève que lorsque les malades se plaignent d une vive cuisson. Quelque peu d’évacuations alvines, semblables à de la bouillie , annonce, dans le troisième stade , une crise favorable ^
Oes vomîssemcns bilieux, des déjections bilieuses, ont, dans le second, la même signification. Alors, dans l’infusion de Tipécacuanba, je substitue au laudanum de Sydenham, l’iiydrochlorale d’ammoniaque (6, 2/| grains), et on en prend toutes les lieures deux cuillerées à bouche. Le camphre est continué , mais à des intervalles de deux à trois heures.
« Ce qui, d’après mon expérience, soulage le mieux la soif intolérable des cholériques^ c’est le jus de framboises avec de l’esprit de sel dulcifié, que l’on mêle à une décoction de salep. »
Le tartre stibié a été aussi mis en usage , mais non de la même manière. Le docteur Friese de Stallupoehncii (Prusse), n’ayant vu réussir ni l’opium ni la saignée, a prescrit à ses malades un autre traitement , dont le tartre stibié fait la base.
«Dans le commencement , dit M. Friese, j’employais le carbonate de potasse , l’eau de menthe, et , pour rendre la circulation plus libre, je pratiquais la saignée; mais les forces tombaient, et alors ni valériane, ni serpentaire, ni musc, n’étaient plus d aucune utilité. Le hasard m’a conduit à es- I sayei- un moyen plus énergique, le vin émétique ,
I qui répand promptement une chaleur générale ,
' et soulage la circulation. Je le donnai à des doses ' telles ( 00 gouttes toutes les demi-heures), que le ' vomissement était augmenté, et, qu’après l’éva- ' cuation des matières, des nausées continuelles étaient entretenues. Ces efforts violens produisaient une transjDiration que je soutenais par des frictions avec le liniment ammoniacal , la teinture d Euphorbe et de cantharides. L’ammoniaque rougissait promptement la peau ; il s’y formait des vésicules; les malades se plaignaient d'une vive cuis-
( iSa )
son, et la cliaphorèse survenait. J’avais aussi recours aux sinapismes, et quelquefois aux bains chauds. Quand la sueur était bien établie ie sus pendais le vin stibié et les frictions, et je donnais chaudes. Au moment où le tartre stibie produisait des vomissemens, les déjections alvines se suspendaient.
« Dès-lors le choiera était guéri, et il ne restait plus qua combattre les maladies secondaires quand elles survenaient. ’
«Depuis ces essais, je suis devenu plus hardi dans 1 emploi du vin émétique ; je l’ai donné à si fortes doses, qu’un vomissement violent s’établissait aussitôt ; la transpiration générale vient plus promptement , et avec elle se relèvent le pouls et les forces. J’ai guéri plusieurs malades par ce moyen ; je SUIS loin de soutenir que ce soit un spécifique , et qu il mérité plus de conGance que tant d’autres tant loues. Cependant Je ne puis m’empêcher de souhaiter qu il soit soumis à une expérience plus générale. »
Noix
vomique.
L extrait de noix vomique a été employé et vanté par plusieurs médecins. Voici ce qu’en dit M. Kuczkowski, médecin militaire russe : « Ayant ' eu l’occasion d’observer^ pendant la campagne de Pologne, plus de 600 cholériques, je fus conduit par ma propie expérience a employer, après les saignées nécessaires, les frictions et l’application de ventouses scarifiées le long de l’épine, l’exliait aqueux de noix vomique, que j’ai prescrit avec un giand succès a la dose d’un quart de gr. ou d un demi-grain toutes les deux heures , et , dans les cas pressans, toutes les heures. Alors, je !
m’abstenais de tout moyen irritant, et même de I l’opium, »
I 1 0° Aruvioniacjae,
M, Koehler, médecin polonais, considérant la tendance du sang à la partie de la périphérie vers le cœur et les gros vaisseaux, recommande souvent la saignée. Il a plus spécialement employé 1 ammoniaque liquide. 11 donne aux enfans une goutte de cette liqueur toutes les heures, dans une cuillerée d’eau, et aux adultes quatre , cinq , six gouttes dans le même véhicule. A l’aide de ce moyen , il arrête souvent les vomissemens et les évacuations. Lorsqu’il y a de l’amélioration , il diminue successivement les doses. « J’ai remarqué, ditM. Koehler, que lorsque je cessais tout à coup 1 ammoniaque, les évacuations revenaient, et les vonijssemens reparaissaient des que les malades I prenaient une boisson tiede quelconque. »
La carbonate d’ammoniaque {licjuor cornu cervi) a été aussi mis en usage. M. Berendt, de Dantzig,
rapporte ainsi le résultat de ses expériences à ce : sujet :
' B Un jeune homme de 19 ans fut saisi , le soir , du choiera, a la suite d’un reiroidissement. Le lendemain malin, il prit quelques cuillerées de la potion de Rivière, quelques gouttes de teinture d opium salranée , mais sans effet. Les vomissemens et la diarrhée persistaient; les extrémités étaient Iroides et bleues, les yeux profondément enfonces, le pouls à peine sensible. Je prescrivis, toutes les heures, six grains, et cette dose me parais- •sant msufi.sante, huit grains de carbonate d’aniinoniaque. es la quatrième dose, le pouls commença a se relever, la chaleur revint, et les vo-
wiîssemens climinuèrcnl. Je diminuai les doses ek
]c fis inleiTompre les frictions , qui avaient été p’ratiquees continuellement jusqu’alors. Au bout de 3o lieu res l ous les symptômes alarmans du choiera
avaientdisparu; une congestion cérébrale vsuccéda-
mais elle fut enlevée par des antiphlogistiques. » ’ Lncouragé par ce succès , M. Berendt a employé
lecarbonate d’ammoniaquesur dix malades; huitont
guen. Il mélangeait ce sel avec dixou douze grains de gomme arabique, un peu de sucre, et faisait dissoudre chaque paquet dans de l’eau d’orge.
Il® Huile de eajepul.
Plusieurs médecins anglais s’en sont servis dans 1 Inde avec avantage ; mais les médecins russes pa^ raissent en avoir été peu satisfaits. Néanmoins elle a ele essayée à Berlin, et avec succès. Il faut surtout 1 administrer au début du mal ; mais , dans lespériodes suivantes, elle offre encore des chancesde succès. Les malades en ressentent souvent une
chaleur agréable à l’estomac , qui se propage danstout le corps. r i o
Elle^ se donne à la'dose de 20 à 4o gouttes dans-du thé. On a essayé encore , mais sans succès, le sulfate de quinine, la transfusion du sang, le galvanisme. ° ®
Nous venons de passer en revue, aussi exactement qu’il nous a été possible , les différentes mé- Uiocles par lesquelles on a combattu le choiera. On sent que nous n avons pu indiquer que les calactères piincipaux de ces méthodes, qui ont été : plus ou moins alterees par les médecins qui les ont employées. Les matériaux nous manquent pour établir quelle a été la plus utile ; peut-être
j même, dans Tabsence d’un spécifique, esl-il un-* i possible d’élablir arithmétiquement la supériorité Il de l’une sur l’autre. Elles ont toutes , suivant les cir-
I constances , des avantages que le jugement du médecin doit lui faire reconnaître. Le choiera ne i| présente pas dans tous les lieux ni chez tous les individus la même prédominance, et telle méthode qui aurait réussi dans un certain pays et sur une certaine classe, pourrait bien échouer ailleurs. On serait donc induit en erreur par l’arithmétique médicale, et il en faudrait toujours revenir à i’ap-^ préciation des particularités.
Quoi qu’il en soit, ces différentes méthodes ^ déjà tant de fois essayées , devront être notre point de départ, quand nous aurons à traiter le choiera, soit que nous voulions les imiter, soit que nous I voulions les modifier. C’est une expérience toute I faite , qu’il n’est permis ni d’ignorer ni de négli- I ger. Il est facile , avec la connaissance du caractère de la maladie, de comprendre quelles sont les indications qui ont amené dans chaque méthode la prédominance de telle ou telle médication. Quelque diverses qu’elles soient, elles ont toutes re- I cours à des moyens puissans d’excitation extéterieure» Quant au desordre de la circulation, tou- ; tes veulent y porter remède , mais c’est par les I moyens qu’elles diffèrent. Aucunes d’elles ne prend 1 en considération la suppression de l’urine ; ce ' symptôme a toujours été considéré comme seconi daire ; il cesse dès que les autres cessent..
On essayé encore, mais sans aucun succès, le sullate de quinine , la transfusion du sang et le galvanisme. ]\I. Dieffenbach, a Berlin, a ouvert l’artère, et même l’artère brachiale , chez des cholériques gravement atteints, sans pouvoir obtcnii du sang.
TRAITEMEIVT DES MALADIES SECOIYDAIHES.
J.des°m\LXr“ donnait naissance
a aes maladies secondaires , qui offrent autant de
conaestilrc ' T'f ^'ost tantôt une lynhrs cLl"' “"“'"PS“de de délire, un
StolfetT'^”®/ inllainmation de
1 estomac et des intestins; plus rarement la poitrme est attaquée. ^
Dans ces cas , l’opinion des médecins paraît assez concordante : c’est Je trai.ement antiphlogistique qu lis recommandent. Aussi, quand la conjonctive
ÎThpi’ cliaude, le pouls fréquent ,
la peau secbe, les évacuations supprimées, que le malade delire, d faut avoir recourt à la saignée et aux sangsues , suivant les cas. On prendra garde a ne pas employer les nervins et les excitans, qui sont dangereux dans cette période. M. Casper recommande aussi, dans toutes ces affections, les douches froides.
Si c’est une gastro-entérite qui se manifeste,, on fera mettre des sangsues sur l’abdomen , et om s abstiendra de tous les remèdes excitans qu’om emploie dans le choiera.
Enfin, les maladies de poitrine secondairesré-cJament la même thérapeutique.
Il est encore quelques affections plus rares et; moins importantes qu’on a remarquées après le* cholerca , telles sont des éruptions assez semblables a la rougeole.
Quelquefois unediarrhée opiniâtre persiste après
la disparition de tous les autres symptômes, et peut même, par son abondance, compromettre la vie du malade. L’opium, l’extrait de ratanhia, se sont montrés utiles dans ces cas,
I La convalescence est fort courte orclinaîremenl I après le choiera; elle se prolonge davantage lorsqu’il survient quelque maladie secondaire. Elle n’exige guère que des précautions hygiéniques.
Nous terminons ces recherches sur le choiera,par la traduction d’une observation de choiera tracée par le malade lui-même. ,
Observation de choiera rédigée par le médecin qui en a été le sujet ( ce médecin a 24 ans , est d'une constitution vigoureuse , et u toujours joui d'une bonne santé ).
Le 1 1 octobre je pris une place d’aide du docteur Casper, dans l’hôpital du choiera, n° 4* Je me poi tai tres-bien jusqu au i5, jour auquel je fus piis dune diarrhée modérée. A part l’infection, dans 1 hôpital, je ne puis imaginer d’autre cause occasioneile, que mon changement de vie, et peutêtre aussi de petits refroidissemens auxquels j’étais fréquemment exposé en me relevant pendant a nuit.^ Cependant ma santé n’en souffrait pas du reste, je faisais mon service, et ne m’occupais pas e a diaiihee. Ce jour-la, je mangeai au repas du sou des pommes de terre et du poisson grillé, et 1 bus de la bierre blanche. Vers minuit je me mis au i ht, et m endormis bientôt; mais je fus réveillé, et : ]eus trois selles liquides. Le lendemain matin,
^ vers SIX heures , je sentis en me levant une grande i lassiiude, de l’embarras dans la tête, des nausées «t de la pression à l’épigastre. Je visitai encore les I malades de mon service , mais je devins soiidaine- I ment silaible, que je pus à peine regagner mon lit I sans omber. J examinai ma langue , et la trouvai ; couverte d un enduit blanc et visqueux. Cette cir- I ■ onstance, I envie de vomir, la pression à l’épi-
gaslie , la persistance d'une diarrhée aqueuse et J écart que , ava.s commis, me décidèrent à pren-
tnVoZT iT <l'[>«ac,Lha
en poudie ) Il en résulta le vomissement répété lune mat.ere muqueuse, blanchâtre, môlée^ de Iragmens de pommes de terre et de poissons non digérés; ce qui parut d’abord me donner du sou-
le vomissement persista; mais a diarrhée cessa pour quelques heures. Vers neul heures du matin, M. Casper me visita. D’après le jouinal tenu tres-exactement sur moi comme sur es autres malades de la maison, les signes du choiera confirme étaient déjà très-frappans! Le visage était lire, d’un bleu livide , les yeux caves, e front , le nez et les joues froides , couverts d’une sueur visqueuse et froide ; la langue enduite d’une couche jaunâtre; la tête était légèrement embarrassée , la VOIX encore bonne , la respiration libre, le tronc assez chaud, mais les extrémités froides. Le ventre était tout-à-fait indolent, de sorte que meme une forte pression n’y déterminait pas de douleur. Le pouls était concentré , petit, les pulsations à peine distinctes les unes des autres, les vomissemens et la diarrhée violens; les matières évacuées avaient 1 apparence de l’argile, et étaient tres-abondantes ; des crampes fréquentes dans les mollets,^ très-fortes et très-pénibles , et beaucoup d anxiele, augmentaient encore mes souffrances. On me prescrivit une décoction de salep avec l’acide de Haller, à la dose d’une cuillerée à bouche toutes les heures. Jusqu’à onze heures avant midi,, mon état se modifia peu ; mais alors tous les svmptômes crûrent successivement en violence, de sorte que vers deux henres je présentai d’une manière frappante le type du choiera. C’étaient
surtout les crampes dans les mollels qui revenaient avec fréquence et beaucoup d’intensité ; mais elles cédèrent promptement à des frictions faites avec la main nue, tandis que des frictions avec l’alcohol camphré ou avec de la flanelle ne produisirent aucun soulagement. Elles s’annonçaient ordinairement par un léger picotement dans les jambes , et éclataient au moindre mouvement du corps. La diarrhée et les vomisseinens étaient très-forts; les évacuations caractéristiques, le désir d’eau froide extrême; ce qui me fit croire que c’était là mon seul moyen de salut, que la nature elle-même m indiquait. Aussi je lus Irès-tranquillisé, quand on me prescrivit d’en boire; on me donna à l’intérieur de l’eau de Seltz avec de l’extrait de jusquiame , pour adoucir la violence des crampes et «lugmentei I action de la peau, et on renouvela les liictions, 1 application de bouteilles chaudes; en outre , un grand sinapisme fut placé sur l’épigastre. ISéanmoins , mon état empira de plus en plus, de sorte que vers le soir je croyais que j’allais expirer. Je ne souhaitai rien tant que d’avoir auprès de moi mon frère, et je ne puis dire combien je tus content de le voir. Mon intelligence était trèsnette , et je connaissais toute l’étendue du péril ou je me trouvais. J avais toujours devant mes yeux image de plusieurs maladies morts du choiera , et nucune ne me paraissait aussi complète que celle de ma maladie. Ces souvenirsconlribuèrent beaucoup a me faire perdre tout espoir de guérison ; mon visage était alqrs, suivant la description , tiré, bleu, cadavérique, d’un froid glacial , et couvert dune sueur visqueuse; les lèvres bleues, la langue froide , la voix rauque, la soif inextinguible ,
les extrémités et Je reste du
corps encore un peu
cl.aiids, lo ponls el les battemens de cœur notaient jdus sensibles (jiie comme un léger rrémissemenl la diarrbee et les vomissemens persistaient avec Aïolence, et les matières ressemblaient à du lait JJes crampes Iréquentes dans les mollets , beaucoup de gêne et un sentiment tout particulier d’angoisse que je ne puis comparer à rien, rendaient mon état très-douloureux; j’avais la conviction que nen ne pouvait me soulager , et je sentis un grand désir des secours de la religion ; quoiqu’il lut dix heures du soir, un prêtre vint me trouver, bes consolations me tranquillisèrent. Vers dix heures et demie, la gêne et l’angoisse intérieure étaient a leur comble , de sorte que je craignais à chaque instant de mourir étoulTé. Je demandai ardemment que Ion me saignât. Après un examen allen td , on y consentit; mais comme le pouls était à peine sensible, le sang ne coula qu’avec difficulté , comme c est ! ordinaire dans des cas pareils, et on ne put en tirer que huit onces. Pendant (\ ne le sang coulait, mon état s’améliora à vue d’œil ;
1 anxiété diminua beaucoup, et le pouls se fit sent ii. Mais ce mieux-être ne dura que cinq minutes, el tous les accidens reparurent. Pour ranimer les loi ces vitales qui tombaient , pour faciliter, la circulation, on me donna tous les quarts d’heures C|uelques cuillerées de vin de Champagne; dans l’inlervalle on me permettait de boire lentement autant d’eau fraîche. En outre, j'usais d’une décoction d’orge sucrée et aiguisée avec du jus de citron. L’effet fut très-sensible. Aussitôt que le vomissement survenait, je prenais une cuillerée de Ghainjiagne, et il cessait immédiatement. Bientôt après , vers minuit, les évacuations alvines cessèrent aussi.
Mais celte circonstance ne me rassurait guère, car
Ji
tous les autres symptômes de danger persistaient, La gêne et l’anxiété semblaient même s’accroître; aussi , malgré toutes les prières et les exhortations, je me roulais dans mon lit, et je ne pouvais supporter aucune couverture. J’agitaisconlinnellement
les mains et surtout les pieds , sans y trouver de soulagement. On me mit des sinapismes à la plante des pieds. Vers G heures il se manifesta de la tendance à la transpiration. La chambre fut alors beaucoup échauflée, mon corps frotté fortement et enveloppé de plusieurs couvertures de laine. Peu a peu 1 oppression et 1 anxiété se perdirent, un sentiment de chaleur qui partait de l’abdomen se répandit sur le corps , le pouls devint sensible , je sentis que j étais sauve. Vers neuf heures , AL Casper me visita de nouveau , accompagné des médecins étrangers qui suivaient l’hôpital et qui m’avaient vu la veille. Ils me félicitèrent de la tournure favorable qu’avait promptement prise ma maladie : mais vers midi les forces tombèrent de nouveau , le visage et les extrémités se refroidirent et se couvrirent de sueur froide, le pouls devint petit, à peine sensible. Cependant le vomissement, la diarrhée, les crampes et l’anxiété interne ne revinrent pas. D’après ces symptômes, on avait à craindre la transformation si fréquente du choiera en un typhus particulier. Une mixture de camphre et de succin me fut donnée toutes les heures, et toutes les demi-heures une cuillerée de Champagne. Alors survint la réaction dans l'appareil circulaire , le sang se porta surtout au cerjveau; on me mit des sangsues au front et des apiphcations froides sur la tête ; vers huit heures du (soir une sueur chaude et générale parut avec tant Id abondance qu’il semblait que je fusse arrosé
d’eau chaude. Elle dura presque loule la nuit, pendant un sommeil tranquille. Le malin j’étais très-bien , et je pris avec appétit une tasse de café. A dater de ce moment la convalescence marchas! rapidement que cinq jours après je repris mes fonctions d’aide.
« C. Truatschel. >
, . (Berliner cholera-zeitmg^ )